LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005575

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005575

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005575
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BARDET ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 décembre 2020 et le 15 mars 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 2 juin 2022, M. B J, Mme F D et M. G I et Mme A I, représentés par le cabinet Coubris, Courtois et associés, demandent au tribunal :

1°) de condamner les sociétés Enedis et Bouygues Energies et services à verser la somme totale de 2 534 859,83 euros à M. J en réparation du préjudice subi et la somme de 10 000 euros chacun à Mme D, et à M. et Mme I, assorties des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge des sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'accident de M. J a eu lieu à l'occasion de travaux publics au cours desquels il avait la qualité de participant ;

- les fautes de service commises par M. E et M. H engagent la responsabilité des sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services ; ces fautes ne sont pas détachables du service accompli ;

- son dommage résulte des fautes combinées des salariés des deux sociétés ;

- les dépenses de santé versées par l'organisme de sécurité sociale s'élèvent à la somme de 313 833,15 euros ;

- il justifie d'un besoin d'assistance par tierce personne de 1h30 par jour du 26 mai 2012 au 20 février 2013 et à titre permanent de deux heures par semaine ; son préjudice sera évalué à la somme de 9 166,50 euros ;

- il a subi une perte de gains professionnels de 1 693,58 euros sur la période du 24 novembre 2011 au 20 février 2013, après déduction des indemnités perçues ;

- les dépenses de santé futures, qui comprennent les soins de kinésithérapie et d'ostéopathie, le coût d'acquisition puis de renouvellement d'une prothèse Quantum et d'une prothèse pour la pratique de la moto ainsi que des orthèses, s'élèvent à la somme totale de 1 181 699,43 euros ;

- le coût d'aménagement de son permis moto s'élève à la somme de 865 euros ;

- les frais d'adaptation de son véhicule s'élèvent à la somme de 85 378,10 euros ;

- l'assistance à tierce personne future correspond à 2 heures par semaine et sera évaluée à la somme de 128 798,91 euros ;

- la perte de gains professionnels futurs à compter du 1er janvier 2019, en référence à la grille de salaire d'un électricien, s'élève à la somme de 626 273,31 euros ;

- l'incidence professionnelle sera évaluée à la somme de 80 000 euros ;

- son déficit fonctionnel temporaire est évalué à la somme de 10 350 euros ;

- les souffrances endurées ont été évaluées à 5/7 par l'expert et seront indemnisées à hauteur de 40 000 euros ;

- son préjudice esthétique temporaire est évalué à 4/5 et donnera lieu à une indemnité de 20 000 euros ;

- il subit un déficit fonctionnel permanent évalué à 55 %, évalué à 291 500 euros ;

- son préjudice esthétique permanent est évalué à 3,5/ 7, soit une indemnité de 20 000 euros ;

- il subit un préjudice d'agrément eu égard au fait qu'il ne peut plus pratiquer les activités sportives, ludiques ou culturelles qu'il pratiquait, son préjudice est évalué à 20 000 euros ;

- son préjudice sexuel est évalué à 20 000 euros ;

- ses proches ont eux aussi un préjudice d'affection qui sera évalué à 10 000 euros chacun.

Par des mémoires enregistrés le 15 décembre 2020, le 16 novembre 2021, le 16 mai 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 17 mai 2021 et le 9 juin 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Pau, représentée par Me Bardet, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum les sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services à lui verser la somme totale de 2 068 788,11 euros au titre des prestations versées et futures exposées pour le compte de son assuré social, assorties des intérêts au taux légal à compter du jugement ;

2°) de condamner ces sociétés à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire ;

3°) de mettre à la charge de ces sociétés la somme de 1 013 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité des sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services est engagée pour dommages de travaux publics ; les employés des sociétés ont commis des manquements qui constituent également des fautes de service qui engagent la responsabilité de leurs employeurs ;

- le dommage est en lien de causalité direct et certain avec les fautes commises ;

- elle a versé pour le compte de son assuré la somme de 2 068 788,11 euros ; elle est en droit de solliciter le remboursement de la somme de 306 786,64 euros correspondant aux débours engagés et la somme de 1 259 380,62 euros correspondant aux frais futurs ;

- elle est contrainte d'exposer des arrérages à échoir d'une rente " accident de service " évaluée à 502 620,85 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 avril 2021, le 15 mars 2022, le 16 mai 2022, le 30 mai 2022, et le 7 juin 2022, la société Enedis, représentée par Me Nouaille, conclut au rejet de la requête et des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie, à être garantie de toute condamnation par la société Bouygues Energies et Services, à ce que sa responsabilité soit limitée à 5 % et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'entreprise utilisatrice a la qualité de tiers à l'égard du salarié, le salarié ne dispose alors d'un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire que contre l'entreprise de travail temporaire, de sorte que le tribunal administratif est compétent afin de statuer sur la responsabilité de la société Bouygues Energies et Services en qualité d'entrepreneur principal dans une opération de travaux publics ;

- la seule circonstance que les parties sont liées par un contrat de droit privé ne prive pas le juge administratif de sa compétence pour statuer sur les appels en garantie entre intervenants à une opération de travaux publics ; il ne s'agit pas en l'espèce d'interpréter un contrat de droit privé mais de statuer sur la responsabilité de l'entrepreneur principal ;

- l'action en garantie exercée contre la société Bouygues n'est pas prescrite, le délai de prescription n'a commencé à courir qu'au dépôt de la requête des requérants ;

- l'accident dont a été victime M. J est un accident de service qui s'est produit à l'occasion de travaux publics ; il avait la qualité de participant à la réalisation des travaux ;

- aucune faute de saurait être reprochée à la société Enedis à l'origine du dommage et en lien avec l'organisation ou le fonctionnement du chantier ; la réalisation du chantier a été confiée à la société ETDE, qui en assumait la responsabilité ;

- la faute de son salarié ne peut relever de la qualification de faute de service engageant sa responsabilité ; la notion de faute de service intéresse la seule activité publique commise par des agents publics ;

- en tout état de cause, la faute de son salarié n'est pas à l'origine du dommage ; aucun dommage n'aurait résulté de la faute du salarié de la société Enedis si le salarié de la société ETDE avait correctement réalisé les opérations de mise à la terre et en court-circuit ;

- la responsabilité incombe exclusivement à la société Bouygues Energies et Services ; l'action en garantie est toujours ouverte à l'encontre de l'entrepreneur responsable ; les fautes commises par la société Bouygues Energies et Services constituent des manquements commis dans le cadre des conditions d'exécution des travaux réalisés en exécution du contrat liant les parties ;

- A titre subsidiaire, la responsabilité des sociétés Enedis et Bouygues sera partagée à hauteur respectivement de 5 % et 95 % et sa responsabilité sera en conséquence limitée, d'autant que l'action récursoire à l'encontre de l'employeur n'est pas ouverte au maitre d'ouvrage ;

- si le salarié victime d'un accident provoqué par un tiers peut demander réparation du préjudice causé, la demande ne peut toutefois porter que sur les préjudices non pris en charge par la législation relative aux accidents de travail ;

- les dépenses de santé actuelles n'incombent pas au requérant ;

