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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305337

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305337

mercredi 24 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305337
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAPUELLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de Mme B..., agent du centre hospitalier Comminges Pyrénées, qui demandait réparation pour le préjudice moral lié au retard de l'administration à reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie (Covid-19) et pour ses préjudices extrapatrimoniaux. Le tribunal a rejeté la demande d'indemnisation du préjudice moral, estimant que le délai de reconnaissance n'était pas fautif compte tenu du caractère nouveau de la pathologie. Il a également jugé irrecevables les conclusions indemnitaires fondées sur la responsabilité sans faute, car elles reposaient sur une cause juridique nouvelle non soulevée dans la requête introductive d'instance. En conséquence, l'ensemble des demandes de Mme B... a été rejeté, et le tribunal a mis à sa charge les frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2023 et des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 2 octobre 2023 et les 30 septembre et 5 novembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Lapuelle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier Comminges Pyrénées à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral résultant de l’absence de reconnaissance initiale de sa maladie professionnelle, augmentée des intérêts à compter de la réception de son recours préalable et sous injonction de 50 euros par jour de retard dans les quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

2°) de condamner le centre hospitalier Comminges Pyrénées à l’indemniser de ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires et permanents, pour un montant total de 51 952 euros, augmenté des intérêts à compter de la réception de son recours préalable et sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans les quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 3 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la reconnaissance de l’imputabilité au service de sa maladie et le versement des traitements qui en est résulté ne prive pas d’objet sa demande indemnitaire en tant qu’elle porte sur le préjudice moral résultant du retard du centre hospitalier à reconnaître cette imputabilité, ses conclusions indemnitaires restent recevables ;
- le délai pris par le centre hospitalier pour reconnaître l’imputabilité au service de sa maladie est fautif et lui a causé un préjudice moral ;
- la responsabilité du centre hospitalier est également engagée dans le cadre de l'obligation qui lui incombe de garantir ses agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions et les préjudices qu’elle a subis sur ce fondement doivent être indemnisés comme suit :
une somme de 3 102 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;
une somme de 8 850 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
une somme de 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;
une somme de 20 000 euros au titre du préjudice d’agrément.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juillet 2025 et le 19 octobre 2025, le centre hospitalier Comminges Pyrénées, représenté par Me Herrmann, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre liminaire, à l’irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, en tout état de cause au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B... à lui verser en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la requérante n’a plus d’intérêt à agir car sa requête était fondée sur la faute commise par le centre hospitalier du fait de l’absence de reconnaissance de l’imputabilité au service de sa maladie, or cette cause juridique a disparue, il n’y a donc plus lieu de statuer ;
- les conclusions indemnitaires fondées sur la responsabilité sans faute du centre hospitalier n’ont été évoquées dans la requête introductive d’instance qu’à titre forfaitaire, elles relèvent donc d’une cause juridique nouvelle et ces conclusions indemnitaires sont donc irrecevables ;
- c’est le caractère nouveau du Covid-19 qui explique le délai pris pour reconnaître l’imputabilité au service de sa maladie, il n’a donc pas commis de faute et les demandes au titre du préjudice moral devront être rejetées ;
- l’expertise utilisée par la requérante n’était pas contradictoire et les préjudices invoqués sur le fondement de la responsabilité sans faute sont excessifs ou non établis.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d’assurance maladie de la Haute-Garonne.

Par une ordonnance du 7 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 24 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et notamment son article 21 bis ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 2020-1131 du 14 septembre 2020 relatif à la reconnaissance en maladies professionnelles des pathologies liées à une infection au SARS-CoV2 ;
- le décret n° 2022-351 du 11 mars 2022 relatif aux conseils médicaux dans la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.

Par un courrier en date du 11 décembre 2025, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur le moyen soulevé d’office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au centre hospitalier Comminges Pyrénées de verser à Mme B... un plein traitement pendant toute la durée de son arrêt de travail et de prendre en charge ses frais médicaux en lien avec le « Covid long » contracté en service dès lors qu'elles constituent des conclusions à fin d’injonction présentées à titre principal.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de M. Garrido, rapporteur,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique
- les observations de Me Gazagne représentant Mme B... et Me Herrmann représentant le centre hospitalier Comminges Pyrénées.


