mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2303462 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Cellule juge unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2023 et des pièces et mémoires enregistrés les 20 juin 2023, 30 juin 2023, 5 juillet 2023, 10 juillet 2023, 19 juillet 2023, 21 juillet 2023, 22 juillet 2023, 29 juillet 2023, 31 juillet 2023, 3 août 2023, 15 août 2023, 30 août 2023, 6 octobre 2023, 8 octobre 2023, 9 octobre 2023, 27 octobre 2023, 6 décembre 2023, 14 décembre 2023, 23 janvier 2024, 24 janvier 2024, 7 février 2024, 19 février 2024, 23 février 2024, 27 février 2024 et 29 février 2024, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1) d'annuler la décision du 21 mars 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne a confirmé un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 4 310,48 euros pour la période de mai 2021 à novembre 2022 ;
2) d'annuler la décision du 10 juillet 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne lui a infligé une amende administrative d'un montant de 646 euros ;
3) de lui accorder la remise totale de sa dette ;
4) de la décharger de la somme de 646 euros.
Elle soutient que :
- elle ne conteste pas le bien-fondé de sa dette ;
- elle n'a jamais eu l'intention de frauder mais elle ignorait qu'elle devait déclarer ses périodes d'absence du territoire français ;
- elle était engagée dans un processus d'expatriation lorsqu'elle a rencontré d'importants problèmes immobiliers ; elle doit changer fréquemment de logement entre la France et l'Espagne ;
- sa résidence fiscale est en France ; les différents hébergements à titre gratuit dont elle a pu bénéficier ont été signalés à Pôle Emploi, au Trésor public et aux différentes administrations ;
- elle pense avoir fait l'objet d'une dénonciation car elle n'a pas caché la préparation de son expatriation depuis de nombreuses années, avec un projet de travail à distance sur internet ; au regard de son projet de reconversion, elle ne recherche d'ailleurs pas un emploi en France ;
- si elle avait souhaité frauder, elle aurait demandé à son père de dissimuler l'existence de son logement en Espagne, ce qu'elle n'a pas fait ;
- elle ne sait pas comment le nombre de jours d'absence du territoire français a été calculé, puisqu'elle est incapable elle-même d'en faire le décompte ; en ce qui concerne la durée de 92 jours de résidence à l'étranger, elle a toujours cru qu'il s'agissait de plusieurs périodes annuelles qui ne pouvaient dépasser 92 jours ;
- elle a fait des allers-retours à certaines périodes en Espagne mais elle n'a jamais affirmé y avoir résidé de 2020 à 2022.
Des mémoires et des pièces ont été enregistrés pour Mme B les 19 mai 2024, 8 octobre 2024, 27, 28 et 30 octobre 2024 et 13 novembre 2024 et n'ont pas été communiqués.
Par des mémoires en défense enregistrés les 12 septembre 2023 et 17 octobre 2023, le département de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à la suite d'un contrôle par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Tarn-et-Garonne, le 27 septembre 2022, il a été constaté que Mme B ne résidait pas de façon régulière sur le territoire français et qu'elle n'a jamais déclaré à la CAF sa résidence hors de France ;
- à l'issue de cet entretien, il a été rappelé à Mme B que, pour bénéficier du RSA, elle ne devait pas séjourner plus de 92 jours en dehors du territoire français et que le droit aux prestations familiales est subordonné à l'existence d'une résidence principale en France ;
- depuis mars 2020, Mme B n'a plus de résidence principale en France et a séjourné à l'étranger du 5 mars 2020 au 4 juillet 2021, du 24 décembre 2021 au 20 avril 2022 et du 22 octobre 2022 ; elle a donc séjourné 302 jours à l'étranger en 2020, 185 jours en 2021 et 183 jours en 2022 ;
- Mme B n'a jamais déclaré ce changement de situation à la CAF et compte tenu de ses omissions de déclarations répétées sur la période de mai 2021 à novembre 2022, son attitude doit être regardée comme une omission délibérée à son obligation déclarative ;