- le taux horaire pour l'assistance d'une tierce personne sera ramené à 16 euros ; le requérant n'a pas la qualité d'employeur, aussi la base de calcul se fait sur 365 jours et non 412 ; le préjudice sera évalué à 6 480 euros ;

- la perte de gains professionnels actuels s'évalue in concreto selon la perte de revenu nette ; pour la période du 25 novembre 2011 au 20 février 2013, aucune perte de revenu non compensée ne peut être retenue ;

- les frais d'ostéopathie de 210 euros sont admis ;

- les frais de prothèses myoélectrique sont pris en charge par la CPAM ; s'il sollicite une prothèse plus moderne, il n'est pas établi qu'elle serait plus adaptée ; il n'est pas démontré que la CPAM ne prendrait pas en charge cette nouvelle prothèse ;

- la prothèse adaptée à la conduite en moto n'est pas justifiée ; le préjudice sera à tout le moins limité ;

- rien ne permet de conclure qu'une paire d'orthèses plantaire se renouvelle avant trois ans, le renouvellement annuel n'est pas justifié ;

- les frais de véhicule adapté impliquent seulement de prendre en charge le surcoût lié à l'adaptation du véhicule ; le coût de l'embrayage s'élève seulement à 1 500 euros ; le préjudice sera limité à la somme de 10 742,77 euros ;

- l'assistance par tierce personne future sera limitée à 91 105,57 euros selon une base de 16 euros ;

- les pertes de gains professionnels futurs est déjà prise en charge par la législation des accidents de service ; au demeurant le préjudice est compensé par les indemnités versées par la caisse primaire d'assurance maladie ;

- l'incidence professionnelle est compensée par la rente qu'il perçoit ;

- le déficit fonctionnel temporaire est admis ;

- les souffrances endurées seront ramenées à la somme de 30 000 euros ;

- le préjudice esthétique temporaire sera évalué à 10 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent doit être ramené à la somme de 271 150 euros ; au demeurant, ce préjudice est pris en charge dans les prestations versées par la caisse ; son préjudice sera en conséquence limité à la somme de 29 178,27 euros ;

- le préjudice esthétique permanent sera ramené à la somme de 12 000 euros ;

- le préjudice d'agrément sera évalué à 10 000 euros ;

- le préjudice sexuel n'a pas été retenu par l'expert et doit être écarté comme non établi ;

- la créance des victimes indirectes est prescrite ; au demeurant leur préjudice sera limité à la somme de 10 000 euros pour Mme I et 5 000 euros pour Mme D ;

- elle n'a pas de remarque sur les dépenses de santé actuelles et les pertes de gains professionnels actuels engagés par la caisse ;

- la CPAM ne démontre pas le calcul des pertes de gains professionnels futurs échus et à échoir ; le taux d'allocation pour invalidité permanente partielle retenu par l'expert est de 55 %, aussi le taux de 80,50 % retenu par la CPAM ne lui est pas opposable ; la caisse doit justifier du calcul des prestations ; le montant indemnisable sera à titre infiniment subsidiaire limité à la somme de 357 862,56 euros ;

- la CAPM ne justifie pas la somme réclamée au titre des dépenses de santé futures échues ;

- les dépenses de santé futures à échoir ne peuvent intégrer les 4 consultations généralistes par an qui ne sont pas nécessaire car non prévues par l'expert judiciaire ; seule la consultation spécialisée par an sera admise à hauteur de 1 031,76 euros ;

- les frais pharmaceutiques ne sont pas justifiés ;

- l'acte médical n'est pas contesté ;

- la créance de la CPAM concernant la prothèse n'est pas certaine à défaut de justification de l'évaluation fonctionnelle nécessaire au choix de la prothèse myoélectrique ; elle ne justifie pas que l'intéressé bénéficie effectivement de cette prothèse ;

- les frais de gants pour main ne sont pas justifiés par l'expertise judicaire ;

- le renouvellement des chaussures orthopédiques n'appelle pas d'observation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 16 mars 2022, le 30 mai 2022 et le 10 juin 2022, ce dernier non communiqué, la société Bouygues Energies et Services, représentée par Me Berland, conclut au rejet des conclusions présentées à son encontre, à ce que les préjudices soient ramenés à de plus justes proportions, à être garantie par la société Enedis de toute condamnation et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif est incompétent pour se prononcer sur sa responsabilité eu égard au contrat de mise à disposition qui la liait avec M. J ; l'action entreprise vise à la voir condamner l'entreprise utilisatrice des conséquences d'un accident de service ; la responsabilité de l'entreprise utilisatrice ne peut être engagée que sur le fondement de la faute inexcusable devant le pôle social du tribunal judiciaire ;

- l'appel en garantie présenté par la société Enedis, fondé sur un contrat de droit privé, ne relève pas de la compétence du juge administratif ;

- le requérant ne formule aucun grief à l'encontre de la société Bouygues personne morale, aucun manquement n'ayant pu être relevé à l'encontre de la société dans le cadre de la survenance de l'accident ;

- la notion de faute de service ne peut trouver à s'appliquer, ses salariés n'étant pas des agents de droit public ;

- l'appel en garantie présenté par la société Enedis est prescrit ;

- l'intégralité des dépenses de santé ont été prises en charge par la CPAM ;

- le calcul de l'assistance par tierce personne n'est pas pertinent, le requérant ne présentant pas la qualité d'employeur et le taux horaire étant manifestement excessif ; il convient de prendre un taux horaire équivalent au SMIC ; un taux horaire d'un montant de 15 euros sera appliqué soit un préjudice évalué à la somme de 6 075 euros ;

- le montant des indemnités journalières perçues de novembre 2011 à février 2013 excède la perte de revenu subie ;

- elle s'en remet pour l'évaluation des frais d'ostéopathie ;

- l'expert judiciaire n'a pas retenu la nécessité d'une prothèse myoélectrique ; au demeurant les frais sont intégralement pris en charge par la CPAM ; aucun élément au dossier ne permet de justifier de la nécessité de recourir à une nouvelle prothèse ;

- l'expert n'a pas évoqué la nécessité d'une prothèse adaptée à la conduite en moto ;

- le coût des chaussures orthopédiques est pris en charge par la CPAM ;

- aucun élément ne vient justifier un renouvellement des orthèses plantaires tous les ans ; le préjudice sera évalué à la somme de 1 140,14 euros ;

- les frais d'adaptation du véhicule portent seulement sur le surcoût d'aménagement d'un embrayage automatique, soit la somme de 1 500 euros ; après capitalisation le préjudice peut être évalué à la somme de 10 082,57 euros ;

- l'assistance permanente par tierce personne sera évaluée à la somme de 88 542,91 euros ;

- la rente viagère d'invalidité indemnise notamment les pertes de gains professionnels et les incidences professionnelles de l'incapacité ; si la rente est supérieure aux pertes de gains et à l'incidence, elle doit s'imputer subsidiairement sur le déficit fonctionnel permanent ;

- l'impossibilité de retrouver une activité professionnelle est compensée par l'indemnisation d'une perte de gains professionnelle sur la base d'une rente viagère ; en tout état de cause, la rente doit s'imputer sur l'indemnisation ;

- le déficit fonctionnel temporaire sera évalué sur la base de 300 euros par mois à la somme de 3 450 euros ;

