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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004087

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004087

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004087
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKERDONCUFF AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 septembre 2020 et 17 août 2021, M. B A, représenté par Me Servan Kerdoncuff, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser une somme globale de 104 591 euros en réparation des préjudices subis résultant de l'infection nosocomiale qu'il estime avoir contractée lors de l'intervention chirurgicale du 11 mai 2016 ;

2°) de mettre à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a contracté une infection nosocomiale dans les suites de l'intervention chirurgicale du 11 mai 2016 qui engage la responsabilité du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux, dès lors que le taux de déficit fonctionnel permanent en résultant est inférieur à 25 % ; d'ailleurs l'établissement hospitalier et son assureur ne contestent pas son droit à indemnisation ;

- il a subi des préjudices patrimoniaux temporaires ; ces préjudices sont, en premier lieu, constitués de frais divers liés aux frais de copie de son dossier médical pour 26 euros, aux frais de télévision et de téléphonie pendant ses hospitalisations pour 511 euros et des frais de pressing pour 274,60 euros ; ils sont, en deuxième lieu, constitués de dépenses de santé actuelles résultant de la franchise de 3 euros laissée à sa charge ; ils sont, en troisième lieu, constitués de frais d'assistance d'une tierce personne temporaire à raison d'une heure par jour pendant 62 jours puis trois heures par semaines pendant 9 semaines, soit un total de 1 754,29 euros ; ils sont enfin constitués d'une perte de gains professionnels actuels, qui peut être indemnisée à hauteur de 28 187,85 euros ;

- il a subi des préjudices patrimoniaux permanents en raison de l'incidence professionnelle de l'infection nosocomiale caractérisée par sa perte d'emploi, qui peut être évaluée à 10 000 euros ;

- il a subi des préjudices extrapatrimoniaux temporaires, liés à un déficit fonctionnel temporaire total sur 215 jours et partiel sur 116 jours qui peut être évalué à une somme globale de 7 785 euros, des souffrances endurées évaluées à 5 sur une échelle de 7 par l'expert qui peuvent être indemnisées à hauteur de 35 000 euros, ainsi qu'un préjudice esthétique temporaire évalué à 3 sur 7 qui peut être indemnisé à hauteur de 8 000 euros ;

- il a subi un déficit fonctionnel permanent évalué à 5% par l'expert qui fera l'objet d'une indemnisation de 6 050 euros, un préjudice d'agrément indemnisable à hauteur de 5 000 euros et un préjudice esthétique permanent évalué à 1 sur 7 qui donnera lieu au versement d'une somme de 2 000 euros.

Par des mémoires enregistrés les 21 avril 2021 et 20 août 2021, le CHU de Bordeaux et la SHAM, représentés par Me Milon, avocat, concluent au versement à M. A d'une indemnité maximum de 25 248 euros et à la réduction de la somme à lui allouer au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions, déclarent s'en remettre à la sagesse du tribunal sur les conclusions reconventionnelles présentées par la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde et concluent au rejet de la demande de la Caisse présentée au titre des frais de plaidoirie.

Ils soutiennent que :

- ils n'entendent pas contester le caractère nosocomial de l'infection et s'en remettent à la sagesse du tribunal quant à l'appréciation de la responsabilité du centre hospitalier ;

- ils s'en remettent également à la sagesse du tribunal quant à l'indemnisation des frais de copie du dossier médical ;

- les sommes à allouer au titre de l'assistance d'une tierce personne temporaire, du déficit fonctionnel temporaire total, du déficit fonctionnel temporaire partiel, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire, du préjudice esthétique permanent et du déficit fonctionnel permanent devront respectivement être réduites aux sommes maximales de 935 euros, 2 795 euros, 568,75 euros, 13 000 euros, 2 000 euros, 800 euros et 5 318 euros ;

- aucune indemnité ne pourra être accordée au titre de l'incidence professionnelle et des pertes de gains professionnels actuel et futurs dès lors que le requérant ne marchait plus depuis son accident survenu en octobre 2014 et ne pouvait depuis lors exercer son activité professionnelle, de sorte que l'éventuelle perte financière subie n'est pas en lien direct avec l'infection contractée.

Par un mémoire enregistré le 28 juin 2021, la CPAM de la Gironde représentée par Me de Boussac-di Pace, avocate, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le CHU de Bordeaux et la SHAM à lui verser la somme de 117 340,73 euros au titre des frais et débours exposés pour le compte de son assuré et la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

2°) de mettre à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM les sommes de 13 euros correspondant au droit de plaidoirie et de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il résulte du rapport d'expertise que M. A a contracté une infection nosocomiale au CHU de Bordeaux à l'occasion de l'intervention chirurgicale du 11 mai 2016 ;

- alors qu'aucune cause étrangère ne peut être retenue, le CHU de Bordeaux doit en conséquence être condamné à indemniser les préjudices subis par M. A ;

- par application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à demander le remboursement de la somme de 117 340,73 euros au titre des frais engagés pour le compte de son assuré en lien avec l'infection nosocomiale contractée ;

- sur le fondement des articles 9 et 10 de l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996, elle a également droit au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion à hauteur de 1 098 euros.

Par une ordonnance du 17 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 17 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,

- les conclusions de Mme Prince-Fraysse, rapporteure publique,

- les observations de Me Griger, représentant M. A et de Me Kociemba, représentant le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une chute survenue le 27 octobre 2014 et reconnue comme accident de travail, M. B A, né le 3 avril 1958, n'a plus été en mesure de marcher, malgré son hospitalisation du 29 décembre 2014 au 1er juillet 2015 au service de rééducation et réadaptation de l'hôpital des armées Robert Piqué. Un diagnostic de coxartrhose gauche destructrice ayant alors été posé, l'intéressé a fait l'objet d'une intervention chirurgicale au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux le 11 mai 2016, en vue de la mise en place d'une prothèse totale de hanche gauche. Un écoulement purulent de la cicatrice ayant toutefois été constaté le 30 mai 2016, le patient a alors été opéré le 1er juin 2016 pour un lavage chirurgical de l'articulation et une antibiothérapie a été mise en place. Les prélèvements bactériologiques effectuées ont mis en évidence la présence d'un staphylococcus aureus méticillino-sensible. Face à l'apparition d'un sepsis, il a été procédé le 22 juin 2016 à la dépose du matériel de prothèse ainsi qu'à la mise en place d'un spacer et l'antibiothérapie a été maintenue pendant plusieurs semaines. Du fait de l'obésité morbide de M. A, qui a pesé jusqu'à 140 kilos pour 1 mètre 84, la décision d'une réimplantation de prothèse a été conditionnée à une perte de poids de l'intéressé. Après que celui-ci ait subi une sleeve gastrique lui ayant permis d'atteindre un poids de 113 kilos, une nouvelle prothèse de hanche gauche a été posée le 25 février 2019. Cette dernière intervention, qui n'a été entachée d'aucune complication, a ensuite donné lieu à une période de rééducation à la Tour de Gassies du 9 mai au 11 octobre 2019, ayant permis au patient de retrouver une relative autonomie. Son état de santé en lien avec l'infection nosocomiale a été consolidé le 4 février 2020.

2. M. A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Aquitaine, qui a ordonné une expertise le 12 novembre 2018. Sur la base du rapport d'expertise déposé le 12 mars 2020, qui impute le dommage subi par M. A à une infection nosocomiale contractée lors de l'intervention chirurgicale du 11 mai 2016 ayant engendré un déficit fonctionnel permanent de 5 %, la CCI a émis le 17 juillet 2020 un avis d'incompétence. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner solidairement le CHU de Bordeaux et son assureur la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser une indemnité globale de 104 591 euros en réparation des préjudices résultant de l'infection nosocomiale qu'il estime avoir contractée à l'occasion de l'intervention chirurgicale du 11 mai 2016. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde demande au tribunal de condamner solidairement le CHU de Bordeaux et la SHAM à lui verser la somme de 117 340,73 euros en remboursement des débours versés pour le compte de son assuré et la somme due au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur la responsabilité :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. () / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère () ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ;() ".

4. Ces dispositions font peser sur l'établissement de santé, lorsque le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique est inférieur à 25%, la responsabilité des infections nosocomiales, qu'elles soient exogènes ou endogènes, à moins que la preuve d'une cause étrangère ne soit rapportée. Seule une infection survenant au cours ou au décours d'une prise en charge et qui n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge peut être qualifiée de nosocomiale.

5. Il résulte, d'une part, de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine, que l'intervention pratiquée le 11 mai 2016 en vue de la mise en place d'une prothèse totale de hanche gauche s'est compliquée d'une infection. Les prélèvements bactériologiques effectués le 1er juin 2016 ont révélé la présence d'un germe de type staphylococcus aureus sensible à la méticilline. Selon l'expert, cette infection, qui n'existait pas avant l'intervention du 11 mai 2016 et qui est survenue dans le mois qui a suivi cette intervention, est en rapport direct et certain avec la pose de la prothèse pratiquée le 11 mai 2016. Alors qu'il n'est pas rapporté la preuve d'une cause étrangère à la survenue de l'infection, celle-ci revêt donc le caractère d'une infection nosocomiale.

6. Il résulte, d'autre part, de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine, que M. A conserve un déficit fonctionnel permanent de 5% en rapport avec l'infection nosocomiale. Ainsi, les conséquences de l'infection nosocomiale en litige ne répondent pas aux critères de gravité ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale Par suite, le CHU de Bordeaux et son assureur, la SHAM, sont responsables solidairement des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale dont a été victime M. A.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

7. Il résulte de l'instruction, et en particulier de la notification définitive des débours de la CPAM de la Gironde, qu'une franchise de 3 euros, en rapport direct et certain avec l'infection nosocomiale, n'a pas été remboursée à M. A. Il y a lieu de mettre ce montant à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM.

8. M. A établit avoir payé des frais de copie de son dossier médical pour un montant de 26 euros. Il y a lieu de mettre ce montant à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM.

9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine, que l'infection nosocomiale contractée par M. A a été l'origine d'hospitalisations entre le 1er juin 2016 et le 12 juillet 2016, les 29 septembre 2016, 22 juin 2017, 8 février 2018, entre le 25 février et le 11 mars 2019 et entre le 9 mai et le 11 octobre 2019. Les frais de télévision et de téléphone exposés au cours de ces périodes d'hospitalisation doivent être regardés comme la conséquence de ces hospitalisations et donc en lien direct avec la faute du centre hospitalier. Il y a lieu d'en accorder le remboursement, pour les périodes concernées, compte tenu des justificatifs fournis par le requérant. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi en allouant une indemnité de 480,50 euros.

10. M. A ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre l'infection contractée lors de son hospitalisation au CHU de Bordeaux et les dépenses qu'il a exposées au titre de frais de pressing entre mai et octobre 2019. A ce titre, la demande tendant à l'indemnisation d'une somme de 274,60 euros doit être rejetée.

11. Lorsque, au nombre des conséquences dommageables d'un accident engageant la responsabilité d'une personne publique, figure la nécessité pour la victime de recourir à l'assistance d'une tierce personne à domicile pour les actes de la vie courante, la circonstance que cette assistance serait assurée par un membre de sa famille est, par elle-même, sans incidence sur le droit de la victime à en être indemnisée. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours.

12. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI d'Aquitaine, que l'état de M. A a nécessité, entre 2019 et 2020, l'assistance d'une tierce personne pour les actes de la vie courante à raison d'une heure par jour pendant une période 62 jours de déficit fonctionnel temporaire partiel de classe III et de trois heures par semaine pendant une période de 54 jours de déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II, soit un total de 85 heures. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit au point 11, les besoins de M. A en assistance d'une aide non spécialisée doivent être évalués, sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des droits à congés, et d'un taux horaire moyen de 14,10 euros correspondant, pour l'ensemble de la période concernée, au coût horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance, tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche. Ainsi, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à M. A une indemnité de 1 352,83 euros, à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM.

13. A la date de l'intervention chirurgicale au cours de laquelle M. A a contracté une infection nosocomiale, l'intéressé ne pouvait plus exercer son métier de chauffeur routier depuis plus de deux ans et demi du fait de sa chute survenue le 27 octobre 2014 et était placé depuis cette date en arrêt de travail. Si l'expert a estimé qu'en l'absence d'infection, le requérant aurait été " guéri en huit mois, soit le 11 janvier 2017 ", à cette date, l'intéressé bénéficiait déjà, depuis le 1er novembre 2016, d'une pension d'invalidité de catégorie 2. En outre, M. A est resté atteint, après la consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent non imputable à l'infection nosocomiale, de 5 %. Ainsi, il n'est pas établi que même s'il n'avait pas contracté d'infection nosocomiale, M. A aurait pu reprendre son activité professionnelle de chauffeur routier. Par suite, le requérant ne peut prétendre à aucune indemnisation au titre d'une perte de gains professionnels.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

14. Le préjudice résultant de l'incidence professionnelle du dommage a vocation à indemniser ses incidences périphériques touchant à la sphère professionnelle, en raison notamment de la dévalorisation de la victime sur le marché du travail et de l'obligation dans laquelle elle s'est trouvée d'abandonner sa profession. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il n'est pas établi qu'en l'absence d'infection nosocomiale, M. A aurait pu, compte tenu de sa pathologie initiale ayant donné lieu à un placement en invalidité dès le 1er novembre 2016 et à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent de 5%, reprendre son activité de chauffeur routier postérieurement au 11 janvier 2017, date mentionnée par l'expert comme date présumée des fins des conséquences normales d'une intervention chirurgicale pour pose de prothèse de hanche. Par suite, en l'absence de lien de causalité entre l'infection nosocomiale dont il a été atteint et son licenciement pour invalidité en 2018 alors qu'il était âgé de 60 ans, la demande indemnitaire formulée par M. A au titre de l'incidence professionnelle doit être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

15. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. A a subi, du fait de l'infection nosocomiale, un déficit fonctionnel temporaire total de 216 jours durant ses périodes d'hospitalisation, puis une période de déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 50 % pendant 62 jours et au taux de 25 % pendant 54 jours. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice de déficit fonctionnel temporaire total et partiel subi en l'évaluant, sur la base d'un montant d'indemnisation de 21 euros par jour pour une incapacité totale, à la somme de 5 470,50 euros.

16. Les souffrances endurées par M. A en lien direct avec l'infection nosocomiale ont été évaluées par l'expert à 5 sur une échelle de 7, compte tenu des diverses interventions chirurgicales subies pour pratiquer le lavage chirurgical, la dépose de la première prothèse et la pose d'une seconde prothèse, ainsi que des périodes d'hospitalisation et de rééducation pendant plus de six mois. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant la somme de 13 000 euros.

17. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, qu'à la date de la pose de la prothèse de hanche gauche le 11 mai 2016, M. A ne marchait plus depuis deux ans et demi et qu'en l'absence d'infection, celui-ci n'aurait pu être guéri avant le 11 janvier 2017, date de fin probable des conséquences normales d'une intervention chirurgicale pour pose de prothèse de hanche. Ainsi, il résulte de l'instruction que M. A a subi un préjudice esthétique temporaire en lien avec l'infection nosocomiale pendant la période du 12 janvier 2017 au 12 décembre 2019 durant laquelle il a dû se déplacer avec un fauteuil roulant, puis avec deux cannes anglaises. Alors que ce préjudice a été évalué à 3 sur 7 par l'expert, il en sera fait une juste appréciation en allouant au requérant la somme de 3 000 euros.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux permanents :

18. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. A, qui présente un déficit fonctionnel léger dans la flexion et les rotations de la hanche gauche par rapport à la hanche droite, est resté atteint d'un déficit fonctionnel permanent de 10 %, dont seulement 5 % imputable à l'infection nosocomiale. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lien avec l'infection contractée par le requérant, âgé de 61 ans à la date de consolidation, en l'évaluant à la somme de 5 200 euros.

19. Le préjudice esthétique permanent en lien avec l'infection nosocomiale dont reste atteint M. A, résultant d'un agrandissement de la cicatrice de la hanche droite, a été évalué à 1 sur une échelle de 7 par l'expert. Il en sera fait une juste appréciation en fixant la réparation à ce titre à 1 000 euros.

20. Si M. A fait valoir que l'infection nosocomiale qu'il a contractée a fait obstacle à toute pratique d'activité sportive, il n'est pas établi que l'intéressé aurait auparavant pratiqué une quelconque activité de ce type. Dès lors, aucune indemnisation ne peut être allouée à ce titre.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM à lui verser la somme globale de 29 532,83 euros.

Sur les conclusions présentées par la CPAM de la Gironde :

En ce qui concerne la créance de la caisse :

22. Il résulte de la notification définitive des débours de la CPAM de la Gironde que cette dernière justifie avoir engagé pour le compte de M. A des frais d'hospitalisation, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport, pour un montant de 86 298,61 euros, après déduction d'une franchise laissée à la charge de l'assuré de 3 euros. Eu égard aux dates auxquelles ces frais ont été engagés et de l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil de la caisse, ces débours doivent être regardés comme étant en lien avec la prise en charge de l'infection nosocomiale. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la caisse ne peut cependant prétendre au remboursement des arrérages échus de la pension d'invalidité sans lien de causalité avec l'infection nosocomiale en cause. Par suite, il y a seulement lieu de condamner solidairement le CHU de Bordeaux et la SHAM à rembourser la somme de 86 298,61 euros à la CPAM de la Gironde.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

23. En vertu de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident peut demander une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie, dont le montant est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu par la caisse, dans la limite d'un montant maximum révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM le versement à la CPAM de la Gironde de l'indemnité forfaitaire de gestion, pour un montant de 1 114 euros.

Sur les frais liés à l'instance :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM, qui sont dans la présente instance la partie perdante, la somme de 1 500 euros au profit de M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En outre, il y a lieu, de mettre à la charge solidaire du CHU de Bordeaux et de la SHAM la somme de 850 euros au profit de la CPAM de la Gironde, au titre des frais de plaidoirie et des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : Le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) sont condamnés solidairement à verser à M. A la somme de 29 532,83 euros.

Article 2 : Le CHU de Bordeaux et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde la somme de 86 298,61 euros au titre des débours exposés pour le compte de M. A.

Article 3 : Le CHU de Bordeaux et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à la CPAM de la Gironde la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Le CHU de Bordeaux et la SHAM verseront solidairement à M. A la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le CHU de Bordeaux et la SHAM verseront solidairement à la CPAM de la Gironde la somme de 850 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier universitaire de Bordeaux, à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à la Caisse primaire d'assurances maladie de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Pauziès, président,

- M. Béroujon, premier conseiller,

- Mme Molina-Andréo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉOLe président,

J-C. PAUZIÈS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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