mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2301860 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Cellule juge unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2023 et des pièces et mémoire enregistrés les 29 juillet 2023 et 13 juin 2024 (non communiqué), Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1) d'annuler la décision du 10 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron a prononcé à son encontre une amende administrative de 450 euros ;
2) d'annuler l'avis de somme à payer, valant titre exécutoire, émis le 17 mars 2023 par lequel le département de l'Aveyron poursuit le recouvrement d'une amende administrative d'un montant de 450 euros ;
3) de lui accorder la remise gracieuse totale d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 5 141,01 euros, rejetée par décision du président du conseil départemental de l'Aveyron du 8 février 2023, d'un indu de RSA de 4 580,19 euros refusée par décision de la même autorité du 29 mars 2023 ;
4) d'annuler l'avis des sommes à payer, valant titre exécutoire, émis le 20 mars 2023 par lequel le département de l'Aveyron poursuit le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 141,01 euros pour la période du 1er février 2021 au 30 septembre 2022 ;
5) d'annuler l'avis des sommes à payer, valant titre exécutoire, émis le 20 mars 2023 par lequel le département de l'Aveyron poursuit le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 369,56 euros pour la période du 1er février 2021 au 31 juillet 2022 ;
6) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 450 euros.
Elle soutient que :
- elle essaye de développer une nouvelle activité depuis 2019 qui mélange le yoga, le sport et le tourisme actif par des cours en extérieur et des séjours de yoga ;
- elle ne conteste pas le bien-fondé de sa dette ;
- elle n'a jamais eu l'intention de frauder ; elle organise différentes retraites de yoga dans des pays européens dont elle connait la langue, Espagne et Portugal en plus de la France, mais toujours pour un public français ;
- la crise sanitaire liée au Covid, ne lui permettait plus de travailler et l'a contrainte, en 2021 et début 2022, à rester effectivement sur des périodes plus longues que prévu en Espagne chez son compagnon ;
- elle reconnait son erreur de ne pas avoir notifié ses différents allers-retours en Espagne mais elle était affectée par le contexte sanitaire ; elle revenait régulièrement en Aveyron ;
- elle essayait de survivre sans pouvoir donner des cours de yoga ni travailler dans l'évènementiel ; elle a alors revendu certains de ses vêtements et accessoires, elle n'a pas déclaré cet argent car cela équivalait à participer à un vide grenier virtuel, de particulier à particulier, et cela ne concernait donc pas la CAF ;
- il ne s'agissait pas d'un revenu professionnel et cela restait très irrégulier ; elle ne comprend pas que l'on puisse lui reprocher cela comme une fraude ;
- elle travaille pour un public français que ce soit en France ou en Europe, son auto-entreprise est française, elle déclare ses revenus en France, elle paye ses impôts sur les revenus en France et la CAF considère qu'elle ne réside pas en France ;
- elle doit des indus de 4 580,19 euros, 369,56 euros, 5 141,01 euros ainsi qu'une amende de 450 euros ; soit un total de 10 540,76 euros sous un délai de 30 jours ;
- elle n'a pas cet argent et elle ne perçoit aucune aide, elle n'a aucun revenu et elle est obligée de demander à ses parents de lui prêter de l'argent alors qu'eux-mêmes perçoivent de faibles revenus ;
- elle a expliqué sa situation à la CAF ; elle n'est pas solvable, ses revenus sont faibles et irréguliers, et sont actuellement inexistants ;
- concernant l'amende administrative, elle avait reçu un courrier du 18 janvier 2023 lui notifiant l'interruption de la procédure de sanction de l'allocation RSA à la suite de sa radiation, les courriers se contredisent, changent de sommes et mêmes d'interlocuteurs ; elle est perdue et démunie face à cette procédure et à tous ces courriers ;
- elle a remboursé la somme de 152,45 euros en février pour montrer sa bonne volonté mais elle ne peut pas continuer ; elle souffre beaucoup de cette situation car elle n'a pas l'argent pour rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024 et des pièces enregistrées le 15 mai 2024, le département de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Un mémoire a été enregistré pour la CAF de l'Aveyron le 12 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. C a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'un contrôle de situation de la CAF de l'Aveyron conduit à partir d'août 2022, le contrôleur assermenté a constaté dans son rapport du 7 novembre 2022 que Mme A n'avait pas déclaré l'ensemble de ses revenus et ne résidait pas de façon régulière sur le territoire français. La CAF de l'Aveyron a alors procédé à la régularisation du dossier de la requérante et, par courrier du 7 octobre 2022, l'a informée d'un indu de RSA et de prime d'activité d'un montant de 5 178,66 euros généré par la prise en compte tardives des pensions alimentaires perçues par la requérante pour la période postérieure à février 2021. Par courrier du 15 décembre 2022, la CAF de l'Aveyron a informé Mme A de l'existence d'un indu de RSA et de prime d'activité d'un montant de 5 244,87 euros pour la période de décembre 2020 à octobre 2022. Par courrier du 10 mars 2023, Mme A s'est vue notifier une amende administrative de 450 euros. Par courrier du 8 février 2023, le département a rejeté la demande de remise de dette de 5 141,01 euros au titre de l'indu RSA. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler les décisions du président du conseil départemental de l'Aveyron des 8 février 2023, 29 mars 2023 et 10 mars 2023, et d'autre part, d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 20 mars 2023 par lequel le département de l'Aveyron poursuit le recouvrement d'un indu de RSA d'un montant de 5 141,01 euros pour la période du 1er février 2021 au 30 septembre 2022, d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 20 mars 2023 par lequel le département de l'Aveyron poursuit le recouvrement d'un indu de RSA d'un montant de 369,56 euros pour la période du 1er février 2021 au 31 juillet 2022, et enfin d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 17 mars 2023 par lequel le département de l'Aveyron poursuit le recouvrement d'une amende administrative d'un montant de 450 euros. La requérante demande également la remise gracieuse de sa dette à l'égard du département de l'Aveyron qui s'élève à 5 960,57 euros ainsi que la décharge du paiement de l'amende de 450 euros.