- les souffrances endurées sont évaluées à la somme de 12 000 euros compte tenu du barème de l'ONIAM ;

- le préjudice esthétique temporaire sera évalué compte tenu du barème de l'ONIAM à la somme de 4 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent évalué à 55 % par l'expert judiciaire correspond à la somme de 175 000 euros ; les prestations de la CPAM au titre de la rente d'accident de travail doivent se déduire ; aucune indemnisation ne saurait dès lors être allouée ;

- le préjudice esthétique temporaire sera limité à la somme de 5 000 euros ;

- le préjudice d'agrément n'est pas établi ; il sera au demeurant ramené à la somme de 4 000 euros ;

- le préjudice sexuel n'est pas établi ;

- les demandes des proches sont excessives ; le préjudice de Mme D sera ramené à la somme de 5 000 euros ; le préjudice de Mme I, mère du requérant sera ramenée à la somme de 7 500 euros ; le préjudice de M. I son beau-père sera rejeté ;

- les demandes de la CPAM seront rejetées ;

- à titre subsidiaire l'évaluation des frais futurs présentés par la CPAM concernent des prestations non retenues par l'expert judiciaire ; l'indemnisation sera limitée à la somme de 77 048,04 euros ; les sommes dues ne pourront intervenir sous forme de rente ;

- elle sera en tout état de cause, relevé indemne par la société Enedis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,

- et les observations de Me Soubrie, représentant M. J et autres, de Me Nouaille, représentant la société Enedis, et de Me Berland, représentant la société Bouygues Energies et Services.

Considérant ce qui suit :

1. M. B J, né le 31 janvier 1987, a conclu avec la société Addeco, entreprise de travail temporaire, un contrat de professionnalisation à compter du 18 octobre 2010. Il a réalisé dans le cadre d'un contrat de mission auprès de la société ETDE, entreprise utilisatrice, devenue la société Bouygues Energies et Services, des travaux de pose de câbles et poteaux sous consignation électrique, en exécution d'un accord cadre pour la réalisation de travaux groupés aéro-souterrain confié par l'entreprise Enedis. Le 24 novembre 2011, il a été victime d'un électrisation grave à la suite d'un amorçage électrique à bord d'une plateforme électrique mobile, alors qu'il effectuait le sectionnement de câbles en aluminium au lieu-dit " Luxurguey ", sur la commune d'Allons. M. J a été victime d'un arrêt cardiaque et a présenté des lésions de brulures électriques à la main gauche et aux deux pieds. Il a dû subir une amputation du tiers moyen de l'avant-bras gauche, de l'ensemble des orteils du pied droit et des 1ers et 2èmes orteils du pied gauche. Une information judiciaire a été ouverte le 21 février 2012 des chefs de blessures involontaires ayant entrainé une incapacité temporaire de travail supérieure à trois mois, non-respect de la réglementation sur l'hygiène et la sécurité du travail, exécution de travaux par une entreprise extérieure sans plan de prévention des risques préalable, emploi d'un travailleur temporaire sans organisation préalable d'une formation appropriée en matière de sécurité, et fourniture à un salarié de l'équipement de travail sans respect des réglementation d'utilisation. Par un jugement du 21 décembre 2016, le tribunal correctionnel d'Agen a relaxé la société Enedis, mais a condamné M. H, salarié d'Enedis et M. E, salarié de la société ETDE, à des peines d'emprisonnement délictuel de six mois assorties du sursis simple. Par un jugement correctionnel du 10 janvier 2018, une expertise a été ordonnée. Le rapport d'expertise a été remis le 9 décembre 2018 et M. J et ses proches ont demandé aux sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services de les indemniser. Faute d'avoir obtenu satisfaction, M. J demande au tribunal de condamner les sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services, sur le fondement des dommages de travaux publics, à lui verser la somme totale de 2 534 859,83 en réparation des préjudices subis. Sa compagne, Mme D, sa mère et son beau-père, M. et Mme I, demandent au tribunal de condamner ces mêmes sociétés à leur verser la somme de 10 000 euros chacun en réparation du préjudice moral subi en raison de l'accident. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Pau demande au tribunal la condamnation des sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services à lui verser la somme totale de 2 068 788,11.

Sur l'exception d'incompétence opposée par la société Bouygues Energies et Services :

2. Aux termes de l'article L. 451-1 du code de la sécurité sociale : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles L. 452-1 à L. 452-5, L. 454-1, L. 455-1, L. 455-1-1 et L. 455-2 aucune action en réparation des accidents et maladies mentionnés par le présent livre ne peut être exercée conformément au droit commun, par la victime ou ses ayants droit ". Aux termes de l'article L. 452-1 du code : " Lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants ". Aux termes de l'article L. 452-2 du même code : " Lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants. ". L'article L. 452-3 de ce code, tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, prévoit que, dans le cas d'une faute inexcusable de l'employeur, la victime a le droit de demander à l'employeur, devant la juridiction de sécurité sociale, la réparation de l'ensemble des dommages non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale qui sont résulté pour elle de l'accident. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 452-5 du même code : " Si l'accident est dû à la faute intentionnelle de l'employeur ou de l'un de ses préposés, la victime ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ". Aux termes de l'article L. 412-6 de ce code : " Pour l'application des articles L. 452-1 à L. 452-4, l'utilisateur, le chef de l'entreprise utilisatrice ou ceux qu'ils se sont substitués dans la direction sont regardés comme substitués dans la direction, au sens desdits articles, à l'employeur. Ce dernier demeure tenu des obligations prévues audit article sans préjudice de l'action en remboursement qu'il peut exercer contre l'auteur de la faute inexcusable. " L'article L. 412-7 du code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 452-5 lorsque l'accident du travail a eu pour cause une faute intentionnelle de l'utilisateur, du chef de l'entreprise utilisatrice ou de l'un de leurs préposés, ceux-ci sont substitués à l'employeur ou aux préposés de celui-ci. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 454-1 de ce code : " Si la lésion dont est atteint l'assuré social est imputable à une personne autre que l'employeur ou ses préposés, la victime ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles de droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre. ".

3. Les dispositions susvisées des articles L. 451-1 et suivants du code de la sécurité sociale font obstacle à ce que le juge administratif se reconnaisse compétent pour connaître du contentieux qui oppose un requérant soumis aux dispositions susvisées du livre IV du code de la sécurité sociale à son employeur pour obtenir une réparation complémentaire d'un dommage corporel subi dans l'accomplissement de son service, que ce soit sur le fondement de la faute de l'employeur ou du défaut d'entretien de l'ouvrage par le maître de l'ouvrage. Il est constant que M. J a été mis à disposition de la société Bouygues Energies et Services, qui revêt dès lors la qualité d'entreprises utilisatrice au sens des dispositions des articles L. 412-6 et L. 412-7 du code de la sécurité sociale. Dès lors, aucune action en réparation des conséquences dommageables de l'accident survenu le 24 novembre 2011 ne peut être exercée conformément au droit commun par M. J contre la société Bouygues Energies et Services. L'action de M. J ne pouvant être fondée que sur le régime de réparation des accidents du travail défini par les articles L. 451-1 et suivants de ce code, les conclusions indemnitaires du requérant dirigées contre l'entreprise utilisatrice relèvent de la seule compétence du juge judiciaire, nonobstant la circonstance que l'action pour faute inexcusable ne peut être dirigée que contre l'employeur et non contre l'entreprise utilisatrice. Par suite, les conclusions de M. J, dirigées contre la société Bouygues Energies et Services doivent être rejetées comme portées contre une juridiction incompétente pour en connaitre.

