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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302315

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302315

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302315
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en juge unique, a rejeté la requête de Mme A C qui contestait le refus du département de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte mobilité inclusion portant la mention "stationnement" (CMI-S). La requérante invoquait ses pathologies et une réduction de sa capacité de déplacement, mais le tribunal a estimé, au vu des pièces du dossier, qu'elle ne remplissait pas les critères fixés par l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles. En particulier, il a été retenu que son périmètre de marche n'était pas inférieur à 200 mètres et qu'elle n'avait pas besoin d'aide technique ou humaine pour se déplacer, conformément à l'arrêté du 3 janvier 2017. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation de la décision du 21 février 2023.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2023, Mme D A C, représentée par Me Diakite, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " (CMI-S) ;

3) en conséquence, de fixer son taux d'incapacité comme étant égal ou supérieur à 80 % et

d'enjoindre au département de la Haute-Garonne de lui délivrer la CMI-S ;

4) de mettre à la charge de la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Garonne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- du fait de ses nombreuses pathologies, elle est fortement handicapée dans sa vie au quotidien et notamment pour ses déplacements ; la MDPH lui a reconnu un taux d'incapacité supérieur ou égal à 50 % et inférieur à 80 % ; elle souffre d'une chondropathie, de douleurs au genou et au niveau du rachis cervical, d'arthrose, d'aponévrose plantaire et de plusieurs thrombophlébites subies à la jambe gauche ;

- elle s'occupe seule de son fils de 12 ans et doit le conduire à ses activités scolaires et extrascolaires ;

- son handicap réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou impose qu'elle soit accompagnée d'une tierce personne dans ses déplacements.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2023, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le certificat médical produit à l'appui de la demande fait état de déficiences vasculaires, métaboliques et motrices n'entrainant aucune difficulté pour la marche et le périmètre de marche est bien supérieur à 200 mètres ; aucune aide technique ou humaine n'est nécessaire pour la marche ;

- le rejet d'attribution de la CMI mention " stationnement " est justifié ; la requérante à la date de son dépôt ne répondait pas aux critères d'attribution de la CMI-S ;

- aucun élément médical nouveau apparu à la suite de ce rejet ne justifie l'attribution de la CMI-S ; lors de son évaluation réalisée le 10 février 2023, l'équipe pluridisciplinaire a maintenu sa première analyse et a considéré qu'en l'absence de périmètre de marche inférieur à 200 mètres ou de besoin d'aide technique ou humaine pour se déplacer, Mme A C ne rencontrait toujours pas de difficultés suffisantes pour la marche pour justifier de l'attribution de la CMI-S.

Par décision du 26 septembre 2023, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. E a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C a sollicité la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " auprès de la maison départementale pour les personnes handicapées (MDPH) de la Haute-Garonne le 28 décembre 2021. Par la présente requête, Mme A C demande au tribunal d'annuler la décision du 21 février 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne, après avis de l'équipe pluridisciplinaire réunie le 10 février 2023, a refusé de faire droit à sa demande et confirmé sa décision du 25 octobre 2022.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse du 26 septembre 2023. Il n'y a par suite plus lieu de statuer sur les conclusions de l'intéressée tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions relatives à la CMI-S :

3. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles " BLa carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour () apprécier : () si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution () de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code () ".

4. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Aux termes enfin de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles, concernant le critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : " 1. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () "

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

6. Pour demander l'annulation de la décision du 21 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de délivrance de la CMI-S, Mme A C n'apporte aucun élément nouveau permettant de justifier qu'elle remplit les critères d'obtention. Les certificats médicaux produits par Mme A C à l'appui de sa demande font état de ses problèmes de santé sans indiquer qu'ils ont un impact sur ses capacités de déplacement. Aucun périmètre de marche n'est indiqué dans son dossier de demande où l'item " Besoin pour se déplacer à l'extérieur du domicile " n'a pas été coché. Enfin aucune aide technique ou humaine n'apparait nécessaire pour la marche. Dans ces conditions, Mme A C ne peut être regardée comme établissant qu'elle remplirait au moins l'une des conditions posées par l'arrêté précité du 3 janvier 2017 et elle n'est donc pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de CMI-S.

7. Il résulte de ce qui précède que, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A C, tendant, d'une part, à ce que son taux d'incapacité soit fixé à un minimum de 80 % et d'autre part, à ce que la CMI-S lui soit attribuée, doivent être également rejetées, de même que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A C est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D A C et au département de la Haute-Garonne.

Copie sera délivrée à Me Diakite et à la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain ELa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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