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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2301864

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2301864

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2301864
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique
Avocat requérantRICCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023 et des mémoires enregistrés les 14 et 15 juin 2024 et 23 septembre 2024, Mme D B, représentée par Me Ricci, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1) d'annuler la décision en date du 8 février 2023, prise sur recours préalable, par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron a maintenu à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 3 981,98 euros pour la période d'octobre 2020 à octobre 2022 ;

2) d'enjoindre le rétablissement des droits au RSA de Mme B et la restitution des sommes antérieurement prélevées en remboursement de l'indu dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3) subsidiairement, de lui accorder la remise totale de sa dette ;

4) de mettre à la charge du département de l'Aveyron la somme de 2000 euros, au bénéfice de son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de sa mission d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- M. A est un ami qu'elle a aidé en raison de difficultés liées à sa carte bancaire ; notamment en raison des plafonds du compte ; elle l'a aidé en payant des courses en magasin, sur internet et il l'a remboursée par virements ainsi qu'il en atteste ; la réalité d'une vie maritale, inexistante, n'est aucunement démontrée ;

- elle estime que ces virements ne constituent pas des ressources ; c'est la raison pour laquelle elle n'a pas déclaré ces sommes à la caisse d'allocations familiales (CAF) ;

- l'assistante sociale en charge de son parcours l'a conseillée et soutenue en demandant au conseil départemental une remise de dette concernant l'indu d'allocation RSA ; sa demande a été rejetée ;

- parallèlement, depuis le mois février 2023, la CAF effectue un contrôle de suspicion de vie maritale compte tenu des échanges bancaires récurrent avec une personne ; elle n'a pas connaissance de la décision du contrôle ;

- elle se voit reprocher de ne pas avoir déclaré les virements de M. A alors que ses virements correspondent aux remboursements des débits en la faveur de ce dernier ; d'ailleurs, une part des virements faits par sa mère n'a pas été retenue par le contrôleur ;

- subsidiairement, elle est de bonne foi et doit bénéficier d'une remise de dette compte tenu de sa situation de précarité.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 3 mai 2024 et 8 août 2024, le département de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le contrôle effectué par le contrôleur du service départemental a fait apparaître des ressources non déclarées qui ont généré un indu de 3 981,98 euros et que ces sommes doivent être prises en compte pour la détermination du droit au RSA de la requérante ;

- les sommes correspondant à des remboursements n'ont pas été prises en compte pour le calcul des droits au RSA de l'intéressée ;

- Mme B ne peut être regardée comme de bonne foi ; elle a contracté un crédit pour le compte de M. A.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Toulouse du 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu le rapport de M. E et les observations de Me Ricci pour Mme B, qui persiste dans ses écritures et fait valoir qu'il n'y a aucun soupçon de vie conjugale et que la position du département de l'Aveyron est incohérente, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est allocataire du RSA depuis le 1er août 2015. Par un courrier du 7 octobre 2022, le département de l'Aveyron a demandé à Mme B de produire toute pièce justificative nécessaire au contrôle des conditions d'ouverture de son droit au RSA ; celle-ci a présenté les justificatifs des sommes demandées par courrier du 13 novembre 2022. Le 15 novembre 2022, le rapport établit par le contrôleur fait état de nombreux virements sur le compte de Mme B provenant de M. A et de Mme B, sa mère. Le contrôleur n'a retenu que les sommes versées par M. A comme non déclarées et à prendre en compte dans les déclarations trimestrielles de la requérante, soit au total 4 325 euros entre octobre 2020 et septembre 2022. Cette régularisation a entraîné un indu de RSA d'un montant de 3 981,98 euros. Mme B a sollicité le réexamen de sa situation par recours administratif préalable en date du 21 décembre 2022 qui a été rejeté par la décision attaquée du président du conseil départemental de l'Aveyron en date du 8 février 2023.

Sur les conclusions en annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide sociale, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail. " Aux termes de l'article L262-3 du code de l'action sociale et des familles : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat (). "

4. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte () : Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

5. Il résulte du courrier du département de l'Aveyron en date du 28 octobre 2022 que le contrôleur assermenté du département de l'Aveyron a identifié sur les relevés bancaires de Mme B des sommes créditées en provenance de M. A à hauteur de 4 205 euros et en provenance de Mme C B, sa mère, à hauteur de 1 440 euros. Pour mettre à la charge de Mme B l'indu de RSA en litige, le département de l'Aveyron a retenu comme sommes non déclarées par l'intéressée l'intégralité des sommes versées par M. A à l'exception de deux crédits de 20 et 14 euros en mars 2021 et de la totalité des sommes versées par Mme C B, qui ne présentaient pas un caractère régulier. Pour justifier de ce que les sommes versées par M. A (4 205 euros retenus) correspondent au remboursement de frais qu'elle a exposés pour lui en raison de difficultés de paiement de M. A avec sa carte bancaire, Mme B produit l'intégralité de ses relevés bancaires, qui font apparaitre des dépenses totales à hauteur de 5 286,57 euros, correspondant parfois exactement ou à quelques euros près au montant des versements effectués par M. A (700 euros en février 2021, 20 euros en août 2021, 30 euros en septembre 2021, 40 euros en février 2022, 150 euros en mars 2022). Dans ces conditions, Mme B justifie suffisamment que les sommes versées sur son compte par M. A correspondent à des remboursements de frais exposés pour son compte qui ne pouvaient donc être intégrés dans ses ressources pour la détermination de ses droits au RSA. Par suite, la décision du 8 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron a maintenu à la charge de Mme B un indu de RSA d'un montant de 3 981,98 euros pour la période d'octobre 2020 à octobre 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

7. Mme B demande au tribunal d'ordonner au président du conseil départemental de l'Aveyron de la rétablir dans ses droits au RSA et d'ordonner la restitution de sommes prélevées avant l'introduction de son recours. Mme B, ainsi qu'il a été dit, justifie de ce que les sommes versées par M. A ne pouvaient être prises en compte comme ressources pour la détermination de ses droits au RSA. Si le département de l'Aveyron fait valoir que les versements de Mme C B doivent également être pris en compte, il résulte des termes mêmes du rapport du contrôleur départemental que ces sommes n'ont pas été prises en compte pour la détermination de l'indu. Toutefois, il est constant que Mme B a perçu durant la période en litige ses droits au RSA qui ne sont pas contestés et il ne résulte pas de l'instruction que des sommes auraient été prélevées en remboursement de l'indu en litige. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais de procès :

8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 mars 2023. Son avocat peut donc se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ricci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de l'Aveyron le versement à Me Ricci de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 février 2023 prise par le président du conseil départemental de l'Aveyron est annulée.

Article 2 : Le département de l'Aveyron versera à Me Ricci une somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ricci renonce à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme D B, à Me Jérôme Ricci et au département de l'Aveyron.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Aveyron.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain ELa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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