mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2003357 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET CABANES - CABANES NEVEU ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n° 2003357 et des mémoires, enregistrés le 30 juillet 2020, le 2 février 2021 ainsi que les 17 juin et 30 septembre 2024, dont le dernier n'a pas été communiqué, la société Colas Sud-Ouest, aux droits de laquelle vient la société Colas France, et la société CMR, représentées par Me Hounieu, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de fixer le décompte général et définitif du marché n° 12180U intitulé " VRD 305 Tramway 3ème phase Travaux VRD Bègles Terres Neuves / Le Dorat " à la somme de 9 688 670,17 euros hors taxes (HT) à parfaire et de condamner Bordeaux Métropole, en conséquence, à leur verser une somme de 1 349 828,02 euros HT au titre du solde du marché ;
2°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 43 313,62 euros au titre des frais et honoraires de l'expertise ;
3°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 7 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les sujétions rencontrées dans le cadre de l'exécution du marché n'entrent pas dans le cadre des sujétions d'exécution des travaux qui sont normalement prévisibles au sens de l'article 10.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux, approuvé par arrêté du 8 septembre 2009 ;
- le phasage initialement prévu par le marché a été bouleversé en raison d'éléments nouveaux et de sujétions non prévues par les pièces contractuelles du marché, qui ont entraîné des retards dans le déroulement du chantier, ce qui a conduit à une augmentation importante de la durée totale de mise en disponibilité des ressources du groupement et au morcellement des travaux ;
- le groupement a subi des préjudices liés aux retards de chantier, à savoir des surcoûts liés à la mobilisation supplémentaire de main d'œuvre, de matériel et de moyens d'encadrement de chantier, un surcoût au titre de l'encadrement de la période finale, des frais applicables aux surcoûts de production, des frais liés au taux moyen de révision des prix, des frais financiers, un défaut d'amortissement des frais généraux, une perte de chance de percevoir la marge prévue pour bénéfices et aléas et des frais liés à l'engagement d'un cabinet extérieur afin de chiffrer sa demande de rémunération complémentaire ;
- le groupement a subi un préjudice compte tenu du calcul erroné, dans le décompte, de la révision des prix au titre des mois durant lesquels ont été réalisées les prestations ;
- le principe du contradictoire a été respecté lors de l'expertise dès lors que l'expert a tenu compte du dire n°1 de Bordeaux Métropole produit le 14 mars 2022, qui, au demeurant, se borne à communiquer des pièces ;
- Bordeaux Métropole se borne à critiquer l'approche du sapiteur alors qu'elle n'a formulé aucune observation technique sur ses notes et rapports ;
- contrairement à ce que soutient Bordeaux Métropole, l'expert s'est positionné sur les conditions de déroulement du chantier, sur la détermination de ses conditions d'exécution et sur les causes de son allongement en s'appropriant les extraits cités du mémoire en réclamation du groupement et est parvenu aux mêmes conclusions que le comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics (CCIRA), qui ne sont pas sérieusement contestées par Bordeaux Métropole ;
- Bordeaux Métropole n'est pas fondée à soutenir que le quantum de l'indemnisation retenue par l'expert sur le fondement du rapport du sapiteur aurait été établi sur la base d'une analyse purement comptable dès lors qu'elle ne conteste pas valablement les postes de préjudice revendiqués par le groupement et que l'expert a retenus, au terme des investigations confiées par l'ordonnance de désignation d'un expert et après avoir répondu à l'ensemble des chefs de mission qui y étaient énoncés, un montant d'indemnisation inférieur à celui proposé par le CCIRA.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 octobre 2021, le 29 février 2024 et le 17 juillet 2024, Bordeaux Métropole, représentée par Me Couette, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la limitation de la somme demandée par les sociétés requérantes à 25 474,16 euros HT et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le décompte général notifié a acquis un caractère définitif faute de notification par le titulaire du décompte général signé avec réserves dans le délai de 45 jours à la fois au maître de l'ouvrage et au maître d'œuvre ;
- la requête est irrecevable dès lors que le mémoire en réclamation, qui n'identifie pas les chefs de contestation et les motifs des demandes, en particulier les faits générateurs des difficultés de chantier, et n'est assorti d'aucun justificatif des sommes demandées, ne respecte pas les exigences de forme énoncées par l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux ;
- l'expert n'a pas pris en compte son dire n° 1 et a ainsi méconnu le principe du contradictoire ;
- l'expert s'est contenté, s'agissant des conditions dans lesquelles s'est déroulé le chantier, de reprendre des extraits du mémoire en réclamation du groupement sans les analyser ;
- l'expert ne s'est prononcé ni sur les raisons du ou des retards dans l'exécution du marché litigieux ainsi que des évènements singuliers et des sujétions non prévues rencontrés au cours de cette exécution, ni sur leur imputabilité ;
- l'expert s'est borné, sur le chiffrage des préjudices, à valider l'approche uniquement comptable du sapiteur, dont le rapport est lacunaire et basé sur une méthode obscure et contestable, sans se prononcer sur la réalité des préjudices invoqués ;
- les sociétés requérantes n'apportent pas les précisions suffisantes pour apprécier le bien-fondé de leurs demandes dès lors qu'elles n'identifient pas les faits générateurs des difficultés de chantier alléguées, la nature exacte des fautes de Bordeaux Métropole et les surcoûts évoqués ;
- il n'est pas établi que les surcoûts allégués seraient imputables à des sujétions techniques imprévues ou à une faute personnelle imputable au maître de l'ouvrage ;
- le montant des préjudices n'est pas justifié.
