mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301834 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Cellule juge unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 avril et le 5 juillet 2023, Mme C D demande au tribunal d'annuler la décision du 23 mars 2023, prise sur recours préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " (CMI-S).
Elle soutient que :
- en mars 2020, elle a été atteinte de sciatique paralysante et elle a perdu partiellement l'usage de son pied gauche et du muscle jambier afférent ; compte tenu de la période du confinement, elle n'a pu être opérée dans un délai court qui aurait évité la lésion définitive du nerf ; elle a subi en mars 2021 une transposition de tendons afin de bloquer son pied gauche à angle droit et d'éviter les chutes ;
- elle boite et elle peut marcher dans un périmètre allant de 200 mètres à 2 kilomètres suivant les jours ; elle a des difficultés dans les escaliers ; l'état de son rachis dorsal continu de se dégrader et le chirurgien l'a prévenue qu'elle devra subir d'autres opérations dans les années à venir.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 29 janvier 2024 (non communiqué), le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le certificat médical produit fait état de déficiences motrices entrainant des difficultés pour marcher mais sans besoin d'aide humaine ; le périmètre est supérieur à 200 mètres ;
- il en résulte que les conditions prévues par l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ne sont pas réunies.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. E et les observations de Mme D qui persiste dans ses écritures et fait valoir qu'elle a une arthrose cervicale, que son bassin a basculé, que l'arthrose a gagné la colonne vertébrale et que les déformations se sont accentuées, qu'elle a subi une laminectomie en L4 et L5 suivie d'une arthrodèse L4/L5, qu'elle utilise systématiquement deux cannes pour les déplacements extérieurs, que son état de santé ne peut que s'aggraver puis, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a sollicité la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " auprès du président du conseil départemental de la Haute-Garonne le 6 septembre 2022. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'une part, d'annuler la décision du 21 mars 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a confirmé la décision rendue le 7 février 2023 et a ainsi rejeté sa demande de CMI-S, et d'autre part de lui accorder le bénéfice de la carte sollicitée.
2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles " ALa carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour () apprécier : () si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution () de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code () ".
3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Aux termes enfin de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles, concernant le critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : " 1. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () "
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.
5. Pour demander l'annulation de la décision du 21 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de délivrance de B, Mme D fait état d'une sciatique paralysante dont elle a été atteinte en 2020 qui a entraîné en mars 2021 une transposition de tendons afin de bloquer son pied à angle droit. Si elle évoque un périmètre de marche parfois supérieur à 200 mètres, en fonction des charges qu'elle porte, elle précise à l'audience qu'elle a systématiquement besoin d'une aide technique (une ou deux cannes) pour tous ses déplacements extérieurs alors qu'elle n'en a pas besoin dans son domicile. Elle ne démontre pas non plus qu'elle a besoin d'une aide technique ou humaine pour ses déplacements. Mme D s'est d'ailleurs présentée à l'audience avec deux cannes. Elle souffre en outre de discopathies étagées au niveau du rachis cervical et dorso-lombaire qui ont entraîné une laminectomie gauche L4-L5 puis une laminarthrectomie et une ostéosynthèse postéro-latérale pour spondylolisthésis en 2010 et que son état ne peut que s'aggraver. Il résulte de l'instruction que, dans son dossier de demande, le médecin traitant de Mme D précise que l'intéressée peut marcher et se déplacer à l'extérieur avec difficultés mais sans aide humaine, que son état s'est aggravé par rapport à un état antérieur qui avait déjà justifié l'attribution de B. Dans ces conditions, il y a lieu d'annuler la décision attaquée, et d'attribuer à Mme D B pour une durée de deux ans.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a refusé à Mme D le bénéfice de la carte mobilité inclusion portant la mention stationnement est annulée.
Article 2 : La carte mobilité inclusion portant la mention stationnement est attribuée à Mme D pour une durée de deux ans.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme C D et au département de la Haute-Garonne.
Copie sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Garonne.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Alain ELa greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026