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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402135

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402135

mercredi 29 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402135
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationCellule juge unique
Avocat requérantBINEL LAURENT VAN DRIEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse statue sur l'opposition formée par M. A... contre une contrainte émise par la CAF du Tarn pour le recouvrement d'un indu de prime d'activité, d'allocation de logement familiale et d'aide exceptionnelle de solidarité, totalisant 16 391,41 euros. Le requérant conteste la régularité de la procédure, soutenant que la CAF ne justifie pas de l'envoi d'une mise en demeure préalable, et conteste le bien-fondé des indus en invoquant un redressement fiscal. La juridiction, statuant en juge unique, rejette la requête de M. A... et valide la contrainte, en application des articles L. 161-1-5 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale, ainsi que des dispositions du code de la construction et de l'habitation et du décret n° 2022-1432.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2024, M. B... A..., représenté par Me Gil, forme opposition à la contrainte émise par le directeur de la caisse d’allocations familiales (CAF) du Tarn en date du 20 mars 2024 et reçue le 26 mars 2024 aux fins de recouvrement d’un indu de prime d’activité d’un montant de 10 055,41 euros pour la période de juin 2020 à septembre 2022, d’un indu d’allocation de logement familiale (ALF) d’un montant de 6 294 euros pour la période de juin 2020 à mars 2022 et d’un indu d’aide exceptionnelle de solidarité de 42 euros pour le mois de novembre 2022.

Il soutient que :
- conformément à l’article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, il appartient à la CAF de justifier du respect de l’envoi d’une mise en demeure ;
- la CAF considère que M. A... a déclaré des revenus fictifs alors qu’ayant fait l’objet d’un redressement fiscal, il ressort du contrôle de sa situation fiscale qu’il a perçu des revenus lui permettant d’accéder aux prestations versées.

Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2024, la CAF du Tarn, représentée par Me Laurent, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. A... la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de l’organisation judiciaire ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2022-1432 du 14 novembre 2022 portant attribution d'une aide financière exceptionnelle pour les bénéficiaires de la prime d'activité
;
- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D... pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique, après l’appel de l’affaire, le rapport de M. D... a été entendu et, les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... a bénéficié de la prime d’activité, de l’allocation de logement familiale et de prestations familiales. A la suite d’un échange d’informations avec les services fiscaux, la CAF du Tarn a initié un contrôle de la situation de l’intéressé. Il a été constaté, par le contrôleur assermenté dont le rapport a été établi le 20 avril 2023, que l’intéressé n’avait déclaré ni sa vie maritale avec Mme C... débutée en avril 2022, ni la perception d’une pension alimentaire en 2021 et qu’il poursuivait l’exercice d’une activité de manière occulte malgré une radiation de son activité de travailleur indépendant effective au 31 décembre 2015. Une contrainte a été émise le 20 mars 2024 et reçue le 26 mars 2024 pour le recouvrement de la somme globale de 16 805,10 euros correspondant à un indu de prime d’activité d’un montant de 10 055,41 euros pour la période de juin 2020 à septembre 2022, à un indu d’allocation de logement familiale (ALF) d’un montant de 6 294 euros pour la période de juin 2020 à mars 2022, à un indu d’aide exceptionnelle de solidarité (AES) de 42 euros pour le mois de novembre 2022 et à un indu de prestations familiales d’un montant de 413,69 euros pour le mois d’août 2022. M. A... forme opposition à cette contrainte s’agissant de l’ALF, de la prime d’activité et de l’AES pour un montant de 16 391,41 euros.

Sur la régularité de la décision :

2. Aux termes de l’article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : « Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée et sans préjudice des articles L.133-4 du présent code et L.725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ». Selon l’article R. 133-3 dudit code : « Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur de l'organisme créancier peut décerner la contrainte mentionnée à l'article L.244-9 ou celle mentionnée à l'article L.161-1-5. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. À peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. L'huissier de justice avise dans les huit jours l'organisme créancier de la date de signification. Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. Le secrétariat du tribunal informe l'organisme créancier dans les huit jours de la réception de l'opposition. La décision du tribunal, statuant sur opposition, est exécutoire de droit à titre provisoire.

3. Il résulte de ces dispositions que préalablement à l’émission d’une contrainte, l’organisme chargé du service d’une prestation indûment versée doit adresser une mise en demeure qui a pour objet principal d'informer l’allocataire sur la nature exacte des sommes qui sont exigées de lui, sur l’origine de sa dette, sur le délai qui lui est imparti pour s’en acquitter et sur les conséquences qui s'attacheraient à un défaut de réponse de sa part.

