mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2305231 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, Mme B C, représentée par Me Peter, doit être regardée comme demandant à la juge des référés d'ordonner, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise psychiatrique pour apprécier son état de santé et pour déterminer le préjudice dont elle se prévaut, et qu'elle attribue à une altercation survenue dans l'établissement scolaire où elle a enseigné.
Elle soutient que l'expertise est utile, en ce qu'elle justifie de l'engagement d'une action contentieuse à l'encontre du recteur de l'académie de Toulouse, relative à l'imputabilité au service des conséquences de cette altercation, survenue le 7 décembre 2020, sur son état de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la demande d'expertise de la requérante est dépourvue d'utilité.
Vu :
- la décision du 27 septembre 2023, accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme C au titre de la présente requête ;
- la décision n° 2105633 du 4 juillet 2024 ;
- la décision n° 2202878 du 4 juillet 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision en date du 2 décembre 2024 par laquelle la présidente du tribunal administratif a désigné Mme Viseur-Ferré, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. "
2. L'utilité d'une mesure d'expertise demandée au juge des référés sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
3. Le 7 décembre 2020, tandis qu'elle s'efforçait de mettre un terme à une altercation impliquant des élèves du collège Hubertine-Auclert de Toulouse, où elle exerçait en qualité de professeur d'espagnol, Mme C a reçu accidentellement un coup de pied, de la part de l'un des élèves ayant pris part à cette dispute. Son médecin généraliste a diagnostiqué un stress post-traumatique et une contusion à la jambe gauche. S'agissant de la situation de stress post-traumatique dont se prévalait la requérante, le rapport du Dr. Beynet, psychiatre, a conclu le 29 mars 2021 à l'existence d'un état pathologique préexistant et à l'absence de lien de cause à effet entre les événements du 7 décembre 2020 et la situation de stress invoquée par la requérante. Dans ses procès-verbaux des 20 mai et 17 juin 2021, la commission de réforme de l'Etat a rejeté l'imputabilité au service de l'accident survenu le 7 décembre 2020. Par un courrier en date du 9 juillet 2021, le recteur a informé la requérante que l'imputabilité au service n'avait pas été reconnue s'agissant du stress post-traumatique, et que seules les suites médicales liées à la contusion à la jambe pouvaient relever de l'imputabilité au service. Par un courrier daté du 8 septembre 2021, et s'agissant cette fois du seul examen de la contusion observée à la jambe de la requérante, le recteur a informé Mme C de sa convocation auprès du docteur A. L'expertise n'a pas eu lieu, la requérante ne s'étant pas présentée. Par une décision en date du 27 janvier 2022, le recteur a informé Mme C que l'imputabilité au service n'était pas reconnue. Par un jugement n° 2202878 du 4 juillet 2024, le tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision du 27 janvier 2022 susmentionnée, au motif que la requérante n'avait pas eu communication de la partie administrative de son dossier avant la réunion de la commission de réforme, alors qu'elle avait formé une demande préalable en ce sens. Il a enjoint au recteur de l'académie de Toulouse de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
4. La requérante demande à la juge des référés d'ordonner une expertise psychiatrique, afin que soient réévaluées la réalité et l'ampleur de la situation de stress post-traumatique dont elle fait état et le préjudice qui en a résulté.
5. S'il a été enjoint au recteur d'académie de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement précité, il ne ressort pas des éléments versés au dossier qu'une décision d'imputabilité au service en aurait résulté à ce jour. Dans ces circonstances, en l'absence de reconnaissance d'une maladie imputable au service, une action en réparation des préjudices subis pour cause d'accident imputable au service est à ce jour sans objet.
6. Il ressort également des éléments versés au dossier que Mme C a déjà été examinée par un psychiatre, le Dr. Beynet, qui a rendu ses conclusions le 29 mars 2021, et qu'elle ne fait pas valoir que ladite expertise, organisée à l'initiative de son employeur, ne présenterait pas de garanties suffisantes d'objectivité, ou que de nouveaux éléments justifieraient de faire droit à une nouvelle demande d'expertise. La circonstance que le médecin traitant de la requérante ait pu attester de son état psychologique, à l'appui des actions contentieuses de Mme C, est ici sans incidence.
7. Il ressort enfin des éléments à la disposition de la juge des référés et en tout état de cause que, par une décision n° 2105633 du 4 juillet 2024, non définitive compte tenu de l'appel en cours, le tribunal a rejeté les prétentions indemnitaires de la requérante et jugé que (point 16) " la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'Etat aurait commis une faute en refusant de reconnaître son état dépressif comme étant imputable à cet accident " [du 7 décembre 2020].
8. Il résulte des points 5 à 7 de la présente ordonnance que le prononcé d'une mesure d'expertise ne peut, dès lors, être regardé comme présentant un caractère d'utilité au sens des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il suit de là que la demande de Mme C ne peut qu'être rejetée.
Sur l'application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :
9. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
10. Il y a lieu d'informer la requérante que la multiplication de requêtes dont l'objet est identique ou similaire, conduisant le tribunal à mobiliser inutilement des moyens pour apprécier les mérites de ses demandes, l'expose au risque de se voir infliger, par le juge, une amende pour recours abusif en application des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au recteur de l'académie de Toulouse.
Fait à Toulouse, le 10 décembre 2024
La vice-présidente, juge des référés,
Cécile VISEUR-FERRÉ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026