mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2002343 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 22 mars 2022, le tribunal administratif de Bordeaux, statuant sur la requête n° 2002343 présentée par Mme A D et M. J D, agissant tant en leur nom propre qu'en tant que représentants légaux de leur fille mineure, E, ainsi que par Mme H C, Mme G C, M. I C et Mme K C, tenant à la condamnation solidaire du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à les indemniser des préjudices résultant pour eux de la prise en charge de Mme A D par l'établissement hospitalier le 10 avril 2017, a ordonné avant-dire droit une expertise médicale en vue, notamment, de déterminer la date de consolidation de l'état de santé de Mme D, ainsi que l'ampleur des préjudices résultant de son accident médical du 10 avril 2017.
Par une ordonnance du 4 avril 2022, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a désigné le docteur B F pour procéder à la mission d'expertise décidée par le jugement du 22 mars 2022.
Le rapport d'expertise et un complément du rapport ont été respectivement déposés les 18 novembre 2022 et 23 mars 2023 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux.
Par des mémoires et des pièces enregistrés les 19 janvier, 9 et 20 février et 10 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) Pau-Pyrénées, agissant pour le compte de la CPAM des Landes, demande au tribunal de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser une somme de 115 617,69 euros au titre des frais et débours exposés pour le compte de son assurée, ainsi qu'une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle soutient que :
- les prestations versées par la Caisse primaire d'assurance maladie des Landes en rapport avec les soins exclusivement liés à l'accident médical du 10 avril 2017 dont Mme D a été victime s'élève à la somme de 115 617,69 euros ;
- elle entend obtenir le remboursement de cette somme en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, sous réserve d'autres paiements non encore connus à ce jour ;
- elle est également fondée à solliciter le paiement d'une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, prévue par l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2023, les consorts D et C, représentés par la Selarl Coubris, Courtois et associés, société d'avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le CHU de Bordeaux à verser, avant prise en compte du taux de perte de chance, à Mme A D une indemnité globale de 70 010,16 euros, à M. J D une indemnité globale de 16 146,96 euros, et à chacun des cinq enfants une indemnité de 12 000 euros en réparation des préjudices ayant résulté pour eux de la prise en charge de Mme A D par cet établissement le 10 avril 2017, ces sommes devant être assorties des intérêts au taux légal à compter de leur demande préalable ;
2°) de déclarer le jugement commun aux organismes sociaux appelés en la cause ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils ajoutent que :
- par un jugement avant dire droit du 22 mars 2022, le tribunal a retenu la responsabilité du CHU de Bordeaux à raison d'un défaut d'information et estimé que ce manquement était à l'origine d'une perte de chance de 20 % pour Mme D de se soustraire au risque de dissection coronaire qui s'est réalisé au cours de l'exploration endo-coronaire par tomographie par cohérence optique (" OCT ") ;
- les préjudices patrimoniaux temporaires de Mme D, en lien avec la faute commise par le CHU de Bordeaux, tiennent en des dépenses de santé à hauteur des franchises restées à sa charge pour 32,50 euros, en l'assistance par tierce personne pour un montant de 4 514,71 euros, en une perte de gains actuels pour 6 680,45 euros ;
- les préjudices extra-patrimoniaux temporaires de Mme D, en lien avec la faute correspondent, avant application du taux de perte de chance, à un déficit fonctionnel temporaire, total et partiel, évalué à 5 182,50 euros, aux souffrances endurées évaluées à 3 sur 7 par l'expert qui peuvent être fixées à 8 000 euros, au préjudice esthétique temporaire à raison d'une prise de poids de dix kilos qui peut être fixé à 3 000 euros ;
- les préjudices patrimoniaux permanents de Mme D, en lien avec la faute commise par le CHU de Bordeaux, correspondent, avant application du taux de perte de chance, aux dépenses de santé futures et aux pertes de gains futures non encore évaluées, ainsi qu'à l'incidence professionnelle évaluée à 100 000 euros ;
- les préjudices extra-patrimoniaux permanents de Mme D, en lien avec la faute commise par le CHU de Bordeaux, correspondent, avant application du taux de perte de chance, au déficit fonctionnel permanent de 7 % qui peut être indemnisé à hauteur de 12 600 euros, au préjudice d'agrément qui peut être évalué à 10 000 euros ; le préjudice moral d'impréparation qu'il conviendra d'indemniser s'élève à 10 000 euros ;
- les préjudices des proches sont constitués, avant application du taux de perte de chance, pour M. D, de frais d'hébergement pour 146,96 euros et d'un préjudice moral évalué à 16 000 euros et, pour chacun des cinq enfants, en un préjudice moral de 12 000 euros.
Par des mémoires enregistrés les 23 février et 16 mars 2023, le CHU de Bordeaux, représenté par Me Mazille, avocat, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la réduction de l'indemnisation réclamée tant par les requérants que par la CPAM Pau-Pyrénées à de plus justes proportions après application d'un taux de perte de chance au plus égal à 20 %, et en toutes hypothèses au rejet des demandes présentées à son encontre au titre des dépens et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il réitère que :
- aucune faute n'est de nature à engager sa responsabilité ;
- à supposer qu'un manquement à l'obligation d'information soit retenu, le taux de perte de chance à prendre en compte serait au plus égal à 20 % ;
- la provision réclamée doit, en tout état de cause, être réduite au prorata du taux de perte de chance retenue ;
- les sommes réclamées, qui sont pour partie infondées et pour partie excessives, devront être réduites à de plus justes proportions.
Vu :
- l'ordonnance du 23 novembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a taxé et liquidé les frais de l'expertise réalisée par le docteur F, à la somme de 1 440 euros ;
- le rapport d'expertise et son complément ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Kociemba, repésentant le CHU de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 mars 2017, à partir de 2 heures du matin, Mme A D, née le 26 juin 1968, a présenté une douleur thoracique prolongée. La prise de sang effectuée sur prescription de son médecin traitant ayant révélé le même jour, à 17 heures 30, une troponine élevée, l'intéressée a été immédiatement hospitalisée au centre hospitalier de Mont-de-Marsan. Une coronographie pratiquée le 29 mars 2017 met alors en évidence un infarctus du myocarde par occlusion de la deuxième diagonale et une plaque sténosante de 30 à 40 % au niveau de l'artère interventriculaire antérieure. Mme D a été autorisée à regagner son domicile le 2 avril 2017 avec un traitement médicamenteux. Le 10 avril 2017, une exploration endo-coronaire par tomographie par cohérence optique (" OCT ") a été réalisée à l'hôpital Haut-Lévêque, établissement du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux. Au cours de cet examen, une dissection à la partie distale de l'artère interventriculaire antérieure a provoqué un syndrome coronarien aigu et un nouvel infarctus du myocarde, dans le segment septo-apical. La prise en charge de la cardiopathie a nécessité l'hospitalisation de Mme D à l'hôpital Haut-Lévêque jusqu'au 13 avril 2017, du 30 mai au 1er juin 2017, et du 8 au 11 janvier 2018, ainsi qu'au centre de rééducation de la clinique Avicienne du 28 août au 29 septembre 2017.
2. Mme D a saisi la commission régionale de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux d'Aquitaine d'une demande indemnitaire le 12 juin 2018. La commission a nommé trois experts, qui ont déposé leur rapport le 12 juillet 2019. Le 19 septembre 2019, la CCI d'Aquitaine a rendu un avis aux termes duquel elle a considéré, d'une part, que les dommages imputables à l'accident médical non fautif résultant de l'examen pratiqué le 10 avril 2017 n'atteignent pas les seuils fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique pour permettre une indemnisation au titre de la solidarité nationale, d'autre part, qu'elle est incompétente pour se prononcer sur un éventuel préjudice lié à un manquement au devoir d'information. Mme A D, son époux, M. J D, tous deux agissant tant en leur nom propre qu'en tant que représentants légaux de leur fille mineure, Mlle E L, ainsi que ses quatre autres enfants, Mme H C, Mme G C, M. I C et Mme K C, ont présenté une demande préalable d'indemnisation auprès du CHU de Bordeaux reçue le 2 juin 2020, qui a été implicitement rejetée.
3. Sur saisine des consorts D et C, le tribunal a estimé, par un jugement du 22 mars 2022, que le CHU de Bordeaux a commis à l'égard de Mme D un manquement à son obligation d'information, avant l'OCT du 10 avril 2017, au sujet du risque de survenance d'une dissection coronaire au cours de cet acte, de nature à engager sa responsabilité. Le tribunal a également considéré que la perte de chance de se soustraire au risque qui s'est réalisé pouvait être évaluée à 20 %. Le tribunal a ensuite mis hors de cause l'ONIAM. Puis, il a estimé que l'état du dossier ne permettait pas de déterminer la date de consolidation de l'état de santé de Mme D, ni d'évaluer l'étendue des préjudices en lien direct avec l'accident médical du 10 avril 2017. Il a alors ordonné, avant-dire droit, une expertise médicale. L'expertise a été confiée au docteur F, psychiatre. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 18 novembre 2022.
4. Dans le dernier état de leurs écritures, les consorts D et C demandent au tribunal de condamner le CHU de Bordeaux à allouer, avant prise en compte du taux de perte de chance retenu par le jugement du 22 mars 2022, à Mme A D une indemnité globale de 70 010,16 euros, à M. J D une indemnité globale de 16 146,96 euros, et à chacun des cinq enfants une indemnité de 12 000 euros en réparation des préjudices pour eux de la prise en charge de Mme A D par cet établissement le 10 avril 2017. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) Pau-Pyrénées demande au tribunal de condamner solidairement le CHU de Bordeaux et la SHAM à lui verser la somme de 115 617,69 euros en remboursement des débours versés pour le compte de son assurée et la somme due au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur l'évaluation des préjudices :
5. La date de consolidation de l'état de Mme D a été fixée au 11 février 2020 par l'expertise du 18 novembre 2022 mentionnée ci-dessus.
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant aux préjudices patrimoniaux :
6. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la notification définitive des débours de la CPAM Pau-Pyrénées en date du 9 février 2023 précisée par le courrier de la Caisse du 10 mars 2023, que des frais de franchise d'un montant global de 32,50 euros, en rapport direct et certain avec l'accident médical du 10 avril 2017, n'ont pas été remboursés à Mme D. Après application du taux de perte de chance, il y a lieu de mettre une somme de 6,50 euros à la charge du CHU de Bordeaux.
7. A la date de l'accident médical du 10 avril 2017, le contrat à durée déterminée dont bénéficiait Mme D pour exercer des tâches d'agent de soins était parvenu à son terme le 31 mars précédent et l'intéressée était donc sans emploi. Si la requérante soutient qu'elle avait pour projet d'intégrer en septembre 2017 une école de formation au métier d'éducatrice spécialisée et qu'elle a dû renoncer à poursuivre cette formation en raison des troubles psychologiques résultant pour elle de l'accident du 10 avril 2017, la perte de gains professionnels en rapport avec un tel projet présente, eu égard au caractère incertain de sa réussite à cette formation et de l'obtention d'un emploi en rapport avec ladite formation, un caractère seulement éventuel. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'elle a subi, du fait de ces différents congés de maladie, des pertes de revenus, il résulte de l'instruction que l'intéressée, entre 2017 et 2020, a bénéficié, notamment en raison des indemnités journalières versées par la CPAM, de revenus salariaux supérieurs à ceux qu'elle avait perçus en 2016. Par suite, il n'y a pas lieu d'accorder à la requérante une indemnisation au titre de ce chef de préjudice.
8. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine, que l'accident médical dont Mme D a été victime le 10 avril 2017 a notamment été à l'origine pour elle d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25 % du 14 avril au 28 mai 2017 et du 2 juin au 27 août 2017. Mme D soutient avoir eu besoin, pendant ces deux périodes, de l'assistance non spécialisée d'une tierce personne, assurée par son époux, pour les actes de la vie courante, à raison d'une heure par jour. Toutefois, tant l'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine que celle ordonnée par le jugement du tribunal du 22 mars 2023, concluent, au regard de la nature du déficit fonctionnel temporaire partiel en lien avec l'accident du 10 avril 2017, à l'absence de nécessité d'une telle assistance. En l'absence de tout élément produit par la requérante de nature à infirmer les conclusions des experts, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée.
Quant aux préjudices extra-patrimoniaux :
9. Il résulte de l'instruction, et en particulier des rapports de l'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine et de l'expertise diligentée par le tribunal, d'une part, que l'accident médical, dont Mme D a été victime, a été à l'origine d'un déficit fonctionnel temporaire total du 10 au 13 avril 2017, du 30 mai au 1er juin 2017, du 28 août au 29 septembre 2017 et du 8 janvier au 11 janvier 2018, d'une période de déficit fonctionnel temporaire partielle de 25 % du 14 avril au 29 mai 2017, du 2 juin au 27 août 2017 et, enfin, d'une période de déficit fonctionnel temporaire partielle de 10 % du 30 septembre 2017 au 7 janvier 2018 et du 12 janvier 2018 jusqu'à la date de consolidation fixée au 11 février 2020. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice de déficit fonctionnel temporaire total et partiel subi en l'évaluant, sur la base d'un montant d'indemnisation de 21 euros par jour pour une incapacité totale, et après application du taux de perte de chance retenu, à la somme de 686 euros.
10. Il résulte de l'instruction que Mme D a enduré, à raison de l'accident médical du 10 avril 2017, des souffrances physiques liées aux conséquences cardiologiques ayant nécessité des soins et des hospitalisations, mais également des souffrances psychologiques ayant suscité une prise en charge psychiatrique et psychothérapique au long court. Il résulte tant de l'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine que de celle ordonnée par le jugement du tribunal du 22 mars 2023, que les experts évaluent les souffrances endurées en lien direct avec les faits du 10 avril 2017, à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros. Après application du taux de perte de chance, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 800 euros.
11. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que Mme D a subi un préjudice esthétique temporaire en relation avec l'accident médical dont elle a été victime le 10 avril 2017, résultant d'une prise de poids de dix kilos à raison de l'interruption de toute activité sportive et de la prescription de repos. En dépit de l'absence d'évaluation de ce chef de préjudice par le rapport d'expertise de la CCI, il en sera fait une juste appréciation, en l'évaluant, après application du taux de perte de chance retenu, à la somme de 200 euros.
S'agissant des préjudices définitifs :
Quant aux préjudices patrimoniaux :
12. Le préjudice résultant de l'incidence professionnelle du dommage a vocation à indemniser ses incidences périphériques touchant à la sphère professionnelle, en raison notamment de la dévalorisation de la victime sur le marché du travail et de l'obligation dans laquelle elle s'est trouvée d'abandonner sa profession. S'il est constant que Mme D n'exerçait aucune activité professionnelle au moment des faits, son dernier contrat à durée déterminée en qualité d'agent de soins ayant pris fin le 31 mars 2017, il résulte cependant de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 18 novembre 2022, que l'accident médical du 10 avril 2017 n'a pas permis à Mme D, compte tenu de son état anxio-dépressif en lien partiellement direct et certain avec l'accident médical du 10 avril 2017, de reprendre une activité professionnelle. Eu égard à son âge à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation du préjudice lié à l'incidence professionnelle en allouant à Mme D, après l'application du taux de perte de chance, une somme de 2 000 euros.
Quant aux préjudices extra-patrimoniaux :
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par le tribunal, que Mme D reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent imputable à l'accident médical dont elle a été victime le 10 avril 2017, qui peut être évalué à 7 %. Alors que la requérante était âgée de 51 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, qui se caractérise par un état anxio-dépressif, en lui allouant, après application du taux de perte de chance retenu, une indemnité de 1 500 euros.
14. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expertise diligentée par le tribunal, que Mme D, du fait de son état psychique, se trouve dans l'incapacité de maintenir les activités sportives, telles que la course à pieds, qu'elle pratiquait régulièrement auparavant. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'agrément en lui allouant, après application du taux de perte de chance, une somme de 200 euros.
15. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
16. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été rappelé au point 3 du présent jugement, que la responsabilité du CHU de Bordeaux est engagée à l'égard de Mme D à raison d'un manquement de l'établissement à son obligation d'information. Compte tenu de ce que Mme D n'a pas pu se préparer psychologiquement au risque que survienne une dissection coronaire au cours de l'OCT, laquelle a directement été à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 7 % par l'expert judiciaire, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'impréparation subi en fixant le montant de l'indemnité due à Mme D à ce titre par le CHU de Bordeaux à la somme de 5 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices des proches de Mme D :
17. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine, que la réadaptation cardiovasculaire dont a fait l'objet Mme D du 28 août au 29 septembre 2017 est consécutif à l'acte dommageable du 10 avril 2017. M. D justifie avoir acquitté au cours de cette période des frais d'hôtel pour les nuits des 9 et 16 septembre 2017 à hauteur de 146,96 euros afin de séjourner à proximité de son épouse. Par suite, après application du taux de perte de chance, il y a lieu de condamner le CHU de Bordeaux à rembourser à M. D ces frais, à hauteur de 29,40 euros.
18. Il résulte de l'instruction que les préjudices subis par Mme D en lien direct avec l'acte dommageable du 10 avril 2017 ont eu des répercussions sur ses proches, en l'occurrence son époux et ses cinq enfants, qui sont ainsi fondés à demander l'indemnisation de leur préjudice moral. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant, pour M. D, à la somme de 2 000 euros, et pour chacun des enfants, à la somme de 1 000 euros. Après application du taux de perte de chance, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 400 euros au profit de M. D, et la somme de 200 euros pour chacun des cinq enfants de la requérante.
19. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Bordeaux est seulement condamné à verser, d'une part, à Mme D la somme de 10 392,50 euros, d'autre part, à M. D la somme de 429,40 euros, aux époux D en leur qualité de représentant légal de leur fille mineure E la somme de 200 euros, et enfin à chacun des quatre autres enfants, Mme H C, Mme G C, M. I C et Mme K C, la somme de 200 euros.
Sur les intérêts :
20. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2020, date de réception de leur demande d'indemnisation préalable par le CHU de Bordeaux.
Sur les conclusions de la CPAM Pau-Pyrénées :
En ce qui concerne la créance de la caisse :
21. Il résulte de la notification définitive des débours de la CPAM Pau-Pyrénées agissant pour le compte de la CPAM des Landes et de l'attestation d'imputabilité établie par le médecin conseil de la caisse, que la CPAM des Landes a engagé pour le compte de Mme D des frais hospitaliers du 10 au 13 avril 2017, du 30 mai au 1er juin 2017 et du 8 au 11 janvier 2018 pour un montant global de 6 621,84 euros, des frais médicaux du 29 août 2017 au 11 février 2020 pour un montant de 862,04 euros, des frais pharmaceutiques du 13 avril au 4 juin 2019 pour un montant de 16,02 euros, ainsi que des frais de transport du 10 avril 2017 au 11 janvier 2018 pour un montant de 1 657,88 euros. Il en résulte également qu'elle lui a versé des indemnités journalières du 29 mai 2018 au 11 février 2020 pour un montant de 25 053,60 euros, des arrérages échus en invalidité pour un montant de 20 404,12 euros, un capital invalidité d'un montant de 60 182,29 euros et qu'elle prévoit de lui verser des dépenses de santé futures à hauteur de 852,40 euros. Dans ses écritures telles que précisées dans un courrier du 10 mars 2023, la CPAM Pau-Pyrénées indique que ces débours concernent " exclusivement l'accident médical du 10 avril 2017 ". Ces pièces suffisent à établir que les frais exposés par la CPAM, à hauteur de la somme de 35 031,28 euros après déduction des franchises de 32,50 euros, sont en rapport avec l'accident du 10 avril 2017. Toutefois alors que Mme D s'est vue attribuer, par décision du 29 mai 2020 de la caisse primaire d'assurance maladie des Landes, une pension d'invalidité de 2ème catégorie, il n'est pas établi que ce placement en invalidité serait lié à l'accident médical du 10 avril 2017, au titre duquel l'intéressée ne conserve qu'un déficit fonctionnel permanent de 7 %. Il convient ainsi de déduire les frais correspondants aux arrérages échus en invalidité et au capital invalidité dont le lien de causalité avec l'accident du 10 avril 2017, au seul titre duquel la responsabilité du CHU de Bordeaux est engagée, n'est pas établi. Par suite, et compte tenu du taux de perte de chance, il y a seulement lieu de condamner le CHU de Bordeaux à verser à la CPAM Pau-Pyrénées la somme de 7 006,26 euros.
S'agissant de l'indemnité forfaitaire de gestion :
22. En vertu de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident peut demander une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie, dont le montant est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu par la caisse, dans la limite d'un montant maximum révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge du CHU de Bordeaux le versement à la CPAM Pau-Pyrénées de l'indemnité forfaitaire de gestion, pour un montant de 1 162 euros.
Sur les conclusions à fin d'appel en déclaration de jugement commun à la CPAM Pau-Pyrénées :
23. Il résulte des termes mêmes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que la caisse de sécurité sociale à laquelle est, ou était, affiliée la victime doit être appelée en déclaration de jugement commun dans l'instance ouverte par la victime contre le tiers responsable, le juge étant, le cas échéant, tenu de mettre en cause d'office la caisse si elle n'a pas été appelée en déclaration de jugement commun. En l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées a été mise en cause par le tribunal dans le cadre de l'instruction de la requête et elle est, par suite, devenue partie à l'instance. Dès lors, les conclusions des requérants tendant à ce que le présent jugement lui soit déclaré commun sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
24. Les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés par la présidente du tribunal administratif de Bordeaux par ordonnance du 23 novembre 2022, à la somme de 1 440 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais à la charge définitive du CHU de Bordeaux.
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme globale de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à verser la somme de 10 392,50 euros à Mme A D, la somme de 429,40 euros à M. J lesca, la somme de 200 euros à M. et Mme D en leur qualité de représentaux légaux de leur fille mineure, E, la somme de 200 euros à Mme H C, la somme de 200 euros à Mme G C, la somme de 200 euros à M. I C et la somme de 200 euros à Mme K C. Ces sommes seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 2 juin 2020.
Article 2 : Le CHU de Bordeaux est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) Pau-Pyrénées la somme de 7 006,26 euros au titre des frais exposés pour le compte de Mme D.
Article 3 : Le CHU de Bordeaux est condamné à verser à la CPAM Pau-Pyrénées la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 440 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Article 5 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux versera à Mme A D, M. J D, Mme H C, Mme G C, M. I C et Mme K C la somme globale de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, M. J D, Mme H C, Mme G C, M. I C et Mme K C, au centre hospitalier universitaire de Bordeaux et à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées. Copie en sera adressée au docteur F.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente ;
Mme de Gélas, première conseillère ;
Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La première assesseure,
C. DE GÉLASLa première conseillère
faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026