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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303196

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303196

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303196
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en juge unique, a rejeté la requête de Mme C contestant un indu de 250 euros d’aide exceptionnelle de solidarité (AES) réclamé par la CAF de la Haute-Garonne. Le juge a estimé que la décision de la commission de recours amiable était régulière et que l’indu était fondé, Mme C ne justifiant pas d’une résidence stable et continue en France durant les périodes de versement du RSA. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’action sociale et des familles et du décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2023, Mme B C, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 17 avril 2023 de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne (CAF) portant rejet de son recours administratif concernant un trop-perçu d'aide exceptionnelle de solidarité (AES) d'un montant de 250 euros ;

2) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 250 euros ou subsidiairement de lui accorder la remise gracieuse de cette somme ;

3) de condamner l'État à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours amiable (CRA) ne comporte ni le nom, ni le prénom, ni la signature de l'auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; la circonstance que le courrier d'accompagnement soit signé ne saurait régulariser ce vice ;

- aucun texte ne prévoit que les CAF peuvent récupérer un tel indu sur d'autres prestations ; l'article L 262-46 du code de l'action sociale et des familles a été méconnu en ce que la procédure de récupération de l'indu par la CAF n'est pas prévue par les textes ;

- elle résidait en France de façon stable et continue et avait donc droit au revenu de solidarité active ; l'indu est infondé.

Par des observations enregistrées le 3 octobre 2023, la CAF de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme C d'une somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- lorsque les organismes débiteurs de prestations versent l'AES, ils agissent pour le compte de l'État ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Le préfet de la Haute-Garonne n'a pas produit dans la présente instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire aux ménages et aux jeunes de moins de vingt-cinq ans les plus précaires ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D de E pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. D de E a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a reçu une aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 250 euros au titre du revenu de solidarité active (RSA) pour les mois de septembre et octobre 2020 en tant que personne seule avec un enfant à charge. A la suite d'un contrôle diligenté par la CAF, la résidence en France de Mme C au cours des années 2020 et 2021, périodes durant lesquelles elle percevait le RSA, a été remise en cause. Par décision en date du 1er octobre 2022, la CAF a informé Mme C qu'une régularisation de ses droits était intervenue et qu'elle était redevable d'un trop-perçu d'AES de 250 euros pour les mois de septembre et octobre 2020. Mme C a accusé réception d'une mise en demeure le 8 février 2023 et a formé un recours gracieux par lequel elle a contesté la régularisation faite par la CAF. Par la décision attaquée du 17 avril 2023, le directeur de la CAF de la Haute-Garonne a rejeté le recours de Mme C.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur l'étendue du litige :

3. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, et notamment pas du décret du 27 novembre 2020 visé ci-dessus qui institue l'aide exceptionnelle de solidarité, que la décision de récupération de l'indu de cette prime devrait faire l'objet d'un recours administratif préalable à défaut duquel l'intéressé serait irrecevable à saisir le juge pour la contester. Ainsi, dans le cas où l'intéressé forme un recours administratif contre une telle décision, ainsi qu'il en a le loisir, la décision rejetant ce recours ne se substitue pas à la décision initiale.

5. Si Mme C demande seulement l'annulation de la décision du 17 avril 2023 portant rejet de son recours gracieux, elle doit être regardée, eu égard à ce qui a été dit au point 3, comme demandant également l'annulation de la décision initiale du 1er octobre 2022.

Sur la régularité de la décision du 1er octobre 2022 :

6. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 novembre 2020 : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles () . Aux termes de l'article 2 du même décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois de septembre ou d'octobre ne soit pas nul. () V. - Les bénéficiaires de l'une des allocations mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 6° de l'article 1er ont également droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 100 euros par enfant à charge () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " L'aide exceptionnelle de solidarité prévue par le présent décret est à la charge de l'État. Elle est versée directement aux foyers bénéficiaires par les organismes débiteurs des prestations mentionnées à l'article 1er. " Aux termes de l'article 4 du même décret : " () II. - Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale, le 13° de l'article 11 de l'ordonnance du 26 septembre 1977 susvisée et l'article 13 de l'ordonnance du 7 février 2002 susvisée sont applicables au recouvrement des montants indûment versés de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret par les caisses d'allocations familiales () ".

7. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

8. La décision du 1er octobre 2022 n'est pas signée. Par suite, cette décision, qui méconnait les dispositions précitées au point 7, doit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur la décision du 17 avril 2023 :

9. En premier lieu, en l'absence de caractère obligatoire du recours exercé par la requérante contre la décision du 1er octobre 2022, la décision prise sur recours ne se substitue pas à la décision initiale. Dès lors, la requérante ne peut pas utilement critiquer les vices propres de la décision par laquelle l'administration a rejeté son recours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 17 avril 2023 aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

10. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

11. Pour mettre à la charge de Mme C l'indu en litige, la CAF s'est fondée sur l'absence de droit au RSA de l'intéressée pour les mois de septembre ou d'octobre 2020. Toutefois, si Mme C soutient qu'elle avait droit au RSA pendant cette période, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'enquête diligenté par un agent assermenté de la CAF, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C résidait hors de France durant la période d'octobre 2019 à juillet 2021. Si le rapport d'enquête confirme bien une adresse de Mme C chez ses parents en Haute-Garonne, il relève également que sa fille, A, est née en Espagne le 22 février 2020 et qu'elle y est soignée. L'acte de naissance de A indique que les parents résident à Valence. En outre, le conjoint de Mme C vit de manière définitive en Espagne depuis 2019 puis au Congo depuis 2021. Par ailleurs, Mme C n'a bénéficié d'aucun soin en France entre le mois de décembre 2019 et le mois de mai 2021. Aucun mouvement n'a eu lieu durant cette période sur son compte bancaire, exceptés deux retraits de 1 500 euros chacun à Tournefeuille, les 19 octobre 2020 et 7 octobre 2021, qui ne permettent pas d'établir la réalité d'une résidence stable et continue en France, et quatre télédéclarations ont été effectuées à partir de l'étranger. Pour établir la réalité de sa vie en France, Mme C soutient qu'elle n'a jamais dépassé la limite de trois mois de séjours en Espagne, qu'elle résidait chez ses parents à Tournefeuille, qu'après la naissance de sa fille, elle a été mère célibataire, et n'a pas eu d'autres revenus qu'une pension alimentaire versée par son père de 5 000 euros par an, que l'absence de mouvements bancaires s'explique par le fait qu'elle était entretenue par ses parents, qu'elle s'est remise en couple avec le père de l'enfant avant son départ au Congo en décembre 2020 et qu'elle a continué à résider chez ses parents en 2021, et enfin que sa belle-mère venait chercher l'enfant pour qu'elle soit suivie médicalement en Espagne. Elle produit une facture de réparation automobile du 29 juin 2020, copie du passeport de sa fille A délivré le 22 janvier 2021, et un courrier attestant qu'une infraction au code de la route a été commise à Luscan le 9 octobre 2020. Elle produit également des relevés de soins qui attestent de sa présence en France le 28 août 2019, les 12 et 14 novembre 2019, les 26 et 27 novembre 2019 et les 26 et 28 décembre 2019, de même que le 10 mai 2021. Toutefois, alors que le contrôleur assermenté a relevé de nombreux indices permettant de conclure à l'absence de présence en France de Mme C entre octobre 2019 et juillet 2021, et compte tenu de ce qui a été dit plus haut, les éléments fournis par Mme C ne permettent au mieux que de conclure à une présence ponctuelle en France de l'intéressée, notamment pendant sa période de grossesse, mais en aucun cas à la réalité d'une vie stable et continue en France entre octobre 2019 et juillet 2021. Par suite, ainsi que l'a d'ailleurs jugé ce tribunal par un jugement du 18 octobre 2023, devenu définitif, Mme C n'avait pas droit au bénéfice du RSA, en l'absence de résidence en France, en septembre ou en octobre 2020. Elle ne pouvait donc bénéficier de l'aide exceptionnelle de solidarité qui a été à bon droit mise à sa charge.

12. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale rendu applicable à la récupération d'indu d'aide exceptionnelle de solidarité par les dispositions de l'article 4 du décret du 27 novembre 2020 : " Tout paiement indu de prestations familiales peut, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, être récupéré par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution ". Il résulte de ces dispositions qu'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité peut être recouvré par prélèvement sur d'autres prestations. Par suite, la requérante n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que des prélèvements seraient, le cas échéant, dépourvus de base légale.

Sur les conclusions à fin de décharge :

13. La décision du 1er octobre 2022 mettant à la charge de Mme C un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 250 euros est annulée par le présent jugement pour un motif de régularité formelle. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 11, Mme C n'a pas droit à cette aide. Dès lors, les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 250 euros présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur la remise gracieuse :

14. Aux termes de l'article 4 du décret du 27 novembre 2020 : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu. () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () "

15. Ainsi qu'il résulte du rapport d'enquête, Mme C a omis sciemment de déclarer sa résidence hors de France entre octobre 2019 et juillet 2021. Une telle omission révèle une manœuvre frauduleuse qui fait obstacle à toute remise de dette. Par suite, les conclusions de l'intéressée tendant à titre subsidiaire à la remise de sa dette doivent être rejetées.

Sur la demande de frais de procès :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante au principal dans la présente instance, la somme que demande Mme C sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la CAF sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er octobre 2022 de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, à Me Desfarges, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne, et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain D de E La greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2303196

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