Par une ordonnance du 27 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.
II. Par une requête n° 2100315 et des mémoires, enregistrés le 21 janvier 2021 ainsi que les 17 juin et 30 septembre 2024, dont le dernier n'a pas été communiqué, la société Colas France, venant aux droits de la société Colas Sud-Ouest, et la société CMR demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de fixer le décompte général et définitif du marché n° 12179U intitulé " VRD 306 Tramway 3ème phase Travaux VRD Bègles - Le Dorat / Terre Sud " à la somme de 9 688 670,17 euros hors taxes (HT) à parfaire et de condamner Bordeaux Métropole, en conséquence, à leur verser une somme de 1 349 828,02 euros HT au titre du solde du marché ;
2°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 43 313,62 euros au titre des frais et honoraires de l'expertise ;
3°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole une somme de 7 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les sujétions rencontrées dans le cadre de l'exécution du marché n'entrent pas dans le cadre des sujétions d'exécution des travaux qui sont normalement prévisibles au sens de l'article 10.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux, approuvé par arrêté du 8 septembre 2009 ;
- le phasage initialement prévu par le marché a été bouleversé en raison d'éléments nouveaux et de sujétions non prévues par les pièces contractuelles du marché, qui ont entraîné des retards dans le déroulement du chantier, ce qui a conduit à une augmentation importante de la durée totale de mise en disponibilité des ressources du groupement et au morcellement des travaux ;
- le groupement a subi des préjudices liés aux retards de chantier, à savoir des surcoûts liés à la mobilisation supplémentaire de main d'œuvre et de matériel, un surcoût au titre de l'encadrement de la période finale, des frais applicables aux surcoûts de production, des frais liés au taux moyen de révision des prix, des frais financiers, un défaut d'amortissement des frais généraux, une perte de chance de percevoir la marge prévue pour bénéfices et aléas, des frais liés à l'engagement d'un cabinet extérieur afin de chiffrer sa demande de rémunération complémentaire et des surcoûts liés à la démobilisation et la remobilisation de ses équipes du fait de l'ajournement des travaux consécutif à la découverte d'une pollution sur la zone Gré ;
- le groupement a subi un préjudice compte tenu du calcul erroné, dans le décompte, de la révision des prix au titre des mois durant lesquels ont été réalisées les prestations ;
- le groupement a subi un préjudice dès lors qu'il a réalisé des travaux complémentaires non rémunérés consistant à créer des aménagements au droit de l'ouvrage OA304 ;
- le principe du contradictoire a été respecté lors de l'expertise dès lors que l'expert a tenu compte du dire n°1 de Bordeaux Métropole produit le 14 mars 2022, qui, au demeurant, se borne à communiquer des pièces ;
- Bordeaux Métropole se borne à critiquer l'approche du sapiteur alors qu'elle n'a formulé aucune observation technique sur ses notes et rapports ;
- contrairement à ce que soutient Bordeaux Métropole, l'expert s'est positionné sur les conditions de déroulement du chantier, sur la détermination de ses conditions d'exécution et sur les causes de son allongement en s'appropriant les extraits cités du mémoire en réclamation du groupement et est parvenu aux mêmes conclusions que le comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics (CCIRA), qui ne sont pas sérieusement contestées par Bordeaux Métropole ;
- Bordeaux Métropole n'est pas fondée à soutenir que le quantum de l'indemnisation retenue par l'expert sur le fondement du rapport du sapiteur aurait été établi sur la base d'une analyse purement comptable dès lors qu'elle ne conteste pas valablement les postes de préjudice revendiqués par le groupement et que l'expert a retenus, au terme des investigations confiées par l'ordonnance de désignation d'un expert et après avoir répondu à l'ensemble des chefs de mission qui y étaient énoncés, un montant d'indemnisation inférieur à celui proposé par le CCIRA.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 février 2024 et le 17 juillet 2024, Bordeaux Métropole, représentée par Me Couette, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la limitation de la somme demandée par les sociétés requérantes à 104 867,52 euros HT et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le décompte général notifié a acquis un caractère définitif faute de notification par le titulaire du décompte général signé avec réserves dans le délai de 45 jours à la fois au maître de l'ouvrage et au maître d'œuvre ;
- la requête est irrecevable dès lors que le mémoire en réclamation, qui n'identifie pas les chefs de contestation et les motifs des demandes, en particulier les faits générateurs des difficultés de chantier, et n'est assorti d'aucun justificatif des sommes demandées, ne respecte pas les exigences de forme énoncées par l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux ;
- l'expert n'a pas pris en compte son dire n° 1 et a ainsi méconnu le principe du contradictoire ;
- l'expert s'est contenté, s'agissant des conditions dans lesquelles s'est déroulé le chantier, de reprendre des extraits du mémoire en réclamation du groupement sans les analyser ;
- l'expert ne s'est prononcé ni sur les raisons du ou des retards dans l'exécution du marché litigieux ainsi que des évènements singuliers et des sujétions non prévues rencontrés au cours de cette exécution, ni sur leur imputabilité ;
- l'expert s'est borné, sur le chiffrage des préjudices, à valider l'approche uniquement comptable du sapiteur, dont le rapport est lacunaire et basé sur une méthode obscure et contestable, sans se prononcer sur la réalité des préjudices invoqués ;
- les sociétés requérantes n'apportent pas les précisions suffisantes pour apprécier le bien-fondé de leurs demandes dès lors qu'elles n'identifient pas les faits générateurs des difficultés de chantier alléguées, la nature exacte des fautes de Bordeaux Métropole et les surcoûts évoqués ;
- il n'est pas établi que les surcoûts allégués seraient imputables à des sujétions techniques imprévues ou à une faute personnelle imputable au maître de l'ouvrage ;
- le montant des préjudices n'est pas justifié.
Par une ordonnance du 27 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2024.
Vu :
- l'ordonnance n° 2005379 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B à la somme de 14 273,62 euros ;
- l'ordonnance n° 2005379 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. A, sapiteur, à la somme de 29 040 euros ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaouën,
- les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique,
- et les observations de Me Caijeo, représentant les sociétés Colas France et CMR, et de Me Bernard, représentant Bordeaux Métropole.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre des travaux d'extension de la ligne C du tramway, la communauté urbaine de Bordeaux (CUB), devenue Bordeaux Métropole, a lancé une procédure de mise en concurrence pour la réalisation des travaux de voirie et réseaux divers (VRD) sur les secteurs de Bègles Terres Neuves / Le Dorat et Bègles - Le Dorat / Terre Sud. La maîtrise d'œuvre de l'opération a été confiée au groupement Tysia, dont le mandataire est la société Systra. Par un acte d'engagement du 21 mai 2012, le marché n° 12180U intitulé " VRD 305 Tramway 3ème phase Travaux VRD Bègles Terres Neuves / Le Dorat " a été attribué au groupement composé de la société SCREG Sud-Ouest, mandataire, aux droits de laquelle vient la société Colas Sud-Ouest, de la société SACER Atlantique, aux droits de laquelle vient la société Colas Sud-Ouest, de la société CMR Exedra, de la société ETDE, aujourd'hui dénommée Bouygues Energie Services, et de la société Colas Sud-Ouest. Les travaux ont fait l'objet d'une réception le 3 mars 2015. Le décompte général de ce marché a été notifié par un courrier de Bordeaux Métropole du 11 décembre 2018 et reçu par le groupement le 13 décembre suivant. Le groupement a signé le décompte général du marché en l'assortissant de réserves et sollicité, par courrier adressé le 28 janvier 2019 au maître de l'ouvrage, le règlement de la somme de 1 837 207,13 euros HT. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par Bordeaux Métropole pendant un délai de 45 jours. Le groupement a saisi le comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics (CCIRA) de Bordeaux, qui a émis, le 18 février 2020, un avis favorable au versement au groupement d'une indemnité globale de 811 040 euros HT. Par courrier du 29 avril 2020 reçu le lendemain par le mandataire du groupement, Bordeaux Métropole a fait part de sa décision de ne pas suivre l'avis du comité. La société Colas France est venue aux droits de la société Colas Sud-Ouest à compter du 1er janvier 2021. Par la requête n° 2003357, les sociétés Colas France et CMR demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de fixer le décompte général et définitif du marché à la somme de 9 688 670,17 euros hors taxes (HT), à parfaire, et de condamner Bordeaux Métropole, en conséquence, à leur verser une somme de 1 349 828,02 euros HT au titre du solde du marché.
2. Par ailleurs, par un acte d'engagement du 21 mai 2012, le marché n° 12179U intitulé " VRD 306 Tramway 3ème phase Travaux VRD Bègles - Le Dorat / Terre Sud " a été attribué au même groupement d'entreprises. Les réserves assortissant la réception des travaux ont été levées le 22 janvier 2016. Le décompte général de ce marché a été notifié par un courrier de Bordeaux Métropole du 26 décembre 2018 et reçu par le groupement le 3 janvier 2019. Le groupement a signé le décompte général du marché en l'assortissant de réserves et sollicité, par courrier du 15 février 2019 notifié le 18 février 2019 au maître de l'ouvrage, le règlement de la somme de 1 349 828,02 euros HT. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par Bordeaux Métropole pendant un délai de 45 jours. Le groupement a saisi le comité consultatif interrégional de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics (CCIRA) de Bordeaux, qui a émis, le 22 juin 2020, un avis favorable au versement au groupement d'une indemnité globale de 766 500 euros HT. Par courrier du 8 septembre 2020 reçu le 15 septembre suivant par le mandataire du groupement, Bordeaux Métropole a fait part de sa décision de ne pas suivre l'avis du comité. Par la requête n° 2100315, les sociétés Colas France et CMR demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de fixer le décompte général et définitif du marché à la somme de 9 688 670,17 euros hors taxes (HT), à parfaire, et de condamner Bordeaux Métropole, en conséquence, à leur verser une somme de 1 349 828,02 euros HT au titre du solde du marché.
3. Les deux requêtes n° 2003357 et 2100315 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la recevabilité des requêtes :
4. Aux termes de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux dans sa version applicable au présent litige : " Dans un délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général, le titulaire renvoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, le décompte général revêtu de sa signature, sans ou avec réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer ". Aux termes de l'article 50.1.1 du même cahier : " Si un différend survient () entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du décompte général. () ".
5. Il résulte des stipulations citées au point précédent que, dans le cas d'un différend sur le décompte général du marché, le titulaire doit transmettre un mémoire en réclamation au représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai de quarante-cinq jours à compter de la date à laquelle ce dernier lui a notifié le décompte général et en adresser une copie au maître d'œuvre dans le même délai. Le respect de ce délai s'apprécie à la date de réception du mémoire tant par le pouvoir adjudicateur que par le maître d'œuvre.
En ce qui concerne la recevabilité de la requête n° 2003357 :
6. Il résulte de l'instruction que le décompte général a été notifié à la société SCREG, mandataire du groupement, le 13 décembre 2018 et que la réclamation portant sur ce décompte a été notifiée au maître de l'ouvrage le 28 janvier 2019, par remise en mains propres. En tout état de cause, les sociétés requérantes ne produisent aucune pièce de nature à établir que cette réclamation aurait été notifiée au maître d'œuvre dans le délai de 45 jours prescrit par les stipulations de l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, auquel le contrat en litige se réfère sans y déroger. Ainsi, ce décompte général étant devenu définitif, les conclusions de la société Colas Sud-Ouest, aux droits de laquelle vient la société Colas France, et de la société CMR tendant à la fixation du solde du marché et à la condamnation de Bordeaux Métropole à leur verser la somme correspondante doivent être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne la recevabilité de la requête n° 2003357 :
7. Il résulte de l'instruction que le décompte général du marché a été notifié à la société Colas Sud-Ouest, venue aux droits de la société SCREG, mandataire du groupement, le 3 janvier 2019 et que la réclamation portant sur ce décompte a été adressée le 15 février 2019 au maître de l'ouvrage qui en a pris connaissance le 18 février 2019. Toutefois, les sociétés requérantes ne produisent aucune pièce de nature à établir que cette réclamation aurait également été notifiée au maître d'œuvre dans le délai de 45 jours prescrit par les stipulations de l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, auquel le contrat en litige se réfère sans y déroger. Ainsi, ce décompte général étant devenu définitif, les conclusions des sociétés Colas France et CMR tendant à la fixation du solde du marché et à la condamnation de Bordeaux Métropole à leur verser la somme correspondante doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les dépens :
8. Par deux ordonnances du 6 mars 2024, le président de ce tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B à la somme de 14 273,62 euros et ceux de M. A, sapiteur, à la somme de 29 040 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 43 313,62 euros à la charge définitive et solidaire des sociétés Colas France et CMR au titre des dépens.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes des sociétés Colas France et CMR sont rejetées.
Article 2 : La somme de 43 313,62 euros est mise à la charge définitive et solidaire des sociétés Colas France et CMR au titre des dépens.
Article 3 : Les conclusions présentées par Bordeaux Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Colas France, à la société CMR et à Bordeaux Métropole.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bourgeois, président,
- Mme Jaouën, première conseillère,
- M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
S. JAOUËN Le président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
2, 2100315
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026