vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2402964 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mai et 26 juillet 2024, Mme D, représentée par Me Gueye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, de lui délivrer sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative une autorisation de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à défaut, sur le fondement de l'article L. 911-2 du même code, de réexaminer la situation de l'intéressée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il ne respecte pas le principe du contradictoire, ni le droit d'être entendue ;
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne comporte pas des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant délai volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 17 avril 2024, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Clen a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B, ressortissante algérienne née le 17 janvier 1994 à Mostaganem, est entrée en France le 08 octobre 2017 selon ses déclarations de manière irrégulière. Au mois d'octobre 2017, la requérante a sollicité l'asile et s'est vu opposé un refus, confirmé le 11 octobre 2018 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 28 janvier 2020, le préfet de la Haute Garonne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Le 22 mars 2022, l'intéressée a sollicité son admission au séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant malade en raison de l'état de santé de son enfant, A, né le 16 juillet 2018 à Toulouse. Ainsi, elle a pu bénéficier d'une autorisation provisoire de séjour à compter du 12 octobre 2022 renouvelée régulièrement jusqu'au 03 janvier 2024. Le 02 octobre 2023, la requérante a sollicité le renouvellement de son droit au séjour, en faisant notamment valoir l'état de santé de son fils. Par un arrêté du 15 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. " Et aux termes de l'article L. 611-1 de ce code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
3. Il résulte des termes mêmes des décisions contenues dans l'arrêté en litige qu'elles comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction, en particulier s'agissant des conditions de séjour en France de l'intéressé, de sa situation personnelle, médicale, familiale et professionnelle, ainsi que de son dossier pénal. En particulier, la circonstance que le préfet, sans s'être estimé lié par celui-ci, se soit approprié les motifs de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de ladite décision. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.
4.En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de Mme B, ainsi qu'il vient d'être dit, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et personnalisé de sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme B doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du 1er paragraphe de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". En vertu du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
6. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet, le cas échéant, d'une mesure d'éloignement du territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et d'une interdiction de retour. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ou de compléter ses observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français, sur l'octroi ou non d'un délai de départ volontaire, sur la fixation du pays de destination et sur l'interdiction de retour, lesquelles sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas même allégué, que Mme B aurait vainement sollicité un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée, lors du dépôt et au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire valoir auprès de l'administration tous les éléments jugés utiles à la compréhension de sa situation professionnelle, personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".
9. Les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants une autorisation provisoire de séjour pour l'accompagnement d'un enfant malade.
10. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des stipulations précitées, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
11. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
12. Il ressort des pièces du dossier que le fils de la requérante, A C est né dans des conditions particulières, à savoir " par césarienne en urgence avec le cordon autour du cou ". Les conditions de sa naissance seraient à l'origine des pathologies dont il est atteint. Il ressort des pièces du dossier et précisément du compte rendu du centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) du Languedoc du 21 juin 2023 et du compte-rendu d'évaluation réalisé le 7 mai 2024 par un médecin pédopsychiatre, que le jeune A est atteint d'un mutisme sélectif qui se manifeste notamment par un " trouble du langage ". Il a également été diagnostiqué à A, un trouble du spectre de l'autisme. En raison de ces troubles, A fait l'objet d'un suivi régulier d'orthophonie. Il ressort également des pièces du dossier que le jeune A s'est vu reconnaître le statut d'enfant handicapé par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Haute-Garonne pour la période allant du 1er juin 2021 au 31 mai 2025, renouvelé pour la période allant du 11 juin 2024 au 30 juin 2029.
13. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par Mme B, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 décembre 2023, qui estime que l'état de santé de leur enfant A nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Certes, la requérante se prévaut d'un compte-rendu émis par l'unité d'évaluation des troubles du spectre de l'autisme du 7 mai 2024, ainsi que d'un compte-rendu émis par le centre de rééducation de l'enfant du Languedoc du mois de juin 2023 qui mentionnent les troubles dont souffrent A, la nécessité de la poursuite des soins, d'un suivi régulier en orthophonie, ainsi que d'aménagements et dispositifs à mettre en place notamment au sein de son environnement scolaire. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient être regardés comme étant de nature à infirmer l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 décembre 2023, dès lors il n'est pas établi par les pièces du dossier qu'un retour de A vers son pays d'origine, mettrait en péril son suivi personnalisé. Ainsi, faute pour Mme B d'apporter des éléments de nature à contredire l'appréciation portée par le préfet sur la possibilité pour leur fils d'être suivi et traité dans leur pays d'origine, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 425- 9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que le jeune A ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. En outre, Mme B n'est arrivé en France qu'en 2017 et a donc vécu la majeure partie de sa vie en Algérie, son pays d'origine où résident, selon ses déclarations, ses deux parents et ses sept frères et sœurs. Son concubin et, selon ses déclarations le père de ses enfants, M. C, qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement similaire, est également un ressortissant algérien. Aussi, alors que la requérante ne bénéficie d'aucune insertion particulière en France, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, et compte tenu de la durée de son séjour en France, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elles méconnaitraient les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
17. D'une part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 13 que le défaut de prise en charge médicale en France du fils de Mme B n'entraînerait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, alors que la requérante allègue qu'un retour dans son pays d'origine, l'Algérie, porterait atteinte à sa situation personnelle et familiale. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la pathologie du fils de la requérante ne pourrait pas être prise en charge en Algérie. En outre, si les requérants justifient que A fait l'objet d'un suivi régulier en orthophonie et en psychomotricité, ils n'établissent pas qu'il ne pourrait être scolarisé dans un autre établissement scolaire. D'autre part, Mme B est arrivée, selon ses dires, au cours de l'année 2017, munie de visas de court séjour de 15 jours en France, où elle ne démontre pas d'insertion sociale, ni professionnelle particulière. S'il ressort des pièces du dossier que les enfants du couple sont nés en France le 16 juillet 2018 et le 6 avril 2022, et que A est scolarisé en classe de grande section, la poursuite de la scolarisation de ce dernier pourra s'effectuer en Algérie. Enfin, l'arrêté en litige n'a pas pour conséquence de séparer les membres de cette cellule familiale, qui a vocation à se recomposer dans leur pays d'origine, l'Algérie, où Mme B et M. C ont majoritairement vécu, et où la requérante n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales. Dans ces conditions, la décision en litige n'ayant par ailleurs ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de ses deux enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". "
19. Si Mme B soutient que le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'elle constitue une menace à l'ordre public, il ressort, toutefois, que le préfet a pu, à bon droit, refuser à la requérante le titre de séjour sollicité, sans même avoir opposé à cette demande les dispositions de l'article L. 412-5 précité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
20. En premier lieu, ainsi qu'il a déjà été dit, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour obliger Mme B à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
21. En second lieu, pour les motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire :
22. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
23. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
24. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus et alors que la requérante ne précise pas la nature des circonstances particulières qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur au délai normal de trente jours, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être également écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
25. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle le parcours de la requérante et précise qu'elle n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.
26. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 18 du présent jugement, le moyen soulevé par Mme B tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
27. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du préfet de la Haute-Garonne du 15 décembre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonctions sous astreinte :
28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Gueye la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 27 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président-rapporteur,
M. Quessette, conseiller,
Mme Lejeune, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.
Le président-rapporteur,
H. CLEN
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
L. QUESSETTE
La greffière,
F. LE GUIELLAN La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026