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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2600630

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2600630

vendredi 6 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2600630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi par Mme B..., ressortissante géorgienne, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 janvier 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision de l’OFII était suffisamment motivée et que le refus était légalement fondé sur l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), en raison du dépôt tardif de la demande d’asile par l’intéressée sans motif légitime. La solution retenue confirme que l’absence de demande d’asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant l’entrée en France justifie le refus des conditions matérielles d’accueil, sans que la requérante puisse utilement invoquer une méconnaissance de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme ou une erreur manifeste d’appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 26 janvier 2026, Mme A... B..., représentée par Me Brel, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler la décision du 22 janvier 2026 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;


3°) d’enjoindre à l’Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et, s’agissant de l’allocation pour demandeur d’asile, de procéder à son paiement rétroactif à compter du 31 décembre 2025, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation ;


4°) de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :



- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il n’est pas justifié de la tenue d’un entretien d’évaluation de vulnérabilité ;

- elle est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 551-15, D. 551-17 et D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’elle justifiait d’un motif légitime expliquant le dépôt hors délai de sa demande d’asile et qu’elle souffre d’importants problèmes de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Ghazi, substituant Me Brel, représentant Mme B..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de Mme B..., assistée de Mme C..., interprète en langue géorgienne, qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- l’Office français de l'immigration et de l'intégration n’étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante géorgienne née le 2 mars 1958 à Tsalenjikha (Géorgie), a sollicité l’asile le 31 décembre 2025. Par une décision du 22 janvier 2026, dont elle demande l’annulation, l’Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.




Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressée, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu’après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d’accueil est totalement refusé à Mme B... au motif qu’elle n’a pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Par suite, la décision, qui expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 522-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile ».

Il ressort de la fiche d’évaluation de vulnérabilité du 31 décembre 2025, que Mme B..., à la suite de l’enregistrement de sa demande d’asile, a bénéficié d’un entretien d’évaluation de vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’aurait pas procédé à un examen complet et individualisé de la situation personnelle et familiale de l’intéressée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) 4° Il n’a pas sollicité l’asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l’article L. 531-27 ; (…) La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article (…) prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ». Aux termes de l’article D. 551-17 du même code : « La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 (…) prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée (…) ». Aux termes de l’article D. 551-20 du même code : « Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile est refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon les modalités définies à l'article L.551-17 : (…) 3° Si le demandeur, sans motif légitime, n’a pas présenté sa demande d’asile dans le délai prévu au 3° de l’article L. 531-27 ; (…). ».

Si Mme B... se prévaut de l’absence de preuve concernant la date de son entrée sur le territoire français, celle-ci résulte de ses propres déclarations lors de son entretien de vulnérabilité le 31 décembre 2025, selon lesquelles elle serait arrivée en France le 6 septembre 2025. En outre, le motif que la requérante invoque pour justifier du dépôt hors délai de sa demande d’asile n’est justifié par aucune pièce du dossier alors qu’elle déclare avoir reçu des menaces alors qu’elle était déjà sur le territoire français. Enfin, Mme B..., qui déclare être dépourvue de ressources et souffrir de problèmes de santé, est hébergée par son fils dans un appartement adapté. Elle ne saurait dès lors être regardée comme étant dans une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés, tout comme celui tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision de l’Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 janvier 2026 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : Mme B... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Brel et à l’office français de l'immigration et de l'intégration.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2026.


La magistrate désignée,
S. Gigault

La greffière,
V. Bridet



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef




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