mardi 18 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2000967 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELAS SORBA PAYRAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 27 février 2020, le 2 octobre 2020, le 8 décembre 2020, le 27 octobre 2023, le 22 juillet 2024, le 4 septembre 2024 et le 6 décembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud (COBAS), représentée par Mes Mallit et de Fenoyl, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la société Nautibas à lui verser la somme de 271 617,50 euros HT en réparation des préjudices qu'elle a subis au titre des années 2021 et 2022 et des frais d'expertise ;
2°) de mettre à la charge de la société Nautibas la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société Nautibas a méconnu ses engagements contractuels et est responsable des désordres constatés dans les piscines de Arcachon, La-Teste-de-Buch et Gujan-Mestras, tenant à la présence de rouille et de fuites majeures, à des dysfonctionnements dans les systèmes de ventilation et à des taches sur les carrelages et des joints défectueux ; sa responsabilité est à titre subsidiaire engagée sur un fondement extracontractuel à raison d'une méconnaissance généralisées des règles de l'art ;
- la fermeture programmée des trois piscines entre 2021 et 2022 afin de remédier à ces désordres a entraîné des pertes de revenus d'exploitation pour la société Equalia, exploitante des trois piscines, qu'elle a compensées par le versement à son profit d'une contribution financière au titre de ces deux années ; ce versement correspond au préjudice qu'elle a subi, et doit être évalué à 136 785 euros HT en 2021 et 25 490 euros HT en 2022, à indexer ; elle a également subi un préjudice correspondant aux honoraires de conseil relatifs à la résolution des désordres, d'une somme de 33 485 euros HT, et aux frais d'honoraires d'expert et de sapiteur pour des montants de 59 268,84 et 12 680,16 euros TTC, soit un préjudice total de 271 617,50 euros HT.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 août 2020, 30 novembre 2021 et 9 octobre 2024 la société Nautibas, représentée par Me Sorba, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la COBAS n'établit pas que les sur-contributions qu'elle a versées résulteraient de la fermeture des piscines ;
- à titre subsidiaire, le montant du préjudice allégué n'est pas établi ;
- les demandes tendant à ce que soient mis à sa charge les frais de conseil et les frais d'expertise sont irrecevables dès lors qu'exclues par le protocole transactionnel conclu avec la COBAS le 24 juillet 2023 ; subsidiairement, ces demandes ne sont pas fondées, dès lors que ces expertises ne portent pas sur les préjudices en litige.
Par une ordonnance du 10 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Josserand,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,
- les observations de Me Kessler, représentant la requérante,
- et les observations de Me Forray, représentant la société Nautibas.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 septembre 2011, la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon (COBAS) a conclu avec la société Aquobas, devenue Nautibas, un contrat de partenariat portant sur le financement, la conception, la réalisation, la maintenance, l'entretien et l'exploitation d'un ensemble de trois piscines situées à Gujan-Mestras, Arcachon et La-Teste-de-Buch pour une durée de 384 mois. Les travaux ont été réceptionnés puis mis à la disposition de la COBAS le 31 octobre 2013. La gestion de ces trois piscines a été confiée à la société Equalia par des contrats d'affermage conclus par les trois communes concernées les 25 juillet, 8 août et 30 septembre 2013. Par une délibération du 15 février 2018, le conseil communautaire de la COBAS a approuvé la résiliation des conventions de gestion conclues par la COBAS avec ces trois communes, ainsi que le transfert à son profit des contrats de délégation de service public conclus par les communes avec Equalia. Enfin, par un contrat du 30 novembre 2020, la société Equalia s'est vu à nouveau confier la gestion des trois piscines pour la période courant du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2025.
2. Des traces de rouille et de fuites, des dysfonctionnements dans les systèmes de ventilation et la présence de taches sur les carrelages et de joints défectueux sont apparus dès 2014. Par une ordonnance n° 2000968 du 27 janvier 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a désigné M. B en qualité d'expert judiciaire. Celui-ci a remis son rapport d'expertise le 24 mai 2024. Par un protocole d'accord transactionnel signé le 24 juillet 2023 entre la COBAS et la société Nautibas, les parties ont mis fin au différend qui les opposaient ce qui concerne les années 2017 à 2020 incluse. Par la présente requête et dans le dernier état de ses écritures, la COBAS demande au tribunal de condamner la société Nautibas à lui verser un montant de 271 617,50 euros HT, sur un fondement contractuel, en réparation du préjudice qu'elle a subi en raison de la fermeture programmée des piscines de La-Teste-de-Buch, Gujan-Mestras et Arcachon aux fins de réparer les désordres sus-évoqués.
