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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2509129

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2509129

mardi 20 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2509129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi en référé-suspension (article L. 521-1 du code de justice administrative) par une agent du centre hospitalier Gérard Marchant contestant son licenciement pour inaptitude physique. La requérante invoquait l'urgence, notamment en raison de la perte de rémunération et de son état de santé fragile, ainsi que plusieurs moyens de légalité, dont l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation, un vice de procédure lié à l'absence de proposition de reclassement, et une erreur de droit sur la rétroactivité de la décision. Le tribunal a examiné la condition d'urgence et l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision, en application des textes du code général de la fonction publique et du décret n° 88-386 du 19 avril 1988. La solution retenue par le tribunal n'est pas précisée dans l'extrait fourni, mais la décision porte sur la suspension d'un licenciement contesté pour vice de procédure et erreur de droit.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2509129 enregistrée le 24 décembre 2025, Mme A... F..., représentée par Me Thalamas, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

de suspendre l’exécution de la décision du 13 novembre 2025 par laquelle le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant l’a licenciée pour inaptitude physique à compter du 6 novembre 2025 ;

d’enjoindre au directeur du centre hospitalier Gérard Marchant, à titre principal, de la réintégrer dans un délai de trente jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

de mettre à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
-
la décision en litige a pour effet de la priver de toute rémunération à compter de la date de son édiction ; l’indemnité de licenciement dont elle bénéficie sera insuffisante pour lui permettre de s’acquitter de ses charges courantes dans l’attente du jugement au fond ; son état médical la rend inapte à retrouver un emploi ; cette décision entraînera nécessairement des conséquences défavorables sur son état de santé déjà fragile ; au vu de son âge et de son inactivité professionnelle depuis plusieurs années, elle ne peut que légitimement s’inquiéter des difficultés à retrouver un emploi lorsque son état de santé le lui permettra ; l’urgence est ainsi caractérisée sur les volets pécuniaire, professionnel et médical ;

en ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
la décision contestée est entachée d’incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ; elle ne vise que le code général de la fonction publique sans viser aucun article précis, ni aucun des décrets applicables à sa situation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure, car elle n’a pas été précédée d’un nouvel examen aux fins de déterminer si elle était inapte à exercer ses fonctions et à exercer toutes fonctions ; la décision contestée ne vise que l’avis du conseil médical du 23 janvier 2025 prononçant son inaptitude à ses fonctions qui n’était relatif qu’à son placement en congés de maladie ordinaire, un an auparavant, à l’issue de sa période de CITIS ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions des articles 1, 2 et 3-1 du décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ; aucun emploi ne lui été proposé, y compris par voie de détachement, le centre hospitalier s’étant borné à l’inviter à faire une demande de reclassement ; en tout état de cause, le centre hospitalier ne justifie pas lui avoir proposé un aménagement de son poste de travail ou, à défaut, une affectation sur un poste de travail compatible avec son état de santé et lui permettant d’exercer ses fonctions, avant de lui proposer de demander un reclassement ;
- elle est entachée d’une erreur de droit résultant de sa rétroactivité, dès lors qu’elle est datée du 13 novembre 2025 et qu’elle porte licenciement à compter du 6 novembre 2025 ; les actes administratifs ne peuvent avoir effet que pour l’avenir ;
- elle est illégale dès lors qu’elle est fondée sur une situation créée par la décision illégale et non-définitive du 1er mars 2024 portant fin de congés pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) ; la décision portant fin de CITIS, ne pouvant la placer en congés de maladie ordinaire, est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions des articles L. 822-1, L. 822-21 et L. 822-22 du code général de la fonction publique et de celles de l’article 35-11 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d’aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ; elle devait être maintenue en CITIS pendant a minima toute la durée du congé de maladie ordinaire dont elle a bénéficié, et a maxima jusqu’à ce jour, dès lors qu’elle demeure inapte à ses fonctions en raison de son accident de service ; en toute hypothèse, elle aurait dû être maintenue en CITIS soit jusqu’à sa retraite, soit jusqu’à sa réintégration suivant constat de son aptitude à son poste ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur de fait au regard des dispositions des articles 17 et 36 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d’aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dès lors qu’elle n’avait pas épuisé les périodes de placement en disponibilité, qu’elle n’est pas définitivement inapte à tous postes et qu’elle aurait droit à une pension de retraite pour invalidité ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir, le centre hospitalier ayant cherché à l’écarter du service en évitant illégalement de la maintenir en CITIS avant de la licencier, manifestement dans l’objectif de ne pas l’admettre à la retraite pour invalidité, de ne pas la maintenir en CITIS et de ne pas la placer en disponibilité ; le centre hospitalier a cherché à privilégier la protection de sa situation budgétaire sur celle de son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2026, le centre hospitalier Gérard Marchant, représentée par Me Serée de Roch, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de Mme F... la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Il fait valoir que :

en ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
- sur un plan financier, Mme F... a perçu une indemnité de licenciement d’un montant de 17 766 euros ainsi que le paiement de 280 heures de congés représentant une somme d’environ 6 000 euros ; si sa perte de rémunération est réelle, la requérante ne justifie en rien de sa situation financière, ne faisant état ni de ses autres revenus, ni de ses dépenses, ni de son épargne, ni de son patrimoine ; en outre, le conseil médical a estimé qu’elle pouvait travailler ; elle ne démontre pas de situation financière présentant un caractère grave ;
- sur un plan moral, alors qu’elle n’exerce plus aucune activité au sein du centre hospitalier Gérard Marchant depuis 2017, et qu’elle ne travaille ainsi plus depuis plusieurs années, son licenciement n’a aucune conséquence sur son quotidien ; elle ne répond plus à aucun courrier de son employeur ; bien qu’ayant été reconnue apte à reprendre une activité professionnelle, elle n’a entrepris aucune démarche en ce sens ; elle a déménagé à Uckange, dans le département de Moselle, à 959 km de son lieu de travail ; la requérante ne peut ainsi se prévaloir de la gravité de sa situation professionnelle ;

en ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision contestée n’est pas entachée d’incompétence de son auteur, dès lors qu’elle a été prise par M. D... B... en sa qualité de directeur général du centre hospitalier Gérard Marchant nommé à compter du 1er mars 2025 par arrêté du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique du 6 février 2025 ;
- elle n’est pas entachée d’un défaut de motivation ; elle comporte les références aux circonstances de droit et de fait qui la fondent ;
- elle n’est pas entachée d’un vice de procédure eu égard à la référence à l’avis du conseil médical du 23 janvier 2025, qui au-delà du seul placement en congés de maladie ordinaire, constatait l’inaptitude de l’agent à exercer ses fonctions d’infirmière cadre de santé, nécessitant un reclassement dès lors que la requérante n’était pas déclarée inapte à toute fonction ;
- elle n’est pas entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions des articles 1, 2 et 3-1 du décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ; pour engager la procédure de reclassement, il aurait été nécessaire que la requérante réponde aux sollicitations de son employeur, le conseil médical n’étant pas dans ce cadre général de reclassement, hors période de préparation au reclassement (PPR), prévu par l’article 1er du décret précité, saisi de manière obligatoire, l’agent devant, en pratique, demander la PPR ; la requérante ne peut prétendre qu’aucun poste ne lui a été proposé alors qu’elle a systématiquement refusé de répondre à ses sollicitations ;
- elle n’est pas entachée d’une erreur de droit résultant de sa rétroactivité, la date d’effet du licenciement de la requérante correspondant à celle de la réunion de la commission administrative paritaire qui s’est tenue le 6 novembre 2025 ;
- elle n’est pas illégale en raison de ce qu’elle est fondée sur une situation créée par la décision illégale et non-définitive du 1er mars 2024 portant fin de congés pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) ; cette dernière décision fixant une date de consolidation et constatant l’inaptitude aux fonctions de l’agent, ce qui entraîne nécessairement la fin du bénéfice du CITIS, est légale ; d’une part, aucun élément médical ne remet en cause la fixation, selon l’expertise du 6 février 2024, de la date de consolidation au 22 janvier 2024, cette même expertise ayant indiqué que l’intéressée était apte à reprendre une activité professionnelle mais qu’elle était inapte, comme l’a confirmé l’avis du conseil médical du 23 janvier 2025, à reprendre ses fonctions ; d’autre part, rien ne permet de démontrer que l’arrêté de prolongation du 22 février 2024 conserve un lien suffisant avec l’accident de service du 7 octobre 2016 ; enfin, il résulte de l’article 35-17 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 que lorsque le fonctionnaire est guéri ou que les lésions résultant de l’accident ou de la maladie sont stabilisées, le CITIS prend fin ; subsidiairement, il entend se prévaloir, à titre de substitution, pour fonder la décision du 1er mars 2024 du motif tiré de l’absence de lien de causalité établi entre les arrêtés de travail de l’intéressée pris à compter du 14 février 2024 et l’accident initial ou sa rechute ; par ailleurs, la décision mettant fin à la période de CITIS est valablement rétroactive au lendemain de la date de consolidation ;
- elle n’est pas entachée d’une erreur de droit, d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur de fait au regard des dispositions des articles 17 et 36 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d’aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ; l’intéressée étant apte à reprendre une activité professionnelle, à l’exclusion de ses fonctions d’infirmière cadre de santé, aucune disposition ne permettait de la placer en disponibilité d’office ; la procédure de reclassement n’a pu être envisagée, dès lors que la requérante n’a pas répondu à ses sollicitations ;
- elle n’est pas entachée d’un détournement de pouvoir ; outre qu’un tel détournement n’est pas démontré par l’intéressée, la proposition de rupture conventionnelle du 5 décembre 2024 a été formulée à raison de son déménagement.

