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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2304123

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2304123

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2304123
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantHIRTZLIN-PINÇON OLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 juillet et 22 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Hirtzlin-Pinçon, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, la désignation d'un expert, afin que ce dernier formule un avis sur la nature et l'étendue des préjudices qu'il a subis consécutivement à l'accident de service déclaré le 9 mai 2023 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cahors une somme de 2500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il est victime de harcèlement de la part de sa hiérarchie et qu'une expertise est utile afin de lui permettre d'évaluer les préjudices en ayant résulté.

Le centre hospitalier de Cahors, qui a reçu communication des mémoires du requérant des 13 juillet et 22 décembre 2023, n'a pas produit d'observations.

Vu :

-la requête n° 2304114, enregistrée le 13 juillet 2023, tendant à l'annulation de la décision du 9 mai 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Cahors a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 25 avril 2023 ;

-les autres pièces du dossier.

Vu la décision en date du 2 septembre 2024, par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Cherrier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1962, est directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Cahors. Il s'est vu accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle par l'Agence régionale de santé d'Occitanie, le 16 décembre 2022, dans le cadre de relations difficiles avec sa hiérarchie. A la suite d'un malaise intervenu sur son lieu de travail le 25 avril 2023, qui l'a conduit aux urgences hospitalières où a été diagnostiqué un psycho-syndrome post-traumatique, M. B, qui impute cette pathologie au mode de management mis en œuvre par sa direction, a formé, le 27 avril 2023, une déclaration d'accident de service. Par une décision du 9 mai 2023, le directeur du centre hospitalier a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident. Le 20 juin 2023, M. B a été convoqué pour un examen médical. Mandaté par son employeur, de Dr. Casanova, psychiatre, a conclu son rapport le même jour en se prononçant en faveur de l'imputabilité au service de l'accident déclaré par le requérant. Par un arrêté du 19 octobre 2023, la directrice générale du centre national de gestion a placé l'intéressé en congé pour invalidité temporaire imputable au service, pour une période allant du 25 avril 2023 au 31 janvier 2024. M. B demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, d'ordonner une expertise afin de se prononcer sur la nature et l'étendue des préjudices ayant résulté de l'accident déclaré le 27 avril 2023.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

3. L'utilité d'une mesure d'expertise demandée au juge des référés sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. La seule circonstance qu'une expertise ait déjà été réalisée ne dispense pas le juge d'apprécier l'utilité d'une nouvelle expertise demandée.

4. Il ne ressort pas des éléments versés au dossier que le médecin qui a examiné M. B le 20 juin 2023, à la demande de son employeur, se serait prononcé sur les préjudices subis dans ce cadre par le requérant, dont la date de consolidation de l'état de santé n'est d'ailleurs pas établie. La présente demande d'expertise entrant ainsi dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, et M. B entendant formuler une demande indemnitaire, il y a lieu, par suite, d'ordonner la désignation d'un expert, dont la mission est définie à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, à ce stade de la procédure, de faire droit aux conclusions du requérant, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. B, d'une part, et le centre hospitalier de Cahors, d'autre part.

Article 2 : L'expert aura pour mission de :

1) convoquer M. B et le représentant du centre hospitalier de Cahors ;

2) se faire communiquer par les parties ou tout tiers détenteur tous documents médicaux relatifs à l'état de santé de M. B ;

3) examiner M. B et prendre connaissance de son entier dossier médical se rapportant à son état de santé et notamment à l'accident déclarée le 27 avril 2023 ;

4) décrire l'état de santé actuel de M. B, faire l'historique de la pathologie en lien avec cet accident et de son évolution, se prononcer sur la date de son apparition et déterminer si elle est imputable au service ou présente un caractère professionnel, ou si elle est la conséquence d'un état antérieur ou a été provoquée par d'autres causes ;

5) indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

6) indiquer la nature de tous les soins et traitements prescrits imputables à l'accident et si, possible, la date de la fin de ceux-ci ;

7) décrire l'éventuel état antérieur de M. B en citant les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur sa pathologie ; dans cette hypothèse :

' Au cas où il y aurait un déficit fonctionnel antérieur, fixer la part imputable à l'état antérieur et la part imputable au fait dommageable,

' Au cas où il n'y aurait pas de déficit fonctionnel antérieur, dire si le fait dommageable a été la cause déclenchante du déficit fonctionnel actuel ou si celui-ci se serait manifesté spontanément dans l'avenir.

