jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2304064 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SERDAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juillet 2020 et 30 avril 2021, le centre communal d'action sociale de Puylaurens, représenté par Me De Caunes, a demandé au tribunal :
1°) de condamner in solidum la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), la société Espagno et Milani architectes et la société Quercy Confort au paiement de la somme de 38 037,60 euros au titre des travaux de reprise du réseau d'alimentation eau froide de la climatisation et celle de 42 398,40 euros au titre des travaux de reprise du chauffage ;
2°) de condamner in solidum la société SMABTP, la société Espagno et Milani architectes et la société Quercy Confort à lui rembourser la somme de 3 005,30 euros au titre des travaux de réparation effectués, de 1 440 euros au titre des honoraires de l'expert conseil et de 624,09 euros au titre des honoraires de l'huissier de justice, avec les intérêts légaux à compter du jugement à venir ;
3°) de condamner in solidum la société SMABTP, la société Espagno et Milani architectes et la société Quercy Confort au paiement de la somme de 55 250 euros au titre des dommages et intérêts correspondant à la surconsommation de fioul et de 10 000 euros au titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice de jouissance ;
4°) de mettre à la charge in solidum de la société SMABTP, de la société Espagno et Milani architectes et de la société Quercy Confort la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutenait que :
- l'expert judiciaire a constaté deux désordres, la corrosion importante prématurée du réseau d'alimentation eau froide du groupe climatisation et les dysfonctionnements du chauffage ;
- selon l'expert, le premier résulte d'une mauvaise exécution pour l'application de l'antirouille et de la mise en œuvre de l'isolant et le second, est relatif à un problème de garantie de résultat qui n'est pas atteint ;
- conformément à l'article L. 242-1 du code des assurances, l'assureur dommages ouvrage, la SMABTP, est tenu de garantie le paiement de la totalité des travaux de réparation de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs sur le fondement de l'article 1792 du code civil, comme en l'espèce ;
- le maître d'œuvre a méconnu ses obligations contractuelles et a engagé sa responsabilité à son égard ; si la réception des travaux met fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, elle ne fait pas obstacle à ce que la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre soit recherchée à raison des fautes de conception éventuellement commises ;
- la société Quercy Confort, qui a manqué à son obligation de conseil, a commis des fautes dans l'exécution du marché qui lui était confié ; certaines parties du bâtiment ne sont pas chauffées ainsi que le relève l'expert ;
- la responsabilité solidaire des intervenants à l'ouvrage public doit être engagée et ils doivent être condamnés à l'indemniser au titre des travaux de reprise, du remboursement des frais engagés, de la surconsommation de fioul et du préjudice de jouissance.
Par deux mémoires, enregistrés tous deux le 10 septembre 2020 et un mémoire récapitulatif, enregistré le 9 février 2022, la société Espagno et Milani architectes, représentée par la Selarl Massol Avocats a demandé à ce que la société TPF Ingénierie soit appelée dans la cause et a conclu à titre principal, au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à la limitation de la réparation au coût des travaux de reprise, soit à la somme de 45 323 euros hors taxe, à être relevée et garantie solidairement par les sociétés Quercy Confort et TPF Ingénierie de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre et à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutenait que :
- elle a réalisé les travaux relatifs au lot plomberie chauffage rafraîchissement ;
- la société Beterem Ingénierie, aux droits de laquelle vient la société TPF Ingénierie, avait la mission d'ingénierie ;
- si une défaillance de la maîtrise d'œuvre devait être retenue dans le suivi des travaux, la responsabilité incomberait exclusivement à la société TPF Ingénierie ;
- l'action du centre communal d'action sociale est prescrite, tant sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs que sur celui de la responsabilité contractuelle ;
- les réceptions sont intervenues en 2007 et 2008 de sorte que le requérant ne peut rechercher la responsabilité contractuelle de l'architecte pour des fautes qui auraient été commises avant la réception des travaux ;