Considérant ce qui suit :

Mme A... B... infirmière titulaire depuis 2018, est employée au sein du service court séjour gériatrique du centre hospitalier Comminges Pyrénées depuis 2016. Participant en cette qualité aux soins prodigués au sein de l'établissement de santé aux fins de lutter contre la pandémie du Covid-19, Mme B..., du fait de la contraction du virus du Covid-19, a été arrêtée successivement du 26 décembre 2020 au 17 janvier 2021, puis du 14 février 2021 au 5 mars 2021 et enfin de façon continue du 20 mai 2021 au 17 mars 2025. Le 15 mars 2022, elle a été placée à sa demande en congé de longue maladie. Le 7 juillet 2022, le centre hospitalier Comminges Pyrénées a prolongé ce congé du 20 juin 2022 au 19 décembre 2022. Le 2 décembre 2022, elle a présenté une demande de reconnaissance de l’imputabilité au service de l’affection de « Covid long ». Cette demande ayant été rejetée le 6 mars 2023, Mme B... a présenté le 4 mai 2023 un recours gracieux contre cette décision et un recours indemnitaire, demandes qui ont été implicitement rejetées. Par une décision du 6 juin 2023, le centre hospitalier a placé Mme B... en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) à titre provisoire et rétroactif à compter du 20 mai 2022. Puis, le 27 juillet 2023, il a placé Mme B... en CITIS à titre provisoire et avec effet rétroactif, à compter du 20 mai 2021 Enfin, par une décision du 11 mars 2025 le centre hospitalier Comminges Pyrénées a fait droit à la demande du 8 décembre 2022 de Mme B... de reconnaissance de « Covid long », contracté en décembre 2020, comme maladie professionnelle. Il a alors, de façon rétroactive, placé en congé pour maladie professionnelle Mme B... et pris en charge les frais médicaux y afférents. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Comminges Pyrénées à lui verser la somme totale de 56 952 euros au titre du préjudice moral résultant de l’absence de reconnaissance initiale de sa maladie professionnelle et des préjudices extra-patrimoniaux non couverts par des mécanismes statutaires.

Sur l’exception de non-lieu opposée en défense :

Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l’enregistrement de la requête, par une décision du 11 mars 2025 le centre hospitalier Comminges Pyrénées a fait droit à la demande du 8 décembre 2022 de Mme B... de reconnaissance de « Covid long », contracté en décembre 2020, comme maladie professionnelle. Il a alors de façon rétroactive placé en congé pour maladie professionnelle Mme B... du 26 décembre 2020 au 17 janvier 2021 inclus, du 14 février 2021 au 5 mars 2021 inclus et du 20 mai 2021 au 17 mars 2025. Il a également décidé de prendre en charge les soins et frais médicaux consécutifs à cette maladie professionnelle jusqu’au 24 mars 2025 inclus. Dès lors, les conclusions par lesquelles Mme B... demande au centre hospitalier Comminges Pyrénées de reconnaître comme maladie professionnelle le « Covid long » dont elle est atteinte ont perdu leur objet en cours d’instance. Par suite, il y a lieu d’accueillir l’exception de non-lieu soulevée en défense.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ».

Il résulte de l’instruction que par un courrier en date 4 mai 2023, Mme B... a adressé au centre hospitalier un recours gracieux valant également demande indemnitaire préalable contre sa décision du 6 mars 2023 portant refus de reconnaissance d’imputabilité au service de la maladie déclarée le 2 décembre 2022. En des termes non équivoques, Mme B... demande réparation, en particulier de son préjudice moral, d’une part, sur le fondement de la responsabilité pour faute du centre hospitalier Comminges Pyrénées en raison du refus supposé illégal, et donc fautif, de reconnaître l’imputabilité au service de son « Covid long » et, d’autre part, sur le fondement de la responsabilité sans faute au motif que dès lors que sa maladie doit être reconnue imputable au service, elle est en droit de solliciter l’indemnisation de ses souffrances morales ainsi que des troubles dans ses conditions d’existence sur le fondement de l’arrêt d’assemblée du Conseil d’Etat, n° 211106. Dès lors, la fin de non-recevoir du centre hospitalier Comminges Pyrénées, tirée de l’irrecevabilité des conclusions indemnitaires de Mme B... présentées sur le fondement de la responsabilité sans faute au motif que le contentieux ne serait pas lié sur ce fondement, ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d’indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du centre hospitalier Comminges Pyrénées :

Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d’accidents de service ou atteints de maladies professionnelles, une rente d’invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d’invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l’atteinte à l’intégrité physique, dans le cadre de l’obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu’ils peuvent courir dans l’exercice de leurs fonctions. Elles ne font obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l’accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d’agrément ou des troubles dans les conditions d’existence, obtienne de la collectivité qui l’emploie, même en l’absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu’une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l’ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l’accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l’état d’un ouvrage public dont l’entretien lui incombait.

