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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004178

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004178

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004178
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL CLEMENT-DELPIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 17 septembre 2020 et 2 octobre 2020, Mme A B, représentée par Me Gras, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2020 par laquelle la directrice déléguée du centre hospitalier de Cadillac a rejeté sa demande de versement de la prime d'exercice territorial sur la période du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018 ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Cadillac à lui verser la somme de 9 450 euros correspondant au montant de la prime d'exercice territorial auquel elle soutient avoir droit sur la période du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cadillac le versement de la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle remplit les conditions pour percevoir la prime d'exercice territorial depuis son recrutement le 13 novembre 2017 par le centre hospitalier de Cadillac, dès lors qu'elle exerce son activité sur deux unités distantes de plus de 35 kilomètres, à raison de 60 % au centre hospitalier de Cadillac et 40 % au centre de planification familiale de Cenon ; sur la période allant du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018, elle a exercé son activité sur ces deux sites sur la base d'un contrat verbal d'activité partagée ; le centre hospitalier de Cadillac a admis le principe d'un droit au versement de la prime d'exercice territorial en l'absence de convention écrite, dès lors qu'il lui verse cette prime depuis janvier 2019 ; le refus de versement de la prime sur la période allant du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018 est donc entaché d'une première erreur de droit ;

- si le centre hospitalier de Cadillac s'est également fondé sur l'absence de financement spécifique par l'agence régionale de santé, il a ce faisant ajouté une condition au versement de la prime qui n'est pas légalement prévue, commettant ainsi une seconde erreur de droit.

Le centre hospitalier de Cadillac n'a pas produit d'observations malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 10 juin 2021 en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 27 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 février 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 14 mars 2017 relatif à la prime d'exercice territorial des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,

- les conclusions de Mme Passerieux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gras, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, praticienne hospitalière, a été recrutée à compter du 13 novembre 2017 par le centre hospitalier de Cadillac, par plusieurs contrats à durée déterminée. Après une période probatoire d'un an en 2019 en qualité de psychiatre des hôpitaux affectée au centre hospitalier de Cadillac, elle a été nommée à titre permanent dans le corps des praticiens hospitaliers à compter du 1er janvier 2020, par arrêté du 7 janvier 2020 de la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière. Exerçant son activité auprès du centre hospitalier de Cadillac et du centre de planification familiale de Cenon, Mme B a obtenu le versement de la prime d'exercice territorial, à compter du 1er janvier 2019. Estimant toutefois y avoir également droit sur la période antérieure du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018, elle a, par courrier du 23 juin 2020, sollicité le versement de la prime en cause sur ladite période. Par décision du 20 juillet 2020, la directrice déléguée du centre hospitalier de Cadillac a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision et la condamnation du centre hospitalier de Cadillac à lui verser une somme de 9 450 euros au titre de la prime d'exercice territorial auquel elle soutient avoir droit sur la période du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018.

2. Aux termes de l'article R. 6152-4 du code de la santé publique, dans sa rédaction issue du décret n° 2017-326 du 14 mars 2017 : " Le profil de poste établi en application du premier alinéa de l'article R. 6152-6 peut prévoir que les praticiens hospitaliers, nommés dans un établissement, exercent leurs fonctions dans plusieurs établissements mentionnés à l'article R. 6152-1. Leur activité peut également être répartie entre un établissement public de santé et un établissement de santé privé habilité à assurer le service public hospitalier./ Les praticiens hospitaliers peuvent également exercer leur activité dans plusieurs établissements au sein des groupements hospitaliers de territoire mentionnés à l'article L. 6132-1 ou pour favoriser le développement de la mise en réseau d'établissements de santé mentionnés à l'article 2 du titre IV du statut général des fonctionnaires et les actions de coopération mentionnées à l'article L. 6134-1./ Avec l'accord du praticien concerné, après avis motivé du chef de pôle ou, à défaut, du chef de service, du responsable de l'unité fonctionnelle ou d'une autre structure interne, et du président de la commission médicale d'établissement, une convention est passée à cet effet entre les établissements. Elle détermine les modalités de répartition de l'activité des praticiens entre ces établissements ainsi que la fraction des émoluments, indemnités et allocations prévus à l'article R. 6152-23 et des charges annexes qui est supportée par chacun d'entre eux. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par arrêté du ministre chargé de la santé. "

3. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 2017 relatif à la prime d'exercice territorial des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques : " Dans les conditions prévues par les articles R. 6152-4, R. 6152-201, R. 6152-404, R. 6152-501, R. 6152-604 du code de la santé publique, par le décret n° 84-135 susvisé, () les praticiens contractuels, () peuvent exercer leur activité sur plusieurs sites ou établissements. / L'organisation d'activités partagées de praticiens entre plusieurs établissements est proposée par les chefs de pôle après avis des chefs des services ou, à défaut, des unités fonctionnelles ou de toute autre structure interne, en cohérence avec les projets médicaux des établissements concernés, avec le projet médical partagé du groupement hospitalier de territoire lorsqu'elle est établie au titre de l'article L. 6132-1 et le schéma régional de l'organisation des soins. / Avec l'accord du praticien, une convention est établie par le directeur de l'établissement où le praticien est nommé ou recruté. La convention prévoit les conditions dans lesquelles l'activité du praticien entre les établissements est organisée. / Cette convention est signée par les directeurs des établissements et par le praticien à qui une copie est transmise. () ". Aux termes de l'article 3 de ce même arrêté : " Les conventions mentionnées à l'article 2 déterminent notamment : / - la nature et les objectifs de l'activité concernée ; / - le nombre de demi-journées dévolues à l'activité, sa fréquence ainsi que son intégration dans la maquette d'organisation des activités médicales du service d'accueil ; / - le nombre de sites d'exercice et les distances entre ces derniers ; / - les conditions et délais minimum de résiliation ; / - les dispositions relatives à la compensation entre les établissements du temps de travail médical consacré à l'activité partagée ; / - les modalités de prise en charge des frais de déplacement. () ". Aux termes de l'article 4 dudit arrêté, inclus dans une section relative à la prime d'exercice territorial : " La prime est versée mensuellement au praticien par l'établissement où il est nommé ou recruté, conformément à la convention établie en application de l'article 3 du présent arrêté. ". Enfin, les conditions et modalités d'attribution de la prime d'exercice territorial sont précisées par l'article 5 de cet arrêté, qui prévoit notamment que " Pour être éligible à la prime, l'activité partagée du praticien est réalisée sur un site distant de 20 km au moins de son site principal d'exercice. ".

4. Pour contester le refus de lui attribuer le bénéfice de la prime d'exercice territorial sur la période du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018, Mme B soutient qu'elle a, pendant toute cette période, exercé ses fonctions à raison de 60 % de son activité au centre hospitalier de Cadillac et à raison de 40 % de son activité au centre de planification familiale de Cenon, lesquels établissements sont éloignés l'un de l'autre par une distance de plus de 20 kilomètres, en vertu d'un contrat verbal dont l'existence serait attestée par le président du conseil départemental de l'ordre des médecins et la cheffe de pôle Bordeaux métropole rive droite. Toutefois, un tel accord à le supposer établi ne saurait, en tout état de cause, être analysé comme une convention d'activité partagée, au sens des dispositions précitées de l'article R. 6152-4 du code de la santé publique et des articles 2 et 3 de l'arrêté du 14 mars 2017 relatif à la prime d'exercice territorial des personnels médicaux, odontologiques et pharmaceutiques, en l'absence, par nature, de signature des directeurs des établissements concernés et de Mme B, ainsi que de toute justification sur la période en cause d'une détermination par les parties, notamment, des objectifs de l'activité concernée et des modalités de prise en charge des frais de déplacement. Par suite, c'est à bon droit que, pour refuser à Mme B le bénéfice de la prime sollicitée, la directrice déléguée du centre hospitalier de Cadillac lui a opposé l'absence de convention d'activité partagée.

5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme B ne remplissait pas les conditions d'octroi de la prime d'exercice territorial pour la période allant du 13 novembre 2017 au 31 décembre 2018. Le centre hospitalier de Cadillac était dès lors tenu de lui en refuser le bénéfice. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que l'autre motif de refus opposé à Mme B, tiré de l'absence de financement spécifique accordé par l'agence régionale de santé, serait dépourvu de base légale, ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. Si par décision du 18 juin 2019, la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Cadillac a accordé à Mme B le bénéfice de la prime d'exercice territorial à compter du 1er janvier 2019 au motif que l'intéressée intervient depuis cette date à hauteur de quatre demi-journées par semaine sur le centre médico-psychologique de Cadillac situé à 35 kilomètres de son site principal d'exercice, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du refus qui lui a été opposé pour la période antérieure en raison de l'absence de convention d'activité partagée.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée du 20 juillet 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Cadillac.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

M. Josserand, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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