Sur la responsabilité contractuelle :
3. Article L. 1112-1 du code de la commande publique : " Un marché de partenariat est un marché public qui a pour objet de confier à un opérateur économique ou à un groupement d'opérateurs économiques une mission globale ayant pour objet la construction, la transformation, la rénovation, le démantèlement ou la destruction d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels nécessaires au service public ou à l'exercice d'une mission d'intérêt général et tout ou partie de leur financement. Le titulaire du marché de partenariat assure la maîtrise d'ouvrage de l'opération à réaliser. / Cette mission globale peut en outre comprendre : / 1° Tout ou partie de la conception des ouvrages, équipements ou biens immatériels ; / 2° L'aménagement, l'entretien, la maintenance, la gestion ou l'exploitation d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels ou une combinaison de ces éléments ; / 3° La gestion d'une mission de service public ou des prestations de services concourant à l'exercice, par la personne publique, de la mission de service public dont elle est chargée ".
En ce qui concerne la nature et l'imputabilité des désordres :
4. En vertu de l'article 3 du contrat de partenariat conclu le 29 septembre 2011, la COBAS a confié à la société Nautibas le financement, la conception, la réalisation, la maintenance (niveau 1, 2 et 3), le gros entretien-renouvellement (niveau 4 et 5), l'entretien courant, le nettoyage des lignes d'eau et des places, l'exploitation de l'eau et la fourniture d'énergie d'un ensemble de trois piscines situées sur le territoire des communes de Gujan-Mestras (tranche 1), de La Teste de Buch (tranche 2, intégrant une prestation de démolition-construction) et d'Arcachon (Tranche 3). Aux termes de l'article 8 de ce contrat " Principes généraux " : " " Le titulaire assume, à ses risques et périls, toutes les charges et prérogatives liées à sa qualité de maître d'ouvrage des Ouvrages et Equipements à réaliser. () Le Titulaire concourt à la continuité du service public dont les Ouvrages et Equipements sont le support. À ce titre, il s'engage à le maintenir en toutes circonstances et sauf cas de Force Majeure ou Cause Légitime avérée ". Aux termes de l'article 9.4 " Gestion, exploitation des Ouvrages et Equipements à la charge de la COBAS " : " Continuité du service : / Tout arrêt technique entraînant une interruption du service d'une durée supérieure à quatre heures, pour quelle que cause que ce soit, doit faire l'objet d'une information immédiate de la COBAS. Toute interruption du service non justifiée d'une durée supérieure à dix (10) heures et hors Cause Légitime donnera lieu à l'application d'une pénalité conformément à l'Article 23. / Toutefois, le Titulaire sera exonéré de sa responsabilité en cas d'interruption du service dans les cas suivants : / - pour les arrêts techniques programmés en accord avec la COBAS ; / au cas où la fermeture du centre aquatique serait prescrite par l'administration pour un motif dont la responsabilité n'incombe pas au Titulaire () ". Enfin, aux termes de l'article 29.1 de ce contrat " Responsabilité du Titulaire vis-à-vis de la COBAS " : " Dans les limites et conditions du présent Contrat, le Titulaire garde, en toute circonstance, l'entière responsabilité vis-à-vis de la COBAS de la bonne exécution de l'intégralité des obligations qu'il a souscrites au titre du Contrat, quelles que soient les stipulations contractuelles liant le Titulaire à des tiers ".
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que des fuites sont apparues au niveau des galeries techniques du centre aquatique d'Arcachon, matérialisées par des ruissèlements le long des goulottes du bassin sportif, des traces de reprise d'étanchéité, une dégradation des joints du carrelage des plages des bassins mettant à nu l'arête des carreaux, une oxydation des inox de fixation des plots de départ des plongeurs et des huisseries de la porte du local d'infirmerie et des armoires métalliques, des fuites des bassins sportifs révélées par des traces d'humidité sur les plafonds de stockage et l'oxydation des supports de tuyauterie et des supports de câbles et enfin la dégradation des murs des jardinières extérieures et des nez de marche des escaliers. Dans le centre aquatique de Gujan-Mestras et le stade nautique de La-Teste-de-Buch, des fuites sont apparues dans la galerie technique, les infiltrations d'eau subséquentes gonflant l'enduit des murs du bassin ludique et les briques de coffrage. En outre, les carreaux des caniveaux, les joints de carrelage des plages et du bassin et les ancrages des échelles des bassins sont dégradés. Enfin, un défaut d'étanchéité du hublot de la fosse de plongée du stade nautique de La-Teste-de-Buch provoque des fuites dont l'existence est révélée par des traces de ruissèlement sous la fosse et dans les vestiaires. Ces désordres résultent de fautes commises par les constructeurs lors de la conception/réalisation des ouvrages.