II. Par une requête n° 2509130 enregistrée le 24 décembre 2025 et un mémoire enregistré le 13 janvier 2026, Mme A... F..., représentée par Me Thalamas, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution des décisions du 1er mars 2024 par lesquelles le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant a fixé la date de consolidation de son état de santé au 24 janvier 2024 et a mis fin à son congé pour invalidité temporaire imputable au service à compte de cette même date ;

2°) d’enjoindre au directeur du centre hospitalier Gérard Marchant, à titre principal, de la replacer en congés pour invalidité temporaire imputable au service dans un délai de trente jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Gérard Marchant le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
-
les décisions en litige ont rapidement eu pour effet de la priver d’une part substantielle de sa rémunération dans la mesure où elle n’a bénéficié, en conséquence de son placement en congés de maladie ordinaire, que de trois mois à plein traitement, puis de la moitié de son traitement jusqu’à son licenciement, avant de perdre toute rémunération depuis son licenciement illégal du 13 novembre 2025 ; ce licenciement n’aurait pas pu intervenir si elle avait été maintenue, comme elle y avait droit, en CITIS ; cette situation d’urgence a été créée par les décisions contestées ;
- la fin de son CITIS et son licenciement ont eu pour effet immédiat de préjudicier à son état de santé et d’aggraver celui-ci en raison de l’angoisse causée par la situation découlant de ces décisions ; si la présente requête intervient un an après sa requête au fond, l’urgence à statuer est encore plus caractérisée à ce jour, au vu de son licenciement illégal reposant sur les décisions contestées ;
- n’ayant d’autre observation que son souhait d’être maintenue, comme elle y a droit, en CITIS, son prétendu défaut de communication lié à son absence de réponse aux courriers de son employeur portant sur son reclassement, la conclusion d’une rupture conventionnelle et son licenciement, est sans incidence sur l’urgence en cause ; par ailleurs, sa prétendue aptitude à reprendre une activité professionnelle n’est pas établie par le centre hospitalier et son déménagement, strictement privé et motivé par les difficultés de son époux à trouver un emploi, est également sans incidence sur la situation d’urgence.



en ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :



s’agissant de l’ensemble des décisions :
les décisions contestées sont entachées d’incompétence de leur auteur ;
- elles sont entachées d’un défaut de motivation ; elles se bornent à viser l’expertise du 22 janvier 2024, qui se borne elle-même à indiquer la consolidation de sa maladie ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation ;

s’agissant de la décision portant fixation de la date de consolidation de son état de santé ;
- elle est entachée d’une erreur de droit, le centre hospitalier s’étant estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de l’expertise du Dr G... et ayant méconnu l’étendue de sa compétence ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation ; cette décision est exclusivement fondée sur l’expertise du 6 février 2024 qui est excessivement succincte et insuffisamment détaillée ; cette expertise est contredite par d’autres éléments tels que l’expertise du médecin psychiatre du 4 octobre 2023 qui a considéré que son état de santé n’était pas consolidé, ce qu’a également constaté le médecin psychiatre en charge de son suivi, avant comme après l’expertise du 6 février 2024 ; de même l’expertise du 28 avril 2024 d’un médecin spécialisé en réparation juridique du préjudice corporel a préconisé de ne pas fixer la date de consolidation ; son état de santé est toujours en évolution, sans qu’il ne soit fait état d’une guérison ou d’une stabilisation ; il importe peu que l’accident à l’origine de son état pourrait, s’il se produisait aujourd’hui, ne pas être reconnu comme imputable au service en raison des évolutions alléguées de l’état du droit ; sa pathologie présente une identité de nature depuis l’accident du 2 octobre 2017 et ne peut être détachée du service en raison des circonstances de son évolution ; sa pathologie est pleinement causée par l’accident de service et continue de se développer sans relever d’un état de santé antérieur à l’accident ou d’une autre pathologie ; le lien entre sa pathologie et le service n’a pas à être exclusif, mais seulement certain, ce qui est le cas en l’espèce ; ainsi, sa pathologie, exclusivement causée par un accident imputable au service, présente encore aujourd’hui des évolutions rendant impossible la fixation d’une date de consolidation, sans que ces évolutions puissent être détachées de causes professionnelles ou caractéristiques d’une autre pathologie ;

s’agissant de la décision portant fin de congés d’invalidité temporaire imputable au service :
- cette décision est illégale en raison de ce qu’elle est fondée sur la décision portant fixation de la date de consolidation de son état de santé elle-même illégale ;
- elle est entachée d’une erreur de droit résultant de sa rétroactivité, dès lors qu’elle est datée du 1er mars 2024 et qu’elle prend néanmoins effet le 23 janvier 2024 ; les actes administratifs ne peuvent avoir effet que pour l’avenir ;
- la décision portant fin de CITIS, ne pouvant la placer en congés de maladie ordinaire, est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions des articles L. 822-1, L. 822-18, L. 822-21 et L. 822-22 du code général de la fonction publique et de celles de l’article 35-11 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d’aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ; elle devait être maintenue en CITIS pendant a minima toute la durée du congé de maladie ordinaire dont elle a bénéficié, et a maxima jusqu’à ce jour, dès lors qu’elle demeure inapte à ses fonctions en raison de son accident de service ; en toute hypothèse, elle aurait dû être maintenue en CITIS soit jusqu’à sa retraite, soit jusqu’à sa réintégration suivant constat de son aptitude à son poste.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 et 13 janvier 2026, le centre hospitalier Gérard Marchant, représenté par Me Serée de Roch, conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de Mme F... la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

en ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
- si la requérante a été licenciée pour inaptitude physique par une décision du 13 novembre 2025, cette circonstance ne modifie en rien l’appréciation de l’urgence au regard des effets de la décision contestée du 1er mars 2024, dont elle ne pouvait ignorer les effets, de sorte que sa saisine tardive du juge des référés 21 mois après cette décision, ne satisfait manifestement pas à la condition d’immédiateté du préjudice ;
- la condition de gravité du préjudice n’est pas non plus satisfaite ; sur un plan financier, la décision contestée a eu pour effet de diminuer par deux la rémunération de l’intéressée, à l’exception des trois premiers mois pendant lesquels elle en a perçu la totalité ; si sa perte de rémunération est réelle, la requérante ne justifie en rien de sa situation financière ; elle ne fait état ni de ses autres revenus, ni de ses dépenses, ni de son épargne, ni de son patrimoine depuis 21 mois ; en tout état de cause, son demi-traitement représente environ 1 500 euros, sans compter d’éventuels revenus annexes ou ceux de son conjoint ; alors qu’il est manifeste que la requérante a pu vivre sans difficulté avec cette rémunération financière pendant 21 mois, elle ne démontre pas que sa situation financière présente un caractère grave ;
- sur un plan moral, alors qu’il apparaît qu’elle n’exerce plus aucune activité au sein du centre hospitalier Gérard Marchant depuis 2017, et qu’elle ne travaille ainsi plus depuis plusieurs années, l’angoisse invoquée résultant de la décision contestée ne saurait émouvoir ; elle ne répond plus à aucun courrier de son employeur ; bien qu’ayant été reconnue apte à reprendre une activité professionnelle, elle n’a entrepris aucune démarche en ce sens ; elle a déménagé à Uckange, dans le département de Moselle, à 959 km de son lieu de travail ; la requérante ne peut ainsi se prévaloir de la gravité de sa situation professionnelle ;

en ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision contestée n’est pas entachée d’incompétence de son auteur, dès lors qu’elle a été prise par Mme C... E..., en sa qualité de directrice des ressources humaines du centre hospitalier Gérard Marchant, qui bénéficiait d’une délégation à cet effet du 26 décembre 2023 ;
- elle n’est pas entachée d’un défaut de motivation ; elle comporte les références aux circonstances de droit et de fait qui la fondent ;
- elle est légale ; d’une part, aucun élément médical ne remet en cause la fixation, selon l’expertise du 6 février 2024, de la date de consolidation au 22 janvier 2024, cette même expertise ayant indiqué que l’intéressée était apte à reprendre une activité professionnelle mais qu’elle était inapte, comme l’a confirmé l’avis du conseil médical du 23 janvier 2025, à reprendre ses fonctions ; d’autre part, rien ne permet de démontrer que l’arrête de prolongation du 22 février 2024 conserve une lien suffisant avec l’accident de service du 7 octobre 2016 ; enfin, il résulte de l’article 35-17 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 que lorsque le fonctionnaire est guéri ou que les lésions résultant de l’accident ou de la maladie sont stabilisées, le CITIS prend fin ; subsidiairement, il entend se prévaloir, à titre de substitution, pour fonder la décision du 1er mars 2024 du motif tiré de l’absence de lien de causalité établi entre les arrêtés de travail de l’intéressée pris à compter du 14 février 2024 et l’accident initial ou sa rechute ; par ailleurs, la décision mettant fin à la période de CITIS est valablement rétroactive au lendemain de la date de consolidation.

Vu :
-
les autres pièces du dossier ;
-
les requêtes n° 2508943 et 2402872 enregistrées le 18 décembre 2025 et le 14 mai 2024 tendant à l’annulation des décisions contestées.

Vu :
le code général de la fonction publique,
le code des relations entre le public et l’administration,
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 14 janvier 2026 à 10 heures en présence de Mme Fontan, greffière d’audience, M. Le Fiblec a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Leclerc substituant Me Thalamas, représentant Mme F..., qui reprend l’ensemble de ses écritures ;
- et les observations de Me Puissant substituant Me Sérée de Roch, représentant le centre hospitalier Gérard Marchant, qui reprend l’ensemble de ses écritures.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Mme F..., fonctionnaire hospitalière depuis le 3 septembre 2007 et qui exerçait les fonctions d’infirmière cadre de santé au sein du centre hospitalier Gérard Marchant depuis le 7 janvier 2016, a été victime, le 7 octobre 2016, d’un accident de travail reconnu imputable au service par une décision de la directrice du centre hospitalier du 20 janvier 2017. Par un certificat du 21 novembre 2017, Mme F... a déclaré une rechute de son accident du travail à compter du 2 octobre 2017. Par un avis du 20 septembre 2018, la commission de réforme hospitalière a reconnu cette rechute de l’accident du 7 octobre 2016 imputable au service. Par une décision du 1er mars 2024, le directeur du centre hospitalier a fixé la date de consolidation de l’état de santé de Mme F... au 22 janvier 2024 et l’a placée en congés de maladie ordinaire à compter du 23 janvier 2024. Par une décision du directeur du centre hospitalier Gérard Marchant du 13 novembre 2025, Mme F... a été licenciée pour inaptitude physique à compter du 6 novembre 2025. Mme F... demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution des décisions du 1er mars 2024 et du 13 novembre 2025.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2509129 et n° 2509130 présentant à juger les mêmes questions et ayant fait l’objet d’une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule ordonnance.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

4. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’une mesure de suspension de l’exécution d’un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l’exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Une mesure prise à l’égard d’un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie, sauf dans le cas où son employeur justifie de circonstances particulières tenant aux ressources de l’agent, aux nécessités du service ou à un autre intérêt public, qu’il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l’espèce.

5. Si la décision du 13 novembre 2025 par laquelle le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant a prononcé le licenciement de Mme F... pour inaptitude physique à compter du 6 novembre 2025 a eu pour conséquence de priver cette dernière de son traitement pour une durée excédant un mois, le centre hospitalier Gérard Marchant fait valoir qu’elle a perçu une indemnité de licenciement d’un montant de 17 766 euros ainsi que le paiement de 280 heures de congés représentant une somme d’environ 6 000 euros. A cet égard, l’intéressée, qui se borne à indiquer que cette indemnité de licenciement sera insuffisante pour lui permettre de s’acquitter de ses charges courantes dans l’attente du jugement au fond ne produit, comme le fait également valoir le défendeur, aucun justificatif de ses charges, ni aucune précision sur ses ressources financières. Par ailleurs, il n’est pas contesté que la requérante n’exerce plus ses fonctions au sein du centre hospitalier Gérard Marchant depuis 2017, qu’elle ne travaille plus depuis plusieurs années et que bien qu’ayant été reconnue apte à une activité professionnelle, elle n’a pas répondu aux sollicitations de son employeur en ce sens. Dans ces conditions, outre que le centre hospitalier doit être considéré, au regard des éléments précités, comme justifiant de circonstances particulières permettant de renverser la condition d’urgence sur le plan de la situation financière de Mme F..., ni la décision de licenciement attaquée, qui n’entraîne pas un bouleversement des conditions d’existence de cette dernière, ni, à plus forte raison, la décision du 1er mars 2024 par laquelle le directeur du centre hospitalier Gérard Marchant a fixé la date de consolidation de son état de santé au 24 janvier 2024 et a mis fin à son congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter de cette même date, qui lui a permis de conserver, a minima, un demi-traitement représentant environ 1 500 euros jusqu’à l’intervention de la décision de licenciement, ne peuvent être regardées comme préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation financière, professionnelle et médicale. Dans ces circonstances, la condition d’urgence requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner s’il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, les conclusions à fin de suspension d’exécution présentées par Mme F... doivent être rejetées, ainsi par suite que ses conclusions à fin d’injonction.

Sur les frais liés à l’instance :

7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier Gérard Marchant, qui n’est pas, dans la présente instance, partie perdante, verse à Mme F... la somme qu’elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier Gérard Marchant au titre de ces mêmes dispositions.




O R D O N N E :


Article 1er : Les requêtes de Mme F... sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Gérard Marchant présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... F... et au centre hospitalier Gérard Marchant.



Fait à Toulouse, le 20 janvier 2026.



Le juge des référés,





B. LE FIBLEC


La greffière,





M. FONTAN







La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,

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