- les désordres constatés ne lui sont pas imputables ;
- la SMABTP est dépourvue de tout intérêt à agir au titre de la subrogation légale à son encontre faute de rapporter la preuve du paiement de l'indemnité sollicitée par le centre communal d'action sociale de Puylaurens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2020, la société Quercy Confort, représentée par Me Salesse, a conclu à titre principal, au rejet de la requête et à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation à la somme de 10 000 euros correspondant au coût des travaux du réseau d'alimentation d'eau froide, à la condamnation des sociétés Espagno et Milani architectes, et TPF Ingénierie à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre excédant sa quote-part de responsabilité et à ce qu'il soit mis à la charge du centre communal d'action sociale de Puylaurens la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutenait que :
- les demandes du centre communal d'action sociale sont atteintes de forclusion ;
- le désordre relatif à la corrosion du réseau d'alimentation eau froide ne revêt pas les critères de gravité pendant le délai décennal et ne relève pas des dispositions des articles 1792 et suivants du code civil ;
- concernant les dysfonctionnements du chauffage, les températures relevées par l'expert sont conformes au CCTP ; les dysfonctionnements allégués ne sont pas imputables à l'intervention des constructeurs ;
- si une défaillance dans l'exécution devait être retenue, un partage de responsabilité devra être opéré avec le groupement de maîtrise d'œuvre ;
- le coût des travaux de reprise du réseau d'alimentation d'eau froide doit être évalué à 10 000 euros hors taxe ;
- le surplus des demandes indemnitaires, non fondées ou non justifiées, sera rejeté.
Par des mémoires en défense et deux mémoires récapitulatifs, enregistrés les 18 mars 2021, 10 mars et 30 juin 2022, la SMABTP, représentée par Me Serdan, a conclu dans le dernier état de ses écritures, au rejet des demandes dirigées à son encontre, et, sur le fondement de l'action subrogatoire, à la condamnation in solidum des sociétés Quercy Confort et Espagno et Milani architectes à lui verser la somme de 62 756,77 euros correspondant à l'indemnité versée au centre communal d'action sociale de Puylaurens et à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutenait, dans le dernier état de ses écritures, que :
- selon le protocole transactionnel conclu le 16 juin 2022, elle s'est engagée à verser au centre communal d'action sociale de Puylaurens la somme de 62 756,77 euros au titre des travaux de reprise du désordre affectant le système de chauffage tel que visé dans le rapport d'expertise, des frais d'expertise judiciaire et des frais de procédure ;
- selon un virement bancaire du 28 juin 2022, elle a procédé au versement de cette indemnité ;
- le centre communal d'action sociale n'étant pas assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, c'est à bon droit que les sommes versées ont été augmentées de cette taxe ;
- elle est ainsi recevable, conformément à l'article 6 du protocole transactionnel et en application de l'article L. 121-12 du code des assurances, à exercer son action subrogatoire contre les intervenants à l'acte de construire à hauteur de l'indemnité versée ;
- les désordres affectant le chauffage rendent l'ouvrage impropre à sa destination au regard de la destination de l'ouvrage, l'accueil de personnes âgées dépendantes, et sont susceptibles de porter atteinte à la sécurité des personnes ;
- ces désordres sont imputables à des manquements de l'entreprise Quercy Confort, chargée de l'exécution des travaux, qui n'ont pas été relevés par la société Espagno et Milani architectes ;
- le centre communal d'action sociale ne peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 242-1 du code des assurances, solliciter la garantie de l'assureur dommages ouvrage concernant le désordre affectant le réseau d'alimentation eau froide dès lors qu'il ne résulte pas du rapport de l'expert que ce désordre présente un caractère décennal ; il ne porte pas atteinte à la solidité de l'ouvrage et ne rend pas l'ouvrage impropre à sa destination ;
