Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné le recours de M. A..., ressortissant afghan, contre un arrêté préfectoral du 26 mars 2025 l'assignant à résidence à Castres pour six mois. Le tribunal a relevé une contradiction dans l'arrêté, qui vise l'article L. 731-3 du CESEDA (impossibilité de quitter le territoire) mais applique les motifs de l'article L. 731-1 (éloignement comme perspective raisonnable), ce qui constitue une erreur de droit. En conséquence, le tribunal a annulé l'arrêté attaqué.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 2 avril, 26 août et 25 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Rimailho, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler l’arrêté du 26 mars 2025 par lequel le préfet du Tarn l’a assigné à résidence dans la commune de Castres pour une durée de six mois, lui a fait obligation de se présenter les lundis et vendredis à 9h00 au commissariat de Castres, l’a obligé à remettre son passeport et lui a interdit de sortir du département du Tarn sans autorisation préalable ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d’une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 731-3 et L. 731-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- présente un caractère disproportionné ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Une demande de maintien de requête a été adressée le 9 septembre 2025 à M. A... sur le fondement des dispositions de l’article R. 612-5-1 du code de justice administrative.
M. A... a confirmé le maintien de ses conclusions le 25 septembre 2025.
Par une ordonnance du 2 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 3 novembre 2025.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juillet 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, à laquelle les parties n’étaient ni présentes, ni représentées :
- le rapport de Mme C...,
- et les conclusions de M. Quessette, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant afghan né le 1er janvier 2003 à Kaboul (Afghanistan), déclare être entré en France le 5 mai 2022 et a fait l’objet, le 16 mai 2023, d’une obligation de quitter le territoire français, prise par le préfet du Tarn. Par un jugement du 16 août 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté le recours tendant à l’annulation de cette décision. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d’appel de Toulouse, du 5 novembre 2024. Par un arrêté du 26 mars 2025, le préfet du Tarn a assigné à résidence M. A... sur le fondement des dispositions des articles L. 731-3 et L. 731-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ». Aux termes de l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. »
D’autre part, aux termes de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ». Selon son article L. 732-4 : « Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire. »
Si l’arrêté en litige vise les dispositions du 1° de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il indique, en revanche, que « M. A... ne peut quitter immédiatement le territoire français mais son éloignement demeure une perspective raisonnable.» Il ressort de cette mention que le préfet du Tarn a opposé au requérant les critères de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et non les critères de l’article L. 731-3 du même code, concernant l’étranger qui justifie de l’impossibilité de quitter le territoire français jusqu’à ce qu’existe une perspective raisonnable d’exécution de son obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, l’assignation à résidence contestée ne pouvait excéder la durée de quarante-cinq jours prévue à l’article L. 732-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit des dispositions de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être accueilli.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté l’assignant à résidence.
Sur les frais liés au litige :
M. A... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Rimailho sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 26 mars 2025 du préfet du Tarn est annulé.
Article 2 : L’État versera la somme de 1 200 euros à Me Rimailho, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Rimailho renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Rimailho et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Billet-Ydier, présidente,
Mme Sylvie Cherrier, vice-présidente,
Mme Cécile Viseur-Ferré, vice-présidente.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2026.
La rapporteure,
Cécile C...
La présidente,
Fabienne Billet-Ydier
Le greffier,
Romain Perez
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
Pour la greffière en chef,
Le greffier