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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2004952

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2004952

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2004952
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLANCIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 octobre 2020, le 14 août 2021 et le 16 décembre 2021, la SCI Château de Fleurac en Périgord, représentée par Me Lancian, demande au tribunal le remboursement d'un crédit de TVA d'un montant de 1 251 358 euros.

Elle soutient que :

- la nature de travaux immobiliers et le montant des dépenses n'est pas contesté par l'administration ; elle a réinscrit en crédit de TVA reportable la somme de 1 099 179 euros ainsi que diverses dépenses relatives à l'acquisition de biens mobiliers constituant des immobilisations et des dépenses courantes ;

- le château exerce une activité de location meublée hôtelière, les loyers facturés par la SCI ont donc été soumis à la TVA, s'agissant d'une location effectuée au bénéfice de la SARL société de gestion du château pour les besoins d'une activité économique soumise de plein droit à la TVA ;

- elle avait fourni à l'administration la majorité des factures qui justifient le crédit de TVA dont elle demande le remboursement ;

- elle peut réclamer le remboursement de ses crédits de TVA au titre des années au cours desquelles les sociétés ont exercé une activité soumise de plein droit à la TVA ; elle justifie du compte de résultat de la SARL société de gestion du château qui démontre que celle-ci a bien exercé de 2012 à 2015 une activité de location meublée hôtelière du château ; il en va de même pour la location du 1er octobre 2019 au 2 septembre 2019 ; depuis le 2 septembre 2020 elle justifie d'un nouveau contrat de bail.

Par des mémoires en défense enregistrés le 3 juin 2021 et le 25 novembre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- pour la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2011, la SCI n'a pas établi son intention d'exercer une activité économique, elle n'a pas la qualité d'assujetti à la TVA et la taxe supportée du fait des travaux de rénovation ne peut donner lieu à déduction ;

- la société n'apporte aucun élément probant corroborant un début d'exploitation fin 2012 ; la cour d'appel de Bordeaux par un arrêt définitif a constaté l'absence d'élément corroborant un début d'exploitation en fin d'année 2012 ;

- la requérante ne produit aucun élément objectif susceptible de corroborer que le château a effectivement fait l'objet d'une exploitation hôtelière sur la période du 1er octobre 2012 au 3 décembre 2015 ; la production d'un extrait de comptes de résultats de la SARL gestion du château n'est pas suffisamment probant ;

- aucun élément ne permet d'établir que l'exploitation du château était impossible du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2019 du fait des travaux de rénovation ;

- le contrat de location fourni qui mentionne un bail à effet rétroactif au 1er octobre 2019 ne permet pas d'établir que le château a fait l'objet d'une exploitation hôtelière effective depuis cette date, compte tenu des liens personnels entretenus entre les dirigeants des deux sociétés ; elle n'a au demeurant pas déclaré de loyer imposable ;

- l'administration n'a pas validé les travaux réalisés jusqu'en 2012, aucun agencement ne permettant de caractériser une activité hôtelière ou para-hôtelière ;

- la requérante ne justifie pas du montant sollicité.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Patard, conseillère ;

- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 octobre 2008, la société civile immobilière (SCI) Château de Fleurac en Périgord, créée le 15 octobre 2008, et dont les associés sont M. A et son fils, a acquis un domaine appelé château de Fleurac (Dordogne), ensemble comportant un château, une maison de gardien, deux gîtes, deux salles, une piscine, un terrain de tennis, un parc ainsi que des terres, près et bois, pour une somme de 3 720 000 euros, puis l'a donné à bail, le 4 décembre 2008 à la société de gestion du château, société à responsabilité limitée composée des mêmes associés, pour un loyer annuel de 84 000 euros, le contrat précisant que les lieux ne pourront être utilisés qu'à usage de chambre d'hôtes, gîtes ruraux et organisation d'événements. Le 8 décembre 2008, la SCI Château de Fleurac a opté pour l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée et a déduit le montant de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses de travaux de rénovation réalisés sur le domaine. Du 9 février au 10 mai 2012, la SCI Château de Fleurac a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration a remis en cause l'option exercée par la société le 8 décembre 2008 et rappelé en conséquence la taxe sur la valeur ajoutée dont la société avait obtenu le remboursement au titre de la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2011. A l'issue de la procédure de rectification contradictoire conduite, la SCI Château de Fleurac en Périgord a été assujettie, par une proposition de rectification du 26 juillet 2012, à des droits de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 1 446 580 euros, assortis d'intérêts de retard et de la majoration pour manquement délibéré. La SCI Château de Fleurac en Périgord a contesté les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge. L'administration a prononcé, le 24 juin 2013, un dégrèvement d'un montant total de 348 728 euros. La SCI Château de Fleurac en Périgord a demandé la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée restant à sa charge auxquels elle a été assujettie au titre de la période comprise entre le 1er janvier 2009 au 30 septembre 2011. Par un jugement du 17 décembre 2015, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la demande de la société tendant à la décharge de ces impositions supplémentaires. La cour administrative d'appel de Bordeaux, par un arrêt du 27 avril 2018, a, sur appel de la SCI Château de Fleurac en Périgord, annulé ce jugement et accordé à la société la décharge des rappels en litige et des pénalités correspondante pour un montant de 1 685 226 euros. Par une décision du 26 décembre 2018, le Conseil d'Etat a, sur pourvoi du ministre de l'action public et des comptes publics, annulé l'arrêt de la cour d'appel de Bordeaux et lui a renvoyé l'affaire. Par un nouvel arrêt du 29 octobre 2019, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté le recours de la SCI Château Fleurac. La SCI a déposé le 19 février 2020 une nouvelle demande de remboursement de crédit de TVA au titre du quatrième trimestre 2019, du 1er octobre au 31 décembre 2019 pour un montant de 1 251 358 euros. Sa demande a été rejetée par une décision du 31 août 2020. La SCI Château de Fleurac en Périgord demande au tribunal de procéder au remboursement du crédit de TVA.

