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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305215

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305215

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305215
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MONTAZEAU & CARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2023, M. E A, représenté par Me Godet, demande au juge des référés d'ordonner, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise médicale, qui sera confiée à un expert spécialisé en cardiologie hors du ressort de la cour d'appel de Toulouse, aux fins de se prononcer sur les conditions de réalisation de la biopsie faite lors de son hospitalisation dans les services du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse du 10 au 11 mai 2021.

Il soutient que :

- lors de cette hospitalisation, une biopsie a été réalisée sans qu'il en ait été informé au préalable, et une valve cardiaque a été lésée pendant l'intervention, nécessitant un suivi pour surveillance tous les six mois ;

- l'état de son cœur se dégradant suite à cette intervention, il risque de perdre les certificats l'autorisant à piloter, activité qu'il envisageait de convertir en activité professionnelle ;

- dans ces conditions, il est fondé à solliciter la mise en œuvre d'une expertise afin de déterminer l'utilité de la biopsie, les conséquences sur sa santé et l'étendue des préjudices qu'il estime avoir subis consécutivement à l'intervention chirurgicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Cara, conclut :

1°) à ce qu'il soit donné acte de ce qu'il se substitue au professeur F C, qui a pris en charge le requérant dans le cadre de son activité publique et de ce qu'il conteste sa responsabilité en l'état de son information et des pièces du dossier mais qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, qu'il souhaite aux frais avancés du requérant, et qui sera confiée à un expert en chirurgie cardiaque ;

2°) à ce que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire et qu'il dépose un pré-rapport ;

3°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise sa créance à l'expert afin que celui-ci puisse en prendre connaissance et que cette créance fasse partie du débat contradictoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions des articles L. 1142-2 et L. 1142-1-1 du code de la santé publique et demande, en outre, que la mission de l'expert, qui déposera un pré-rapport, soit complétée selon les termes de son mémoire et de réserver les dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 2 janvier 2025, par laquelle le président par intérim du tribunal administratif a désigné Mme Cécile Viseur-Ferré pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A a été admis aux urgences puis hospitalisé le 28 août 2020 à l'hôpital Rangueil du CHU de Toulouse pour une suspicion de myocardite qui a été confirmée par divers examens médicaux. Un TEP scan réalisé le 25 septembre 2020 a confirmé la présence d'une sarcoïdose mais a écarté l'atteinte cardiaque. Lors d'une hospitalisation du 10 au 11 mai 2021 pour le suivi de sa myocardite, une exploration électrophysiologique et une échographie ont été réalisées ainsi qu'une biopsie par le professeur C, cardiologue, pour déterminer si la myocardite était due à la sarcoïdose, biopsie qui aurait été réalisée sans qu'il en ait été informé au préalable et cela malgré les résultats du TEP scan. Pendant l'intervention, il aurait subi une lésion de valve cardiaque, conduisant à une fuite qui nécessiterait un suivi tous les six mois. Une IRM effectuée le 2 août 2023 a révélé un ventricule qui commence à se dilater et une intervention chirurgicale pourrait se révéler nécessaire pour réparer la valve lésée. Le requérant demande à la juge des référés, par une requête enregistrée le 29 août 2023, de prescrire une expertise afin de déterminer l'utilité de la biopsie, les conséquences sur sa santé et les préjudices subis consécutivement à cette intervention.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

3. La demande d'expertise présentée par M. E A entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

4. En revanche, la demande en référé n'ouvre pas de perspective contentieuse autre que celle tendant à la réparation d'une faute éventuelle du service public hospitalier. Par suite, les nécessités d'une bonne administration de la justice ne justifient pas, en l'état du dossier, la mise en cause personnelle du professeur F C sans que cette circonstance fasse obstacle à ce que l'expert entende ce dernier, s'il l'estime utile, à titre de sachant.

Sur le dépôt d'un pré-rapport et sur les conclusions tendant à ce que l'organisme de Sécurité sociale produise sa créance à l'expert :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport ou de verser au débat contradictoire un état de créances d'un organisme de Sécurité sociale. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ou la mise au contradictoire des créances d'une caisse de Sécurité sociale ne constituent donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir, en vue d'une bonne administration de la justice. Il suit de là que tant les conclusions du requérant que celles du CHU de Toulouse et de l'ONIAM tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ou celles du CHU tendant à ce que l'organisme de Sécurité sociale de la requérante produise sa créance à l'expert pour mise au contradictoire, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'avance des frais d'expertise :

6. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".

7. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du CHU de Toulouse relatives à la prise en charge des frais d'expertise par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. E A, d'une part, le centre hospitalier universitaire de Toulouse et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, d'autre part, en présence de l'établissement national des invalides de la marine (ENIM).

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- de convoquer les parties ou leurs représentants et entendre leurs doléances ;

- d'examiner M. E A et de prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- de décrire l'état de santé de M. E A antérieurement à l'intervention chirurgicale subie lors de l'hospitalisation du 10 au 11 mai 2021 dans les services du CHU de Toulouse ;

- de décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge lors de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 10 mai 2021 dans les services du CHU de Toulouse ;

- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si la prise en charge médicale (information préalable et recherche d'un consentement éclairé, investigations, diagnostic, traitements, soins, surveillance) a été consciencieuse, attentive, diligente et conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits en litige, et, concernant l'organisation et le fonctionnement du service, s'ils ont été conformes aux bonnes pratiques et aux recommandations existantes ;

- de donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi étaient pertinents et adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait ;

- de déterminer les causes des préjudices dont se plaint le requérant et d'indiquer si les complications survenues résultent des non-conformités éventuellement relevées dans sa prise en charge ou si ces non conformités lui ont seulement fait perdre à une chance d'éviter ces préjudices, dans ce dernier cas de déterminer, en pourcentage, l'ampleur de cette perte de chance ;

- si les éléments réunis semblent de nature à faire apparaître que la prise en charge de M. A a été consciencieuse, attentive, diligente et conforme aux données acquises de la science et adapté à son état et que l'organisation et le fonctionnement du service ont été conformes aux bonnes pratiques et aux recommandations existantes, de donner son avis sur le point de savoir si les actes médicaux ont entraîné des conséquences plus graves que celles auxquelles l'intéressée était exposée s'ils n'avaient pas été effectués ; si cette condition d'avoir entraîné des conséquences plus graves est remplie, de préciser (par un pourcentage) la probabilité de survenance des dommages dans le cas de M. A ;

- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. E A et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;

- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

- de décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge de M. A, en excluant la part des séquelles résultant de son état antérieur et des conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale si celle-ci s'était déroulée normalement ou de toute autre cause extérieure à sa prise en charge ;

- d'évaluer plus généralement l'ensemble des préjudices temporaires, permanents, patrimoniaux et extra patrimoniaux du requérant, y compris sur la nécessité d'avoir recours à une tierce personne, de fixer les modalités, la qualification et la durée de cette intervention ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige et entendre tout sachant.

- de rechercher l'accord des parties sur l'engagement d'une médiation sur la base de son rapport.

Article 3 : Le docteur B D, domicilié 80 rue Pascal-Marie Agasse à Perpignan (66000), est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport et demander à l'organisme de Sécurité sociale qu'il produise sa créance s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans un délai de six mois, dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative, et le communiquera au greffe du tribunal selon les modalités précisées à l'article R. 621-6-5 du même code. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par le demandeur et les personnes intéressées.

Article 6 : Si les parties se sont accordées pour engager une médiation, l'expert pourra, après le dépôt de son rapport et sous réserve de l'accord des parties, conduire lui-même la médiation en application de l'article L. 621-1 du code de justice administrative. Si la médiation ne permet pas d'aboutir à un accord entre les parties, l'expert informera la juridiction de l'achèvement de sa mission. Si les parties refusent qu'il conduise la médiation, il renverra les parties vers le tribunal pour qu'il nomme un médiateur en application de l'article L. 231-5 du même code et il informera la juridiction de l'achèvement de sa mission. Dans tous les cas, la médiation sera engagée au vu des conclusions de son rapport. Indépendante de l'expertise principale, elle donnera lieu à des frais complémentaires spécifiques.

Article 7 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A, au centre hospitalier universitaire de Toulouse, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à l'établissement national des invalides de la marine, au professeur F C et au docteur B D, expert.

Fait à Toulouse, le 13 janvier 2025

La vice-présidente, juge des référés,

Cécile VISEUR-FERRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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