- dans le cadre de l'exécution d'un protocole transactionnel, le centre communal d'action sociale de Puylaurens ayant été indemnisé du coût des travaux de reprise du dysfonctionnement du chauffage, des frais d'expertise et des frais irrépétibles, dans l'attente du désistement de sa requête, ses demandes ne sont plus recevables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, la société TPF Ingénierie venant aux droits de la société Beterem Ingénierie, représentée par Me Tomas-Bezer, a conclu, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la réduction du montant des sommes demandées, à la condamnation des sociétés Espagno et Milani architectes, Quercy Confort et SMABTP à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre excédant sa quote-part de responsabilité et à ce qu'il soit mis à la charge du centre communal d'action sociale de Puylaurens ou toute autre partie la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutenait que :
- l'action fondée sur la responsabilité contractuelle est prescrite et celle fondée sur la responsabilité décennale est forclose ;
- les désordres constatés ne relèvent ni de la garantie décennale des constructeurs ni de la responsabilité contractuelle ;
- en tout état de cause, sa responsabilité ne pourra être retenue, d'une part, le désordre affectant le réseau d'alimentation eau froide n'est pas apparu dans le délai de dix ans et ne s'est pas manifesté dans ce délai dans toute sa gravité et d'autre part, il appartenait au centre communal d'action sociale d'entretenir les installations de chauffage ;
- les désordres affectant le réseau d'alimentation en eau froide résultent d'une mauvaise exécution et concernant le second désordre, aucune garantie de résultat n'a été violée, la campagne de mesures ayant établi que les températures en vigueur dans l'établissement sont supérieures à celles prévues par le CCTP ;
- en tout état de cause, les constructeurs ne pourront être condamnés à verser une somme supérieure à 10 000 euros hors taxe pour la réparation des désordres du réseau d'alimentation eau froide ; les travaux de reprise seront évalués à la somme de 35 323 euros hors taxe retenue par l'expert ; les autres demandes indemnitaires, non démontrés, seront rejetées.
Par un mémoire, enregistré le 1er juillet 2022, le centre communal d'action sociale de Puylaurens a déclaré se désister purement et simplement de sa requête à la suite d'un protocole transactionnel signé avec la SMABTP.
Par une ordonnance n° 2003170 du 8 juillet 2022, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a donné acte au centre communal d'action sociale de Puylaurens du désistement de sa requête.
Par un arrêt n° 22TL21731 du 31 janvier 2023, la cour administrative d'appel de Toulouse, saisie par la SMABTP, a annulé l'ordonnance du 8 juillet 2022 du président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Toulouse en tant qu'elle a omis de statuer sur sa demande formulée à titre subrogatoire et l'a renvoyée devant le tribunal administratif de Toulouse pour qu'il soit statué sur sa demande.
Procédure après renvoi devant le tribunal :
Par une lettre du 13 juillet 2023, les parties ont été informées de la reprise d'instance sous le n° 2304064 devant le tribunal.
Par deux mémoires, enregistrés tous deux le 10 août 2023, la société Espagno et Milani architectes conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que ses précédentes écritures.
Elle soutient, en outre, que la prescription étant opposable au maître de l'ouvrage, l'action subrogatoire de la SMABTP est également prescrite.
Par des mémoires, enregistrés les 5 septembre et 9 octobre 2023, la SMABTP conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que son dernier mémoire récapitulatif et demande, en outre, au tribunal de mettre à la charge des sociétés Quercy Confort et Espagno et Milani architectes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, en outre, que :
- elle a interrompu les délais de prescription et de forclusion à l'encontre des sociétés Quercy Confort et Espagno et Milani architectes selon assignations des 14 et 19 mars 2018 devant le juge des référés afin de rendre les opérations d'expertise à ces dernières ;
- le versement de l'indemnité prévue par le protocole transactionnel est intervenu avant la clôture de l'instruction de la procédure de première instance ;
- ledit protocole, ainsi que le recours subrogatoire, ne portent aucunement sur une quelconque indemnité d'un préjudice de surconsommation de fioul ou de jouissance ;
- concernant le dysfonctionnement du système de chauffage, l'expert et le sapiteur ont constaté des distorsions de température.
Par un mémoire, enregistré le 6 octobre 2023, la société Quercy Confort conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que ses précédentes écritures et demande, en outre, au tribunal, de rejeter les demandes formées à son encontre et de la mettre hors de cause.
