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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2600992

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2600992

mardi 10 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2600992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMAINIER-SCHALL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la requête de M. B..., ressortissant marocain, contestant un arrêté préfectoral du 16 janvier 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a rejeté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, jugeant l'arrêté suffisamment fondé sur les textes applicables, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité de la mesure d'éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 7 février 2026, M. B..., représenté par Me Mainier-Schall, demande au tribunal :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;


2°) d’annuler l’arrêté du 16 janvier 2026 par lequel la préfète de l'Hérault l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;


3°) d’enjoindre à la préfète de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;


4°) de mettre à la charge de l’Etat les entiers dépens du procès et le versement d’une somme de 1 500 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :


En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;


En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;


En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;


En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation.

La préfète de l’Hérault a produit des pièces enregistrées le 9 février 2026.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Mainier-Schall, substitué par Me Telali, représentant M. B..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de M. B..., assisté par M. C..., interprète en langue arabe, qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- la préfète de l'Hérault n’étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.








Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant marocain né le 3 décembre 2003 à Oujda (Maroc), déclare être entré en France le 25 octobre 2021. Il a bénéficié d’une carte de séjour temporaire en qualité de travailleur temporaire, valable du 19 avril 2023 au 18 avril 2024 et renouvelée du 19 avril 2024 au 18 avril 2025. Par un arrêté du 16 janvier 2026, dont il demande l’annulation, la préfète de l'Hérault l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de l’intéressé, de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

En premier lieu, l’arrêté litigieux a été signé par Caroline Bargoin, cheffe de la section éloignement qui, par un arrêté du 25 juin 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, bénéficie d’une délégation du préfet de l’Hérault aux fins de signer tout arrêté ayant trait à une mesure d’éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En second lieu, l’arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment le 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il comporte les considérations de fait sur lesquels il se fonde. Notamment, il retrace les conditions d’entrée et de séjour en France de M. B... et mentionne les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Il énumère les éléments de la situation du requérant qui relèvent des critères de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, l’arrêté est suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, le droit d’être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l’une des composantes du droit de la défense, tel qu’il est énoncé notamment au 2 de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l’Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l’autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l’ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

Il ressort du procès-verbal d’audition établi le 15 janvier 2026 par la police nationale de Montpellier, que M. B... a été entendu sur sa situation administrative, personnelle et familiale. Il a à cette occasion été informé de l’éventualité d’une mesure d’éloignement prise par le préfet et a été mis en mesure de présenter ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d’être entendu doit être écarté.

En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que la préfète de l'Hérault se serait abstenu de procéder à un examen complet et individualisé de la situation de M. B... comme elle y était tenue, y compris en ce qui concerne son éventuelle vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. B..., célibataire et sans enfant, justifie avoir été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance et avoir disposé en dernier lieu d’un contrat jeune majeur renouvelé pour la dernière fois le 3 septembre 2024. Toutefois cet élément est insuffisant pour caractériser une intégration particulière. Il en est de même en ce qui concerne son diplôme de CAP en maçonnerie obtenu en 2024 et qui lui a permis de réaliser des stages dans son domaine de compétences. Ainsi, le requérant n’établit aucune atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit l’être également.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

En premier lieu, il ressort des dispositions des articles L. 614-1 et suivants, et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en application de l’article L. 211-2, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, quel que soit le type de décision dont cette obligation de quitter le territoire français découle. En tout état de cause, ainsi qu’il a été précédemment dit, le requérant a été auditionné par les services de police le 15 janvier 2026. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit donc être écarté.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

Pour interdire M. B... de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, la préfète de l’Hérault a notamment considéré que le comportement de l’intéressé représentait une menace pour l’ordre public. Pour en justifier, elle produit les résultats des recherches effectuées dans la base de données du fichier automatisé des empreintes digitales faisant état de deux signalisations mais qui précisent également que les motifs de signalisation ne doivent pas être considérés comme des antécédents. La préfète de l’Hérault ne justifie d’aucune poursuite pénale à la suite de ces signalements alors que le requérant a contesté à l’audience représenter une menace pour l’ordre public. L’autorité préfectorale ne démontre aucune une menace pour l’ordre public et ne pouvait donc se fonder sur ce motif. En outre, M. B... n’a pas fait l’objet de précédentes mesures d’éloignement et a bénéficié d’une carte de séjour temporaire valable jusqu’au 18 avril 2025. Il a été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance lors de son arrivée sur le territoire français, a bénéficié d’un contrat jeune majeur puis d’un contrat d’engagement jeune et a obtenu un certificat d’aptitude professionnelle en maçonnerie. Dans ces conditions, en fixant à trois ans la mesure d’interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de l’Hérault a fait une inexacte application des dispositions précitées.

Il résulte de tout ce qui précède que M. B... est uniquement fondé à demander l’annulation de l’arrêté de la préfète de l’Hérault du 16 janvier 2026 en tant qu’il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Cette annulation n’implique aucune mesure d’exécution particulière de sorte que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent être rejetées.



Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances particulières de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme réclamée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En l’absence de dépens, les conclusions tendant à ce qu’ils soient mis à la charge de l’Etat doivent également être rejetés.


D E C I D E :

Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L’arrêté de la préfète de l’Hérault du 16 janvier 2026 est annulé en tant qu’il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Mainier-Schall et à la préfète de l'Hérault.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2026.


La magistrate désignée,
S. Gigault

La greffière,
V. Bridet



La République mande et ordonne à la préfète de l'Hérault en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef





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