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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2405088

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2405088

vendredi 20 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2405088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCellule juge unique
Avocat requérantSELARL SYLVAIN LASPALLES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulouse, statuant en juge unique, a rejeté la requête de Mme B... contestant la décision du 11 juin 2024 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a refusé de reconnaître son caractère prioritaire pour un hébergement. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que la commission avait procédé à un examen suffisant de sa situation, écartant les moyens d’erreur de droit et d’erreur manifeste d’appréciation. La solution s’appuie sur les articles L. 441-2-3 et L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que sur les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 21 août 2024 et 10 mars 2025, Mme A... B..., représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 11 juin 2024 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a rejeté son recours amiable en vue de l’obtention d’un hébergement ;

3°) d’enjoindre à la commission de médiation de reconnaître sa demande comme prioritaire dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l’Etat, à verser à son conseil en application des dispositions combinées du second alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B... soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d’erreur de droit car sa situation personnelle n’a pas été examinée ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit car l’exigence de circonstances exceptionnelles par la commission de médiation est sans rapport avec les dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit car sa situation administrative n’avait pas à être prise en compte par la commission de médiation ;
- la décision est entachée d’erreur de droit car la commission de médiation s’est crue tenue de rejeter sa demande alors qu’il lui est possible de faire droit à une demande qui ne remplit pas l’ensemble des critères légaux en application de l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation ;
- eu égard à l’urgence de sa situation, la décision est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Haute-Garonne auquel la procédure a été communiquée n’a pas présenté d’observations.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.


La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme C... ;
- les parties n’étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée après l’appel de l’affaire en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., qui désire bénéficier d’un hébergement durable, a présenté un recours devant la commission de médiation compétente pour le département de la Haute-Garonne le 7 mai 2024 sur le fondement du III de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Sa demande a été rejetée le 11 juin 2024.


Sur les conclusions à fin d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2025. Il n’y a pas lieu, par suite, de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne le fondement légal sur lequel elle repose ainsi que les motifs de fait ayant conduit la commission de médiation à rejeter le recours amiable de Mme B.... Elle est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de médiation de la Haute-Garonne n’aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de Mme B... avant de statuer sur la demande dont elle était saisie. Le moyen d’erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dispose que : « Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n'est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ». L’article L. 441-2-3 du même code prévoit, à cette fin, que, dans chaque département, une ou plusieurs commissions de médiation sont créées auprès du représentant de l’Etat dans le département. Aux termes du III de cet article : « La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l’accueil dans une structure d’hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n’a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l’article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l’accueil dans une structure d’hébergement. (…) ».

6. Il résulte des dispositions citées ci-dessus, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé l’adoption de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dont elles sont issues, que la reconnaissance du droit à un hébergement par une décision d’une commission de médiation doit constituer, pour les demandeurs qui en bénéficient, une étape vers l’accès à un logement autonome. Il résulte également de ces dispositions que si le droit à un logement décent et indépendant ou, le cas échéant, à un hébergement, est en principe ouvert aux seules personnes qui résident sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, elles ouvrent néanmoins à la commission de médiation la possibilité de faire droit à la demande présentant un caractère prioritaire et urgent d’une personne qui ne remplit pas ces conditions de résidence régulière, mais uniquement par un accueil dans une structure d’hébergement. Toutefois, les ressortissants étrangers qui font l’objet d’une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d’asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l’article L. 542-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne peuvent prétendre à un accueil dans une structure d’hébergement, sauf circonstances exceptionnelles le justifiant.

7. Il résulte des règles rappelées au point 5 du présent jugement que Mme B... n’est pas fondée à soutenir que la commission de médiation a commis une erreur de droit en se fondant sur l’absence de circonstances exceptionnelles révélées par la demande de la requérante pour rejeter son recours gracieux. De même, c’est, en vertu des mêmes règles, sans commettre d’erreur de droit que la commission de médiation s’est fondée sur la situation administrative de la requérante au regard du droit au séjour pour rejeter son recours gracieux.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que si la partie requérante fait valoir qu’elle est dépourvue d’hébergement durable, elle ne se trouvait pas à la date de la décision attaquée en situation régulière, et il ne ressort d’aucune pièce du dossier que sa situation aurait évolué sur ce point depuis. Par ailleurs, elle ne fait valoir aucune circonstance exceptionnelle justifiant l’octroi d’un hébergement et aucune ne ressort de l’examen de la situation de Mme B..., qui est célibataire et ne fait valoir ni qu’elle serait accompagnée d’un enfant ou d’une personne fragile, ni qu’elle serait atteinte d’une pathologie particulière, ni qu’une autre circonstance exceptionnelle justifierait son hébergement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de médiation se serait crue tenue de rejeter sa demande ou n’aurait pas usé de la marge d’appréciation qui lui est reconnue par les dispositions de l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Dès lors, c’est sans commettre d’erreur de droit ou d’erreur manifeste d'appréciation sur ce point que la commission a rejeté son recours gracieux.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la partie requérante n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision de la commission de médiation du 11 juin 2024. Sa requête doit donc être rejetée, y compris en ce qui concerne ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.


D E C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission, à titre provisoire, à l’aide juridictionnelle de Mme B....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Laspalles et à la ministre chargée du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2026.


La présidente du tribunal,



Fabienne C...La greffière,



Karina Mellas
La République mande et ordonne à la ministre du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.



Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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