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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302029

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302029

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302029
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse a examiné la demande de Mme B, qui sollicitait la remise gracieuse d’un indu d’aide personnelle au logement (APL) de 2 855 euros, pour la période de janvier à août 2022, en raison de la non-déclaration de pensions alimentaires perçues en 2021. La requérante invoquait sa situation financière précaire, marquée par l’absence de stabilité, la charge de sa fille et la recherche d’emploi. Statuant en juge unique sur le fondement des articles L. 821-1 et L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation, ainsi que de l’article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, le tribunal a rejeté la requête, considérant que la précarité invoquée ne permettait pas d’accorder une remise, en l’absence de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations établies.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2023 et des pièces enregistrées le 30 avril 2024, Mme A D B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1) d'annuler la décision du 14 mars 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Lot a refusé de faire droit à sa demande de remise gracieuse portant sur un indu d'aide personnelle au logement (APL) d'un montant de 2 855 euros pour la période du 1er janvier 2022 à 31 août 2022 ;

2) de lui accorder la remise totale de sa dette.

Elle soutient que :

- elle a déclaré auprès des services de la CAF, au sein même des bureaux de Figeac, ses ressources de l'époque ;

- ces ressources, devoir de secours et pension alimentaire, issues d'un divorce en cours très conflictuel, n'ont plus été versées à compter de mai 2022, ce qui a dégradé sa situation financière (charges, procédure de divorce et frais d'avocat) ;

- elle n'a actuellement pas de stabilité financière ; elle est hébergée à titre gratuit chez une connaissance en attendant que son divorce soit prononcé ;

- elle élève et assume seule l'éducation de sa fille dont le père est hospitalisé pour problèmes psychologiques ;

- elle recherche un emploi après la fin de son contrat à durée déterminée au 25 mars 2023 ; elle sera indemnisée, dans un premier temps, par Pôle emploi ;

- elle a déclaré au titre de ses revenus de l'année 2023 la somme de 11 270 euros de salaires et assimilés et son enfant 10 320 euros de pensions alimentaires, n'a perçu aucune prestation de la CAF en mars 2024 ; son loyer s'élève à 750 euros par mois, charges d'électricité, gaz, eau chaude et wifi comprises ; elle est inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi et perçoit aujourd'hui entre 650 et 700 euros de la part de France Travail au titre de l'allocation de retour à l'emploi formation (AREF) outre 860 euros de pensions alimentaires pour son enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, la CAF du Lot conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le trop-perçu d'aide au logement de 2 855 euros, notifié le 19 décembre 2022, provient de la prise en compte des pensions alimentaires perçues en 2021, soit 21 600 euros, non déclarées par la requérante ;

- en effet, c'est un échange avec la DGFIP a mis en évidence une incohérence entre les pensions alimentaires déclarées par Mme B à la CAF et celles perçues.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 19 décembre 2022, la CAF du Lot a informé la requérante qu'à la suite d'un échange avec la direction générale des finances publiques, l'absence de déclarations des pensions alimentaires perçues en 2021 a généré un trop-perçu d'APL de 2 855 euros pour la période de janvier à août 2022. Par un courrier du 6 février 2023, Mme B a sollicité une remise gracieuse de sa dette devant la commission de recours amiable de la CAF du Lot, rejetée par la décision attaquée du 14 mars 2023. Par la présente requête, Mme B demande la remise gracieuse de l'indu en litige.

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement d'indu d'aide personnelle au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

4. Pour solliciter la remise gracieuse de sa dette, Mme B, dont il n'y a pas lieu de remettre en cause la bonne foi, fait valoir qu'elle est aujourd'hui au chômage, perçoit entre 650 et 700 euros d'indemnisation de la part de France Travail, outre 860 euros de pension alimentaire versée par le père de l'enfant. Le foyer, composé d'elle-même et deux enfants, est locataire d'un appartement pour 750 euros toutes charges comprises. Ainsi, il est établi que le montant de 2 855 euros laissé à la charge de Mme B excède manifestement ses capacités contributives. Au surplus, le quotient familial retenu par la CAF pour refuser la remise de dettes et proposer un plan de retenues mensuelles de 119 euros sur 24 mois, était de 163 euros. Il y a lieu, par suite, de lui accorder une remise gracieuse de 50 % de sa dette, ainsi ramenée à la somme de 1 427,50 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 14 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Lot a refusé de lui accorder une remise gracieuse portant sur un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 2 855 euros est annulée.

Article 2 : La dette de Mme B est ramenée à la somme de 1 427,50 euros.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A D B, à la caisse d'allocations familiales du Lot et au ministre en charge du logement.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain C

La greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre du logement, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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