mercredi 19 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305046 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Cellule juge unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 août 2023 et des pièces et mémoires enregistrés les 13 novembre 2023, 27 février 2024, 15 et 18 septembre 2024, M. C B demande au tribunal d'annuler la décision du 27 juin 2023, prise sur recours préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement " (CMI-S) du 21 avril 2022, confirmant ainsi sa décision du 17 janvier 2023.
Il soutient que :
- il est porteur du HLA B27, gène responsable de la spondylarthrite ankylosante dont il est atteint, qui génère beaucoup de difficultés à marcher ; en effet, les douleurs sont insupportables et il est contraint de marcher avec une canne ;
- sa mère le conduit aux rendez-vous trois fois par semaine ; il souffre d'algodystrophie du pouce gauche ; il a besoin d'être accompagné ;
- il souffre de dépression en raison de son état de santé.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 5 février 2024 et 22 mars 2024, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. D a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a demandé la CMI-S auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de la Haute-Garonne le 21 avril 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 27 juin 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande et a confirmé sa décision du 17 janvier 2023.
2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles " ALa carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour () apprécier : () si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution () de la carte "mobilité inclusion" mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code () ".
3. Aux termes de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () IV.- Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur () ". Aux termes enfin de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles, concernant le critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : " 1. La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ". Aux termes de l'article R. 241-15 du code de l'action sociale et des familles : " La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans. () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre partie à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.
5. Il résulte de l'instruction que M. B, qui a la charge de trois enfants dont un handicapé, éprouve des difficultés à la marche en raison de la spondylarthrite ankylosante dont il est atteint et d'une gonalgie au genou gauche. Toutefois, à la rubrique " Besoin pour se déplacer " de son dossier de demande, aucun item n'a été coché. Certes, M. B a précisé dans sa demande qu'il devait marcher avec une canne pour faire les courses en raison d'une sciatique et de sa gonalgie gauche mais cet élément n'est justifié par aucune pièce médicale. D'autre part, le département de la Haute-Garonne indique, dans son mémoire en défense du 5 février 2024, que lors du dépôt de la demande de CMI stationnement auprès de la MDPH de la Haute Garonne le 21 avril 2022, le certificat médical, non produit dans le cadre de la présente instance, faisait état de déficiences motrices et des douleurs entrainant des difficultés modérées pour la marche, sans besoin d'aide humaine et un périmètre de marche restreint à 50 mètres. Pour refuser l'attribution de la carte sollicitée, le département a relevé que ces éléments semblaient incohérents avec le certificat médical, non produit, qui indiquait que le requérant n'avait pas besoin de pause, qu'il n'y avait pas de ralentissement moteur et que le périmètre de marche était ponctuellement limité. Le certificat produit par M. B en date du 8 novembre 2023, émis par son médecin généraliste, indique que l'intéressé " présente des gonalgies importantes occasionnant une limitation du périmètre de marche déclarée de moins de 200 m ". Toutefois, cette limitation, selon les termes même de ce certificat, résulte des déclarations de l'intéressé et non d'une constatation médicale. Dans ces conditions, aucun élément ne permet d'établir de façon suffisamment probante que l'état de santé de M. B induirait une réduction importante et durable de sa capacité et son autonomie de déplacement à pied avec un périmètre de marche effectivement inférieur à 200 m, qu'il nécessiterait un accompagnement permanent lors de ses déplacements à l'extérieur ou l'utilisation d'une canne de manière systématique. Dès lors, aucune des conditions posées par l'arrêté précité du 3 janvier 2017 ne peut être regardée comme satisfaite et M. B n'est fondé à demander ni l'annulation de la décision du 27 juin 2023 du président du conseil départemental de la Haute-Garonne ni la délivrance de la carte sollicitée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B et au département de la Haute-Garonne.
Copie sera délivrée à la maison départementale des personnes handicapées de la Haute-Garonne.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 19 février 2025.
Le magistrat désigné
Alain DLa greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026