jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2002556 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PIGEANNE ET LAPALUS-DIGNAC |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant-dire droit du 13 janvier 2022, avant de statuer sur les conclusions des requêtes n°2002556 et 2005539 enregistrées les 25 juin et 1er décembre 2020, par lesquelles Mme F C, représentée par le cabinet Pigeanne Panighel et Lapalus-Dignac, demande d'une part, d'annuler la décision du 5 février 2020 en tant que le centre hospitalier de Cadillac a limité son indemnisation au titre des frais de transport liés aux consultations médicales, conséquences de l'accident du 4 septembre 2011 reconnu imputable au service le 5 octobre 2011, à 3 961,62 euros ainsi que la décision du 21 avril 2020 rejetant son recours gracieux et d'autre part, de condamner le centre hospitalier à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'accident de service du 4 septembre 2011, le tribunal administratif de Bordeaux a ordonné une expertise aux fins d'apprécier la réalité et l'importance des troubles invoqués.
Par une ordonnance du 3 mars 2022, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a désigné un collège d'expert, composé des docteurs G et D, pour procéder à la mission d'expertise.
Par une ordonnance du 4 mai 2022, la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a désigné le docteur A, comme sapiteur.
Le rapport d'expertise a été enregistré le 27 septembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux.
I - Par un mémoire complémentaire enregistré le 7 novembre 2022, sous le n°2005539, Mme F C demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Cadillac à lui verser la somme globale de 1 115 217,78 euros au titre des préjudices résultant de l'accident dont elle a été victime, reconnu imputable au service par décision du 5 octobre 2011 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cadillac la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que le centre hospitalier de Cadillac doit l'indemniser de ses dépenses de santé actuelles, de ses frais divers, de l'assistance actuelle et future par une tierce personne, des souffrances endurées, des dépenses de santé futures, du déficit fonctionnel temporaire, de l'aide humaine permanente, du déficit fonctionnel permanent, du préjudice d'agrément, du préjudice sexuel et du préjudice d'établissement.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 26 novembre 2022, le centre hospitalier de Cadillac, représenté par Me Brocheton, conclut à ce que le tribunal :
- rejette les chefs de préjudice relevant de la réparation intégrale du dommage ;
- fixe au 28 janvier 2015 la date de consolidation ;
- rejette les demandes relatives à l'aide humaine temporaire et au préjudice sexuel ;
- fixe :
le déficit fonctionnel temporaire partiel à la classe II du 6 septembre 2011 au 11 décembre 2011, puis à la classe I du 12 décembre 2011 au 28 janvier 2015,
le déficit fonctionnel permanent à un taux de 3% s'agissant des douleurs du rachis cervical,
le déficit fonctionnel permanent à un taux inférieur à 10% s'agissant du trouble du stress post-traumatique,
à un taux inférieur à 3/7 les souffrances endurées,
- réduise, dans des proportions substantielles, l'indemnisation du préjudice d'agrément.
La procédure a été communiquée à la mutuelle nationale des hospitaliers, à la GMF et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde qui n'ont pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 28 novembre 2022 la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 13 décembre 2022.
En application de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été demandées à Mme C, par courrier du 6 janvier 2023, afin de compléter l'instruction. Des pièces ont été enregistrées pour Mme C le 10 janvier 2023 et communiquées.
II - Par un mémoire complémentaire enregistré le 7 novembre 2022, et des pièces le 10 janvier 2023 non communiquées, sous le n°2002556, Mme F C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 5 février 2020 en tant que le centre hospitalier de Cadillac a limité son indemnisation au titre des frais de transport liés aux consultations médicales, conséquences de l'accident du 4 septembre 2011 reconnu imputable au service le 5 octobre 2011, à 3 961,62 euros ainsi que la décision du 21 avril 2020 rejetant son recours gracieux, et d'enjoindre au centre hospitalier de lui verser les sommes dues.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2022 le centre hospitalier de Cadillac, représenté par Me Brocheton, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que Mme C n'établit pas, par des moyens de légalité externe ou interne, l'illégalité de la décision dont elle demande l'annulation ;
- la décision du 5 février 2020 est légale ; aux termes de l'expertise, seul le suivi psychiatrique par le docteur H est nécessaire à ce jour et les prescriptions peuvent être prises en charge par le centre antidouleur ou le docteur H, comme l'indiquait d'ailleurs le docteur B dans son expertise.
La procédure a été communiquée à la mutuelle nationale des hospitaliers, à la GMF et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde qui n'ont pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 13 décembre 2022.
Vu :
- le jugement avant dire droit du 13 janvier 2022 ;
- l'ordonnance du 3 mars 2022, de la présidente du tribunal administratif de Bordeaux par laquelle les docteurs G et D ont été désignés en qualité de collège d'experts, pour procéder à la mission d'expertise décidée par le jugement du 13 janvier 2022 ;
- l'ordonnance du 4 mai 2022, de la présidente du tribunal administratif de Bordeaux par laquelle le docteur A, a été désigné comme sapiteur ;
- le rapport d'expertise déposé le 27 septembre 2022 ;
- l'ordonnance du 14 novembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur D à la somme de 1 280 euros ;
- l'ordonnance du 14 novembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur G à la somme de 1 556,08 euros ;
- l'ordonnance du 14 novembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur A à la somme de 7 20 euros ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligation des fonctionnaires ;
- la loi n°84-33 du 9 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- les conclusions de M. Naud, rapporteur public ;
- et les observations de Me Brocheton, représentant le centre hospitalier de Cadillac.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F C, infirmière au centre hospitalier de Cadillac, a été victime le 4 septembre 2011 d'un accident de la circulation lors d'un trajet professionnel, reconnu imputable au service le 5 octobre 2011. Le 15 juin 2018, Mme C a demandé au centre hospitalier de Cadillac le remboursement des frais de déplacement liés aux consultations médicales qui s'élèvent à 6 008,88 euros. Par décision du 5 février 2020, le centre hospitalier de Cadillac lui a accordé la somme de 3 961,62 euros à ce titre, au regard des conclusions de l'expertise du docteur B du 28 février 2019. Le 27 février 2020, Mme C a adressé un recours gracieux au directeur du centre hospitalier de Cadillac, lequel a été rejeté le 21 avril 2020. Par ailleurs, la requérante a adressé, le 2 septembre 2020, une demande préalable indemnitaire au centre hospitalier de Cadillac afin d'être indemnisée des préjudices en lien avec l'accident, laquelle a été rejetée le 13 octobre 2020.
2. Mme C demande au tribunal, d'une part, d'annuler les décisions des 5 février et 21 avril 2020 en tant que le centre hospitalier de Cadillac a limité son indemnisation au titre de ses frais de déplacement pour consultations médicales à 3 961,62 euros et d'autre part, à titre principal, de condamner le centre hospitalier de Cadillac à lui verser une provision de 20 000 euros et d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer les préjudices consécutifs à l'accident et à titre subsidiaire de condamner le centre hospitalier à l'indemniser de l'ensemble de ses préjudices. Le tribunal a, par un jugement du 13 janvier 2022, ordonné avant dire droit une expertise portant sur l'étendue des préjudices causés par l'accident de service de Mme C. Cette dernière demande désormais au tribunal, dans sa requête n°2005539, de condamner le centre hospitalier de Cadillac à l'indemniser des préjudices subis et dans sa requête n°2002556 d'annuler la décision limitant la prise en charge de ses frais de déplacement.
Sur les conclusions de la requête n°2005539 :
S'agissant du droit à indemnisation :
3. Par un jugement avant dire droit n°2002556, 2005539 du 13 janvier 2022, le tribunal administratif de Bordeaux a jugé que Mme C, qui n'invoque aucune faute que son employeur aurait commise, a droit à la réparation des préjudices patrimoniaux autres que la perte de revenus et l'incidence professionnelle et des préjudices personnels qu'elle a subi du fait des conséquences de l'accident de trajet du 4 septembre 2011, reconnu imputable au service.
S'agissant de l'évaluation des préjudices :
4. Il résulte du rapport d'expertise, d'une part que la cavité médullaire est un état antérieur à l'accident et la fente syringomyélique est sans lien avec ce dernier, et d'autre part, que les douleurs chroniques et les troubles mictionnels sont des troubles somatoformes, dont il n'est pas certain qu'ils sont en lien direct avec l'accident. Enfin, il résulte de ce même rapport que seul le lien entre les troubles post-traumatiques partiels et l'accident est établi, sans qu'un état antérieur ne puisse être retenu à ce titre.
5. Si le centre hospitalier de Cadillac précise que la date de consolidation de l'état de santé de Mme C doit être fixée au 28 janvier 2015, il résulte des termes du rapport d'expertise précité qu'il s'agit de la date à partir de laquelle la clinique n'évolue plus " sur le plan physique ". Or, et au regard de ce qui a été énoncé au point précédent, les douleurs physiques de la requérante sont sans lien direct avec l'accident de service. Dans ces conditions et dès lors que seuls les troubles post-traumatiques partiels sont en lien avec l'accident, la consolidation de son état de santé sur le plan psychiatrique doit être fixée au 4 juillet 2022, date de la consultation psychiatrique avec le docteur G, comme l'indique, à ce titre, le rapport d'expertise précité.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
Dépenses de santé actuelle :
6. D'une part, Mme C sollicite le versement de la somme de 67,50 euros par an, pour son matériel d'électrostimulation, correspondant à la somme mensuelle de 5,60 euros restant à sa charge, soit un montant global de 1 289,20 euros depuis l'accident. Il résulte de l'instruction que le matériel d'électrostimulation, utilisée par Mme C, est destiné à traiter, à domicile, l'incontinence. Or il ressort des termes du rapport d'expertise précité que les " troubles mictionnels sont des troubles somatoformes ", qui ne peuvent être considérés comme en lien direct avec l'accident de service. Par suite, Mme C ne peut être indemnisée de ce chef de préjudice.
7. D'autre part, la requérante demande à être indemnisée à hauteur de 50 euros par an à raison des frais pharmaceutiques et notamment de la franchise sur les médicaments, restée à sa charge, qui s'élève à 50 centimes d'euro par boite de médicaments, plafonnée à 50 euros par année civile. Il y a lieu d'évaluer ce préjudice, s'agissant des seuls médicaments qui concernent le traitement du stress post-traumatique, et ce depuis l'accident du 4 septembre 2011 et jusqu'à la date de sa consolidation, sur la base de 50 euros par an, à la somme de 575 euros.
Frais divers :
8. En premier lieu, Mme C demande à être indemnisée de ses frais de déplacements pour se rendre à ses consultations médicales. Toutefois, d'une part, seuls les déplacements pour se rendre aux consultations destinées à traiter ses troubles liés au stress post-traumatique peuvent être pris en charge à ce titre. D'autre part, il résulte des écritures de la requérante que les consultations psychiatriques, au cours des années 2020 et 2021, se sont tenues essentiellement en visioconférence. Enfin, il résulte de l'instruction que le centre hospitalier de Cadillac a déjà versé à Mme C une somme de 5 566,79 euros au titre de ces déplacements. Dans ces conditions, Mme C ne peut être indemnisée de ce chef de préjudice limité aux déplacements destinés à traiter ses troubles psychiatriques, lesquels ont déjà fait l'objet d'une prise en charge par le centre hospitalier.
9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme C justifie avoir supporté des honoraires de médecin conseil, pour l'assistance aux opérations de l'expertise ordonnée par le tribunal administratif de Bordeaux pour un montant de 2 850 euros. Ces frais, en lien avec l'accident de service, doivent être pris en charge par le centre hospitalier de Cadillac. Il y a donc lieu d'allouer à Mme C une somme de 2 850 euros en réparation de ce préjudice.
10. En troisième lieu, Mme C demande à être indemnisée de son reste à charge à hauteur de 31,61 euros concernant sa prise en charge aux thermes de Jonzac en novembre 2019, ainsi que de 700 euros correspondant au montant de son contrat de location saisonnière pour une cure à Jonzac, en novembre 2021. Toutefois, la requérante n'établit pas que ce préjudice est en lien direct avec le stress-post traumatique subi. Ce préjudice ne peut, dès lors, être indemnisé.
Assistance par tierce personne :
11. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
12. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais.
13. Il résulte de l'instruction que l'expert a considéré, au titre de l'aide humaine temporaire et permanente, que Mme C avait besoin d'une " aide de son entourage pour les soins au sortir de l'accident puis pour les repas () chiffrés à 2h/j ". Toutefois, et dès lors que seuls les troubles post-traumatiques partiels sont en lien avec l'accident de service, l'assistance par tierce personne, accordée à Mme C à ce titre, doit être évaluée à une heure par jour. De tels besoins en assistance d'une aide non spécialisée doivent être déterminés, sur la base de 412 jours pour tenir compte des congés payés, dimanches et jours fériés, et à partir d'un taux horaire de 13,67 euros correspondant, pour l'ensemble de la période concernée, au taux horaire moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des charges sociales. Sur la période du 6 septembre 2011 - l'intéressée ayant été hospitalisée les 4 et 5 septembre - au 4 juillet 2022, date de la consolidation, le préjudice s'établit à la somme de 61 027 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a attribué, au titre de la prestation de compensation du handicap, une " aide humaine par prestataire ", du 1er juin 2019, date de début de la prestation, pour un montant mensuel de 1 453,23 euros. Mme C a donc perçu, sur la période du 1er juin 2019 au 4 juillet 2022, une somme de 53 960 euros. Mme C doit être indemnisée de son préjudice à hauteur de 7 067 euros, qui correspond à la somme dont elle a droit, déduction faite des sommes déjà perçues.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
Dépenses de santé future :
14. En premier lieu, comme énoncé précédemment, Mme C ne peut être indemnisée des frais liés au traitement par électrostimulation, qui n'est destiné qu'à traiter son incontinence, laquelle n'est pas en lien direct avec l'accident de service.
15. En deuxième lieu, au titre des dépenses de santé futures, Mme C demande à être indemnisée à hauteur de 50 euros par an à raison des frais pharmaceutiques et notamment de la franchise sur les médicaments, restée à sa charge, qui s'élève à 50 centimes d'euro par boite de médicaments, plafonnée à 50 euros par année civile. Le rapport d'expertise précise que " sur le plan purement psychiatrique, seul le suivi par le Dr H est nécessaire à ce jour. Les prescriptions peuvent être prises en charge par le centre antidouleur comme actuellement ou le Dr H ". Ce même rapport précise que, sur le plan thérapeutique, elle prend au jour de l'expertise un antidépresseur et si besoin, une benzodiazépine
16. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant, s'agissant des seuls médicaments qui concernent le traitement du stress post-traumatique, depuis la date de sa consolidation fixée au 4 juillet 2022 à la date du présent jugement, sur la base de 50 euros par an, à la somme de 30 euros.
17. S'agissant de la période postérieure à la date du présent jugement, ces frais ne sont pas certains. Il appartiendra, le cas échéant, à Mme C s'il s'avère qu'elle doit effectivement supporter des frais à ce titre, d'en demander le remboursement au centre hospitalier de Cadillac, au fur et à mesure que ces frais seront exposés, en les justifiant.
Frais divers :
18. Mme C sollicite le versement d'une rente annuelle s'élevant à 1 466,61 euros au titre des frais de déplacement. Ces frais ne sont toutefois pas certains. Il appartiendra, le cas échéant, à Mme C s'il s'avère qu'elle doit effectivement supporter des frais de déplacement liés aux consultations médicales destinées à traiter son stress post-traumatique, d'en demander le remboursement au centre hospitalier de Cadillac, au fur et à mesure que ces frais seront exposés, en les justifiant.
Assistance par tierce personne :
De la date de consolidation à la date du présent jugement :
19. Au regard de ce qui a été précédemment énoncé, l'état de santé de Mme C en lien avec l'accident de service, nécessite l'intervention d'une tierce personne, évaluée à une heure par jour, de la date de la consolidation fixée au 4 juillet 2022, jusqu'à la mise à disposition du présent jugement. De tels besoins en assistance d'une aide non spécialisée doivent être déterminés, sur la base de 412 jours pour tenir compte des congés payés, dimanches et jours fériés, et à partir d'un taux horaire de 15,19 du 5 juillet au 31 juillet 2022, de 15,50 euros du 1er août au 31 décembre 2022 et de 15,78 euros à compter du 1er janvier 2023, correspondant, pour l'ensemble de la période concernée, au taux horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales. Sur la période du 5 juillet 2022 à la date de la mise à disposition du présent jugement, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 3 852 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a attribué, au titre de la prestation de compensation du handicap, une " aide humaine par prestataire ", du 1er juin 2019, date de début de la prestation, pour un montant mensuel de 1453,23 euros. Mme C a donc déjà perçu au titre de la prestation de compensation du handicap, sur la période du 5 juillet 2022 à la date du présent jugement, une somme de 10 172,61 euros. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à demander à être indemnisée de ce chef de préjudice.
A compter de la mise à disposition du présent jugement :
20. Pour la période postérieure à la date de mise à disposition du présent jugement, Mme C bénéficie de la prestation de compensation du handicap précitée jusqu'au 31 mai 2024, ce qui couvre, jusqu'à cette date, l'intégralité de son préjudice. Si cette prestation n'était pas reconduite, il appartiendra, le cas échéant, à Mme C, de saisir le centre hospitalier de Cadillac à ce titre, afin d'obtenir une indemnisation.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
Déficit fonctionnel temporaire total et partiel :
21. Il résulte de l'instruction que Mme C a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire total de deux journées, dès lors qu'elle a été hospitalisée les 4 et 5 septembre 2011. Si le rapport d'expertise fait état d'une journée d'hospitalisation, en raison d'une infiltration, il ne résulte pas de l'instruction que cet acte était en lien avec le traitement du stress post-traumatique. Par ailleurs, elle a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 25% (classe II) sur la période du 6 septembre 2011 au 4 juillet 2022. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total et partiel subi par la requérante en l'évaluant, sur la base de 500 euros par mois pour une incapacité totale, à la somme de 16 513 euros.
Souffrance endurées :
22. Mme C a subi des souffrances évaluées à 3 sur une échelle de 1 à 7 par les experts, en raison des souffrances psychiques justifiant un traitement antidépresseur et anxiolytique et une psychothérapie longue. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une somme de 4 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
Déficit fonctionnel permanent et préjudice d'agrément :
23. Il résulte du rapport d'expertise qu'à la date de la consolidation de son état de santé fixée au 4 juillet 2022, Mme C née le 16 novembre 1983, alors âgée de 38 ans, conserve un taux d'incapacité permanente partielle de 3 % au titre des douleurs du rachis cervical et de 20% sur le plan psychiatrique en raison de troubles post-traumatiques partiels. Toutefois, et dès lors que seuls les troubles post-traumatiques ont été considérés en lien direct avec l'accident de service, Mme C ne peut être indemnisée de son déficit fonctionnel permanent partiel au titre des douleurs du rachis cervical. Dans ces conditions, Mme C doit, par conséquent, être indemnisée de son déficit fonctionnel permanent partiel, au taux de 20 % sur le plan psychiatrique, évalué à la somme de 35 000 euros, incluant le préjudice d'agrément, qu'il convient dès lors d'allouer à l'intéressée.
Préjudice sexuel :
24. Si Mme C soutient qu'elle doit être indemnisée de son préjudice sexuel à hauteur de 8 000 euros, il résulte de l'expertise précitée que " le préjudice sexuel n'est pas imputable à l'accident ". Par suite, ce chef de préjudice ne peut pas être indemnisé.
Préjudice d'établissement :
25. En se bornant à soutenir qu'au jour de l'accident elle avait un compagnon depuis un an et " avait le projet de se marier " et qu'elle s'est séparée de ce dernier, à la suite de l'accident, et n'a " plus eu de relation affective depuis ", Mme C n'établit la perte de chance de réaliser normalement un projet de vie familiale, en raison de la gravité de son handicap. Sa demande de réparation d'un préjudice d'établissement doit dès lors être écartée.
26. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Cadillac est condamné à verser à Mme C une somme de 66 035 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions de la requête n°2002556 :
27. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment que Mme C a déjà été indemnisée, par le centre hospitalier de Cadillac, de ses frais de déplacement en lien avec l'accident de service. Par suite, son moyen tiré de ce qu'elle a droit à une indemnisation supplémentaire à ce titre, doit être écarté. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés aux instances :
28. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ". Les frais de l'expertise ordonnée par un jugement avant dire droit du 13 janvier 2022 liquidés et taxés par trois ordonnances de la présidente du tribunal du 14 novembre 2022, respectivement à la somme de 1 280 euros pour le docteur D, 1 556,08 euros pour le docteur G et 720 euros pour le docteur A, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Cadillac.
29. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Cadillac, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par le centre hospitalier de Cadillac sur ce même fondement sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Cadillac est condamné à verser à Mme C une somme de 66 035 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés aux sommes de 1 280 euros, 1 556,08 euros et 720 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Cadillac.
Article 3 : Le centre hospitalier de Cadillac versera la somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n°2005539, et la requête n°2002556, sont rejetés.
Article 5 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Cadillac au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, au centre hospitalier de Cadillac, à la mutuelle nationale des hospitaliers, à la caisse primaire d'assurance maladie, à la GMF et aux docteurs A, D et G, experts.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
A. E
La présidente,
F MUNOZ-PAUZIESLa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026