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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2403130

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2403130

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2403130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCLAMENS CONSEIL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné les recours de la SARL Cassin TP contre trois arrêtés préfectoraux du Tarn : un fixant une astreinte administrative journalière de 250 euros pour non-remise en état d’une installation de stockage de déchets inertes, et deux liquidant cette astreinte pour des montants de 20 750 euros et 27 750 euros. La société contestait notamment l’incompétence du signataire, l’illégalité de l’arrêté de mise en demeure sous-jacent, et le caractère disproportionné de l’astreinte. Le tribunal a rejeté l’ensemble des requêtes, jugeant que les moyens soulevés, y compris ceux tirés de l’exception d’illégalité, n’étaient pas fondés. La solution s’appuie sur les dispositions du code de l’environnement et les arrêtés ministériels du 12 décembre 2014 et du 31 mai 2021.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2403130 le 27 mai 2024 et le 10 février 2025, la SARL Cassin TP, représentée par Me Lanéelle, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 26 mars 2024 prononçant une astreinte administrative journalière de 250 euros par jour en l’absence de remise en état des parcelles accueillant une installation de stockage de déchets inertes, conformément à l’arrêté de mise en demeure édictée à son encontre le 9 mai 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l’administration n’a pas pris en compte les observations qu’elle a formulées préalablement à l’édiction de cet arrêté ;
- l’arrêté est illégal en raison de l’illégalité de l’arrêté de mise en demeure du 9 mai 2023 dès lors qu’il repose sur des faits matériellement inexacts en l’absence de stockage de déchets, d’une part, et dès lors que la remise en état est impossible économiquement, d’autre part ;
- l’arrêté est illégal dans la mesure où il impose de nouvelles prescriptions tendant à la couverture avec des terres végétales ou la fourniture d’une étude agro-pédologique, non prévues par l’arrêté préfectoral de mise en demeure du 9 mai 2023 et alors que l’étude a été fournie ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard du montant de l’astreinte.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 janvier 2025 et 1er juillet 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Par ordonnance du 2 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 1er août 2025.

Un mémoire présenté par la société Cassin TP a été enregistré le 30 juillet 2025 et n’a pas été communiqué.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2406036 le 3 octobre 2024 la SARL Cassin TP, représentée par Me Lanéelle, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté préfectoral du 31 juillet 2024 par lequel le préfet du Tarn a liquidé l’astreinte journalière en raison de l’inexécution de l’arrêté de mise en demeure du 9 mai 2023 pris à son encontre pour la période du 30 mars 2024 au 20 juin 2024 pour un montant de 20 750 euros ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l’arrêté est illégal en raison de l’illégalité de l’arrêté du 26 mars 2024 fixant l’astreinte journalière qui est illégal dès lors qu’il est entaché d’incompétence, d’un vice de procédure, qu’il se fonde sur l’arrêté de mise en demeure lui-même illégal en l’absence de stockage de déchets et alors que la remise en état est impossible économiquement, qu’il impose de nouvelles prescriptions non prévues par l’arrêté de mise en demeure et que son montant est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- une étude agro-pédologique a été réalisée, justifiant de la remise en état des parcelles de sorte que la liquidation partielle n’est pas justifiée.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 7 janvier 2025 et le 1er juillet 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Par ordonnance du 2 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 1er août 2025.

Un mémoire présenté par la société Cassin TP a été enregistré le 30 juillet 2025 et n’a pas été communiqué.

III. Par une requête enregistrée sous le n° 2500572 le 27 janvier 2025, la SARL Cassin TP, représentée par Me Lanéelle, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 novembre 2024 par lequel le préfet du Tarn a prononcé la liquidation définitive de l’astreinte journalière en raison de l’inexécution de l’arrêté de mise en demeure du 9 mai 2023 pris à son encontre pour un montant de 27 750 euros ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- l’arrêté est illégal en raison de l’illégalité de l’arrêté du 26 mars 2024 fixant l’astreinte journalière dès lors que celui-ci est entaché d’incompétence, d’un vice de procédure, qu’il se fonde sur l’arrêté de mise en demeure lui-même illégal en l’absence de stockage de déchets et alors que la remise en état est impossible économiquement, qu’il impose de nouvelles prescriptions non prévues par l’arrêté de mise en demeure, et que son montant est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- une étude agro-pédologique a été réalisée justifiant de la remise en état des parcelles de sorte que la liquidation n’est pas justifiée ;
- l’astreinte est disproportionnée et exorbitante eu égard à la circonstance qu’il s’agit d’une petite et moyenne entreprise locale.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

Par ordonnance du 2 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 1er août 2025.

