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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2303395

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2303395

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2303395
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la demande de Mme C visant à obtenir la carte mobilité inclusion portant la mention "stationnement" (CMI-S), après le rejet de son recours par le président du conseil départemental du Lot le 6 avril 2023. La requérante invoquait une aggravation de son état de santé, notamment des problèmes de dos et une réduction de sa capacité de déplacement. Le tribunal a rejeté sa requête, considérant que les éléments médicaux fournis, dont un certificat mentionnant un périmètre de marche de 1 à 2 km, ne démontraient pas une réduction importante et durable de sa mobilité pédestre ou la nécessité d'un accompagnement systématique, conditions requises par l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles. La décision s'appuie sur cet article et l'arrêté du 3 janvier 2017 définissant les modalités d'appréciation de la mobilité réduite.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2023, un mémoire enregistré le 10 janvier 2024 et des pièces enregistrées les 29 janvier 2024, 23 mai 2024 et 5 novembre 2024 (non communiquée), Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 26 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Lot a rejeté son recours, qui tend à l'octroi de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " (CMI-S), comme irrecevable.

Elle soutient que :

- elle a demandé le renouvellement de la CMI-S qui lui a été refusé alors que son état de santé s'est aggravé à la suite d'une hernie discale qui a été opérée et fait l'objet de multiples thermo-coagulations ; elle est suivie par un kinésithérapeute, un acuponcteur et fait de la rééducation en piscine ; elle a subi une arthrodèse sur trois vertèbres suite à une paralysie partielle et un neuro-stimulateur a dû être posé sur la moelle épinière en raison de douleurs incessantes ;

- sa capacité de déplacement est fortement réduite et elle souffre d'algus valgus aux deux pieds.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2024, le département du Lot conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision susceptible d'un recours contentieux est celle du 6 avril 2023, prise sur recours préalable à l'encontre d'une décision du 22 février 2023 ; la décision attaquée n'est pas produite, en méconnaissance des articles R. 412-1 et R. 421-1 du code de justice administrative ; la requête est donc irrecevable ;

- en tout état de cause, Mme C ne remplit pas les conditions permettant la délivrance de la CMI-S ; il a transmis à Mme C les pièces de son dossier médical afin qu'elle puisse les transmettre au tribunal ; un certificat médical du 30 septembre 2022 mentionne un périmètre de marche de 1 à 2 km ;

- la CMI-S lui avait été délivrée alors que son périmètre de marche était réduit à 50 m suite à une opération du rachis lombaire ; le certificat du 17 octobre 2023 d'un médecin généraliste indiquant que son état de santé nécessite la présence d'une tierce personne pour les besoins de la vie courante ne permet pas d'établir que le critère d'un accompagnement pour tous ses déplacements extérieurs serait satisfait.

Par un courrier du 17 mai 2024, le greffe du tribunal a demandé à Mme C de régulariser sa requête par la production de la décision du 6 avril 2023, prise sur recours préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental du Lot a rejeté sa demande du bénéfice de la CMI-S.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. E a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal de lui attribuer le bénéfice de la CMI-S, refusée par une décision du 6 avril 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental du Lot a confirmé sa décision initiale du 22 février 2023.

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles " ALa carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour () apprécier : () si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution () de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code () ".

3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Aux termes enfin de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles, concernant le critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : " 1. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () "

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Pour établir qu'elle remplirait les conditions posées par les dispositions précitées au point 3 permettant le renouvellement de la CMI-S qui lui avait été attribuée, Mme C produit deux comptes rendus opératoires des 4 et 9 mars 2023 relatif à l'implantation d'électrode de stimulation de la moelle épinière et un certificat du 17 octobre 2023, par un médecin généraliste, qui certifie que l'état de santé de Mme C " nécessite la présence d'une tierce personne à ses côtés pour les actes de la vie courante ". Mme C fait état de diverses pathologies qui ont pu justifier, en 2017, la délivrance de la CMI-S à la suite d'une opération du rachis lombaire ayant réduit son périmètre de marche à 50 m. D, il résulte de son dossier de demande que son périmètre de marche est de 1 à 2 km, et qu'une aide technique n'est utilisée, en extérieur, que pour les déplacements supérieurs à 50 m. Le dossier précise que Mme C n'a pas besoin d'être accompagnée dans ses déplacements et les déplacements extérieurs sont réalisés avec difficulté mais sans aide humaine. Dans ces conditions, ainsi que le fait valoir le département du Lot en défense, elle n'établit pas qu'elle remplirait au moins l'une des conditions posées par l'arrêté précité du 3 janvier 2017 et elle n'est donc pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Lot a refusé de lui renouveler le bénéfice de la CMI-S.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B C et au département du Lot.

Copie sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées du Lot.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Alain ELa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet du Lot, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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