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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303394

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303394

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303394
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse, statuant en juge unique, a rejeté la requête de l'UDAF de l'Aveyron, agissant en tant que tutrice de Mme C, qui contestait le refus du département de Tarn-et-Garonne de lui accorder l'aide sociale à l'hébergement. Le tribunal a estimé que les ressources de Mme C, incluant la participation de ses obligés alimentaires, étaient suffisantes pour couvrir les frais d'hébergement en EHPAD, conformément aux articles L. 132-1 et L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2023, l'Union départementale des associations familiales (UDAF) de l'Aveyron agissant en qualité de tutrice de Mme D C, en vertu d'une décision du juge des tutelles en date du 1er décembre 2022, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1) d'annuler la décision du 6 avril 2023, prise sur recours préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande d'admission à l'aide sociale à l'hébergement à compter du 9 juin 2022 ;

2) d'enjoindre au président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne de l'admettre à l'aide sociale à l'hébergement.

Elle soutient que :

- Mme C est hébergée dans l'établissement d'hébergement des personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Genévriers 63 rue du Centre à Saint-Martory (31360) depuis le 9 juin 2022 puis, dans celui de Bellevue Quartier du Baldy à Decazeville (12300) depuis le 28 septembre 2022 ;

- les revenus mensuels de Mme C n'étaient pas suffisants pour prendre en charge les frais d'hébergement à l'EHPAD Les Genévriers de Saint-Martory qui s'élevaient à 1 884,90 euros ;

- à la date de dépôt de demande de l'aide sociale, les ressources de la requérante, constituées d'une obligation alimentaire de 500 euros et de l'allocation personnelle au logement de 132 euros, s'élèvent à 632 euros ; elles sont inférieures au montant de l'hébergement de 1 884,90 euros ;

- la situation de Mme C reste sensiblement la même depuis qu'elle a intégré l'EHPAD Bellevue le 28 septembre 2022 dont les frais d'hébergement s'élèvent à 1 807, 43 euros par mois ;

- il est très aléatoire d'envisager une participation des obligés alimentaires à hauteur de 1 607 euros, ainsi que l'a estimé le département de Tarn-et-Garonne, alors qu'aucun élément tangible ne permet avec certitude d'affirmer que les ressources et les charges de chaque obligé alimentaire permettront une participation à cette hauteur.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, le département de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. F de G pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. F de G a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un changement d'établissement, le juge des tutelles a, le 1er décembre 2022, maintenu la mesure de tutelle pour une durée de 120 mois en désignant l'UDAF Aveyron en qualité de tuteur de Mme C. Le 21 juillet 2022, par l'intermédiaire de l'UDAF, Mme C a déposé une demande d'aide sociale à l'hébergement auprès du centre communal d'action sociale de Nègrepelisse, sa commune de secours. Par décision du 28 décembre 2022, le conseil départemental de la Haute-Garonne, après la prise en compte de la participation des obligés alimentaires de Mme C, a rejeté la demande d'aide sociale à l'hébergement au motif de ressources suffisantes. Par courrier du 27 février 2023, l'UDAF Aveyron a formé un recours préalable qui a été rejeté par le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne par décision du 6 avril 2023 dont l'UDAF Aveyron demande l'annulation.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne à l'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. En vertu de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 132-3 du même code : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret. () ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. () / La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire () ". Aux termes de l'article L. 133-3 du même code : " Par dérogation aux dispositions qui les assujettissent au secret professionnel, les agents des administrations fiscales sont habilités à communiquer aux commissions prévues au chapitre IV du présent titre et aux autorités administratives compétentes les renseignements qu'ils détiennent et qui sont nécessaires pour instruire les demandes tendant à l'admission à une forme quelconque d'aide sociale ou à la radiation éventuelle du bénéficiaire de l'aide sociale. " Aux termes de l'article R. 132-9 du même code : " Pour l'application de l'article L. 132-6, le postulant fournit, au moment du dépôt de sa demande, la liste nominative des personnes tenues envers lui à l'obligation alimentaire définie par les articles 205 à 211 du code civil, lorsqu'il sollicite l'attribution d'une prestation accordée en tenant compte de la participation de ses obligés alimentaires. / Ces personnes sont invitées à fixer leur participation éventuelle aux dépenses susceptibles d'être engagées en faveur du postulant ou à l'entretien de ce dernier. / La décision prononcée dans les conditions prévues par l'article L. 131-2 est notifiée à l'intéressé et, le cas échéant, aux personnes tenues à l'obligation alimentaire en avisant ces dernières qu'elles sont tenues conjointement au remboursement de la somme non prise en charge par le service d'aide sociale et non couverte par la participation financière du bénéficiaire. A défaut d'entente entre elles ou avec l'intéressé, le montant des obligations alimentaires respectives est fixé par l'autorité judiciaire de la résidence du bénéficiaire de l'aide sociale. "

4. Il résulte de ces dispositions que si le juge de l'aide sociale, pour se prononcer sur le montant de l'aide que doit apporter la collectivité publique, est appelé à apprécier la contribution globale que peuvent apporter les obligés alimentaires, sans qu'il soit en son pouvoir de fixer la charge individuelle assignée à chacun, ce que seul peut faire le juge judiciaire. Il lui revient néanmoins d'évaluer l'effectivité de l'évaluation des capacités individuelles à laquelle a procédé le département. En revanche, il n'a plus à le faire si la question a été tranchée par le juge judiciaire, dont la décision s'impose à lui.

5. Il résulte de l'instruction que les ressources disponibles de Mme C s'élevaient au montant de 715,51 euros, après déduction de la somme mensuelle qui doit être laissée à sa disposition en vertu de l'article L. 132-3 du code de l'action sociale et des familles, et des dépenses exclusives de tout choix de gestion. Les frais d'hébergement s'élèvent, ticket modérateur compris, à la somme de 1 880,36 euros pour l'hébergement de Saint-Martory et de 1 802,49 euros pour l'hébergement à Decazeville. Conformément aux dispositions précitées de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles, le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne a évalué le montant de l'obligation alimentaire mise à la charge des trois enfants de la requérante, pour lesquels les services du département de Tarn-et-Garonne ont pu obtenir les informations nécessaires des services fiscaux en vertu des dispositions de l'article L. 133-3 du code de l'action sociale et des familles précitées au point 3. Ainsi, le montant de la capacité contributive de M. B C, fils ainé de la requérante, a été fixé à 288 euros, celui de M. A C, fils cadet de Mme C, a été fixé à 952 euros et enfin, celui de sa fille, Mme E C, à 367 euros. Le montant total de la contribution des obligés alimentaires de Mme C s'élève ainsi à 1 607 euros par mois, montant qui, ajouté à ses ressources propres, permet de couvrir, ainsi que le fait valoir le département de Tarn-et-Garonne, les frais d'hébergement de l'intéressée. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne a pu refuser l'admission à l'aide sociale à l'hébergement de Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à l'Union départementale des associations familiales de l'Aveyron, en qualité de tutrice de Mme D C, et au département de Tarn-et-Garonne.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain F de G La greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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