- la requérante n'a pas exercé son pouvoir de recours contentieux dans le délai de deux mois à partir de la notification de la décision de refus de remise de dette.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. C a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B bénéficiait du RSA depuis 2015. À l'issue d'un contrôle de situation de la CAF de Tarn-et Garonne en septembre 2022, le contrôleur assermenté a constaté que Mme B ne résidait pas de façon régulière sur le territoire français. La CAF de Tarn-et-Garonne a alors procédé à la régularisation de dossier de la requérante et par courrier du 6 février 2023, l'a informée d'un indu global de prestations familiales d'un montant de 4 462,63 euros et qu'une suspicion de fraude avait été retenue. Par courrier du 13 mars 2023, Mme B a sollicité une remise gracieuse de sa dette. Par courrier du 11 mai 2023, portant notification préalable à la procédure de sanction en cas de fraude au RSA, Mme B a été informée d'un indu RSA d'un montant de 4 310,48 euros pour la période de mai 2021 à novembre 2022 et des sanctions encourues. Par courrier du 10 juillet 2023, Mme B a été informée que la fraude avait été retenue par la commission départementale des fraudes au RSA et qu'une sanction administrative de 646 euros au titre d'une non-déclaration de son départ à l'étranger s'ajoutait à l'indu de 4 310,48 euros. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant d'une part, l'annulation de la décision du 21 mars 2023 en ce qu'elle rejette sa demande de remise de dette et d'autre part, l'annulation de la décision du 10 juillet 2023 en ce qu'elle établit une sanction administrative. La requérante demande ainsi la remise gracieuse de la dette de 4 310,48 euros ainsi que la décharge du paiement de l'amende de 646 euros.
Sur le bien-fondé de l'amende administrative :
2. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième et huitième alinéas du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente pour connaître des recours à l'encontre des contraintes délivrées par le président du conseil départemental est la juridiction administrative () ". Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".
3. Pour solliciter l'annulation de la sanction administrative, Mme B fait valoir son droit à l'erreur. La requérante qui, par ailleurs, ne conteste pas le bien-fondé de l'indu, affirme qu'elle ignorait devoir déclarer ses déplacements en dehors du territoire français ; elle explique qu'elle ne savait pas que les 92 jours se calculaient sur l'année et non par période de déplacement. En outre, elle ne conteste pas être propriétaire d'un logement à Ténérife (Espagne) depuis février 2020 et d'avoir vendu sa résidence principale en France ; elle ne conteste pas non plus ses nombreux séjours à l'étranger notamment en 2020, 2021 et 2022 comme le souligne le rapport d'enquête. Enfin, elle affirme ne pas chercher un emploi en France. Toutefois, il résulte du rapport d'enquête consécutif au contrôle inopiné du 27 septembre 2022, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que sur la période de mai 2021 à novembre 2022, Mme B a omis de déclarer ses déplacements à l'étranger. En outre, elle a déclaré au service de la CAF qu'elle habitait chez son père alors que tel n'était pas le cas, Mme B faisant état de problèmes relationnels. Les seules affirmations de la requérante selon lesquelles elle avait de grandes difficultés à savoir si elle souhaitait vivre en France ou s'expatrier en Espagne ne faisaient pas obstacle à ce qu'elle déclare ses changements de résidence et indique sa résidence réelle. En outre, Mme B a loué son logement en Espagne sans déclarer les revenus issus de cette location. Dans ces conditions, la bonne foi de Mme B ne peut être admise et ses omissions déclaratives doivent être regardées comme délibérées. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 juillet 2023 lui infligeant une amende administrative de 646 euros.
4. Il résulte ce qui précède que les conclusions de Mme B dirigées contre la sanction administrative doivent être rejetées.
Sur la demande de remise gracieuse :
5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
6. Ainsi qu'il a été établi au point 3 de la présente décision, la bonne foi de Mme B ne peut être retenue. Dès lors, les dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code l'action sociale et des familles font obstacle à toute remise de dette.
7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de Mme B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et au président du conseil départemental de Tarn-et-Garonne.
Copie sera délivrée à la caisse d'allocations familiales de Tarn-et-Garonne.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
Alain CLa greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026