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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302075

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302075

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302075
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a rejeté la requête de Mme A contestant un indu de prime d'activité de 646,80 euros. La requérante soutenait que l'indu résultait d'une erreur de saisie de la CAF, qui l'avait enregistrée comme salariée alors qu'elle était apprentie. Le tribunal a jugé que, conformément à l'article L. 842-2 3° du code de la sécurité sociale, les apprentis ne peuvent bénéficier de la prime d'activité, et que l'indu était donc justifié tant dans son principe que dans son montant. Par conséquent, la demande d'annulation de la décision de rejet de la remise de dette et la demande de dommages et intérêts ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 avril 2023 et 2 août 2023, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1) d'annuler la décision du 7 février 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne a rejeté son recours portant sur un indu de prime d'activité d'un montant de 646,80 euros pour période de décembre 2021 à février 2022.

2) de condamner la CAF de la Haute-Garonne à lui verser 200 euros au titre du préjudice financier et moral causé par cette procédure.

Elle soutient que :

- lors de sa demande de prime d'activité, la CAF l'a enregistrée comme " restant salariée et en plus apprentie ", alors qu'elle débutait sa première année de master en alternance au sein de ECF Sud Ouest ; sa demande a été saisie de manière erronée par les services de la CAF, ce qui lui a été confirmé au cours d'un entretien personnel dans les locaux de la CAF sollicité par ses soins ; à l'issue de ce rendez-vous, il lui a été conseillé de déposer une demande de remise de dette ; la personne qui l'a reçu lui a confirmé qu'il s'agissait d'une erreur de saisie des services de la CAF ; la CAF a choisi de codifier sa situation professionnelle de salariée l'estimant plus avantageuse pour elle, sans pour autant la contacter afin de déterminer plus précisément son statut au moment de cette estimation ; dans ce cas, la motivation " déclaration tardive de plus de 6 mois " ne lui semble pas appropriée car l'erreur n'est pas de son fait et ne peut être retenue pour lui refuser la mise en place de cette prime ;

- le second motif tenant au calcul de son quotient familial lui semble inadéquat dans la mesure où elle est étudiante en dernière année de master sous le régime de l'alternance et que son salaire est restreint à ce titre ;

- elle est apprentie depuis le 28 septembre 2020 mais n'a pas demandé la prime d'activité le 11 mars 2021 car elle n'atteignait pas le seuil minimum pour obtenir cette prime ;

- l'erreur est entièrement imputable à la CAF.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 19 juillet 2023 et 6 novembre 2023, la CAF de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A au paiement de l'indu précité, soit la somme de 574,89 euros outre la somme de 200 euros eu titre des frais d'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- lors de sa demande de prime d'activité le 11 mars 2021, Mme A a indiqué qu'elle était en activité salariée depuis le 5 février 2019 ; de plus, le même jour, elle a indiqué qu'elle était salariée et apprentie depuis le 28 septembre 2020 ; aussi, au vu de ses situations, la CAF a codifié la situation professionnelle la plus avantageuse, à savoir salariée, permettant l'ouverture d'un droit à la prime d'activité ; toutefois, suite à l'examen des bulletins de salaires transmis à la CAF le 12 avril 2022 il s'est avéré que Mme A était apprentie ; l'article L. 842-2 3° du code de la sécurité sociale dispose que pour bénéficier de la prime d'activité, il ne faut pas être apprenti ; la CAF a rectifié la situation professionnelle empêchant de ce fait de valoriser un droit à la prime d'activité pur Mme A ; c'est donc à tort que Mme A a bénéficié de la prime d'activité ; l'indu de prime d'activité est justifié dans son principe et son montant ;

- le quotient familial de 953 euros est élevé dans la mesure où cette allocataire n'a pas de charge de loyer du fait de son hébergement à titre gratuit.

Par un courrier du 25 septembre 2023, le tribunal a informé les parties, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, qu'il était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la CAF de la Haute-Garonne tendant à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 574,89 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. C a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a fait une demande de prime d'activité le 11 mars 2021 et a indiqué qu'elle était salariée depuis le 5 février 2019. Elle a également indiqué qu'elle était apprentie depuis le 28 septembre 2020. La CAF a codifié la situation professionnelle de Mme A en salariée, ce qui a permis l'ouverture d'un droit à la prime d'activité. Toutefois, suite à l'examen des bulletins de salaires transmis à la CAF le 12 avril 2022, il s'est avéré que Mme A était apprentie. Cette requalification du statut de Mme A a généré un indu de 646,80 euros. Par une décision du 7 février 2023, la demande de remise de dette de Mme A a été rejetée. Par la présente, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision ainsi que le versement par la CAF de la somme de 200 euros au titre du préjudice financier et moral causé par cette procédure.

2. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

4. Mme A, dont la bonne foi n'a pas été remise en cause par la CAF de la Haute-Garonne et qu'il n'y a pas lieu de remettre en cause, soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser le solde de l'indu mis à sa charge qui s'élève à 574,89 euros. Pour solliciter la remise totale de sa dette, la requérante fait valoir que cette dernière résulte d'une erreur d'enregistrement par la CAF lors de sa demande de prime d'activité. Toutefois, l'erreur de la CAF n'est pas de nature à dispenser l'allocataire de rembourser ce qu'elle a indument perçu. En outre, Mme A fait valoir qu'elle perçoit de faibles revenus et que l'indu mis à sa charge dépasse ses capacités contributives. Toutefois, même si Mme A avance qu'elle se trouve dans une situation précaire, elle n'apporte pas d'éléments permettant d'étayer cette situation. Le quotient familial retenu par la CAF, non sérieusement contesté, est de 953 euros et Mme A n'a pas de charge de loyer du fait de son hébergement à titre gratuit. Par suite, la requérante ne démontre pas que sa situation de précarité serait telle qu'elle ne puisse rembourser le solde de l'indu laissé à sa charge de 574,89 euros. Dans ces conditions, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision attaquée et à la remise gracieuse totale de sa dette doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation des préjudices :

5. Mme A demande l'indemnisation des préjudices moraux et financiers qu'elle estime avoir subis en raison de la procédure qu'elle a dû conduire devant ce tribunal. Toutefois, Mme A, qui n'apporte aucune précision sur les préjudices subis, est la partie perdante dans la présente instante. Dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de ces conclusions, les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

Sur les conclusions reconventionnelles de la CAF de la Haute-Garonne :

7. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose, comme il peut en user en l'espèce, du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne tendant à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 574,89 euros sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme de 200 euros demandée par la CAF de la Haute-Garonne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne tendant à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 574,89 euros et celles tendant au bénéfice de frais de procès sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B A, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne et au ministre des solidarités.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain C La greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef

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