Il résulte de l’instruction que, par une décision du 11 mars 2025, le centre hospitalier Comminges Pyrénées a fait droit à la demande du 8 décembre 2022 de Mme B... de reconnaissance de l’affection de « Covid long » dont elle souffre comme maladie professionnelle. L’indemnisation, sur le fondement de la responsabilité sans faute, dans les conditions rappelées au point précédent, des préjudices subis du fait d’une maladie reconnue imputable au service, n’implique pas de nouvelle appréciation du lien entre la maladie et le service, mais seulement celle du caractère certain des préjudices invoqués et du lien direct entre ceux-ci et la maladie reconnue imputable au service. Par suite, la responsabilité sans faute du centre hospitalier Comminges Pyrénées à l’égard de son agent se trouve engagée. La requérante peut donc prétendre à l’indemnisation intégrale des préjudices personnels et patrimoniaux qui en découlent directement, réserve faite de ceux liés aux pertes de gains professionnels actuels et futurs ainsi qu’à l’incidence professionnelle, au titre de l’obligation des collectivités et des établissements publics de garantir leurs agents contre les dommages corporels qu'ils peuvent subir dans l'accomplissement de leur service.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute du centre hospitalier Comminges Pyrénées :

Aux termes de l’article L. 822-20 du code général de la fonction publique : « Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / (…) / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ». Aux termes de l’article L. 461-1 du code de la sécurité sociale : « (…) Peut être également reconnue d'origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu'elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d'un taux évalué dans les conditions mentionnées à l'article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage déterminé. (…) ». Aux termes de l’article R. 461-8 du même code : « Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ». Aux termes de l’article 35-8 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d’aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : « Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. (…) ». Le décret du 14 septembre 2020 relatif à la reconnaissance en maladies professionnelles des pathologies liées à une infection au SARS-CoV2 a inséré, dans l’annexe II du code de la sécurité sociale, un tableau de maladie professionnelle n° 100, intitulé : « affections respiratoires aigües liées à une infection au SARS-CoV2 ». Ce tableau fixe le délai de prise en charge à quatorze jours et précise que l’infection au SARS-CoV2 ayant causé ces affections respiratoires aiguës doit être « confirmée par examen biologique ou scanner ou, à défaut, par une histoire clinique documentée (compte rendu d’hospitalisation, documents médicaux) » et doit avoir « nécessité une oxygénothérapie ou toute autre forme d’assistance ventilatoire, attestée par des comptes rendus médicaux, ou ayant entraîné le décès ». Enfin, ce tableau dresse la liste limitative des travaux susceptibles de provoquer cette maladie, au titre desquels figurent les « travaux accomplis en présentiel par le personnel de soins et assimilé (…) au sein des établissements hospitaliers ». Aux termes de l’article 35-5 du décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : « Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'autorité investie du pouvoir de nomination dispose d'un délai : (…) 2° En cas de maladie, de deux mois à compter de la date à laquelle elle reçoit le dossier complet comprenant la déclaration de la maladie professionnelle intégrant le certificat médical et le résultat des examens médicaux complémentaires le cas échéant prescrits par les tableaux de maladies professionnelles. /Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, d'examen par le médecin agréé ou de saisine du conseil médical compétent. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'autorité investie du pouvoir de nomination n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 35-2 et au dernier alinéa de l'article 35-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 35-9 ».

Il résulte de l’instruction que Mme B... a demandé au centre hospitalier Comminges Pyrénées le 8 décembre 2022 la reconnaissance d’un « Covid long », contracté en décembre 2020, comme maladie professionnelle. Mme B... sollicite l’engagement de la responsabilité pour faute du centre hospitalier Comminges Pyrénées du fait de l’illégalité fautive dont serait entachée la décision du 6 mars 2023 par laquelle il a refusé de reconnaitre sa maladie comme une maladie professionnelle et du fait du maintien de ce refus jusqu’au 11 mars 2025, date à laquelle, il a finalement été fait droit à sa demande.

