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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302382

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302382

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302382
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la demande de Mme B, bénéficiaire de l’aide personnelle au logement (APL), qui contestait les décisions de la CAF de la Haute-Garonne du 20 mars 2023 lui accordant une remise partielle de 50 % sur deux indus d’APL, et sollicitait une remise totale de ses dettes. La requérante invoquait sa situation financière précaire, marquée par un surendettement, des charges supérieures à ses revenus et une activité d’autoentrepreneur non rémunératrice. Le tribunal a statué sur le fondement des articles L. 553-2 du code de la sécurité sociale et L. 823-9 du code de la construction et de l’habitat, qui permettent une remise de dette en cas de précarité, sauf en cas de fausses déclarations. La solution retenue n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais le juge a examiné la situation de précarité de Mme B et les conditions de la remise partielle déjà accordée par la CAF.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2023 et un mémoire enregistré le 4 octobre 2024, Mme A B demande au tribunal :

1) d'annuler les décisions du 20 mars 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne a limité à 50 % la remise partielle d'un indu d'aide personnelle au logement (APL) d'un montant initial de 801,90 euros pour la période d'avril à novembre 2022, ainsi ramené à 400,95 euros et un indu d'APL d'un montant initial de 344,97 euros pour la période de janvier à mars 2022 ramené à 172,48 euros après remise de 50 % ;

2) de lui accorder la remise totale de ses dettes.

Elle soutient que :

- elle est dans l'incapacité financière de rembourser ses dettes ;

- elle a toujours déclaré ses ressources tous les trois mois au cours de l'année 2022 ; elle a oublié de déclarer son chiffre d'affaires pour son activité d'autoentrepreneur pour les mois de janvier, février et mars 2022 dont les chiffres d'affaires étaient nuls ;

- son activité d'autoentrepreneur lui rapporte peu de revenus ; elle a un dossier de surendettement en cours ; ses charges mensuelles sont plus importantes que ses ressources et elle n'arrive plus à payer en totalité son loyer ; elle a une dette envers son bailleur de 1 309,73 euros ;

- elle n'est plus salariée du rectorat de Toulouse ; elle est inscrite à France Travail et à l'URSSAF en tant que sophrologue mais cette activité ne lui rapporte aucun revenu ; elle est toujours en situation d'endettement auprès de la Banque de France ; ses dépenses mensuelles s'élèvent à 1 278,845 euros ; elle a perçu 1 276 euros de salaire en septembre 2024 et reçoit 237,91 euros de prime d'activité.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2023, la CAF de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B au paiement du solde des indus de 555,43 euros et à la somme de 200 euros au titre des frais engagés dans cette instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les ressources de Mme B n'étaient pas correctement déclarées ; le dossier de Mme B a été redressé générant deux indus ;

- elle a estimé que Mme B était en situation de précarité et lui a accordé une remise partielle de ses dettes de 50 % ;

- une remise totale de l'indu d'allocation de rentrée scolaire lui a été accordée le 20 mars 2023 ;

- la CAF n'est pas concernée par la procédure de surendettement de 2020 car les indus ont été générés en 2022.

Par un courrier du 26 octobre 2023, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de relever d'office, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, l'irrecevabilité des conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne tendant à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 555,43 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitat ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est bénéficiaire de l'APL. En novembre 2022, la base ressource mensuelle a révisé ses ressources ainsi que celles de ses enfants. Au vu de cette révision, deux indus ont été générés. Par deux décisions du 20 mars 2023, une remise de 50 % de ses dettes lui a été accordée. Par la présente, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions en tant que ne lui a pas été accordée la remise totale de ses dettes.

Sur la demande de remise de dette des indus d'APL :

2. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement d'indu d'aide personnelle au logement en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ". Aux termes de l'article R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " () Lorsqu'il est saisi d'une demande de remise gracieuse de dette relative à un trop-perçu au titre d'une aide personnelle au logement ou d'une prime de déménagement, sans que soit contesté le bien-fondé de la dette, l'organisme payeur en accuse réception par tout moyen permettant de lui conférer date certaine, dans les quinze jours suivant la réception de la demande. / Le directeur de l'organisme payeur statue sur la demande de remise gracieuse après avis de la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 825-2. / Il dispose d'un délai de deux mois pour notifier sa décision à la personne intéressée. / Faute d'une décision du directeur de l'organisme payeur portée à la connaissance de l'intéressé dans ce délai de deux mois, la demande de remise gracieuse de dettes est réputée rejetée. / La décision prise dans ces conditions peut faire l'objet d'un recours contentieux sans recours administratif préalable. "

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

4. Pour solliciter la remise totale de ses dettes, Mme B, dont la bonne foi a été reconnue par la CAF qui lui a accordé une remise partielle de 50 % de ses dettes et qu'il n'y a pas lieu de remettre en cause, soutient que sa situation financière ne lui permet pas de s'acquitter du remboursement des indus d'APL laissés à sa charge de 555,43 euros. Il résulte de l'instruction et notamment des pièces produites par Mme B que ses charges fixes s'élèvent à 1 278,85 euros par mois, que son contrat auprès du rectorat de Toulouse a pris fin en août 2024 (salaire de 1 502,78 euros net et montant net social de 1 448,06 euros) et qu'elle a pu obtenir un contrat à durée déterminée d'un mois en septembre 2024 (salaire de 1 276,24 euros). En conséquence, Mme B est dans l'incapacité de rembourser ses dettes qui dépassent ses capacités contributives. Il y a donc lieu d'annuler les décisions du 20 mars 2023 de la CAF de la Haute-Garonne et d'accorder à Mme B la remise totale de ses dettes à hauteur de 555,43 euros.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la CAF de la Haute-Garonne :

5. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose, du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Par suite, les conclusions de la CAF de la Haute-Garonne tendant à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 555,43 euros sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur la demande de frais de procès :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de de Mme B qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par la CAF de la Haute-Garonne doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 20 mars 2023 rendues par la CAF de la Haute-Garonne sont annulées.

Article 2 : Une remise totale des dettes en litige, à hauteur de 555,43 euros, est accordée à Mme B.

Article 3 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne tendant à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 555,43 euros et celles tendant au bénéfice de frais de procès sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain CLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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