Sur le bien-fondé de l'amende administrative :
2. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième et huitième alinéas du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil départemental est la juridiction administrative. / Aucune amende ne peut être prononcée à raison de faits remontant à plus de deux ans ". Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " I.- Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée () II- Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité des faits, dans la limite de quatre fois le plafond mensuel de la sécurité sociale. " Aux termes de l'article R. 262-85 du code de l'action sociale et des familles : " Pour l'application de l'article L. 262-52, les compétences dévolues au directeur de l'organisme de sécurité sociale et à la commission constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme sont exercées respectivement par le président du conseil départemental et l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39. "
3. Il appartient au juge du fond, saisi d'une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration. Par suite, compte tenu des pouvoirs dont il dispose ainsi pour contrôler une sanction de cette nature, le juge se prononce sur la contestation dont il est saisi comme juge de plein contentieux.
4. Pour solliciter l'annulation de la sanction administrative prononcée par le département de l'Aveyron, Mme A explique que, pendant les périodes où elle était présente en Espagne, elle profitait d'une bonne connexion internet pour se former en ligne. Elle ne conteste pas ses nombreux séjours à l'étranger et reconnait avoir commis une erreur en omettant de déclarer ses différents allers-retours en Espagne mais elle était très affectée par le contexte sanitaire. Il résulte du rapport d'enquête consécutif au contrôle du 10 octobre 2022, prévu par un avis de passage du 10 août 2022, rapport qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que d'une part, les sommes figurant sur son compte ne correspondent pas aux sommes déclarées à la CAF et d'autre part que Mme A vivait la plupart du temps à l'étranger. En effet, la requérante se trouvait à l'étranger du 6 mars 2020 au 23 octobre 2020, du 25 octobre 2020 au 22 décembre 2020, du 21 janvier 2021 au 11 février 2021, du 13 février 2021 au 25 mai 2021, du 22 juin 2021 au 8 novembre 2021, du 22 novembre 2021 au 16 décembre 2021, du 3 janvier 2021 au 14 avril 2022, du 23 avril 2022 au 30 mai 2022, du 12 juillet 2022 au 31 août 2022, du 3 octobre 2022 au 10 octobre 2022 et enfin du 25 octobre 2022 au 30 octobre 2022. Les seules affirmations selon lesquelles Mme A avait de grandes difficultés pendant la période de crise sanitaire et craignait de contaminer ses parents ne faisaient pas obstacle à ce qu'elle déclare ses déplacements à l'étranger. Par ailleurs, si Mme A fait valoir que, par un courrier du 18 janvier 2023, le département de l'Aveyron lui a signifié l'interruption de la procédure de sanction, ce courrier concerne la décision par laquelle le président du conseil départemental peut réduire ou suspendre le versement du RSA pour non signature du contrat d'engagement réciproque, et ne concerne pas l'amende administrative en litige, prononcée pour absence de déclaration de l'intégralité des ressources et l'absence de déclaration des séjours à l'étranger de l'intéressée. Dans ces conditions, la bonne foi de Mme A ne peut être admise et ses omissions déclaratives doivent être regardées comme délibérées. Par suite, Mme A n'est fondée à demander ni l'annulation de la décision du 10 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron lui a infligé une amende administrative de 450 euros, ni l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 17 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron pour le recouvrement de cette amende, ni, par voie de conséquence, la décharge de l'obligation de payer cette somme.
5. Il résulte ce qui précède que les conclusions de Mme A dirigées contre la sanction administrative doivent être rejetées.
Sur la demande de remise gracieuse :
6. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
8. Ainsi qu'il a été établi au point 4 de la présente décision, la bonne foi de Mme A ne peut être retenue. Dès lors, les dispositions précitées de l'article L. 262-52 du code l'action sociale et des familles font obstacle à toute remise de dette.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de remise gracieuse des indus de RSA mis à la charge de Mme A doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'annulation des avis de sommes à payer émis le 20 mars 2023 par lesquels le département de l'Aveyron poursuit le recouvrement d'un indu de RSA d'un montant de 5 141,01 euros pour la période du 1er février 2021 au 30 septembre 2022 et d'un indu de RSA d'un montant de 369,56 euros pour la période du 1er février 2021 au 31 juillet 2022.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et au président du conseil départemental de l'Aveyron.
Copie sera délivrée à la caisse d'allocations familiales de l'Aveyron.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Alain CLa greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026