Un mémoire présenté par la société Cassin TP a été enregistré le 30 juillet 2025 et n’a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’environnement ;
- l’arrêté du 12 décembre 2014 ;
- l’arrêté du 31 mai 2021 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lequeux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Lucas, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lanéelle, représentant la société Cassin TP, requérante, et de Mme A..., représentant l’Etat.


Considérant ce qui suit :

1. Le 8 mars 2023, l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement a constaté l’existence d’une installation de stockage de déchets inertes sans enregistrement préalable sur des parcelles agricoles cadastrées section OI n° 600 et 609 à 614 situées au lieu-dit Saint-Eugène, sur le territoire de la commune de Lavaur. Les constats ont mis en évidence que l’entreprise en charge du site, la société Cassin TP a, sur une durée estimée à vingt-sept mois, apporté un volume de déchets de 90 323 m3 correspondant à environ 150 000 tonnes de déchets sur des parcelles agricoles. Par un arrêté du 9 mai 2023, le préfet du Tarn a mis en demeure la société Cassin TP de déposer, dans un délai de six mois, un dossier de demande d’enregistrement d’une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) portant sur l’installation de stockage de déchets inertes qu’elle exploite sans autorisation au lieu-dit Saint-Eugène, à Lavaur, ou de cesser, dans un délai de trois mois, son activité sur le site en procédant à sa remise en état. Par un arrêté du 26 mars 2024, le préfet a constaté l’absence de remise en état du site conformément à cet arrêté de mise en demeure et a prononcé une astreinte journalière d’un montant de 250 euros. Cette astreinte a été liquidée partiellement par un arrêté du 31 juillet 2024, puis définitivement par un arrêté du 25 novembre 2024, pour un montant total de 48 500 euros.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2403130, 2406036, 2500572 présentées par la société Cassin TP présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. En premier lieu, il résulte de l’instruction que les trois arrêtés attaqués ont été signés par M. B... C..., sous-préfet de Castres, qui avait reçu délégation de signature par arrêté du 10 octobre 2023 du préfet du Tarn, régulièrement publié, pour signer dans sa circonscription administrative, notamment, les courriers et décisions relevant du domaine de l’environnement. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur des arrêtés ne peut qu’être écarté.

4. Aux termes des dispositions de l’article L. 171-7 du code de l’environnement : « Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut suspendre le fonctionnement des installations et ouvrages ou la poursuite des travaux, opérations ou activités jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations et ouvrages, la cessation définitive des travaux, opérations ou activités, et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8, notamment aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision ». Aux termes des dispositions de l’article L. 171-8 du code de l’environnement dans ses dispositions applicables : « II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / (…) 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 45 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 4 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. Les deuxième et troisième alinéas du même 1° s'appliquent à l'astreinte. / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. / (…) ». L’article L. 171-11 dudit code dispose que : « Les décisions prises en application des articles L.171-7, L.171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction ».

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existantes à la date à laquelle il statue. Dans le cas où des installations ou ouvrages sont exploités et que des activités ou aménagements sont réalisés irrégulièrement, sans avoir fait l'objet de l'autorisation requise en application du code de l’environnement, l’autorité administrative met en demeure l'intéressé de régulariser sa situation, sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l’environnement, dans un délai qu'elle détermine.

En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 26 mars 2024 :

