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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005542

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005542

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005542
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL COUBRIS COURTOIS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

G jugement du 14 décembre 2005, le tribunal de grande instance de Bordeaux a reconnu l'imputabilité de la contamination de Mme B G le virus de l'hépatite C aux transfusions de produits sanguins qu'elle a reçues en 1980 et condamné l'établissement français du sang à l'indemniser de ses préjudices à hauteur de 58 360 euros.

Le 5 février 2015, Mme B a saisi l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) d'une demande d'indemnisation des préjudices résultant de l'aggravation de son état de santé en lien avec sa contamination G le virus de l'hépatite C. Sa demande a été rejetée G décision du 21 mai 2015.

G ordonnance n° 1503372 du 1er février 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a ordonné la réalisation d'une expertise médicale, dont le rapport a été rendu le 25 avril 2016.

G jugement n° 1805560 du 3 décembre 2019, le tribunal administratif de Bordeaux a condamné l'ONIAM à verser à Mme B une provision de 2 700 euros en réparation des préjudices résultant d'une hyperthyroïdie dont elle a été atteinte entre décembre 2004 et décembre 2007, en lien avec sa contamination G le virus de l'hépatite C.

Procédure devant le tribunal :

G une requête et des mémoires, enregistrés les 1er décembre 2020, 10 mars 2021 et 24 février 2022, Mme C D, veuve B, représentée G la SELARL Coubris, Courtois et associés, avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 10 415 euros en réparation des préjudices résultant de l'aggravation de son état de santé du fait de sa contamination G le virus de l'hépatite C, assortie des intérêts au taux légal à compter du jour de l'introduction de sa requête, et déduction faite de la provision de 2 700 euros qui lui a été accordée G jugement du 3 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son état de santé est consolidé depuis le 1er janvier 2008 ;

- elle a subi un préjudice patrimonial résultant de l'assistance qu'elle a reçue de la part de son mari lors de la prise du traitement G Interféron pour assurer les tâches quotidiennes et les déplacements, préjudice qui doit être évalué à une heure G jour pendant une période de six mois, au tarif de 20 euros de l'heure, soit 4 130 euros ;

- son déficit fonctionnel temporaire peut être évalué à la somme de 3 285 euros sur la base de 30 euros G jour, dès lors que l'expert a estimé que celui-ci s'élevait à 10%, de décembre 2004 à décembre 2007 ;

- les souffrances qu'elle a endurées peuvent être évaluées à la somme de 2 000 euros dès lors que l'expert a côté ce poste de préjudice à 1/7 ;

- son préjudice esthétique peut être évalué à la somme de 1 000 euros, dès lors que, durant son traitement G Interféron, elle a présenté des œdèmes au niveau des membres inférieurs et a perdu 10 kilos.

G un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté G Me Ravaut, avocat, conclut au rejet de la requête et des prétentions de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM).

Il soutient que :

- la provision allouée G le jugement du 3 décembre 2019 a permis une liquidation intégrale du préjudice de Mme B ;

- les prétentions de la CPAM seront rejetées dès lors que l'ONIAM intervient au titre de la solidarité nationale.

G un mémoire enregistré le 13 janvier 2021, la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Landes, demande au tribunal :

1°) de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 3 569,51 euros au titre des débours engagés pour le compte de son assurée, Mme B ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient que :

- elle gère la créance de la caisse primaire d'assurance maladie des Landes née de la prise en charge des prestations en lien direct avec la maladie dont Mme B a été atteinte ;

- l'indemnité forfaitaire de gestion lui est due en application de l'article L. 376-1 alinéa 5 du code de la sécurité sociale.

