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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2302623

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2302623

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2302623
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la demande de Mme B visant à obtenir la remise totale d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 1 497,51 euros, pour lequel le département de la Haute-Garonne n’avait accordé qu’une remise partielle de 20 %. La requérante soutenait avoir déclaré tous ses changements de situation et invoquait sa situation financière précaire. Le tribunal a rejeté sa demande, considérant que l’indu était fondé sur la perception de salaires entre février et avril 2022, ce qui excluait l’application de la mesure de neutralisation des ressources prévue à l’article R. 262-13 du code de l’action sociale et des familles. La solution retenue confirme ainsi le bien-fondé de l’indu et le refus d’une remise totale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2023 et des pièces enregistrées le 22 avril 2024, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :

1) d'annuler la décision du 13 avril 2023 du président du conseil départemental de la Haute-Garonne a limité à 20 % la remise de dette accordée pour un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 1 497,51 euros pour la période de février à avril 2022, ainsi ramené à la somme de 1 198,01 euros ;

2) de lui accorder une remise totale de sa dette.

Elle soutient que :

- elle a transmis à la CAF tous ses changements de situation au plus vite ; elle est seule et sans emploi ;

- elle est souvent à découvert mais fait en sorte de payer ses factures ; elle a trouvé un emploi pour le mois de mai 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2023, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;

- l'indu est la conséquence de la remise en cause d'une mesure de neutralisation de ses ressources prévue par l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que Mme B a travaillé occasionnellement entre février et avril 2022 et a déclaré un salaire en mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, ont été entendus le rapport de M. D a été entendu, les observations de Mme B qui précise avoir fait toutes ses déclarations dans les temps, indique qu'elle est désormais en arrêt maladie depuis février 2024, en affection longue durée depuis le 5 avril 2024 et enfin qu'elle perçoit 35 euros par jour d'indemnités journalières, une prime d'activité à hauteur de 202 euros et 70 euros d'aide personnalisée au logement, alors que son loyer est de 665 euros, et les observations de Mme C, pour le département de la Haute-Garonne, qui persiste dans ses écritures, puis la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité et obtenu le bénéfice du RSA à compter du mois de juillet 2021. Par courrier du 10 octobre 2022, la CAF lui a notifié un indu de RSA de 1 497,51 euros pour la période du 1er février au 31 mai 2022. Ce trop-perçu est dû à une neutralisation à tort des revenus professionnels de Mme B. Par courriel en date du 12 octobre 2022, Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision et demandé la remise totale de sa dette.

Sur le bien-fondé de l'indu de RSA :

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article L. 262-13 du même code : " Il n'est tenu compte ni des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu mentionnées à l'article R. 262-12, ni des allocations aux travailleurs involontairement privés d'emploi mentionnées par les articles L. 5422-1 et L. 5423-1 du code du travail, lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. / Les autres ressources ne sont pas prises en compte, dans la limite mensuelle du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 fixé pour un foyer composé d'une seule personne, lorsqu'il est justifié que leur perception est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. / Lorsque la perception des ressources mentionnées aux deux alinéas précédents est rétablie, celles-ci sont prises en compte pour le calcul du revenu de solidarité active à compter du réexamen périodique mentionné à l'article L. 262-21 suivant la reprise de perception desdites ressources. () " Aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

3. Pour contester le solde de l'indu mis à sa charge, Mme B affirme qu'elle a transmis à la CAF tous les documents demandés. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des documents transmis par Pôle emploi que Mme B a perçu des salaires en février, mars et avril 2022 et que, dès lors, il n'y avait pas lieu d'appliquer la mesure de neutralisation prévue par les dispositions précitées de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, Mme B n'est pas fondée à contester l'indu de RSA mis à sa charge.

Sur la demande de remise gracieuse de l'indu :

4. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prestation en litige ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

6. Mme B soutient, pour demander la remise totale de sa dette, que sa situation ne lui permet pas de rembourser sa dette. Elle justifie de dépenses mensuelles, pour le gaz et l'électricité à hauteur de 70 euros, portées à environ 100 euros pour 2024/2025, de factures de téléphonie de 31,50 euros et d'un revenu net imposable de 1 512,38 euros constitué d'indemnités maladie, du versement de la prime d'activité à hauteur de 72,90 euros par mois ainsi que d'une aide personnalisée au logement de 23 euros. Son loyer s'élève à 642,95 euros y compris les charges auxquelles s'ajoutent environ 10 euros pour l'enlèvement des ordures ménagères. A la barre, elle précise que son loyer est désormais de 665 euros et que ses ressources ont diminué et s'établissent environ à 1 340 euros par mois. Dans ces conditions, elle n'établit pas être dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait rembourser le solde de l'indu laissé à sa charge, qui s'élève à 1 198,01 euros. Mme B peut, si elle s'y croit fondée, demander un échelonnement de ses remboursements adapté à sa situation financière.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et au président du conseil départemental de de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain D La greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef

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