6. En premier lieu, il résulte de l’instruction que la société requérante a été informée par courrier du 17 janvier 2024 du projet d’arrêté portant astreinte administrative que le préfet envisageait de prendre à son encontre à la suite de la visite d’inspection du 20 novembre 2023 et a été invitée a formuler des observations, qu’elle a présentées par courrier du 30 janvier 2024. Dans ces conditions, elle n’est pas fondée à soutenir, en tout état de cause, que la procédure contradictoire préalable à l’édiction de l’arrêté du 26 avril 2023 fixant l’astreinte journalière n’aurait pas été respectée. Le moyen qu’elle soulève sur ce point doit donc être écarté.
7. Aux termes de l’article L. 541-1-1 du code de l’environnement : « Au sens du présent chapitre, on entend par : Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire ; (…) Détenteur de déchets : producteur des déchets ou toute autre personne qui se trouve en possession des déchets ; / (…) Valorisation : toute opération dont le résultat principal est que des déchets servent à des fins utiles en substitution à d'autres substances, matières ou produits qui auraient été utilisés à une fin particulière, ou que des déchets soient préparés pour être utilisés à cette fin, y compris par le producteur de déchets ; / Elimination : toute opération qui n'est pas de la valorisation même lorsque ladite opération a comme conséquence secondaire la récupération de substances, matières ou produits ou d'énergie. (…) ». Aux termes de l’article L. 541-2 du même code : « Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre. (…) ». Aux termes de l’article R. 511-9, sont soumises à enregistrement les installations relevant de la rubrique suivante : « rubrique 2760 – 3. Installations de stockage de déchets inertes ».
8. Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 12 décembre 2014 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations du régime de l'enregistrement relevant de la rubrique n° 2760 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : « Le présent arrêté fixe les prescriptions applicables aux installations de stockage de déchets inertes soumises à enregistrement sous la rubrique n° 2760. (…) ». Aux termes de l’article 2 de ce même arrêté : « Au sens du présent arrêté, on entend par : / (…) « Installation de stockage de déchets inertes » : installation de dépôt de déchets inertes, à l'exclusion des installations de dépôt de déchets où : / - les déchets sont entreposés pour une durée inférieure à trois ans afin de permettre leur préparation à un transport en vue d'une valorisation dans un endroit différent ; / - les déchets sont entreposés pour une durée inférieure à un an avant leur transport sur un lieu de stockage définitif ; / - les déchets sont valorisés en conformité avec les articles L. 541-31 et suivants du code de l'environnement ». Aux termes de l’article L. 541-32 du code de l’environnement : « Toute personne valorisant des déchets pour la réalisation de travaux d'aménagement, de réhabilitation ou de construction doit être en mesure de justifier auprès des autorités compétentes de la nature des déchets utilisés et de l'utilisation de ces déchets dans un but de valorisation et non pas d'élimination./ Dans le cadre de ces travaux, l'enfouissement et le dépôt de déchets sont interdits sur les terres agricoles, à l'exception de la valorisation de déchets à des fins de travaux d'aménagement ou de la valorisation de déchets autorisés à être utilisés comme matières fertilisantes ou supports de culture ».
9. En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que les déchets illégalement stockés sont constitués de terres excavées issues de travaux de terrassement de la société, qui a justifié de la provenance d’une partie d’entre elles, issues en l’espèce du projet Terra Cotta à Toulouse. Ces terres, considérées comme des déchets inertes au sens de la législation, ont été étalées, et donc stockées sur les parcelles, révélant ainsi une installation de stockage de déchets inertes sans enregistrement préalable dès lors qu’elles ne font l’objet d’aucune valorisation. La circonstance que l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement n’ait pas donné suite à un premier constat de 2022 portant sur les mêmes faits et que la société ait signé une convention avec les fermiers exploitants des parcelles et leur propriétaire pour effectuer les remblais de ses déchets sur les parcelles sont sans incidence sur l’absence d’enregistrement de cette installation classée pour la protection de l’environnement. Il en va ainsi également du rejet de sa demande de permis d’aménager par le maire de la commune de Lavaur. Enfin, la circonstance que la remise en état serait économiquement impossible pour la requérante est sans incidence sur la légalité de l’arrêté de mise en demeure. Dans ces conditions, la société requérante n’est pas fondée à soutenir que l’arrêté du 26 mars 2024 prononçant une astreinte journalière à son encontre serait privé de base légale en raison de l’illégalité de l’arrêté de mise en demeure du 9 mai 2023.

10. En troisième lieu, il résulte de l’instruction que l’arrêté de mise en demeure du 9 mai 2023 prévoyait, outre les deux options de régularisation et de remise en état laissées à la discrétion de la société, une obligation de fournir un registre de traçabilité des terres excavées tel que défini par l’article 6 de la section 2 de l’arrêté ministériel du 31 mai 2021. Si la requérante a fourni un registre pour un chantier dénommé Terra Cotta à Toulouse, celui-ci, outre qu’il ne répond pas aux exigences des dispositions précitées, ne concerne que 2 300 tonnes de matériaux quand l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement a estimé environ 150 000 tonnes de matériaux. De plus, les parcelles concernées sont les parcelles agricoles dont la remise en état passait nécessairement par une couverture minimale de terre végétale ou arable immédiatement productive en raison de leur nature même. Il a été estimé qu’à raison de 13 hectares de parcelles concernées, et d’une épaisseur de 15 cm de terre végétale, 19 500 m3 de terres végétales seraient nécessaires pour rendre aux parcelles leur caractère agricole, seule la pose de cette couverture assurant une remise en état du site conforme à l’existant dès lors que des déchets inertes ne peuvent être substitués à la terre végétale. Dans ces conditions, en constatant que l’absence de terre végétale, qui n’est pas contestée par la requérante, constituait un manquement caractérisé ne permettant pas de constater une remise en état des parcelles malgré leur nivellement et l’arrêt des dépôts, le préfet n’a pas ajouté de prescription supplémentaire à l’arrêté de mise en demeure dont l’inexécution a conduit au prononcé de l’astreinte par l’arrêté attaqué.

11. Il résulte de l’instruction que le montant de l’astreinte, fixé à 250 euros par jour, a été estimé au regard du volume de terre végétale nécessaire pour couvrir les terres et leur rendre leur vocation agricole et au coût de l’opération. Eu égard au comportement de la société requérante, qui n’est pas novice dans ce secteur d’activité et qui fait l’objet de poursuites similaires dans d’autres communes et dans un autre département pour les mêmes faits, le montant de l’astreinte n’est pas entaché d’erreur manifeste d’appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que la SARL Cassin TP n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 26 mars 2024 fixant une astreinte journalière à son encontre.

En ce qui concerne la légalité des arrêtés de liquidation partielle et définitive de l’astreinte :

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 11 du présent jugement, les moyens, soulevés à l’appui des conclusions dirigées contre les arrêtés des 31 juillet 2024 et 25 novembre 2024 portant liquidation de l’astreinte partielle et temporaire, tirés de l’exception d’illégalité de l’arrêté du 26 mars 2024 fixant une astreinte journalière doivent être écartés.

14. S’il résulte de l’instruction que la société requérante a préféré faire procéder à une analyse pédologique pour attester de la reconstitution des parcelles et du retour à leur vocation agricole plutôt que de réaliser une couverture en terre végétale, il n’est pas contesté qu’une telle modalité pouvait permettre la remise en état des parcelles ainsi que cela résulte des rapports d’inspection et notamment celui du 20 novembre 2023. Toutefois, elle n’a produit une telle étude que le 10 octobre 2024. Dans ces conditions, le préfet n’a entaché ses arrêtés de liquidation partielle puis définitive de l’astreinte journalière sur les périodes du 30 mars 2024 au 20 juin 2024 et du 21 juin 2024 au 10 octobre 2024 d’aucune erreur de fait ou erreur d’appréciation.


15. Il résulte de ce qui précède que la société n’a pas exécuté la mise en demeure avant la date du 10 octobre 2024 à laquelle elle a transmis une étude agro-pédologique justifiant de la possibilité de cultiver les parcelles. Dans ces conditions, l’astreinte journalière a couru jusqu’à cette date, portant son montant définitif à 48 500 euros. Si la société requérante fait valoir qu’elle est une petite entreprise locale, cette circonstance outre qu’elle ne résulte pas de l’instruction, est sans incidence sur la légalité de l’arrêté de liquidation définitive de l’astreinte. Il résulte au contraire de l’instruction que la société dispose d’une certaine renommée et d’une expérience dans son secteur d’activité et qu’elle ne saurait ignorer la législation relative au traitement des matériaux issus de ses travaux de terrassement. Dans ces conditions, elle n’est pas fondée à soutenir que l’astreinte définitive serait disproportionnée et exorbitante. Son moyen doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que la SARL Cassin TP n’est pas fondée à demander l’annulation des arrêtés de liquidation de l’astreinte des 31 juillet 2024 et 25 novembre 2024.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n°s 2403130, 2406036 et 2500572 de la SARL Cassin TP doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la SARL Cassin TP au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.



D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2403130, 2406036 et 2500572 de la SARL Cassin TP sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Cassin TP et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

Copie en sera adressée au préfet du Tarn.


Délibéré après l'audience du 22 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,
Mme Lequeux, première conseillère,
Mme Méreau, conseillère,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.



La rapporteure,

A. LEQUEUX

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,





M.-E. LATIF




La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef,


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