2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". En application de l'article 260 du même code, les personnes qui donnent en location des locaux nus pour les besoins de l'activité d'un preneur peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée mais l'option ne peut pas être exercée notamment si les locaux nus donnés en location sont destinés à l'habitation. Aux termes de l'article 271 du même code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération ". Aux termes de l'article 261 D de ce code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : () b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code général des impôts interprétées à la lumière de celles de la sixième directive 77/388/CEE du Conseil des Communautés européennes du 17 mai 1977 reprise par la directive 2006/112/CE du Conseil du 26 novembre 2006, que les entreprises nouvellement constituées et ayant valablement opté pour l'assujettissement à la taxe, sont réputées commencer leur activité au regard de la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'elles manifestent, par une déclaration d'existence et par l'acquisition de biens et de services nécessaires à l'exploitation, l'intention d'effectuer des opérations situées dans le champ d'application de cet impôt, même si aucune vente ou prestation n'a encore été effectuée à la date de dépôt de la déclaration d'existence. Il incombe, toutefois, à celui qui demande la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée d'établir que les conditions pour en bénéficier sont remplies, l'administration fiscale pouvant exiger que l'intention déclarée de commencer des activités économiques donnant lieu à des opérations imposables soit confirmée par des éléments objectifs.

4. La SCI Château de Fleurac soutient qu'elle a exercé entre 2012 et 2015, puis à compter de 2019 une activité de location meublée hôtelière, soumise à la taxe sur la valeur ajoutée et sollicite en conséquence le remboursement des crédits de TVA au titre des années au cours desquelles le château a été affecté à une activité de location hôtelière. Toutefois, si la requérante produit les comptes de résultat simplifié de la SARL société de gestion de château, qu'elle présente comme la société chargée de l'exploitation hôtelière du château, au titre des exercices clos de 2012 à 2015, ces comptes qui ne mentionnent pas l'activité exercée par la SARL et ne sont corroborés par aucune pièce du dossier, ne suffisent pas à eux-seuls à établir l'exploitation économique du château de Fleurac entre 2012 et 2015. Par ailleurs, la seule production d'un contrat de bail conclu le 2 septembre 2020 entre la SCI Château de Fleurac et la société Sweet dreams escape, qui mentionne une franchise de loyer sur la période du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2020, ne saurait suffire à établir l'exercice d'une activité de location hôtelière au château de Fleurac sur la période en litige du 1er octobre au 31 décembre 2019. En outre, les éléments dont la société requérante se prévaut, en l'absence de justification des aménagements réalisés et de toute démonstration du lien entre les travaux et dépenses engagés entre 2008 et 2013 puis à compter de 2019 et l'activité économique projetée de location hôtelière, et alors qu'elle ne justifie pas avoir perçu de loyer, ne permettent pas d'établir son intention d'exercer une activité ouvrant droit à déduction pour la période en litige. En l'état du dossier, la société requérante ne justifie donc pas, alors qu'elle supporte la charge de la preuve, du lien entre les factures litigieuses et une activité ouvrant droit à déduction pour la période en litige. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé de faire droit à sa demande de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée, au titre de la période du 1er octobre 2019 au 31 décembre 2019 à hauteur de 1 251 358 euros.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de SCI Château de Fleurac en Périgord est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Château de Fleurac en Périgord et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

Mme Patard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

J. PATARD

Le président,

D. FERRARILa greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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