D’une part, à supposer même que des débats scientifiques, dont l’avis du conseil médical en date du 14 décembre 2023 témoigne, aient existé sur les critères de la reconnaissance du « Covid long » au titre des maladies professionnelle, le décret du 14 septembre 2020 a prévu une reconnaissance automatique du Covid–19 au titre des maladies professionnelles lorsqu’une affection respiratoire aiguë est « confirmée par examen biologique ou scanner ou, à défaut, par une histoire clinique documentée (compte rendu d’hospitalisation, documents médicaux) » et a « nécessité une oxygénothérapie ou toute autre forme d’assistance ventilatoire, attestée par des comptes rendus médicaux, ou ayant entraîné le décès » pour le soignant contaminé dans le cadre de son travail, notamment en établissement hospitalier. En outre, la réglementation applicable aux maladies professionnelles permet de reconnaître le caractère professionnel d’une pathologie qui n’est pas inscrite aux tableaux précités, sous réserve de démontrer qu’elle est directement causée par l'exercice des fonctions et qu’elle entraîne un taux d'incapacité permanente partielle supérieur ou égal à 25%.

Mme B... a été contaminée à la fin du mois de décembre 2020 au moment où un cluster a été déclaré au sein de l’établissement hospitalier et où elle se trouvait au contact de patients atteints du virus SARS-COV-2. Il a été retenu et il n’est pas contesté qu’elle a contracté le Covid-19 le 24 décembre 2020. Cette estimation est corroborée par le test de sérologie du 12 janvier 2021 qui révèle une présence d’anti-corps SARS-COV-2 à titre significatif. Le certificat médical établi le 1er décembre 2021 par son médecin traitant indique que « le tableau était typique de cette affection virale : dyspnée, fatigue, toux, fièvre, douleurs thoraciques, perte d’appétit, nausées, …».

Le centre hospitalier Comminges Pyrénées fait valoir que pour refuser de reconnaître le caractère professionnel de la maladie de Mme B..., il a suivi les avis médicaux dont il disposait. L’expert désigné par le conseil médical relève dans son rapport du 26 janvier 2023 que « la contagion pouvait très bien avoir lieu en dehors de son lieu de travail » et que la pathologie déclarée par Mme B... ne répond pas aux critères du tableau des maladies professionnelles n° 100 du régime général en raison d’antécédent d’asthme connu et traité et d’allergie respiratoire ou encore qu’« il n’y a pas de caractère absolu et certain en lien au direct au service ». Toutefois, ces conclusions ne lient pas l’administration et ne sont, en tout état de cause, pas au nombre de celles qui permettent légalement d’exclure l’imputabilité au service d’une pathologie. En outre, le conseil médical du 14 décembre 2023 a émis un avis favorable à la reconnaissance de maladie professionnelle de la pathologie de Mme B... en relevant les symptômes cardiaques comme étant ceux du Covid dit long. Dès lors, le refus du centre hospitalier Comminges Pyrénées de reconnaître le caractère professionnel de la maladie de Mme B... était entaché d’erreur d’appréciation, ce qui constitue une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.

D’autre part, il résulte de l’instruction que, saisi d’un recours gracieux exercé le 4 mai 2023 par Mme B..., le centre hospitalier Comminges Pyrénées, par une décision du 6 juin 2023, a retiré son refus de reconnaître l’imputabilité au service du Covid contracté par Mme B... et l’a placée en CITIS à titre provisoire et rétroactif, à compter du 20 mai 2022. Puis, le 27 juillet 2023, il a placé Mme B... en CITIS à titre provisoire et avec effet rétroactif, à compter du 20 mai 2021. En outre, par le même courrier du 6 juin 2023, le centre hospitalier Comminges Pyrénées l’a informée de son choix de diligenter deux nouvelles expertises médicales et de saisir le conseil médical. Les conclusions des expertises ont été communiquées le 4 avril 2024 et le 7 février 2025. Enfin, par une décision du 11 mars 2025 le centre hospitalier a fait droit à la demande du 8 décembre 2022 de Mme B... de reconnaissance du caractère professionnel du « Covid long » dont elle reste atteinte après sa contamination en décembre 2020. Le centre hospitalier a alors placé Mme B... en congé pour maladie professionnelle, de façon rétroactive, du 26 décembre 2020 au 17 janvier 2021 inclus, du 14 février 2021 au 5 mars 2021 inclus et du 20 mai 2021 au 17 mars 2025. Il a également décidé de prendre en charge les soins et frais médicaux consécutifs à cette maladie professionnelle jusqu’au 24 mars 2025 inclus. Dans ces conditions le délai pris par le centre hospitalier Comminges Pyrénées pour l’adoption d’une décision définitive sur la situation de Mme B... ne constitue pas un délai anormalement long. Par suite, Mme B... n’est pas fondée à se prévaloir de l’illégalité du maintien du refus du centre hospitalier Comminges Pyrénées.

Sur les préjudices :

Il résulte de l’instruction que la date de consolidation de l’état de santé de Mme B... doit être fixée au 24 septembre 2024.