Sur les appels en garantis réciproques des sociétés Enedis et Bouygues Energies et Services :

4. D'une part, lorsqu'une personne privée, chargée par une personne publique d'exploiter un ouvrage public, conclut avec d'autres entreprises un contrat en vue de la réalisation de travaux sur cet ouvrage, elle ne peut être regardée, en l'absence de conditions particulières, comme agissant pour le compte de la personne publique propriétaire de l'ouvrage. D'autre part, le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties sont unies par un contrat de droit privé.

5. Le contrat par lequel la société Enedis, personne privée, a confié à la société à la société ETDE, devenue la société Bouygues Energies et Services, un marché portant sur la réalisation de travaux sur un ouvrage public concédé constitue un contrat de droit privé. Il s'ensuit que les appels en garantie réciproques présentés par la société Enedis et la société Bouygues Energies et Services, fondés sur l'exécution d'un contrat de droit privé ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative mais de celle de la juridiction judiciaire. Par suite, ces appels en garantie doivent être rejetés comme portés devant une juridiction incompétente pour en connaitre.

Sur l'exception de prescription opposée par la société Enedis aux conclusions indemnitaires des victimes par ricochet :

6. Aux termes de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. " Il résulte de ces dispositions que les règles de prescription qu'elles prévoient visent les créances dont sont débiteurs l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dotés d'un comptable public mais ne sont pas applicables aux créances dont une personne privée est débitrice, quel qu'en soit le créancier. Par suite, doit être écartée l'exception de prescription quadriennale opposée à la créance dont se prévalent les requérants à l'encontre la société Enedis, société commerciale créée le 1er janvier 2008 sous le nom d'ERDF, à raison de l'accident survenu le survenu le 24 novembre 2011.

Sur la responsabilité de la société Enedis :

7. Les dommages causés par la présence, la construction ou l'entretien des lignes de distribution d'énergie électrique comprises dans une concession ont le caractère de dommages de travaux publics. Le salarié d'une entreprise chargé par le concessionnaire de procéder à des travaux sur cet équipement, avait la qualité de participant à la réalisation de travaux concourant à la mission de service public de production d'électricité et revêtant ainsi un caractère public. La responsabilité du maître de l'ouvrage n'est dès lors engagée que sur le terrain de la faute.

8. Aux termes de l'article 1242 du code civil : " On est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l'on a sous sa garde. () / Les maîtres et les commettants, du dommage causé par leurs domestiques et préposés dans les fonctions auxquelles ils les ont employés. "

9. D'une part, il résulte de l'instruction que l'accident qui s'est produit lors des travaux de maintenance sur une ligne HTA est imputable à une faute commise par un agent de la société Enedis, qui a transmis une attestation de consignation à l'entrepreneur des travaux, l'autorisant ainsi à effectuer les travaux alors qu'il n'avait pas, en méconnaissance des consignes applicables, ouvert le disjoncteur BT, de telle sorte que le courant continuait à circuler. Cette faute, commise par un préposé de la société Enedis dans l'exercice de ses fonctions, engage la responsabilité pour faute de ladite société. La société Enedis ne saurait en tout état de cause utilement se prévaloir, pour atténuer sa responsabilité à l'égard de la victime, de la faute personnelle éventuellement commise par son agent.

10. D'autre part, la société Enedis se prévaut du rapport d'expertise de la société Powersys qui indique que " si la mise à la terre avait été correctement effectuée au point B, la tension de la ligne HTA au point C, c'est-à-dire à l'endroit où l'incident s'est produit, aurait alors été tout à fait négligeable ", pour en déduire que la cause déterminante du dommage est l'absence de protection de la zone de travail par mise à terre, imputable au préposé de la société Bouygues Energies et Services. Toutefois, il résulte de l'instruction que le maintien de la tension électrique constitue une cause déterminante du dommage, M. J n'ayant pu être électrisé en coupant le câble électrique qu'en raison de l'injection de courant dans le câble HTA, alors qu'avant de procéder aux travaux un salarié d'Enedis avait transmis une attestation de consignation. Par suite, la faute commise par la société Enedis est en lien direct et certain avec le dommage subis par M. J.

11. Dans ces conditions, en application des principes énoncés au point 7, la responsabilité de la société Enedis est engagée à raison des conséquences dommageables de l'accident survenu le 24 novembre 2011.

Sur la faute du tiers :

12. Lorsque la responsabilité du maitre de l'ouvrage est engagée sur le terrain du risque, les fautes commises par des tiers sont sans influence sur ses obligations vis-à-vis de la victime. En dehors du cas de force majeure, cette responsabilité ne peut être réduite, en règle générale, que dans la mesure où le dommage est imputable à la faute de la victime. Il n'en va autrement que lorsque le maître de l'ouvrage se trouve privé de la possibilité d'exercer un recours en garantie contre le tiers, nonobstant les fautes commises par celui-ci, parce que cet auteur du dommage est exonéré par la loi de toute responsabilité envers la victime.

13. En vertu des dispositions précitées des articles L. 451-1 et suivants du code de la sécurité sociale, le salarié victime d'un accident du travail ne peut rechercher la responsabilité de son employeur, hormis le cas où l'accident serait imputable à une faute intentionnelle ou inexcusable de ce dernier. Ces dispositions ont pour effet de priver le tiers responsable, qui ne peut disposer de plus de droits que la victime, de tout recours en garantie contre l'employeur, et l'autorisent en conséquence, hors le cas de faute intentionnelle ou inexcusable de l'employeur, à invoquer la faute de ce dernier pour atténuer sa part de responsabilité.

14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise et du jugement du tribunal correctionnel, que les fautes des préposés des sociétés Enedis et Bouygues Energies et services ne revêtent manifestement pas caractère intentionnel. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 412-6 du code de la sécurité sociale que l'action en reconnaissance de la faute inexcusable ne peut être engagée qu'à l'encontre de l'employeur de la victime et non à l'encontre de l'entreprise utilisatrice. Par suite, la société Enedis, qui ne saurait disposer de plus de droit que la victime, ne peut exercer de recours en garantie contre la société Bouygues Energies et Services, entreprise utilisatrice, sur le fondement de la faute inexcusable. Dans ces conditions, la société Enedis étant privée de tout appel en garantie contre la société Bouygues Energies et Services, elle peut utilement se prévaloir de la faute du tiers.