6. Il résulte des stipulations citées au point 4 et n'est, au demeurant, pas sérieusement contesté, que la société Nautibas, en charge de la conception/réalisation des ouvrages, est seule responsable à l'égard de la COBAS de ces désordres.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant de la compensation des pertes d'exploitation :
7. La COBAS fait valoir que les travaux de reprise nécessités par les désordres mentionnés au point 5 ont nécessité la fermeture des piscines concernées, lesquelles ont été programmées d'avril à septembre 2021 à La Teste de Buch, d'octobre 2021 à mars 2022 à Gujan-Mestras, et d'avril à septembre 2022 à Arcachon. Elle soutient que ces fermetures auraient causé à la société Equalia une perte de recettes d'exploitation, qu'elle a dû compenser en versant à cette société en 2021 et 2022 une contribution financière majorée au titre des contraintes imposées au délégataire du service public.
8. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'article 24 du contrat de délégation de service public les liant, que la COBAS a effectivement versé à la société Equalia une contribution forfaitaire de 602 997 euros en 2021 et de 491 702 euros en 2022 dont le montant est significativement supérieur de, respectivement, 136 785 et de 25 490 euros à celui de la contribution forfaitaire annuelle qu'elle lui a versé au cours de chacune des années suivantes. Toutefois, le montant de ces contributions financières majorées a été déterminé au regard du compte d'exploitation prévisionnel, figurant en annexe 6 du contrat de délégation de service public, et non au regard du résultat de l'exploitation réelle des piscines au titre de ces mêmes années. Or, il ressort des rapports annuels de la société Equalia que ce compte d'exploitation prévisionnel était très optimiste au regard des recettes qu'elle a effectivement perçues entre 2021 et 2023. Il résulte en effet de l'instruction que l'exploitation des piscines a été affectée en 2021 par les conséquences de la pandémie de Covid-19, l'exploitant ayant notamment relevé, dans son rapport annuel, que la fréquentation des piscines n'a pas retrouvé son niveau d'avant la fermeture des piscines imposée durant la période de crise sanitaire.
9. D'autre part, il résulte également de l'instruction, et en particulier des rapports annuels de la société Equalia, que la fermeture programmée des piscines a permis à cette société de réduire de façon particulièrement substantielle ses charges de fluides, de maintenance, d'entretien et surtout de personnel - au point que la diminution des charges d'exploitation de la piscine d'Arcachon au titre de l'année 2022 a été supérieure en valeur à la diminution de son chiffre d'affaire - alors, en outre que, lors des périodes de fermeture de l'une des trois piscines, de nombreux clients se reportaient vers les deux autres piscines.
10. Enfin, la COBAS n'a pas donné suite à la demande faite par le sapiteur de l'expert judiciaire de lui fournir des éléments et informations concernant la durée réelle des travaux et les frais de personnel que la société Equalia a réellement supportés durant les périodes de fermeture des piscines mais s'est bornée à soutenir que ces éléments n'étaient pas en sa possession et que les documents sur lesquels elle s'est fondée au stade de la procédure de passation du contrat de délégation de service public était suffisants pour connaître le surcoût prévisible résultant des périodes de fermeture programmées des piscines. Dans ces conditions, le préjudice allégué par la COBAS n'apparaît pas établi.
S'agissant des frais de conseil et des dépens :
11. Il résulte de l'instruction qu'en vertu du protocole transactionnel conclu le 24 juillet 2023 entre la COBAS et la société Nautibas, les parties " conservent à leur charge les frais et honoraires exposés dans le cadre des procédures pendantes devant le tribunal administratif de Bordeaux telles que visées dans le préambule ", parmi lesquelles la présente instance n° 2000967 ainsi que l'instance en référé expertise n° 2000968. Il s'ensuit que les conclusions de la COBAS tendant au remboursement des frais de conseil et d'expertise qu'elle a exposés dans la cadre de ces instances doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
12. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 et ainsi que le fait valoir la société Nautibas, que la conclusion du protocole transactionnel susmentionné fait obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande de la COBAS présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la COBAS est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Nautibas et à la communauté d'agglomération du bassin d'Arcachon Sud.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Champenois, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.
Le rapporteur,
L. JOSSERANDLe président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026