En ce qui concerne le préjudice patrimonial :

Il résulte de l’instruction que du fait de la reconnaissance de l’imputabilité au service du Covid contracté en décembre 2020 et de la reconnaissance du caractère professionnel du « Covid long » dont elle est atteinte, Mme B... n’a subi aucune perte de rémunération du fait de sa maladie. Dès lors, ses demandes au titre de son préjudice financier ne peuvent être que rejetées.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux

Le préjudice moral :

Pour regrettable que soit la situation incertaine dans laquelle Mme B... s’est trouvée à la suite du refus initial de son employeur de reconnaître le caractère professionnel de sa maladie, il résulte de l’instruction, en particulier de l’attestation de la psychologue qui ne la suit que depuis fin 2024 et qui n’évoque que « quelques signes d’anxiété » sans d’ailleurs établir un lien entre ceux-ci et l’attente dans laquelle Mme B... s’est trouvée suite au refus initial du centre hospitalier, que la réalité du préjudice moral qu’elle allègue n’est pas établie.

Le déficit fonctionnel temporaire :

L’expert a retenu comme périodes de déficit fonctionnel temporaire total le 5 mars 2021, du 29 août 2021 au 6 octobre 2021, le 24 janvier 2022, du 7 février 2023 au 3 mars 2023 et du 4 janvier 2024 au 1er février 2024, soit 94 jours. L’expert a également retenu une période de déficit fonctionnel temporaire de 50% du 26 décembre 2020 au 28 août 2021 puis du 7 octobre 2021 au 14 décembre 2022. Il a également retenu une période de déficit fonctionnel temporaire de 10% du 15 décembre 2022 au 6 février 2023 et du 4 mars 2023 jusqu’à la consolidation, acquise le 24 septembre 2024. En déduisant trois semaines d’arrêt maladie liées à l’injection du vaccin Pfizer, entre le 20 janvier 2022 et le 10 février 2022, et en retenant un taux journalier de 20 euros pour un déficit fonctionnel temporaire total, il y a lieu d’accorder à Mme B... une indemnité d’un montant total de 9 730 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire.

Les souffrances endurées :

Il résulte de l’instruction que les souffrances endurées par Mme B... peuvent être évaluées à 4 sur une échelle de 7 en raison principalement de la durée des conséquences du Covid long dont elle est atteinte, évoluant sur près de quatre ans, et de ses multiples hospitalisations. Il en sera fait, en l’espèce, une juste appréciation en l’indemnisant à hauteur de 8 000 euros.

Le déficit fonctionnel permanent :

Il résulte de l’instruction, en particulier de l’expertise, que Mme B... subit un taux d’incapacité permanente de 5% du fait de sa maladie. Compte tenu de l’âge de Mme B..., soit 31 ans à la date de consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l’évaluant à la somme de 6 000 euros.

Le préjudice d’agrément :

Mme B... fait valoir qu’elle ne peut plus pratiquer une activité physique intense. Si l’expertise non contradictoire réalisée en septembre 2025 indique une « réduction des activités sportives antérieurement pratiquées, en particulier la marche prolongée et les activités physiques importantes », Mme B... n’établit pas toutefois la pratique régulière de ces activités antérieurement à sa maladie. Dès lors, les demandes de Mme B... au titre de ce poste de préjudice ne peuvent être que rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède, que le centre hospitalier Comminges Pyrénées doit être condamné à verser à Mme B... la somme totale de 23 730 euros.

Sur les intérêts :

Mme B... a droit, comme elle le demande, aux intérêts sur la somme de 23 730 euros précitée à compter du 9 mai 2023, date de réception par le centre hospitalier Comminges Pyrénées de sa demande indemnitaire préalable.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Comminges Pyrénées la somme de 1 500 euros à verser à Mme B... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées sur le même fondement par le centre hospitalier Comminges Pyrénées doivent en revanche être rejetées.


D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier Comminges Pyrénées est condamné à verser à Mme B... la somme totale de 23 730 euros. Cette somme portera intérêts à compter du 9 mai 2023.

Article 2 : Le centre hospitalier Comminges Pyrénées versera à Mme B... une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.



Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à la caisse primaire d’assurance maladie de la Haute-Garonne et au centre hospitalier Comminges Pyrénées.


Délibéré après l’audience publique du 17 décembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Préaud, conseillère,
M. Garrido, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2025.

Le rapporteur,
L. GARRIDO
La présidente,
C. VISEUR-FERRÉ
La greffière,
F. DEGLOS


La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière

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