G un mémoire enregistré le 15 mars 2023, Mme F B et M. E B, représentés G la SELARL Courbis, Courtois et associés, avocats, ont informé le tribunal du décès de Mme B et déclaré reprendre l'instance en leur qualité d'ayants-droit.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement du 3 décembre 2019, G laquelle le tribunal a alloué à Mme B une provision de 2 700 euros en réparation des préjudices résultant de l'apparition d'une hyperthyroïdie en lien avec sa contamination G le virus de l'hépatite C.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 avril 1980, Mme B a subi une intervention chirurgicale au sein de l'hôpital Saint André de Bordeaux au cours de laquelle neuf culots globulaires lui ont été administrés. La contamination de Mme B G le virus de l'hépatite C a été découverte le 27 juillet 1996. Les biopsies réalisées le 25 novembre 1996 ont mis en évidence une hépatite chronique avec fibrose cirrhogène. Un suivi régulier a alors été mis en place sur le plan clinique, biologique et échographique. G jugement du 14 décembre 2005, le tribunal de grande instance de Bordeaux a reconnu l'imputabilité de la contamination de Mme B G le virus de l'hépatite C aux transfusions de produits sanguins qu'elle a reçues en 1980 et condamné l'établissement français du sang à l'indemniser de ses préjudices à hauteur de 58 360 euros.

2. Le 5 février 2015, Mme B a saisi l'ONIAM d'une demande d'indemnisation des préjudices résultant de l'aggravation de son état de santé en lien avec sa contamination G le virus de l'hépatite C. Sa demande a été rejetée G décision du 21 mai 2015. G ordonnance du 1er février 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a ordonné la réalisation d'une expertise médicale, dont le rapport a été rendu le 25 avril 2016. G jugement du 3 décembre 2019, le tribunal administratif de Bordeaux a condamné l'ONIAM à verser à Mme B une provision de 2 700 euros en réparation des préjudices résultant d'une hyperthyroïdie dont elle a été atteinte entre décembre 2004 et décembre 2007, en lien avec sa contamination G le virus de l'hépatite C.

3. Dans le cadre de la présente instance, Mme B demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui allouer une somme de 10 415 euros, provision déduite, au titre de la réparation définitive de ses préjudices en lien avec son hyperthyroïdie. A la suite du décès de celle-ci le 29 septembre 2022, ses deux enfants, Mme F B et M. E B ont déclaré au tribunal reprendre l'instance.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. G jugement en date du 3 décembre 2019, qui n'a pas été frappé d'appel et est donc devenu définitif, le tribunal a jugé que l'hyperthyroïdie que Mme B a présentée en décembre 2004, et guérie en décembre 2007, est en lien direct avec sa contamination G le virus de l'hépatite C et de nature à engager la responsabilité de l'ONIAM sur le fondement de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique. Toutefois, contrairement à ce qui est soutenu en défense, il ressort de la motivation du jugement du 3 décembre 2019, que le tribunal n'a pas procédé à la fixation de l'intégralité des préjudices, mais s'est borné à accorder à la requérante une indemnité provisionnelle à hauteur de " l'obligation non sérieusement contestable " incombant à l'Office. G application du principe de réparation intégrale du préjudice, il appartient au tribunal, dans le cadre du présent litige, de fixer définitivement la dette.

En ce qui concerne les frais d'assistance G une tierce personne :

5. Lorsque, au nombre des conséquences dommageables d'un accident engageant la responsabilité d'une personne publique, figure la nécessité pour la victime de recourir à l'assistance d'une tierce personne à domicile pour les actes de la vie courante, la circonstance que cette assistance serait assurée G un membre de sa famille est, G elle-même, sans incidence sur le droit de la victime à en être indemnisée.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'expertise du 25 avril 2016, que le traitement du virus de l'hépatite C dont Mme B était atteinte a débuté en juin 2004, et a consisté en une bithérapie G Interféron et Ribavirine. L'Interféron a provoqué une hyperthyroïdie, qui a nécessité un traitement jusqu'en décembre 2007. Mme B soutient que le traitement du virus de l'hépatite C a provoqué chez elle une asthénie, une dyspnée, des troubles du rythme cardiaque et des œdèmes au niveau de ses membres inférieurs, l'obligeant à limiter les efforts physiques et l'empêchant de marcher correctement. Son état de santé aurait alors nécessité l'assistance quotidienne de son époux, sur la période de juin à décembre 2004, pour assurer les tâches quotidiennes et les déplacements. Elle produit à l'appui de son argumentation un certificat médical de son médecin traitant attestant de l'aide apportée G son mari durant le traitement G Interféron. Dans son rapport du 25 avril 2016, l'expert a toutefois constaté que les premiers symptômes de l'hyperthyroïdie, consistant en une dyspnée et des œdèmes des membres inférieurs ont été signalés G Mme B en décembre 2004, que le diagnostic d'hyperthyroïdie avait entrainé l'arrêt du traitement G Interféron à la fin de ce même mois, et que cette pathologie a été contrôlée à partir de mai 2005. Tout en relevant que " lors de la période d'hyperthyroïdie, la patiente a été aidée G son mari ", l'expert a considéré qu'" il n'y a pas de nécessité d'avoir recours à une tierce personne en lien avec l'éventuelle aggravation de l'affection depuis 2004 ". Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de Mme B aurait nécessité l'aide de son époux durant la période d'indemnisation sollicitée, de juin à décembre 2004. G suite, ses conclusions tendant à l'indemnisation des frais d'assistance G une tierce personne qu'elle aurait engagés sur cette période ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire résultant de son hyperthyroïdie. En l'espèce, l'expert, qui a fixé la date de consolidation au 1er janvier 2008, évalue ce déficit à 10% de décembre 2004 à décembre 2007. G suite, sur la base d'une indemnisation de 21 euros G jour pour une incapacité totale, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à ses ayants-droit la somme de 2 365 euros.

8. Selon l'expert, les souffrances endurées G Mme B peuvent être évaluées à 1/7, correspondant à la période de traitement G Interféron et incluant l'hyperthyroïdie, qui a été contrôlée à partir de mai 2005. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en accordant aux ayants-droit de Mme B une somme de 900 euros.

9. Dans ses écritures, Mme B sollicite une somme de 1 000 euros en réparation d'un préjudice esthétique temporaire, résultant des œdèmes qu'elle a présentés aux membres inférieurs durant son traitement G Interféron, et d'une perte de poids résultant de l'hyperthyroidie. Si, pour sa part, l'expert a estimé que les préjudices esthétiques temporaires et permanents sont nuls, il a toutefois relevé ces modifications de l'apparence de Mme B. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant aux ayants-droit de Mme B la somme de 500 euros.

10. Il résulte de ce qui précède que l'ONIAM est condamné à verser aux ayants-droit de Mme B une somme de 3 765 euros, dont il convient de déduire la provision accordée pour un montant de 2 700 euros, soit 1 065 euros.

Sur les intérêts :

11. Les ayants-droit de Mme B ont droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 1 065 euros à compter du 1er décembre 2020, date d'enregistrement de la requête.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie :

12. La CPAM de Pau-Pyrénées sollicite la somme de 3 569,51 euros au titre de ses débours, dont 131,12 euros au titre de soins dispensés à Mme B le 1er février 2012 et le 7 avril 2016, et 3 438,39 euros au titre des frais futurs. Toutefois, dans ses écritures, elle rapporte ses frais à la contamination de Mme B G le virus de l'hépatite C et n'établit ni n'allègue qu'ils seraient en lien avec l'hyperthyroïdie dont a souffert Mme B de décembre 2004 à décembre 2007, objet du présent recours. G suite, les conclusions tendant au remboursement des débours supportés au profit de Mme B, ainsi que, G voie de conséquence, au versement de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue G l'article L. 376-2 du code de la sécurité sociale, doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'ONIAM, qui est dans la présente instance la partie perdante, la somme de 1 500 euros au profit des ayants-droit.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser aux consorts B, en leur qualité d'ayants-droit de Mme B, la somme de 1 065 euros, en réparation des préjudices résultant de l'hyperthyroïdie dont elle a souffert de décembre 2004 à décembre 2007, avec intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2020.

Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera aux consorts B, en leur qualité d'ayants-droit de Mme B, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à M. E B, à la caisse primaire d'assurance maladie des Pyrénées-Atlantiques et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère,

Rendu public G mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

C. DE GÉLAS

La première conseillère,

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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