8) Déterminer la durée du déficit fonctionnel temporaire, période pendant laquelle, pour des raisons médicales en relation certaine, directe et exclusive avec le fait dommageable, M. B a dû interrompre totalement ses activités professionnelles et/ou habituelles,

' Si l'incapacité fonctionnelle n'a été que partielle, en préciser le taux,

' Préciser la durée des arrêts de travail au regard des organismes sociaux au vu des justificatifs produits ; si cette durée est supérieure à l'incapacité temporaire retenue, dire si ces arrêts sont liés au fait dommageable ;

9) Fixer la date de consolidation, qui est le montant où les lésions se fixent et prennent un caractère permanent tel qu'un traitement n'est plus nécessaire, si ce n'est pour éviter une aggravation ;

10) Chiffrer le taux éventuel de déficit fonctionnel permanent (incapacité permanente) imputable au fait dommageable, résultant de l'atteinte permanente d'une ou plusieurs fonctions persistant au moment de la consolidation, le taux de déficit fonctionnel devant prendre en compte, non seulement les atteintes aux fonctions physiologiques de la victime, mais aussi les douleurs physiques et morales permanentes qu'elle ressent, la perte de qualité de vie et les troubles dans les conditions d'existence qu'elle rencontre au quotidien après consolidation ; dans l'hypothèse d'un état antérieur, préciser en quoi la pathologie anxiodépressive a eu une incidence sur celui-ci et décrire les conséquences de cette situation ;

11) Décrire les souffrances psychiques ou morales endurées pendant la maladie (avant consolidation). Les évaluer selon l'échelle habituelle de sept degrés.

Article 3 : Le Dr. Yves Brungs, domicilié 185, avenue Thiers à Bordeaux (33100) est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert procédera aux déclarations prévues à l'article R. 621-3. Si l'expert n'a pas prêté serment lors de son inscription initiale sur le tableau établi par la cour administrative d'appel du ressort ou lors de leur inscription sur l'une des listes prévues par la loi n° 71-498 du 29 juin 1971, il prêtera par écrit le serment prévu par l'article R. 221-15-1.

Article 5 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport uniquement s'il le juge utile à l'accomplissement de sa mission, réalisera celle-ci dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans un délai de cinq mois, dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative, et le communiquera au greffe du tribunal selon les modalités précisées à l'article R. 621-6-5 du même code. L'experte justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par le demandeur et les personnes intéressées.

Article 7 : L'expert, s'il juge qu'un accord est possible entre les parties, pourra prendre l'initiative d'une médiation, avec l'accord des parties, conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative. Si une médiation est engagée, il en informe alors la juridiction. Cette médiation sera alors diligentée après le dépôt du rapport final d'expertise, au vu de ses conclusions. Indépendante de l'expertise principale, elle donnera lieu, avec l'accord des parties, à des frais d'expertise complémentaires spécifiques. A l'issue de cette mission de médiation, l'expert déposera, soit un rapport d'expertise en médiation de non-accord, qui précisera les motifs et points de désaccords, soit un rapport en médiation d'accord, indiquant les termes de l'accord auquel sont parvenues les parties.

Article 8 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 9 : Les conclusions du requérant, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au centre hospitalier de Cahors ainsi qu'au Dr. Brungs, expert.

Fait à Toulouse, le 2 octobre 2024

La vice-présidente, juge des référés,

Sylvie CHERRIER

La République mande et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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