Elle soutient, en outre, que :
- aucun acte interruptif de forclusion n'est intervenu à l'initiative du centre communal d'action sociale de Puylaurens à son encontre ;
- l'action subrogatoire de la SMABTP est forclose.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Carotenuto,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Pellegry représentant la SMABTP, de Me Massol représentant la société Espagno et Milani architectes et de Me Soliveres représentant la société Quercy Confort.
Considérant ce qui suit :
1. Le centre communal d'action sociale de Puylaurens (Tarn) a entrepris de procéder à la réhabilitation et à l'extension d'une maison de retraite et a conclu avec la société SEM 81 un contrat de délégation de maîtrise d'ouvrage. Par acte d'engagement du 1er décembre 2003, la maîtrise d'œuvre a été confiée à un groupement constitué des sociétés Espagno et Milani architectes et Beterem Ingénierie, aux droits de laquelle vient la société TPF Ingénierie. Le lot " plomberie-chauffage " a été attribué à la société Clim chauffage ventilation (CVC), le 6 décembre 2005, à laquelle a succédé la société Quercy Confort, le 28 novembre 2007. Par ailleurs, le maître d'ouvrage a souscrit une police d'assurance dommage auprès de la SMABTP le 16 mai 2005. La réception des travaux d'extension a été prononcée le 2 juillet 2007 et celle des travaux de rénovation, le 20 mars 2008. Le centre communal d'action sociale a signalé, auprès de son assureur suivant déclaration de sinistre du 5 décembre 2014, des dysfonctionnements du système de chauffage, puis a saisi le juge des référés du tribunal de grande instance de Toulouse d'une demande d'expertise relative à la corrosion importante et prématurée du réseau d'eau glacée et aux dysfonctionnements du système de chauffage. Une expertise a été ordonnée le 24 août 2017 et l'expert a déposé son rapport le 10 janvier 2020. Le centre communal d'action sociale de Puylaurens a, alors, saisi le tribunal administratif d'une demande tendant à la condamnation in solidum des sociétés SMABTP, Espagno et Milani architectes et Quercy Confort à lui verser la somme totale de 150 755,39 euros au titre du coût des travaux de reprise des désordres et des préjudices subis. A la suite d'un protocole transactionnel conclu le 16 juin 2022 avec la SMABTP, le centre communal d'action sociale s'est désisté de sa requête. Par une ordonnance du 8 juillet 2022, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif lui a donné acte du désistement de sa requête. Par un arrêt du 31 janvier 2023, la cour administrative d'appel de Toulouse, saisie par la SMABTP, a annulé cette ordonnance du 8 juillet 2022 en tant qu'elle avait omis de statuer sur la demande formulée à titre subrogatoire par la SMABTP et a renvoyé cette dernière devant le tribunal pour qu'il soit statué sur sa demande. La SMABTP, subrogée dans les droits du centre communal d'action sociale de Puylaurens, demande la condamnation in solidum des sociétés Quercy Confort et Espagno et Milani architectes à lui verser la somme de 62 756,77 euros toutes taxes comprises correspondant à l'indemnité versée au centre communal d'action sociale de Puylaurens, conformément au protocole transactionnel, au titre du coût des travaux de reprise des désordres affectant le chauffage, des frais d'expertise judiciaire, des frais de procédure et de l'application de l'indice BT01 à compter de janvier 2020.
Sur la recevabilité de l'action subrogatoire de la SMABTP :
2. La subrogation légale instituée par l'article L. 121-12 du code des assurances est subordonnée au seul paiement de l'indemnité d'assurance en exécution du contrat d'assurance. Il incombe donc à l'assureur qui entend bénéficier de cette subrogation d'apporter la preuve, par tout moyen, du versement de l'indemnité d'assurance entre les mains de son assuré ou, le cas échéant, directement auprès de tiers au nom et pour le compte de son assuré.
3. Il résulte de l'instruction que la SMABTP justifie avoir versé au centre communal d'action sociale de Puylaurens, le 28 juin 2022, une somme de 62 756,77 euros au titre du coût des travaux de reprise des désordres affectant le chauffage, des frais d'expertise judiciaire, des frais de procédure et de l'application de l'indice BT01 à compter de janvier 2020. La SMABTP est, par suite, subrogée dans les droits et actions du centre communal d'action sociale de Puylaurens à hauteur de cette indemnité versée.