4. Il résulte de l’instruction que la CAF du Tarn établit qu’une mise en demeure du 7 décembre 2023 correspondant à l’indu de prime d’activité d’un montant total de 10 055,41 euros a été notifiée à M. A... le 14 décembre suivant par lettre recommandée 2C18384966621. Toutefois, la CAF du Tarn n’établit pas la notification à l’intéressé de la mise en demeure du 9 novembre 2023 concernant les indus d’allocation de logement familiale (ALF) et d’aide exceptionnelle de solidarité pour un montant global de 6 336 euros par lettre recommandée n° 2C18384604011. Par suite, l’opposition a contrainte formée par M. A... doit être partiellement reçue et celle-ci doit être annulée en tant qu’elle concerne deux indus d’allocation de logement familiale (ALF) et d’aide exceptionnelle de solidarité pour un montant total de 6 336 euros.

Sur le bien-fondé des indus en litige :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu d’aide exceptionnelle de solidarité, d’allocation de logement familiale ou de prime d’activité, il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

6. Aux termes de l’article L. 821-1 du code de la construction et de l’habitation : « (…) Les aides personnelles au logement comprennent : (…) a) L'allocation de logement familiale ; (…) ». Aux termes de l’article L. 823-1 du même code : « Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer. (…) » Aux termes de l’article L. 823-9 du même code : « Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ». Aux termes de l’article L. 825-2 de ce code : « Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. »

7. Aux termes de l’article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : « La prime d’activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. (…) ». Aux termes de l’article R. 846-5 du même code : « Le bénéficiaire de la prime d’activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ». Aux termes de l’article L. 845-2 du même code : « Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 845-4 de ce code : « L’article L. 553-1 est applicable à la prime d’activité. »

8. Aux termes de l’article 1er du décret n° 2022-1432 du 14 novembre 2022 : « Une aide financière exceptionnelle est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires de la prime d'activité mentionnée à l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale au titre du mois de juin 2022, sous réserve que le montant de leur prime ne soit pas nul et sauf lorsqu'un versement est déjà dû pour le foyer au titre du I de l'article 1er du décret du 14 septembre 2022 susvisé portant attribution d'une aide financière exceptionnelle pour les ménages les plus modestes. Le montant de l'aide est égal à 28 euros, auxquels s'ajoutent 14 euros par enfant à charge. (…) ». Aux termes de l’article 4 du même décret : « Tout paiement indu de l'aide attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise, réduite ou recouvrée par cet organisme dans les conditions applicables à la prime d'activité mentionnée à l'article 1er. »

9. Pour contester le bien-fondé des indus en litige, M. A... fait valoir qu’une proposition de rectification du 13 décembre 2023 émanant des services de la direction générale des finances publiques justifie la remise en cause des conclusions du rapport d’enquête tenant aux ressources de l’intéressé au motif que l’administration fiscale évalue les revenus occultes tirés de son activité non déclarée de tatoueur à un montant de 7 939 euros en 2021 et 10 526 euros en 2022. Toutefois, il résulte de l’instruction que le rapport établi le 20 avril 2023 par un contrôleur assermenté, qui fait foi jusqu’à preuve du contraire, s’il indique que les revenus déclarés par l’intéressé sont fictifs, précise cependant l’exercice d’une activité non déclarée dont les revenus sont pris en compte et évalués à 10 830 euros en 2018, 9 921 euros en 2019, 13 829 euros en 2020, 14 987 euros en 2021 et 19 229 euros en 2022. Les montants retenus dans le rapport d’enquête tiennent compte, d’une part, des flux financiers constatés sur le compte bancaire de l’intéressé sous forme de dépôts d’espèce, remises de chèques et paiement sum’up et, d’autre part, du montant des loyers réglés en espèces, lesquelles ressources correspondent selon les affirmations de l’intéressé à des revenus tirés de son activité illicite mais n’ayant pas transitées sur son compte bancaire. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que M. A..., en se bornant à invoquer les éléments retenus par l’administration fiscale au stade de la proposition de rectification, n’apporte pas de preuve contraire qui puisse remettre en cause les conclusions du contrôleur assermenté et par voie de conséquence les ressources prises en considération pour la régularisation de ses droits. Par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner la recevabilité de la contestation du bien-fondé des indus d’ALS, de prime d’activité et d’aide exceptionnelle de solidarité, M. A... n’est pas fondé à contester le bien-fondé des indus en litige.

Sur les demandes de frais de procès :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme quelconque soit mise à la charge de la CAF du Tarn, qui n’est pas la partie perdante au principal dans la présente instance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A... la somme demandée par la CAF du Tarn sur le même fondement.


D E C I D E :

Article 1er : La contrainte émise le 20 mars 2024 par le directeur de la caisse d’allocations familiales du Tarn, en tant qu’elle concerne deux indus d’allocation de logement sociale d’un montant de 6 294 euros pour la période de juin 2020 à mars 2022 et d’aide exceptionnelle de solidarité d’un montant de 42 euros pour le mois de novembre 2022, est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de M. A... est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la caisse d’allocations familiales du Tarn présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B... A..., à la caisse d’allocations familiales du Tarn et au ministre en charge des solidarités.


Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2025.


Le magistrat désigné,
Alain D...
La greffière,
Karina Mellas


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef,

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