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Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2607474

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2607474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrée le 15 et le 16 septembre 2026, le syndicat CNT-SO des hôtels de prestige et économiques, représenté par M. B... A..., demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la région Occitanie d’inscrire M. B... A... sur la liste régionale des défenseurs syndicaux ou, à défaut, de lui délivrer une attestation provisoire d’exercice, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que le syndicat se trouve actuellement dans l'impossibilité d'assister les salariés convoqués aux audiences imminentes du conseil de prud'hommes de Perpignan et de la cour d'appel de Montpellier pour assurer leur défense, du fait même de l’absence d’inscription de M. A... sur la liste régionale des défenseurs syndicaux, alors que les autres défenseurs syndicaux désignés par le syndicat sont durablement indisponibles pour exercer leurs missions et ce pour diverses raisons ;
- la mesure sollicitée présente un caractère utile dès lors qu’elle permettrait de remédier à l’inertie de l’administration, qui n’a pas procédé à cette inscription malgré la transmission d’un dossier complet et de deux relances, dont elle a accusé réception pour la première fois le 8 août 2026 ;
- en outre, la mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. A... remplit les conditions légales pour exercer les fonctions de défenseur syndical et que l’ensemble des documents requis ont été transmis à aux services de la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS).

La requête a été communiquée au préfet de la région Occitanie qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C... pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :
1. Le 8 juillet 2026, le syndicat CNT-SO des hôtels de prestige et économiques a présenté aux services de de la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) la candidature de M. B... A... en vue de son inscription sur la liste des défenseurs syndicaux de la région Occitanie. En l’absence de réponse à cette demande, le syndicat a réitéré celle-ci par deux fois, les 6 août et 7 septembre 2026. Par la présente requête, le syndicat CNT-SO, représenté par M. A..., demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la région Occitanie de procéder à l’inscription de l’intéressé sur cette liste ou, à défaut, de lui délivrer une attestation provisoire d’exercice.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :

2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

3. Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. Aux termes de l’article L. 1453-4 du code du travail : « Un défenseur syndical exerce des fonctions d'assistance ou de représentation devant les conseils de prud'hommes et les cours d'appel en matière prud'homale. / Il est inscrit sur une liste arrêtée par l'autorité administrative sur proposition des organisations d'employeurs et de salariés, dans des conditions définies par décret. / Le défenseur syndical intervient sur le périmètre d'une région administrative ». Aux termes de l’article D. 1453-2-1 du même code : « La liste des défenseurs syndicaux mentionnée à l'article L. 1453-4 est établie par le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, sur proposition des organisations d'employeurs et de salariés mentionnées au même article. Ces dernières désignent des défenseurs syndicaux au niveau régional en fonction de leur expérience des relations professionnelles et de leurs connaissances du droit social (…). Aux termes de l’article D. 1453-2-3 du même code : « La liste des défenseurs syndicaux mentionnée à l'article L. 1453-4 est arrêtée dans chaque région par le préfet de région et publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de région. / La liste comporte notamment les nom, prénom, profession du défenseur, le nom de l'organisation syndicale ou professionnelle qui le propose et, au choix de cette organisation, les coordonnées de l'organisation ou celles des intéressés (…) ». Aux termes de l’article D. 1453-2-5 du même code : « La liste des défenseurs syndicaux est révisée tous les quatre ans. Elle peut être modifiée à tout moment si nécessaire, par ajout ou retrait (…) ». Il résulte des dispositions combinées des articles précités du code du travail, éclairées par les travaux préparatoires de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, que, lorsque l’ajout d’une ou plusieurs personnes sur la liste des défenseurs syndicaux est sollicité par une organisation d’employeur ou de salariés, le préfet de région est tenu d’y procéder.
5. Le syndicat CNT-SO justifie par les pièces qu’il produit avoir tenté, en vain, de solliciter des services de la DREETS l’établissement d’une nouvelle liste des défenseurs syndicaux pour la région Occitanie par l’ajout d’une personne sur celle-ci, en l’occurrence, M. A.... Alors que le syndicat justifie de l’empêchement durable des deux seuls défenseurs actuellement issus de son syndicat pour exercer normalement leurs fonctions d'assistance ou de représentation devant les conseils de prud'hommes et les cours d'appel en matière prud'homale, en appui des salariés qui en ont le besoin, la condition d’utilité exigée aux dispositions de l’article L. 521-3 précité est remplie.
6. Par ailleurs, l’absence de désignation d’un nouveau défenseur syndical dans un délai raisonnable empêche les salariés concernés de bénéficier de l’assistance de celui-ci aux audiences, susceptibles de se tenir de manière imminente, tant devant le conseil de prud'hommes de Perpignan que la cour d'appel de Montpellier, de sorte que la demande du syndicat requérant présente un caractère d’urgence.
7. Enfin, il ne résulte pas de l’instruction que la demande ainsi présentée ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

8. Si la mesure d’inscription définitive à la liste des défenseurs syndicaux, présentée par le syndicat requérant n'entre pas dans le champ des mesures de nature provisoire ou conservatoire que le juge des référés peut ordonner sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, il résulte en revanche de tout ce qui précède qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’enjoindre au préfet de région Occitanie de délivrer à M. A..., à titre provisoire, l’autorisation d’exercer les fonctions de défenseur syndical en application des dispositions combinées des articles L. 1453-4 et D. 1453-2-3 du code du travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a toutefois pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais du litige

9. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative une somme au titre des frais exposés par le syndicat requérant et non compris dans les dépens, celui-ci ne justifiant d’aucuns frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de région Occitanie de délivrer à M. B... A... une autorisation provisoire d’exercice, dans les conditions fixées au point 8 ci-dessus, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat CNT-SO des hôtels de prestige et économiques, à M. B... A... et au préfet de région Occitanie.
Fait à Toulouse le 1er octobre 2026.

La juge des référés

Myriam C...


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,