Sur le bien-fondé de l'action subrogatoire :
4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La responsabilité décennale du constructeur peut être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination. La circonstance que les désordres affectant un élément d'équipement fassent obstacle au fonctionnement normal de cet élément n'est pas de nature à engager la responsabilité décennale du constructeur si ces désordres ne rendent pas l'ouvrage lui-même impropre à sa destination.
5. Il résulte de l'instruction que les travaux d'extension et de rénovation de la maison de retraite ont été réceptionnés les 2 juillet 2007 et 20 mars 2008 et que des désordres affectant le système de chauffage, qui n'étaient pas apparents lors de la réception des travaux, sont apparus dans le délai de dix ans suivant cette même date. Il résulte également de l'instruction et, en particulier, du rapport de l'expert ainsi que de la note du bureau d'études Technisphère, sapiteur, de juin 2019, qui a effectué des relevés de température sur une période de deux semaines, du 14 au 28 février 2019, dans quatre chambres différentes situées au R+1 et au R+2, tant dans le bâtiment ancien que neuf, que le niveau de température est élevé dans les chambres, entre 22°C et 25°C, qu'aucune anomalie dans les menuiseries extérieures ou les isolants n'a été constatée et qu'une homogénéité de température entre le bâtiment neuf et celui existant est relevée. Plus précisément, le sapiteur a noté que les températures dans les quatre chambres se situaient en permanence entre 22°C et 25°C, que les baisses de températures constatées en matinée correspondaient probablement à des ouvertures de fenêtres et que le niveau moyen des températures était élevé et homogène pour l'ensemble des chambres. Par ailleurs, des sondages instantanés réalisés dans d'autres chambres confirment la plage de température de 22°C à 25°C. Le sapiteur expose également que la surchauffe constatée dans trois chambres résulte probablement du défaut d'étanchéité du robinet thermostatique ou du manque de vannes d'équilibrage et que, s'agissant des trois chambres les plus froides, orientées au nord, un équilibrage hydraulique adapté devrait permettre une amélioration. Enfin, la température de 20,5°C relevée dans le salon correspond à la température de consigne. En outre, l'expert indique que les travaux réalisés sont conformes " quantitativement et qualitativement aux engagements contractuels ", que toutefois " la garantie de résultats " n'est pas atteinte. Ainsi, et alors même que des " distorsions de température dans certains locaux " ont été relevées, il ne résulte pas de l'instruction que les désordres constatés ne permettent pas une utilisation normale des locaux, une maison d'accueil pour personnes âgées dépendantes, en termes de confort, ni qu'ils constituent un risque pour la sécurité des personnes et seraient, ainsi, de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination.
6. Dès lors que le caractère décennal des désordres ne peut être retenu, les conclusions formulées à titre subrogatoire par la SMABTP doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les exceptions de prescription et de forclusion opposées en défense.
Sur les conclusions à fin d'appel en garantie :
7. Aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre des sociétés Quercy Confort, Espagno et Milani architectes, leurs conclusions à fin d'appel en garantie, présentées à titre subsidiaire, sont dépourvues d'objet et doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Quercy Confort et Espagno et Milani architectes, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme que demande la SMABTP au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les sociétés Quercy Confort et Espagno et Milani architectes sur ce même fondement et de condamner la SMABTP à verser à chacune une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées à titre subrogatoire par la SMABTP tendant à la condamnation des sociétés Quercy Confort et Espagno et Milani architectes à lui verser la somme de 62 756,77 euros sont rejetées.
Article 2 : La SMABTP versera respectivement à la société Quercy Confort et à la société Espagno et Milani architectes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, à la société Espagno et Milani architectes, à la société Quercy Confort et à la société TPF Ingénierie, venant aux droits de la société Beterem Ingénierie.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
L'assesseur le plus ancien,
S. HECHTLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026