15. Il résulte de l'instruction que le préposé de la société ETDE n'a pas sécurisé la zone de travail conformément à la réglementation en vigueur. En effet, l'utilisation de colliers plastiques fixant les câbles de mise à la terre au crochet n'était pas conforme et n'assurait pas le maintien suffisant des câbles de terres, l'utilisation de colliers causant la chute en cascade des crochets posés sur les câbles. L'agent a par ailleurs sectionné un câble supportant les mises à la terre de protection afin de libérer la place pour la plantation d'un poteau en béton par une autre équipe, ce qui alors décroché les mises à la terre encore en place, entrainés par le poids du câble sectionné, de telle sorte que plus aucune protection n'existait sur la ligne à haute tension sur laquelle intervenait M. J. Cette faute, commise par un préposé de la société ETDE dans l'exercice de ses fonctions, engage la responsabilité pour faute de ladite société, aux droits de laquelle vient la société Bouygues Energies et Services. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de la part de responsabilité encourue par chacune des parties en laissant à la charge de la société Enedis la moitié des conséquences dommageables de l'accident, la responsabilité de la société Bouygues Energies et Services étant fixée à 50 %.

Sur l'évaluation du préjudice de M. J :

16. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de M. J doit être fixée au 20 février 2013.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux avant consolidation :

17. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction résultant de la loi du 21 décembre 2006 relative au financement de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou, le cas échéant, de ce que cette responsabilité n'est engagée que dans la limite d'une perte de chance d'éviter le dommage corporel. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.

S'agissant de l'assistance par tierce personne :

18. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que l'état de dépendance de M. J du fait de ses brulures et ses amputations a nécessité, pour la période du 26 mai 2012 au 20 février 2013, soit pendant 270 jours, l'assistance d'une tierce personne non spécialisée à raison d'une heure trente par jour pour les actes de la vie courante. Le coût d'une telle assistance doit être déterminé sur la base d'un taux horaire de 13,20 euros correspondant à la moyenne du montant horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des charges sociales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, sur la base de 412 jours par an afin de tenir compte des congés annuels et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en fixant son montant à la somme de 6 035 euros. Une somme de 3 017,5 euros sera donc versée par la société Enedis au titre de ce poste de préjudice compte tenu de la part de responsabilité de 50 % retenue.

S'agissant des pertes de gains professionnels actuels :

19. M. J était employé par une entreprise de travail temporaire en contrat de professionnalisation sous forme d'alternance en qualité d'électricien lorsqu'il a été victime de l'accident du 24 novembre 2011. Il n'a pas pu valider son cursus professionnel et a été placé en arrêt de maladie à compter de l'accident jusqu'au 12 novembre 2013. Il résulte de l'avis d'imposition portant sur les revenus de l'année 2010 qu'il a perçu, l'année précédant celle de l'accident, un revenu annuel de 13 955 euros. Aussi, les pertes de gains actuels de M. J pour la période du 24 novembre 2011 au 20 février 2013, soit 454 jours, s'élèvent à la somme de 17 357,7 euros (13 955 X 454 / 365). Eu égard à la part de responsabilité de 50 % mise à la charge de la société Enedis, la somme maximale pouvant être mise à sa charge est de 8 678,85 euros (17 357,7 x 0,5). Il résulte de l'instruction que l'intéressé a perçu sur cette période des indemnités journalières d'un montant total de 15 939,08 euros (764,96 + 15 174,12), de sorte que la perte de revenus effective s'élève à la somme de 1 418,62 euros. Compte tenu des règles rappelées au point 17, la société Enedis doit être condamnée à verser à M. J la somme de 1 418,62 euros et la somme de 7 260, 23 euros à la caisse primaire d'assurance maladie.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux après consolidation :

S'agissant des dépenses de santé futures échues et à échoir :

20. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les soins d'entretien de kinésithérapie et d'ostéopathie réalisés jusqu'au jour de l'expertise sont à prendre en compte comme soins d'entretien post-consolidation. M. J justifie de frais d'ostéopathie restés à sa charge d'un montant total de 210 euros, dont il est fondé à solliciter l'indemnisation.

21. M. J sollicite en deuxième lieu le versement de la somme de 1 113 44,10 euros au titre des frais futurs d'acquisition puis de renouvellement d'une nouvelle prothèse, non pris en charge par la caisse de sécurité sociale. Toutefois, la prothèse " Quantum " dont le requérant sollicite la prise en charge n'a pas été retenue par l'expert et le requérant ne produit aucune attestation médicale ni même aucun document justifiant du caractère adapté et nécessaire de ce modèle de prothèse à son état de santé. La demande ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

22. En troisième lieu, le requérant sollicite l'indemnisation d'un appareillage pour la conduite de véhicules deux roues constitué d'une prothèse et de dispositifs de maintien et de protection du poignet, pour un montant restant à sa charge de 1 498 euros. Si l'expert n'évoque pas cet appareillage, il résulte des nombreuses attestations des proches du requérant que sa prothèse actuelle n'est pas adaptée à la conduite de la moto, et qu'elle se décroche de manière intempestive, ce qui rend dangereuse la pratique de cette activité. M. J est, par suite, fondé à solliciter l'indemnisation de cet appareillage de nature à lui permettre d'utiliser la moto pour ses déplacements et ses loisirs en toute sécurité. Les dépenses de santé futures doivent être évaluées, à la somme de 13 422,08 euros correspondant aux frais de renouvellement tous les cinq ans après application d'un coefficient de capitalisation de 44,800 prévu par le barème publié à la gazette du palais actualisé en 2020 pour un homme de 35 ans, âge de M. J à la date de mise à disposition du présent jugement. Son préjudice est ainsi évalué à la somme totale de 14 920,08 euros pour l'acquisition puis le renouvellement du dispositif.

23. Il résulte en quatrième lieu de l'instruction que l'état de santé de M. J nécessite l'usage d'orthèses plantaires, pour lesquels une somme de 172,84 euros reste à la charge du requérant. La durée de vie d'orthèses de pied est évaluée, compte tenu des conclusions de l'expert et de la fréquence de renouvellement des orthèses du requérant, à 3,5 ans. Il résulte de l'instruction que le coût de renouvellement laissé à la charge du requérant s'élève à la somme de 96,14 euros. Les dépenses de santé futures doivent être évaluées à la somme de 1 230,60 euros correspondant aux frais d'un renouvellement tous les cinq ans après application d'un coefficient de capitalisation de 44,800 prévu par le barème mentionné au point 22. Son préjudice est ainsi évalué à la somme totale de 1 403,44 euros.

24. En cinquième lieu, au titre des dépenses de santé futures, la caisse primaire d'assurance maladie de Pau demande le versement d'une somme totale de 1 310 832,74 euros.

25. D'une part, il résulte de l'instruction, que la caisse a engagé une dépense de 51 452,12 euros, comprenant pour partie le coût de la prothèse Myoélectrique dont bénéficie M. J au bras avant gauche. Si la société Enedis fait valoir que la caisse n'apporte aucun élément permettant de vérifier l'imputabilité de ces frais de santé, la CPAM produit un relevé informatique des débours ainsi qu'une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil. Par ailleurs, la seule circonstance qu'à défaut de réponse à ses demandes, l'expert n'a pas intégré la prothèse dans son expertise est sans incidence sur le bien-fondé de la demande, alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que l'état de santé de M. J nécessite l'octroi d'une prothèse de l'avant-bras gauche. La CPAM est par suite fondée à solliciter l'indemnisation de ce poste de préjudice.

26. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. J nécessite une consultation médicotechnique une fois par an. La CPAM évalue ces dépenses de santé futures à la somme non contestée de 1 031,76 euros. Par ailleurs, la gravité et l'étendue des séquelles de M. J justifie qu'il soit également fait droit à la demande d'indemnisation de la caisse correspondant à 4 consultation généralistes par an pour un montant de 3 439,20 euros, nonobstant la circonstance que l'expert judiciaire n'a pas mentionné ces dépenses de santé. Les frais futurs de consultation indemnisables s'élèvent ainsi à la somme de 4 470,96 euros.

27. Par ailleurs, la CPAM sollicite le versement de la somme de 59 736,14 euros au titre des frais pharmaceutiques futurs. Si la société Enedis soutient que l'expert judiciaire n'a retenu aucuns frais pharmaceutiques, il n'est pas sérieusement contesté que les séquelles de M. J nécessitent le port de chaussures orthopédiques et d'orthèses plantaires qui justifient l'application quotidienne de pansements en raison de la fragilité du derme à la suite des greffes subies au niveau des pieds. Dans ces conditions, le versement de la somme de 59 736,14 euros, dont le lien avec l'accident est établi par relevé informatique des débours et l'attestation d'imputabilité établie par un médecin conseil, est justifié.

28. Il résulte en outre de l'instruction, notamment de l'attestation d'imputabilité et du rapport d'expertise, que les séquelles de M. J justifient la réalisation d'une radio unilatérale du genou tous les 5 ans, pour un coût non contesté de 177,80 euros, ainsi que la fourniture de chaussures orthopédiques représentant une dépense future de 75 838,48 euros. La somme de 76 016,28 euros sollicitée par la CPAM est ainsi justifiée.

29. Enfin, la CPAM sollicite au titre des frais de santé futurs l'indemnisation des frais de renouvellement de la prothèse myoélectrique du bras, et du gant pour la main, pour un montant total de 1 119 157,24 euros. La société Enedis soutient que ces dépenses n'ont pas été admises par l'expert judiciaire. Toutefois, il est constant que M. J, qui a été amputé du bras avant gauche à l'âge de 24 ans, nécessite pour les actes de la vie courante une prothèse et que ce type d'appareillage doit être renouvelé tous les 5 ans. L'imputabilité de ces deux postes de préjudice est suffisamment établie par le relevé informatique des débours, l'attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil et le relevé d'évaluation des frais futurs. Il convient donc lieu de faire droit à cette demande de la caisse.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le poste de préjudice relatif aux dépenses de santé futures peut être estimé à 1 327 366,26 euros. Il y a lieu d'appliquer à cette somme la part de responsabilité de 50 % pour calculer la somme due par la société Enedis, soit la somme de 663 683,13 euros. La société Enedis devra ainsi verser, compte tenu du droit de priorité de la victime, la somme de 16 533,52 euros à M. J et le solde, soit la somme de 647 149,61 euros, à la CPAM.

S'agissant des frais d'adaptation du véhicule :

31. L'état de santé de M. J nécessite l'achat d'une moto adaptée à son handicap, avec embrayage automatique. Le requérant n'établit ni même n'allègue que son ancien véhicule n'était pas adaptable et qu'il aurait été contraint d'en acquérir un nouveau. Dans ces conditions, le requérant est seulement fondé à obtenir la prise en charge de ses dépenses futures consistant au surcoût représenté par un véhicule équipé d'une boîte automatique. La durée de vie d'un véhicule étant de sept ans en moyenne, le préjudice correspondant doit être évalué à la somme de 1 500 euros correspondant au surcout d'achat d'un véhicule adapté et de 9 600 euros au titre des frais de renouvellement après application du coefficient de capitalisation de 44,800 déjà évoqué. Dès lors, les frais d'adaptation du véhicule de M. J s'élèvent à la somme totale de 11 100 euros. Il résulte par ailleurs de l'instruction que M. J a été contraint, en raison de ses séquelles, de suivre des cours d'adaptation du permis moto pour un montant de 865 euros, dont il est fondé à demander l'indemnisation. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 %, il y a lieu de lui allouer la somme totale de 5 982,5 euros.

S'agissant de l'assistance par tierce personne :

32. Entre le 20 février 2013, date de consolidation de son état de santé, et le 6 juillet 2022, date de mise à disposition du présent jugement, le besoin d'assistance humaine non spécialisée de M. J doit être évalué à 2 heures par semaine pour les actes de la vie courante, soit pendant une période de 3 863,77 jours. Le coût d'une telle assistance doit être déterminé sur la base d'un taux horaire de 14 euros, correspondant à la moyenne du montant horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des charges sociales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, sur la base de 412 jours par an afin de tenir compte des congés annuels et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en fixant son montant à la somme de 15 455 euros. Eu égard à la part de responsabilité de 50 % retenu, il y a lieu de lui allouer la somme de 7 727,50 euros.

33. M. J doit, à compter de la date de mise à disposition du présent jugement, à être indemnisé sous forme d'un capital viager. L'indemnité due par la société Enedis au titre de l'assistance par tierce personne sera égale, compte tenu d'un taux horaire de 15 euros et de la durée nécessaire de 2 heures de présence par semaine, à 1 765,7 euros par an à la date du présent jugement. Les dépenses de santé futures doivent ainsi être évaluées à la somme de 79 104 euros correspondant aux frais de tierce personne après application du coefficient de capitalisation de 44,800. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 % retenu, il y a lieu de lui allouer la somme de 39 552 euros.

S'agissant des pertes de gains professionnels futurs et l'incidence professionnelle :

34. Eu égard à sa finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail, qui lui est assignée par l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale, et à son mode de calcul, appliquant au salaire de référence de la victime le taux d'incapacité permanente défini par l'article L. 434-1 du même code, la rente d'accident du travail doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de gains professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité, et ne saurait être imputée sur un poste de préjudice personnel.

35. Il résulte de l'instruction que sur la période du 21 février 2013 au 16 décembre 2013, le salaire susceptible d'être perçu par M. J, compte tenu de l'évolution de carrière dont il aurait normalement pu bénéficier doit être évalué à la somme de 15 000 euros, qui correspond à la rémunération annuelle nette moyenne d'un électricien en début de carrière. M. J aurait ainsi été susceptible de percevoir sur la période, qui correspond à 299 jours, un salaire de 12 287,70 euros. Eu égard à la part de responsabilité de la société Enedis, la somme maximale pouvant être mise à sa charge est de 6 143,85 euros (12 287,70 x 0,5). Il résulte de l'instruction que M. J a perçu de la CPAM des indemnités d'un montant total de 8 833,76. Sa perte de revenu est ainsi évaluée à la somme de 3 454 euros. Compte tenu des règles rappelées au point 17, la société Enedis doit être condamnée à verser à M. J 3 454 euros et le solde de 2 689,85 euros à la caisse primaire d'assurance maladie.

