lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2405761 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une protestation, enregistrée le 18 septembre 2024, M. G F, candidat non élu, demande au tribunal d'annuler les opérations électorales du premier tour des élections municipales partielles complémentaires auxquelles il a été procédé le 15 septembre 2024 dans la commune de Saint-Christaud (Haute-Garonne).
Il soutient que le conseil municipal a distribué auprès des électeurs de la commune les 5 et 6 septembre 2024 appelant à voter pour le candidat M. I, en le présentant comme portant les valeurs de convivialité, de dévouement et de solidarité ; l'équité entre les candidats a été méconnue par la diffusion de ce document à caractère publicitaire ; la sincérité du scrutin en a été altérée ; la campagne électorale revêt dès lors un caractère manifestement illégal de nature à justifier l'annulation de cette élection, notamment par l'invalidation de la candidature de M. I.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, M. D I conclut au rejet de la protestation.
Il soutient que le grief soulevé par M. F manque en fait.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code électoral,
- le code général des collectivités territoriales,
- le code de procédure civile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Clen,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de M. F, présent.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du décès le 29 juin 2024 de Mme E C, maire de Saint-Christaud, des élections municipales partielles ont été organisées le 6 février 2022 dans cette commune de Haute-Garonne pour pourvoir un siège de conseiller municipal. M. D I et M. G F se sont portés candidats. A l'issue des opérations électorales, M. D I a été proclamé élu le 15 septembre 2024. Le 20 septembre 2024, le conseil municipal a procédé à l'élection du maire, M. B A, qui a été installé dans ses nouvelles fonctions. Par la présente protestation, M. F demande au tribunal d'annuler ces opérations électorales en tant que M. I a été élu, en qualité de membre du conseil municipal.
2. L'article L. 47 A du code électoral prévoit que : " La campagne électorale est ouverte à partir du deuxième lundi qui précède la date du scrutin et prend fin la veille du scrutin à zéro heure.(). ". Aux termes de l'article L. 48-2 du même code : " Il est interdit à tout candidat de porter à la connaissance du public un élément nouveau de polémique électorale à un moment tel que ses adversaires n'aient pas la possibilité d'y répondre utilement avant la fin de la campagne électorale ". Aux termes de l'article L. 49 du même code : " A partir de la veille du scrutin à zéro heure, il est interdit de : / 1° Distribuer ou faire distribuer des bulletins, circulaires et autres documents ; / 2° Diffuser ou faire diffuser par tout moyen de communication au public par voie électronique tout message ayant le caractère de propagande électorale ; / 3° Procéder, par un système automatisé ou non, à l'appel téléphonique en série des électeurs afin de les inciter à voter pour un candidat ;/ 4° Tenir une réunion électorale. "
3. Il n'appartient pas au juge de l'élection de sanctionner toute irrégularité ayant pu entacher le déroulement d'une campagne électorale, mais seulement d'apprécier si cette irrégularité a été de nature à affecter la sincérité du scrutin et, par suite, la validité des résultats proclamés.
4. D'une part, pour le premier tour des élections municipales partielles complémentaires organisées le 15 septembre 2024 à Saint-Christaud, la distribution ou la diffusion de documents ou de messages de propagande électorale était interdite à compter du samedi 14 septembre 2024 à zéro heure. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation du 28 septembre 2024 du maire nouvellement élu, et par ailleurs non contestée, que la communication et la distribution du tract du conseil a été effectuée les 5 et 6 septembre 2024, tel que le reconnaît d'ailleurs M. F. Le protestataire, auquel incombe la charge de la preuve, n'établit pas que le tract en cause, ne présentant pas un caractère diffamatoire ou injurieux susceptible d'outrepasser les limites acceptables de la polémique électorale, a été distribué la veille du premier tour du scrutin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 49 du code électoral doit être écarté.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction que le tract en cause, qui a été diffusé au nom de l'ensemble du conseil municipal de la commune, incitait clairement, avec une présentation élogieuse des qualités personnelles de ce candidat, les habitants à soutenir M. I afin qu'il intègre l'équipe municipale dont, selon ses signataires, il partage les valeurs. M. F, disposait à partir du 6 septembre 2024 de la période subsistant jusqu'à l'expiration du délai fixé par l'article L. 48-2 du code électoral pour y répondre utilement. Ce tract, dont le contenu, pour regrettable qu'il soit, ne présente pas le caractère d'un élément nouveau de polémique électorale, alors, en outre, qu'aux dates de sa diffusion, seul M. I s'était alors porté candidat au siège à pourvoir. Enfin, il ne contient aucun élément de polémique nouveau auquel M. F n'aurait pu utilement répondre, notamment en dénonçant l'irrégularité de ce document diffusé par les membres du conseil municipal.
6. Enfin, ce tract a fait l'objet d'une distribution massive à l'ensemble des électeurs de la commune, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté. Ainsi, l'ensemble du conseil municipal de la commune de Saint-Christaud était signataire du tract en faveur de M. I, et a appelé sans ambiguïté les électeurs à voter en sa faveur. De telles circonstances, combinées à la diffusion massive du tract, doivent, alors toutefois que ce dernier était alors le seul candidat déclaré, être considérées comme pouvant être de nature à affecter la sincérité du scrutin.
7. Toutefois, le procès-verbal des opérations électorales dans la commune de Saint-Christaud du 15 septembre 2024 indique, sur 114 votants et avec 108 suffrages exprimés, que M. I a obtenu 85 suffrages et M. F 23 suffrages. Eu égard au faible nombre d'électeurs et à l'étendue de la commune, le candidat non élu a disposé d'un temps suffisant lui permettant d'y répliquer s'il le souhaitait. Dans ces conditions, et compte tenu de l'écart de voix entre les deux candidats en présence qui s'élève à plus de 57 % des suffrages exprimés, la distribution de ce tract, pour regrettable qu'ait été la diffusion d'un tel tract, n'a pas constitué une manœuvre et n'a pas été, dans les circonstances de l'espèce, de nature à altérer la sincérité du scrutin. Il s'ensuit que le grief tiré de la méconnaissance de l'article L. 48-2 du code électoral doit, par conséquent, être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. F tendant à l'annulation des opérations électorales qui se sont déroulées le 15 septembre 2024 dans la commune de Saint-Christaud ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La protestation de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à M. DIe et au préfet de la Haute-Garonne.
Copie en sera adressée à la commune de Saint-Christaud.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
Mme Cuny, conseillère,
Mme Lejeune, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le Président-rapporteur,
H. CLEN
L'assesseure la plus ancienne,
L. CUNY
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,00
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026