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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2003465

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2003465

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2003465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLACOMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2020, Mme A C, représentée par Me Lacombe, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 425 567,54 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 août 2011, en réparation des préjudices résultant de l'accident de service dont elle a été victime le 7 août 2009 à Casteljaloux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à engager la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 4251-7 du code de la défense afin d'obtenir l'indemnisation des préjudices résultant de l'accident de service dont elle a été victime le 7 août 2009 ;

- cet accident de service est à l'origine de plusieurs préjudices parmi lesquels figurent les dépenses de santé actuelles, la perte de gains professionnels actuels, les dépenses de santé futures, la perte de gains professionnels futurs, les frais d'aménagement du logement, les frais de véhicule adapté, les frais d'assistance par tierce personne, le préjudice universitaire, le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées, le déficit fonctionnel permanent, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel ;

- l'indemnisation de ces préjudices doit être fixée à la somme de 425 567,54 euros.

Par un mémoire enregistré le 12 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet des conclusions indemnitaires de la requête en tant qu'elles excèdent la somme de 8 572,53 euros ainsi que des conclusions présentées par la requérante au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- dès lors que la pension militaire d'invalidité a pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle de l'incapacité physique ainsi que le déficit fonctionnel, la requérante n'est fondée à demander, sur le fondement de l'article L. 4251-7 du code de la défense, que l'indemnisation des souffrances qu'elle a endurées avant la consolidation de son état de santé, de son préjudice esthétique, de son préjudice sexuel, de son préjudice d'agrément et d'un éventuel préjudice d'établissement ;

- les conditions dans lesquelles son poignet gauche a été opéré le 15 avril 2011 sont de nature à exonérer en partie l'Etat de sa responsabilité à compter de cette date ;

- l'évaluation de l'indemnité sollicitée au titre du préjudice résultant des dépenses de santé et de la perte de gain professionnel actuel n'est pas justifiée ;

- le préjudice universitaire résultant des frais qu'elle aurait engagés au cours des années d'enseignement supérieur en litige ainsi que le préjudice résultant de la perte de gains professionnels futurs ne sont pas établis ;

- le préjudice résultant des frais d'aménagement de logement adapté ou aménagé ainsi que le lien de causalité entre ce préjudice et l'accident de service en cause ne sont pas établis ;

- le préjudice résultant des frais de véhicule adapté ainsi que le lien de causalité entre ce préjudice et l'accident de service en cause ne sont pas établis ;

- le préjudice lié aux frais d'assistance par une tierce personne n'est pas établi ;

- le montant de l'indemnité allouée au titre des souffrances endurées doit être évalué à la somme de 4 000 euros ;

- le montant de l'indemnité allouée au titre du préjudice esthétique permanent doit être évalué à la somme de 1 000 euros ;

- le montant de l'indemnité allouée au titre du préjudice sexuel doit être évalué à la somme de 1 500 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code des pensions civiles et militaires ;

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre ;

- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Denys, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique.

Considérant ce qu'il suit :

1. Le 7 août 2009, Mme C, gendarme réserviste, a été victime d'une chute lors de l'intervention qu'elle a réalisée, dans le cadre d'une mission de surveillance générale, sur une rixe survenue à l'occasion de la féria de Casteljaloux. L'imputabilité de l'accident au service, qui est à l'origine d'une entorse du poignet gauche et une contusion du coude gauche, a été reconnue. Une pension militaire d'invalidité lui a été servie à compter du 15 septembre 2011 par le ministre de la défense en considération des séquelles de son entorse du poignet gauche, correspondant à un taux d'invalidité de 10% qui a été porté à 25% à compter du 27 février 2014 à raison d'une aggravation constituée par les douleurs séquellaires de type causalgies subies par l'intéressée. Le 16 octobre 2012, Mme C a été radiée des effectifs de la réserve pour inaptitude. Elle a fait l'objet d'une expertise médicale, portant sur les conséquences de cet accident de service, réalisée par le docteur B, qui a déposé son rapport le 22 août 2014. Par une demande préalable réceptionnée par la commission des recours militaires le 5 février 2020, l'intéressée a sollicité l'indemnisation des préjudices résultant de cet accident de service. Par la présente requête, qui fait suite au rejet implicite de sa demande d'indemnisation, Mme C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 425 567,54 euros en réparation des préjudices résultant de l'accident précité.

Sur le principe de l'indemnisation :

2. Aux termes de l'article L. 4123-2 du code de la défense : " Les militaires bénéficient des régimes de pensions ainsi que des prestations de sécurité sociale dans les conditions fixées par le code des pensions civiles et militaires de retraite, le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et le code de la sécurité sociale () ". Aux termes de l'article L. 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service () ". Aux termes de l'article L. 34 du code des pensions civiles et militaires dans sa rédaction applicable à l'espèce : " Les militaires qui ont été atteints en service d'infirmités susceptibles d'ouvrir droit à pension au titre du code des pensions militaires d'invalidité reçoivent la pension dudit code afférente à leur grade à laquelle s'ajoute, le cas échéant, la pension ou la solde de réforme susceptible de leur être allouée en application des dispositions des articles L. 6 et L. 7 ".

3. Aux termes de l'article L. 4211-5 du code de la défense : " Ont la qualité de militaires les réservistes quand ils exercent une activité pour laquelle ils sont convoqués en vertu de leur engagement à servir dans la réserve opérationnelle ou au titre de la disponibilité ". Aux termes de l'article L. 4251-7 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense : " Le réserviste victime de dommages physiques ou psychiques subis pendant les périodes d'activité dans la réserve et, en cas de décès, ses ayants droit ont droit, à la charge de l'Etat, à la réparation intégrale du préjudice subi, sauf en cas de dommage imputable à un fait personnel détachable du service ".

4. Eu égard à la finalité qui lui est assignée par les dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et aux éléments entrant dans la détermination de son montant, tels qu'ils résultent des dispositions du même code, la pension militaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer, d'une part, les pertes de revenus et l'incidence professionnelle de l'incapacité physique et, d'autre part, le déficit fonctionnel, entendu comme l'ensemble des préjudices à caractère personnel liés à la perte de la qualité de la vie, aux douleurs permanentes et aux troubles ressentis par la victime dans ses conditions d'existence personnelles, familiales et sociales, à l'exclusion des souffrances éprouvées avant la consolidation, du préjudice esthétique, du préjudice sexuel, du préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de continuer à pratiquer une activité spécifique, sportive ou de loisirs, et du préjudice d'établissement lié à l'impossibilité de fonder une famille. Lorsqu'elle est assortie de la majoration prévue à l'article L. 133-1 du code, la pension a également pour objet la prise en charge des frais afférents à l'assistance par une tierce personne.

5. En instituant la pension militaire d'invalidité, le législateur a entendu déterminer forfaitairement la réparation à laquelle les militaires peuvent prétendre, au titre des préjudices mentionnés ci-dessus, dans le cadre de l'obligation qui incombe à l'Etat de les garantir contre les risques qu'ils courent dans l'exercice de leur mission. Cependant, si le titulaire d'une pension a subi, du fait de l'infirmité imputable au service, d'autres préjudices que ceux que cette prestation a pour objet de réparer, il peut prétendre à une indemnité complémentaire égale au montant de ces préjudices. Lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, il incombe au juge administratif de déterminer le montant total des préjudices que la pension a pour objet de réparer, avant toute compensation par cette prestation, d'en déduire le capital représentatif de la pension et d'accorder à l'intéressé une indemnité égale au solde, s'il est positif.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C a droit, même en l'absence de faute de l'administration, à la réparation des préjudices en lien direct et certain avec les séquelles d'entorse du poignet gauche dont elle est atteinte, dans la mesure où ces préjudices sont distincts de ceux que sa pension d'invalidité a pour objet de réparer ou ne sont pas compensés par cette prestation.

7. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur, à les supposer fautives, les conditions dans lesquelles le poignet gauche de Mme C a été opéré le 15 avril 2011 ne sont pas de nature à exonérer en partie l'Etat de sa responsabilité.

Sur la réparation des préjudices :

En ce qui concerne la perte de gains professionnels actuels et futurs, le déficit fonctionnel temporaire et permanent et l'incidence professionnelle :

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme C peut seulement prétendre à l'indemnisation au titre des préjudices que sa pension d'invalidité n'a pas pour objet de réparer ou qui ne sont pas compensés par cette prestation. Par suite, elle n'est fondée à demander l'indemnisation de ses pertes de gains professionnels actuels et futures, de son déficit fonctionnel temporaire et permanent, et de l'incidence professionnelle de son accident qu'en tant que ces préjudices ne sont pas compensés par la pension d'invalidité qui lui a été accordée.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des attestations de pertes de salaire produites par l'intéressée, que cette dernière a subi une perte de gains professionnels au titre des vacations que son état de santé l'a empêché d'honorer du 24 janvier au 14 février 2010, alors qu'elle était employée par le collège Stendhal. Elle a également subi des pertes de gains professionnels du 7 mars au 18 juillet 2010, alors qu'elle exerçait ses fonctions au sein du lycée Pape Clément ainsi que du 26 avril au 13 mai 2011, alors qu'elle exerçait ses fonctions au sein du lycée Trégey. Il résulte de l'instruction que la perte de gains subis par Mme C correspond à la somme de 1 900 euros. Il y a dès lors lieu de fixer à cette somme l'indemnité destinée à réparer ce poste de préjudice.

10. En deuxième lieu, le déficit fonctionnel temporaire subi par Mme C en conséquence de la chute dont elle a été victime a été fixé par l'expert à 50% pour les périodes allant du 8 août au 1er septembre 2009, du 17 au 18 septembre 2009, du 7 janvier au 14 mars 2010, du 8 avril au 1er octobre 2010 et du 3 mars au 18 juillet 2011 et à 25% pour les périodes allant du 2 septembre au 16 septembre 2009, du 19 décembre 2009 au 6 janvier 2010, du 15 mars au 7 avril 2010, du 2 octobre 2010 au 2 mars 2011, du 19 juillet au 16 septembre 2011 et du 17 septembre au 4 décembre 2012. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'évaluant à la somme de 2 719 euros.

11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'après consolidation de son état de santé, Mme C conserve des séquelles physiques et psychiques douloureuses, constitutives d'un déficit fonctionnel permanent estimé à 50 % par l'expert. Compte tenu de l'âge de la requérante à la date de la consolidation de son état de santé, soit 29 ans, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant à 146 000 euros la somme destinée à le réparer.

12. En quatrième lieu, si la requérante fait valoir que, pour travailler avec davantage de sérénité, elle va acquérir un logiciel de dictée vocale, elle n'établit pas que cet achat soit rendu nécessaire par la dégradation de son état de santé tel qu'il résulte de l'accident de service en cause. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à solliciter une indemnisation au titre de l'incidence professionnelle de cet accident.

13. Il résulte de ce qui précède que l'évaluation de la perte de gains professionnels actuels et futurs subie par la requérante, de son déficit fonctionnel temporaire et permanent, et de l'incidence professionnelle de son accident doit être fixée à la somme globale de 150 619 euros.

14. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment des titres de pension d'invalidité de l'intéressée que, compte tenu de l'indice de la pension versée pour chaque période déterminée et de la valeur du point d'indice pour chacune de ces périodes, le montant de pension versée jusqu'à la date du présent jugement correspond à la somme de 16 904,96 euros. Pour la période postérieure à la date du présent jugement, compte tenu de l'âge de Mme C à cette date, de la valeur du point d'indice actuellement en vigueur, du montant annuel de la pension actuellement versé et du coefficient de 43,313 correspondant au barème publié à la Gazette du Palais pour une femme de l'âge de la requérante avec un taux d'actualisation de 0,3, le capital de la pension restant à verser doit être évalué à la somme de 79 479,36 euros. Le capital représentatif de la pension, qui correspond à l'addition de ces deux sommes, doit être fixé à la somme de 96 384,32 euros.

15. Il en résulte que le solde représentant la différence entre l'indemnisation due à la requérante au titre des préjudices que la pension militaire d'invalidité concédée à l'intéressée n'a pas pour objet de compenser et le capital représentatif de sa pension d'invalidité s'élève à la somme de 54 234,68 euros. Dès lors, il y a lieu de condamner l'Etat à lui verser cette somme en réparation de ces préjudices.

En ce qui concerne les autres préjudices :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

16. Mme C, qui demande le remboursement de frais médicaux qu'elle a engagé dans le cadre d'un suivi thérapeutique chez un psychiatre imputable à l'accident de service qu'elle a subi, ne justifie pas avoir conservé de dépenses de santé à sa charge. Il n'y a dès lors pas lieu de lui accorder une quelconque somme à ce titre.

Quant au préjudice de formation :

17. Si la requérante soutient avoir été retardée, par l'accident de service en cause, dans la rédaction de sa thèse, elle n'établit pas que cet accident est la cause directe de son inscription réitérée à l'université de 2009 à 2016 ni des frais de fourniture qu'elle a déboursé pour la rédaction de sa thèse. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'indemniser ce poste de préjudice.

Quant aux frais de logement adapté :

18. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise aux termes duquel aucun préjudice lié à l'adaptation du logement de la requérante n'a été retenu, que les séquelles dues à l'accident subi par Mme C se traduirait par la nécessité, alléguée par la requérante, de procéder à l'achat d'un lave-vaisselle et à l'aménagement de sa salle de bain. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à solliciter une indemnisation au titre de ce chef de préjudice.

Quant aux frais de véhicule adapté :

19. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation établie le 15 juin 2018 par son médecin généraliste, que Mme C doit disposer, compte tenu de son état de santé, d'un véhicule équipé d'une boite de vitesse automatique. Toutefois, si l'intéressée produit un devis correspondant à l'acquisition d'une voiture neuve, elle ne peut prétendre qu'à l'indemnisation des frais résultant pour elle de l'adaptation du véhicule, qui correspondent à la somme de 2 000 euros. Dès lors, il y a lieu de condamner l'Etat à lui verser cette somme en réparation de ce préjudice.

Quant à l'assistance d'une tierce personne :

20. Si la requérante indique qu'elle éprouve des difficultés pour réaliser certains actes de la vie courante qui nécessitent l'usage de ses deux mains, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise aux termes duquel les difficultés énoncées par la requérante sont surmontées grâce à l'aide ponctuelle de sa colocataire, que l'assistance d'une tierce personne soit nécessaire à raison de deux heures par semaine. Dès lors, la demande qu'elle présente à ce titre doit être rejetée.

S'agissant des préjudices personnels :

Quant aux souffrances endurées :

21. Il résulte de l'instruction que les lésions initiales liées à sa chute, les algodystrophies, l'intervention chirurgicale qu'elle a subie, les effets des thérapeutiques ainsi que la rééducation et les gênes dues aux appareillages qu'elle a portés ont engendré de manière directe et certaine pour Mme C des souffrances physiques et morales évaluées par l'expert à 4,5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en fixant à 10 000 euros la somme destinée à le réparer.

Quant au préjudice esthétique permanent :

22. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C, compte tenu de la modification d'attitude de sa main et de son poignet gauche, ainsi que de la cicatrice d'intervention affectant le même poignet, a subi un préjudice esthétique estimé à 2 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 850 euros.

Quant au préjudice sexuel :

23. Il résulte de l'instruction que Mme C subit un préjudice sexuel résultant d'une baisse de libido et d'une gêne positionnelle liée à son dommage corporel qu'il y a lieu d'indemniser, au terme d'une juste appréciation, en lui allouant une somme de 2 000 euros.

24. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme C la somme de 70 084,68 euros.

Sur les intérêts :

25. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

26. Il y a lieu d'assortir la somme allouée à Mme C au point 24 du présent jugement des intérêts au taux légal à compter du 5 février 2020, date à laquelle a été réceptionnée sa demande indemnitaire préalable par la commission des recours militaires et non à compter du 3 août 2011, ainsi qu'elle le demande dans sa requête.

Sur les frais liés au litige :

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C la somme de 70 084, 68 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 février 2020.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au ministre de l'intérieur et à la caisse nationale militaire de sécurité sociale.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Zuccarello, présidente,

Mme De Paz, première conseillère,

Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

La rapporteure,

A. DENYS

La présidente,

F. ZUCCARELLO Le greffer,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2003465

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