36. M. J ne demande aucune somme au titre de la perte de salaires pour la période du 16 décembre 2013 au 1er janvier 2019. Il résulte de l'instruction que du 1er janvier 2019 au 6 juillet 2022, date de mise à disposition du présent jugement, M. J aurait perçu un revenu annuel pouvant être évalué à la somme de 18 154,62 euros, qui constitue la base de référence prise en compte par la CPAM pour le calcul de la rente d'accident de travail. M. J aurait ainsi été susceptible de percevoir sur la période, qui correspond à 1 283 jours, un salaire de 63 814,7 euros (18 154,62 x 1 283 / 365). Eu égard à la part de responsabilité retenue, la somme maximale pouvant être mise à la charge de la société Enedis est de 31 907,35 euros (63 814,7 x 0,5). Il résulte de l'instruction que M. J perçoit une rente d'accident de travail d'un montant mensuel de 1 217,87 euros, soit 14 614,44 euros annuels. Il a ainsi perçu sur la période concernée une somme de 51 370,70 (14 614,44 x 1 283 / 365) au titre de sa rente d'accident de travail. Par ailleurs, il résulte des fiches d'impositions pour 2019 et 2020 ainsi que de la déclaration d'impôt de 2021, que sur la période M. J a perçu un salaire de 11 900 euros. Sa perte de revenu est ainsi évaluée à la somme de 544 euros. Compte tenu des règles rappelées au point 17, la société Enedis doit être condamnée à verser à M. J 544 euros et le solde de 31 363,35 euros à la caisse primaire d'assurance maladie.

37. Le préjudice subi par M. J doit, à compter de la date de mise à disposition du présent jugement, être indemnisé sous forme de capital avec application du coefficient viager de capitalisation de 44,800. La perte de salaire de M. J est ainsi évaluée à la somme de 813 326,97 euros (18 154,62 X 44,800). Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, du fait de son handicap à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 55 %, M. J ne peut plus exercer d'activité professionnelle manuelle et a été contraint de se reconvertir. Compte tenu de la restriction de ses opportunités d'emploi et de son obligation de se tourner vers des métiers pour lesquels il n'a pas été formé, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre de l'incidence professionnelle en l'évaluant à la somme de 20 000 euros. Par suite, le cumul des postes concernant les pertes de revenus salariaux et l'incidence professionnelle peut être estimé à 833 326,97 euros. Eu égard à la part de responsabilité, la somme maximale pouvant être mise à la charge d'Enedis est de 416 663,48 (833 326,97 x 0,5). Il résulte de l'instruction, notamment de la notification des débours de la CPAM et des pièces produites par cette dernière pour justifier du calcul de la rente d'accident de travail capitalisée, que M. J percevra au titre de la rente d'accident de travail la somme de 451 250,15 euros (502 620,85 - 51 370,70), laquelle a vocation à indemniser à la fois sa perte de revenus salariaux et les préjudices d'incidence professionnelle. Il résulte en outre de l'instruction que M. J a retrouvé un emploi et déclare à ce titre un revenu annuel pour 2021 de 8 409 euros. Après application du coefficient viager de capitalisation de 44,800, M. J est ainsi susceptible de percevoir un salaire d'un montant de 376 723,2 euros. Dans ces conditions, M. J subit un préjudice évalué à la somme de 5 353,62 euros. Compte tenu des règles rappelées au point 17, la société Enedis doit être condamnée à verser à M. J 5 353,62 euros. Le solde qu'elle est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie s'élève donc à la somme de 411 309,86 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux avant consolidation :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

38. M. J a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 24 novembre 2011 au 25 mai 2012, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué par l'expert à hauteur de 60 % entre le 25 mai 2012 et le 20 février 2013. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 10 350 euros demandée par le requérant et acceptée par le défendeur. Eu égard à la part de responsabilité retenue, il y a lieu de lui allouer la somme de 5 175 euros, à la charge de la société Enedis.

S'agissant des souffrances endurées :

39. Les souffrances endurées par M. J en lien direct avec l'amputation du membre inférieur droit ont été évaluées par l'expert à 5 sur une échelle de 7, compte tenu du traumatisme initial d'électrisation, des diverses conséquences médico-chirurgicales avec port d'une orthèse au pied et de membre supérieur, de la gêne douloureuse et du retentissement moral. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lui allouant la somme de 20 000 euros. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 %, il y a lieu de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 10 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

40. L'altération de l'apparence physique de M. J est évaluée par l'expert judiciaire à 4/7 sur la période de déficit fonctionnel temporaire compte tenu des amputations et avant adaptation des prothèses. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi, eu égard à la période considérée, en l'évaluant à la somme de 6 000 euros. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 %, la société Enedis est condamnée à lui verser la somme de 3 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux post-consolidation :

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

41. Eu égard à sa finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail, qui lui est assignée par l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale, et à son mode de calcul, appliquant au salaire de référence de la victime le taux d'incapacité permanente défini par l'article L. 434-1 du même code, la rente d'accident du travail doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de gains professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité, et ne saurait être imputée sur un poste de préjudice personnel. Par suite, la société Enedis ne peut utilement soutenir que la rente d'accident de travail, qui a vocation à ne réparer que des préjudices professionnels, compense le déficit fonctionnel permanent subi par M. J.

42. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, qu'un taux de déficit fonctionnel permanent de 55 % peut être retenu compte tenu des séquelles dont M. J reste atteint du fait de ses amputations, du syndrome de membre " fantôme " ressenti, de la limitation de la flexion et de la prono-supination du coude, et des douleurs chroniques ressenties. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice subi par le requérant, âgé de 26 ans à la date de consolidation, en l'évaluant à la somme de 200 000 euros. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 %, la société Enedis est condamnée à lui verser la somme de 100 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

43. Il résulte de l'instruction que M. J, âgé de 24 ans au moment de l'accident pratiquait régulièrement la moto, le vélo, qu'il jouait au foot et faisait du tennis, activité qu'il ne peut plus pratiquer depuis son amputation du bras gauche, l'expert ayant relevé que les sports d'enduro (compétition de moto tout-terrain) et de foot ne peuvent être repris. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant la somme de 5 000 euros. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 %, il y a lieu de lui allouer la somme de 2 500 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

44. Il résulte de l'instruction que M. J présente plusieurs amputations du bras avant gauche, de l'avant du pied gauche et de deux orteils du pied droit, de nombreuses cicatrices à l'origine d'un préjudice esthétique permanent évalué par l'expert à 3,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui allouant la somme de 6 000 euros. Eu égard à la part de responsabilité retenue, la société Enedis lui versera la somme de 3 000 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

45. Il résulte de l'instruction que M. J, âgé de 35 ans, est amputé au niveau du tiers moyen de l'avant-bras gauche avec limitation de la flexion et prono-supination du coude et une amputation de la totalité des orteils du pied droit et des 1er et 2èmes orteils du pied gauche avec une raideur articulaire globale qui justifie l'évaluation d'un taux d'incapacité permanente partielle de 55 %. Dans ces conditions, il y a lieu de considérer que de telles séquelles sont de nature à engendrer un préjudice sexuel pour M. J, quand bien même l'expert judiciaire n'a pas évoqué ce chef de préjudice. Dès lors, il sera fait une juste appréciation du préjudice ainsi subi en l'évaluant à la somme de 2 000 euros. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 %, il y a lieu de lui allouer à ce titre la somme de 1 000 euros.

46. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. J est fondé à demander la condamnation de la société Enedis à lui verser la somme globale de 208 258,26 euros.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie :

En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :

47. Il résulte de la notification définitive des débours de la caisse primaire d'assurance maladie que cette dernière a engagé pour le compte de M. J des frais hospitaliers, médicaux et pharmaceutiques en lien avec l'accident pour un montant de 175 942,79 euros, non contesté en défense. Eu égard à la part de responsabilité retenue de 50 %, la société Enedis est condamnée à lui verser la somme de 87 971,40 euros.

En ce qui concerne les dépenses de santé futures :

48. La CPAM de Pau est fondée à solliciter le versement immédiat par la société Enedis de la somme de 51 452,12 euros correspondant aux frais de santé futurs échus mentionnés au point 25. Si la caisse demande le versement d'un capital pour les prestations futures à échoir d'un montant de 595 697,49 euros (647 149,61 euros mentionnés au point 30 - 51 452,12 euros), il ne résulte pas de l'instruction que la société Enedis ait donné son accord. Il y a donc lieu de mettre à la charge de la société Enedis le remboursement des débours futurs de la caisse, sur présentation de justificatifs, dans la limite de la somme de 595 697,49 euros.

En ce qui concerne les pertes de gains professionnels actuels :

49. Il résulte de ce qui a été dit au point 19, que la caisse est fondée à demander la condamnation de la société Enedis à lui verser la somme de 7 260, 23 euros.

En ce qui concerne les pertes de gains professionnels futurs :

50. La société Enedis soutient que la rente d'accident du travail est calculée sur la base d'un taux d'invalidité de 80,50 % alors que l'expert judiciaire retient quant à lui une incapacité permanente partielle de 55 % seulement. Toutefois, la circonstance qu'un expert médical ait fixé, sur la base du barème des déficits fonctionnels séquellaires en droit commun le taux d'incapacité permanente partielle à 55 % est sans incidence sur le calcul effectué au titre de la rente d'accident du travail, évaluée sur la base des barèmes de la sécurité sociale, qui en vertu l'annexe I à l'article R. 434-32 du code de la sécurité sociale prennent en compte un critère médico-social tenant aux aptitudes et à la qualification professionnelle de la victime. L'incapacité permanente retenue par la caisse pour la détermination de la rente d'accident du travail ne se limite dès lors pas à l'appréciation du seul déficit fonctionnel permanent, le médecin chargé de l'évaluation prenant en compte les séquelles de l'accident ou de la maladie professionnelle lorsqu'elles lui paraissent devoir entraîner une modification dans la situation professionnelle de l'intéressé, ou un changement d'emploi. La société Enedis ne remet pas sérieusement en cause les modalités de calcul du taux retenu par la caisse. Dès lors, les débours de la caisse primaire d'assurance maladie de Pau sont suffisamment justifiés.

50. Ainsi qu'il l'a été dit, M. J ne demande aucune somme au titre de la perte de salaires pour la période du 16 décembre 2013 au 1er janvier 2019. La CPAM produit un relevé des débours duquel il résulte qu'elle a versé 54 618,89 euros d'indemnités journalières à M. J sur cette période. Dès lors, elle peut prétendre à être indemnisée pour les indemnités journalières versées. Eu égard à la part de responsabilité de 50 % retenu, la société Enedis devra ainsi verser la somme 27 309,445 euros à la CPAM de Pau.

52. Il résulte de ce qui a été dit aux points 34 à 37, que la caisse primaire d'assurance maladie de Pau est fondée à solliciter le versement de la somme de 34 053,2 euros (2 689,85 + 31 363,35) au titre des indemnités journalières et de le rente d'accident du travail versés sur les périodes du 21 février 2013 au 16 décembre 2013 et du 1er janvier 2019 au 6 juillet 2022, et la somme de 411 309,86 euros pour la période postérieure au jugement.

53. Il résulte de tout ce qui précède que la CPAM de Pau est fondée à demander la condamnation de la société Enedis à lui verser la somme totale de 619 356,25 euros (87 971,40 + 51 452,12 + 7 260,23 + 27 309,445 + 34 053,2 + 411 309,86) et le remboursement des débours futurs à échoir, sur présentation de justificatifs, dans la limite de 595 697,49 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

54. En vertu de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident peut demander une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie, dont le montant est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu par la caisse, dans la limite d'un montant maximum révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de la société Enedis le versement à la CPAM de Pau de l'indemnité forfaitaire de gestion, pour un montant de 1 114 euros.

Sur l'évaluation du préjudice de Mme D et de M. et Mme I :

55. Mme D, la compagne de M. J, Mme I, la mère de l'intéressé, et M. I son beau-père, sollicitent l'indemnisation du préjudice moral causé par l'accident et consistant à voir M. J limité dans ses mouvements, privé d'une partie de son autonomie et diminué physiquement. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par sa compagne en l'évaluant à la somme de 6 000 euros, de celui subi par sa mère en l'évaluant à la somme de 5 000 euros, et de celui subi par son beau-père, qui justifie de liens intenses depuis l'enfance, en l'évaluant à la somme de 4 000 euros. Compte tenu de la part de responsabilité retenu à l'encontre de la société Enedis au point 15, Mme D, Mme I et M. I sont fondés à solliciter respectivement le versement des sommes de 3 000 euros, 2 500 euros et 2 000 euros.

Sur les intérêts :

56. Le requérant a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 208 258,26 euros à compter du 2 décembre 2020, date d'introduction de la requête.

57. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécutoire. Ainsi, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du présent jugement, des intérêts au taux légal sur la somme dont elle est fondée à obtenir le versement, sont dépourvues d'objet et doivent donc être rejetées.

58. Mme D ainsi que M. et Mme I ont droit aux intérêts au taux légal sur les sommes de 3 000 euros, 2 500 euros et 2 000 euros à compter du 2 décembre 2020, date d'introduction de la requête.

Sur les frais liés à l'instance :

59. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Enedis au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société Enedis une somme de 1 500 euros à verser à M. J, Mme D et M. et Mme I, pris ensemble, ainsi qu'une somme de 1 013 euros à verser à la CPAM de Pau au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Bouygues Energies et Servies sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre la société Bouygues Energies et Services sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente.

Article 2 : La société Enedis est condamnée à verser à M. J la somme de 208 258,26 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2020.

Article 3 : La société Enedis est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées la somme de 619 356,25 euros.

Article 4 : La société Enedis est condamnés à rembourser à la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées, au fur et à mesure de leur engagement et sur justificatifs, les débours futurs dans la limite de la somme de 595 697,49 euros.

Article 5 : La société Enedis est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité des frais de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 6 : La société Enedis est condamnée à verser à Mme D, Mme I et à M. I les sommes respectives de 3 000 euros, 2 500 euros et 2 000 euros. Ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 2 décembre 2020.

Article 7 : La société Enedis versera à aux requérants la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : La société Enedis versera à la CPAM de Pau-Pyrénées la somme de 1 013 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à M. B J, à Mme F D, à Mme A I, à M. G I, à la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées, à la société Enedis et à la société Bouygues Energies et Services.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

Mme De Paz, première conseillère,

Mme Patard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La rapporteure,

J. C

Le président,

L. POUGET Le greffier

A. PONTACQ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions