Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 septembre 2023 et un mémoire enregistré le 4 juillet 2024, Mme C... A... et M. B... A..., représentés par Me Dutin, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal des vallées de l’Ariège à leur verser à chacun la somme de 80 000 euros en réparation de leurs préjudices ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal des vallées de l’Ariège les entiers dépens ainsi que la somme de 8 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors que le courrier du 14 février 2020 ne constitue pas une demande préalable ;
- elle est dans tous les cas recevable en tant qu’elle est présentée par M. A... qui n’avait que seize ans lors de l’envoi du courrier du 14 février 2020, ne disposait donc pas de la capacité d’agir en justice et n’a d’ailleurs pas signé le courrier ;
- le centre hospitalier a commis un abus de l’exercice de son droit de se défendre en agissant de manière dilatoire par l’invocation de la tardiveté pour la première fois lors de l’instance au fond sans en avoir fait état lors de l’instance en référé ;
- la responsabilité du centre hospitalier doit être engagée sur le fondement de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique dès lors que leur mère n’a pas bénéficié d’une information claire, loyale, appropriée et intelligible, que le médecin traitant de leur mère n’a pas été informé de la réalisation du test de l’Ajmaline, que leur mère n’a pas pu bénéficier de l’ECMO et que le médicament adéquat ne lui a pas été administré ;
- ces fautes ont causé à leur mère une perte de chance de survie ;
- ils sont fondés à solliciter la somme de 80 000 euros chacun en réparation de leur préjudice d’affection.
Par un mémoire enregistré le 12 décembre 2023, la caisse primaire d’assurance maladie du Tarn, agissant pour le compte de la caisse primaire d’assurance maladie de l’Ariège, informe le tribunal qu’elle n’entend pas intervenir à l’instance dès lors qu’elle n’a aucun débours à faire valoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2024, le centre hospitalier intercommunal des vallées de l’Ariège, représenté par Me Daumas, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit statué ce que de droit sur les dépens.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive dès lors qu’il a rejeté la demande indemnitaire préalable des requérants par courrier notifié le 29 octobre 2020 ;
- compte tenu des antécédents familiaux de la victime, celle-ci était nécessairement informée des risques encourus ;
- l’expert ne lui reproche aucun manquement formel, s’agissant de l’injonction du bicarbonate molaire ;
- le décès de la victime est directement et exclusivement imputable au syndrome de Brugada.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2025, D... national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Ravaut, conclut à ce que l’indemnisation accordée aux requérants soit limitée à 20 000 euros pour Mme A... et à 16 000 euros pour M. A... ou, à titre subsidiaire, à ce qu’une mesure d’expertise soit ordonnée.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas l’existence d’un accident médical non fautif ;
- la prise en charge hospitalière en litige n’a pas été conforme aux règles de l’art et est à l’origine d’une perte de chance d’éviter le décès : le retard dans l’administration du bicarbonate molaire est à l’origine d’une perte de chance qui peut être évaluée entre 10 et 20 % ; l’absence d’ECMO constitue également une faute ; la perte de chance ne saurait donc être inférieure à 20 % ;
- Mme A... et M. A... sont seulement fondés à solliciter respectivement les sommes de 20 000 et 16 000 euros en réparation de leurs préjudices ;
- à titre subsidiaire, compte tenu du caractère très succinct de l’expertise et du fait qu’elle n’a pas été réalisée au contradictoire de D... national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, il convient d’organiser une nouvelle expertise médicale.
Par un courrier du 23 juillet 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé D... tiré de l’engagement de la solidarité nationale sur le fondement des dispositions du II de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique, au titre d’un accident médical non fautif.
Une réponse à ce moyen d’ordre public a été enregistré le 13 août 2025 pour les consorts A... et communiquée le 13 août 2025.
Par une ordonnance du 23 juillet 2025, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 septembre 2025.
Par deux décisions du 8 mars 2024, Mme C... A... et M. B... A... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l’ordonnance n° 2106794 du 13 octobre 2023 par laquelle la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a liquidé et taxé les frais et honoraires de l’expertise confiée au Dr F... ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, à laquelle M. et Mme A... et D... national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales n’étaient ni présents ni représentés :
- le rapport de Mme Préaud,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,
- les observations de Me Thoumasié, substituant Me Daumas, représentant le centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège.
Considérant ce qui suit :
Le 10 février 2020, Laurence Torregrosa a été prise en charge par le centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège pour la réalisation d’un test à l’ajmaline, afin de déterminer si elle était atteinte d’un syndrome de Brugada. Elle est décédée à la suite de cette prise en charge. Par la présente requête, ses enfants, C... et B... A..., demandent la condamnation du centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège à les indemniser des préjudices nés pour eux de cette prise en charge.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier intercommunal :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ».
Il résulte de l’instruction que M. et Mme A... ont adressé au centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège un courrier, reçu le 14 février 2020, dans lequel ils reviennent sur le décès de leur mère à la suite de la réalisation du test à l’ajmaline, font état de l’existence d’un préjudice, d’une faute consistant en un défaut d’information, indiquent engager la responsabilité de l’établissement en l’invitant à transmettre à son assureur leur « demande d’indemnisation ». Ce courrier constitue ainsi une demande préalable. Or, par un courrier du 27 octobre 2020, notifié le 29 octobre suivant et comportant la mention des voies et délais de recours, le directeur du centre hospitalier intercommunal des vallées de l’Ariège a rejeté cette demande d’indemnisation. Par ailleurs, la saisine du juge des référés le 23 novembre 2021, après l’expiration du délai de recours contentieux de deux mois, n’a pas pu avoir pour effet de proroger ce délai.
En revanche, il résulte de l’instruction que M. A..., né le 28 avril 2003, était mineur à la date de la demande indemnitaire préalable. Il ne disposait ainsi pas de la capacité lui permettant de présenter une telle demande et sa sœur, à propos de laquelle il n’est pas allégué qu’elle aurait été sa représentante légale, ne peut être regardée comme ayant présenté la demande indemnitaire préalable au nom de M. A.... Le contentieux n’a ainsi pas été lié à l’égard du centre hospitalier, s’agissant de M. B... A..., avant le rejet implicite de la demande adressée le 17 juillet 2023 au centre hospitalier et reçue le 19 juillet suivant.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin de condamnation du centre hospitalier sont irrecevables en tant seulement qu’elles concernent Mme C... A....
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
Aux termes du I de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique : « Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. »
Par ailleurs, il résulte des termes du II de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique que la réparation d’un accident médical par l’ONIAM au titre de la solidarité nationale n’est possible qu’en dehors des cas où cet accident serait causé directement soit par un acte fautif d’un professionnel de santé ou d’un établissement, service ou organisme mentionné au I du même article, soit par un défaut d’un produit de santé.
Lorsque, dans le cas d’un tel accident médical non fautif dont les conséquences dommageables remplissent les conditions prévues par le II de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique, une faute commise par un professionnel, un établissement, un service ou un organisme mentionné au I du même article a, sans être la cause directe de l’accident, fait néanmoins perdre à la victime une chance d’y échapper ou de se soustraire à ses conséquences, cette dernière a droit à la réparation intégrale de son dommage au titre de la solidarité nationale, mais l’indemnité due par l’ONIAM doit être réduite du montant de l’indemnité mise à la charge du professionnel, de l’établissement, du service ou de l’organisme responsable de la perte de chance, laquelle est égale à une fraction des dommages, fixée à raison de l’ampleur de la chance perdue.
Par suite, il appartient au juge saisi par la victime d’un accident médical de conclusions indemnitaires invoquant la responsabilité pour faute d’un professionnel de santé ou d’un établissement, service ou organisme mentionné au I de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique, de déterminer si l’accident médical a été directement causé par la faute invoquée et, dans ce cas, si l’acte fautif est à l’origine des dommages corporels invoqués ou seulement d’une perte de chance de les éviter. Si l’acte fautif n’est pas la cause directe de l’accident, il lui appartient de rechercher, le cas échéant D..., si le dommage subi présente le caractère d’anormalité et de gravité requis par les dispositions du II de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique et doit, par suite, faire l’objet d’une réparation par l’ONIAM au titre de la solidarité nationale. Enfin, dans le cas d’une réponse positive à cette dernière question, si la faute reprochée au professionnel de santé ou à l’établissement, service ou organisme mentionné au I de l’article L.1142-1 du code de la santé publique a fait perdre à la victime une chance d’éviter l’accident médical non fautif ou de se soustraire à ses conséquences, il appartient au juge, tout en prononçant le droit de la victime à la réparation intégrale de son préjudice, de réduire l’indemnité due par l’ONIAM du montant qu’il met alors, à ce titre, à la charge du responsable de cette perte de chance.
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier :
S’agissant du défaut d’information :
Aux termes de l’article L. 1111-2 du code de la santé publique : « I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. (…) / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. (…) ». En application de ces dispositions, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l’accomplissement d’un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. Il suit de là que la circonstance qu’un risque de décès ou d’invalidité répertorié dans la littérature médicale ne se réalise qu’exceptionnellement ne dispense pas les médecins de le porter à la connaissance du patient. Toutefois, en cas d’accident, le juge qui constate que le patient n’avait pas été informé du risque grave qui s’est réalisé doit notamment tenir compte, le cas échéant, du caractère exceptionnel de ce risque, ainsi que de l’information relative à des risques de gravité comparable qui a pu être dispensée à l’intéressé, pour déterminer la perte de chance qu’il a subie d’éviter l’accident en refusant l’accomplissement de l’acte.
Il résulte de l’instruction, en particulier du rapport de l’expert judiciaire mais également du rapport du Dr Baron produit par le centre hospitalier, qu’il n’est pas certain que Laurence Torregrosa ait été informée du risque vital encouru du fait de la réalisation d’un test à l’ajmaline. Le centre hospitalier intercommunal ne saurait utilement faire valoir à cet égard que la patiente était nécessairement informée des risques liés au syndrome de Brugada dès lors qu’elle avait connaissance d’antécédents familiaux et que, lors d’une précédente consultation dans un autre établissement, elle avait été informée de la nécessité d’un dépistage. Par ailleurs, il résulte de l’instruction que la patiente n’a pas bénéficié d’un délai de réflexion. Par suite, le centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège, qui n’apporte aucun élément permettant d’établir le respect de l’obligation d’information, a commis une faute en n’informant pas la patiente du risque de décès liés à la réalisation du test de l’ajmaline et en ne lui laissant pas de délai de réflexion.
S’agissant de l’absence d’information du médecin traitant de la patiente :
M. A... soutient que le médecin traitant de sa mère aurait dû être consulté par le centre hospitalier afin de connaître les résultats du test génétique. Toutefois, il résulte de ses propres écritures, comme du rapport de l’expert judiciaire, que ce test génétique était en cours le 10 février 2020. Il ne saurait dès lors être reproché au centre hospitalier ne pas avoir pris connaissance de résultats inexistants. Par ailleurs, il résulte du rapport du Dr Baron, praticien hospitalier en chirurgie cardiaque au centre hospitalier universitaire de Nantes, que seulement 25 % des personnes atteintes du syndrome de Brugada ont une mutation du gène sur lequel porte le test génétique et qu’il est relativement fréquent que les personnes atteintes du syndrome de Brugada ne soient pas porteuses de la mutation génétique associée, de sorte qu’en pratique, le test à l’ajmaline est proposé à toutes les personnes ayant des antécédents familiaux de plus de quinze ans. Par suite, le centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège n’a pas commis de faute en ne consultant pas le médecin traitant de la patiente.
S’agissant de l’absence d’ECMO :
S’il résulte de l’instruction, en particulier tant du rapport de l’expert judiciaire que du rapport du Dr Baron, que l’absence d’oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO) sur place a fait perdre à la patiente une chance d’éviter le décès, il n’en résulte pas que les règles de l’art exigeaient la disponibilité sur site de cette technique pour la réalisation d’un test à l’ajmaline. Au contraire, il résulte du rapport du Dr Baron qu’aucune réglementation n’encadre la réalisation du test de l’ajmaline, que les bonnes pratiques invitent seulement à réaliser le test en secteur hospitalier, dans un environnement permettant la réanimation et après avoir réalisé un électrocardiogramme. Par suite, aucune faute ne peut être imputée au centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège à ce titre.
S’agissant de l’administration du bicarbonate molaire :
Si l’expert judiciaire a considéré que l’utilisation de bicarbonate molaire aurait pu être prescrite plus rapidement, il ne résulte pas de son rapport que les règles de l’art exigeaient une injection plus précoce. Ainsi, et compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent sur les préconisations entourant la réalisation du test de l’ajmaline, aucune faute ne peut être imputée au centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège au titre d’une administration tardive de bicarbonate molaire.
Il résulte de ce qui précède que M. A... est seulement fondé à demander l’indemnisation de ses préjudices liés au manquement du centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège à son obligation d’information.
S’agissant de la perte de chance :
Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d’un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d’obtenir une amélioration de son état de santé ou d’échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l’établissement et qui doit être intégralement réparé n’est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d’éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l’hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l’ampleur de la chance perdue.
Il résulte de l’instruction, en particulier du rapport d’expertise du Dr Baron, que le risque de décès au cours de la réalisation du test à l’ajmaline est inférieur à 0,1 %. Il en résulte également que le syndrome de Brugada, responsable de troubles du rythme cardiaque, entraîne un risque de mort subite. Il en résulte enfin que la réalisation d’un test à l’ajmaline est indiquée notamment en cas de mort subite familiale avec aspect douteux de syndrome de Brugada et peut être indiquée notamment en cas de bilan familial de syndrome de Brugada. Or, Laurence Torregrosa avait des antécédents familiaux de plusieurs cas de mort subite du côté maternel et sa sœur était atteinte d’un syndrome de Brugada de type 1. Dans ces conditions, la perte de chance d’éviter le décès de Laurence Torregrosa, liée au défaut d’information, doit être évaluée à 10 %.
En ce qui concerne l’engagement de la solidarité nationale :
Il résulte de l’instruction que le décès de Laurence Torregrosa a pour origine la réalisation du test de l’ajmaline, acte médical non fautif. Sans être la cause directe de l’accident, le défaut d’information retenu précédemment a fait perdre à la victime une chance de se soustraire aux conséquences de cet acte. Par ailleurs, le dommage subi, à savoir le décès, rempli tant le critère de gravité requis par les dispositions du II de l’article L. 1142-1 du code de la santé publique que le critère d’anormalité dès lors qu’ainsi qu’il a déjà été énoncé, il résulte de l’instruction que le risque de décès lors de la réalisation du test à l’ajmaline est inférieur à 0,1 %. Par suite, Mme C... A... et M. B... A... ont droit à la réparation intégrale de leur préjudice par D... national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, 10 % de cette réparation revenant cependant au centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège au titre de la perte de chance résultant de son manquement à l’obligation d’information.
Sur le préjudice :
Mme C... A... et M. B... A..., âgés respectivement de 18 ans et de 16 ans au moment du décès de leur mère, sollicitent la somme de 80 000 euros en réparation de leur préjudice d’affection. Il sera fait une juste appréciation de leur préjudice en l’évaluant à la somme de de 20 000 euros pour chacun d’entre eux. En tenant compte du taux de perte de chance de 10 % retenu au point précédent, il y a lieu de condamner l’ONIAM à verser à M. A... la somme de 18 000 euros et la même somme à Mme A... et de condamner le centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège à verser la somme de 2 000 euros à M. A... seulement, les conclusions présentées par Mme A... contre le centre hospitalier étant irrecevables.
Sur les dépens :
En application des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre les frais et honoraires de l’expertise, liquidés et taxés à la somme de 800 euros, à la charge définitive de l’ONIAM.
Sur les frais liés au litige :
Il résulte des dispositions de l’article 75 de la loi du 10 juillet 1991, codifiées à l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la même loi, que le bénéficiaire de l’aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge, à son profit, de la partie perdante que le paiement des seuls frais qu’il a personnellement exposés, à l’exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l’État à la mission d’aide juridictionnelle confiée à son avocat. Mais l’avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu’il aurait réclamée à son client, si ce dernier n’avait eu l’aide juridictionnelle, à charge pour l’avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D’une part, Mme A... et M. A..., pour le compte de qui les conclusions de la requête relatives à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réputées présentées, n’allèguent pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l’État au titre de l’aide juridictionnelle totale qui leur a été allouée. D’autre part, l’avocat de Mme A... et de M. A... n’a pas demandé que lui soit versée par le centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège la somme correspondant aux frais exposés qu’il aurait réclamée à ses clients si ces derniers n’avaient bénéficié d’une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu’il soit mis à la charge du centre hospitalier des vallées de l’Ariège une somme de 8 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : D... national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser la somme de 18 000 euros à Mme C... A... et la somme de 18 000 euros à M. B... A....
Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège est condamné à verser la somme de 2 000 euros à M. B... A....
Article 3 : Les frais et honoraires d’expertise, taxés et liquidés à la somme de 800 euros, sont mis à la charge définitive de D... national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A..., à M. B... A..., au centre hospitalier intercommunal des Vallées de l’Ariège, à D... national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d’assurance maladie du Tarn et à la société Covea Protection Juridique.
Copie en sera adressée au docteur E... F..., expert.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Préaud, conseillère,
M. Garrido, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2025.
La rapporteure,
L. PRÉAUD
La présidente,
C. VISEUR-FERRÉ
La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière