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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2003898

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2003898

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2003898
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET CORNET - VINCENT - SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2020, M. et Mme A, représentés par le cabinet Cornet Vincent Segurel, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales mises à leur charge au titre des années 2016 et 2017 pour un montant total en droit et pénalités de 51 889 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'avis de recouvrement qui évoque des plus-values de cession de biens immobiliers est irrégulier ;

- la proposition de rectification mentionne un ensemble de faits contextuels intéressant la SARL D Clic et une procédure judiciaire diligentée à l'encontre de cette dernière au titre de vins contrefaits qui n'ont aucune incidence sur le rehaussement d'impôt dont ils ont fait l'objet au titre des plus-values mobilières ; la confusion de fait entraine une confusion des motifs de redressement ; l'administration n'a pas annexé à la proposition de rectification les éléments qui fondent les redressements et notamment la copie des documents obtenus par droit de communication auprès de l'autorité judiciaire ;

- le service s'est irrégulièrement immiscé dans la gestion de l'entreprise en déduisant des explications de M. A une vente de bouteille de vin à titre personnel à la société D Clic alors que la notion d'apport pouvait recouper plusieurs qualifications juridiques ; les parties ont entendu réaliser une opération de dépôt-ventre n'entrainant un transfert de propriété qu'à la date de remise en vente par la société D Clic des marchandises mises en dépôt ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation en qualifiant l'opération de vente et non de dépôt-vente ; les comptes d'associés n'ont pas été validés en raison de la procédure judiciaire et M. A n'a pas approuvé ces comptes ; l'inscription en compte courant n'a en outre pas été opérée au cours des années 2016 et 2017 ; des comptes non approuvés par les associés ne sont pas opposables ;

- le service méconnait les dispositions de l'article 150 UA du code général des impôts et a commis une erreur d'appréciation en retenant comme fait générateur la mise à disposition des bouteilles auprès de la société et non la date de remise en vente par la société D Clic des marchandises ;

- les opérations sont exonérées compte tenu du montant des cessions ; le seuil d'imposition de 5 000 euros prévu à l'article 150 VI du code général des impôts s'entend pour chaque lot de bouteilles de vin, cession par cession ; aucune des ventes de vin en litige n'est imposable ; l'inscription globale au compte courant n'est pas opposable ;

- l'opération est exonérée au titre des abattements pour la durée de détention, les bouteilles en cause ayant été acquises entre 1980 et 1992, soit plus de 22 ans avant la vente ;

- l'administration n'a pas pris en compte la circonstance qu'il a déclaré 26 276 euros de vente de vin au titre de ses précédentes déclarations de revenus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2021, la directrice régionale des finances publiques de Nouvelle- Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'avis de recouvrement fait référence à la proposition de rectification et aux observations du contribuable, la mention de cession de " biens immeubles " constitue une erreur matérielle qui n'a pas privé le requérant de la possibilité de contester utilement les impositions supplémentaires mises à sa charge ;

- la proposition de rectification est suffisamment motivée, elle mentionne la nature, les motifs et le montant des rehaussements envisagés ; si elle mentionne la procédure exercée à l'encontre de la société D Clic, les requérants disposaient de tous les éléments permettant de présenter utilement leurs observations sur les rehaussements envisagés ;

- aucune disposition légale ou réglementaire n'exige qu'elle annexe en copie de la proposition de rectification la copie des documents obtenus par droit de communication ;

- il n'y a aucune confusion dans les motifs de rehaussement concernant la plus-value sur biens meubles ;

- l'administration a qualifié les faits à partir des éléments obtenus lors de la vérification de comptabilité et la procédure judiciaire et tiré les conséquences des éléments obtenus, elle ne s'est pas prononcée sur l'opportunité des choix faits par la société ;

- conformément aux faits constaté et aux dispositions de l'article 150 U A du CGI, les ventes ont été considérées comme effectives à la date de cession des biens concernés, telle qu'elle résulte des attestations effectuées par M. A ainsi que des écritures comptables transcrites dans la comptabilité de la société D Clic au compte 607 au titre des exercices 2016 et 2017 et au compte courant d'associé de M. A ; le défaut d'approbation des comptes a pour seul effet que la société ne peut distribuer ses résultats ; les comptes non approuvés sont opposables à l'administration, en particulier lorsque les réserves émanent de l'expert-comptable ;

- les montants de cessions retenus qui servent de base au calcul des plus-values réalisées correspondent à ceux figurant sur les attestations établies par M. A ; les cessions sont supérieures à 5 000 euros ;

- les requérants ne justifient pas de la date de détention des bouteilles.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Patard, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, domicilié à Bègles est gérant majoritaire de la SARL D Clic, dont le siège social se situe à Mérignac, qui exerce une activité de commerce de gros d'autres biens domestiques. A l'issue de la procédure de vérification de comptabilité diligentée auprès de la SARL D Clic, le service a constaté que M. A n'avait pas déclaré de plus-value de cession de biens meubles relatives à la vente en 2016 et 2017 de lots de bouteilles de vins effectués par M. A à titre personnel à la société. En l'absence de souscription de déclaration de plus-value, une proposition de rectification a été adressée à M. et Mme A le 8 janvier 2019, selon la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, les informant de l'intention de taxer, sur le fondement de l'article 150 UA du code général des impôts, les plus-value de cession de biens meubles réalisées au cours des années 2016 et 2017 pour un montant total de 121 280 euros. Les époux A ont présenté leurs observations le 18 février 2019, rejetées par un courrier du 19 mars 2019. Les impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017 ont été mises en recouvrement le 28 juin 2019 pour un montant total de 51 889 euros. M. et Mme A ont présenté le 25 juillet 2019 une réclamation qui a été rejetée par une décision du 8 juillet 2020. M. et Mme A demandent au tribunal de les décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales mises à leur charge au titre des années 2016 et 2017 en droit et pénalités.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 150 UA du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions de l'article 150 VI et de celles qui sont propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées lors de la cession à titre onéreux de biens meubles ou de droits relatifs à ces biens, par des personnes physiques, domiciliées en France au sens de l'article 4 B, ou des sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 quinquies dont le siège est situé en France, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. / II. - Les dispositions du I ne s'appliquent pas : / () 2° Aux meubles, autres que les métaux précieux mentionnés au 1° du I de l'article 150 VI, dont le prix de cession est inférieur ou égal à 5 000 € ; / 3° Aux biens et droits mentionnés à l'article 150 VH bis. ". Aux termes de l'article 150 V du même code : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant. ". Aux termes de l'article 150 VC du code général des impôts : " () La plus-value brute réalisée sur les biens ou droits mentionnés à l'article 150 UA est réduite d'un abattement de 5 % pour chaque année de détention au-delà de la deuxième. () ".

3. Il résulte de l'instruction qu'une somme globale de 121 280 euros a été enregistrée au compte 607 (achats de vins) de la société D Clic, comptabilisée en tant qu'achat à un particulier et que cette vente correspond à une inscription symétrique dans une écriture comptable globale du compte 607100 au compte courant d'associé de M. A. L'administration a qualifié l'opération de plus-value de cession mobilière et évaluée son montant au prix de la cession des bouteilles, soit 47 706 euros en 2016 et 73 574 euros en 2017. En raisonnant par rapport au prix global de cession de 121 280 euros sans justifier avoir procédé à une vérification cession par cession du montant d'achat initial, des caractéristiques des bouteilles et du prix de cession des lots, le service qui a suivi la procédure de vérification contradictoire, n'établit pas le bien-fondé des modalités de calcul retenues et ne justifie dès lors pas que le prix de chaque cession aurait excédé le plafond de 5 000 euros fixé à l'article 150 UA du code général des impôts.

4. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts, de cotisations sociales et des pénalités afférentes mises à leur charge.

Sur les frais d'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. et Mme A de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôts, de cotisations sociales et des pénalités afférentes mises à leur charge au titre des années 2016 et 2017.

Article 2 : L'Etat verser la somme de 1 500 euros à M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle- Aquitaine et du département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

Mme Patard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

J. PATARD

Le président,

D. FERRARILa greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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