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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2005580

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2005580

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2005580
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFERNANDEZ-BEGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 décembre 2020 et 4 août 2021, Mme B C demande au tribunal dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 19 août 2020 pour un montant de 6 912,98 euros, ensemble la décision du 6 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'agence de l'Eau Adour-Garonne a rejeté son recours gracieux;

2°) à titre principal, d'enjoindre au directeur général de l'agence de l'eau Adour-Garonne de prendre un nouvel arrêté annulant la totalité de l'indu réclamé et à titre subsidiaire, de l'annuler partiellement sous astreinte de 50 euros par jour de retard, enfin, à titre infiniment subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans le sens du jugement à intervenir ;

3°) de la décharger du paiement de la somme de 6 912,98 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'agence de l'eau Adour-Garonne la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa requête est recevable ;

- le titre exécutoire ne comporte pas les bases légales de la liquidation ;

- les informations mentionnées ne sont pas suffisantes et elles n'étaient mentionnées dans aucune autre pièce ;

- le montant figurant sur le titre de perception est erroné ;

- elle est bien recevable à exciper de l'illégalité du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée, car le titre exécutoire est pris parce que les fonctionnaires stagiaires ne peuvent bénéficier de ce texte ;

- le titre attaqué est entaché d'erreur de droit : il se fonde sur l'article 1er du décret du 25 août 2003 qui est illégal dès lors qu'il ne s'applique pas aux agents stagiaires qui étaient anciennement contractuels : aucune différence objective justifie cette différence de traitement ;

- la somme lui est réclamée au mois d'août alors qu'elle était déjà titulaire ;

- l'agence ne pouvait pas ne pas maintenir sa rémunération perçue antérieurement à son stage, en application de la règle du service fait, en application de l'article 28 du décret n°94-874 du 7 octobre 1994 ;

- l'agence de l'eau de l'Adour-Garonne n'est pas fondée à soutenir que report de l'entrée en vigueur du RIFSEEP au 1er janvier 2020 ne remet en cause aucun droit acquis par elle dès lors que ce report a été décidé par le décret n°2018-119 du 10 décembre 2018 et par l'arrêté du même jour ;

- elle a été stagiaire pendant que les anciennes dispositions prévoyaient l'entrée en vigueur du RIFSEEP au 1er janvier 2018 ;

- l'application du RIFSEEP pendant sa nomination, puis sa suppression après sa nomination, est revenue sur un droit individuel acquis ;

- en méconnaissance des dispositions de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et des articles 22 et 28 du décret du 4 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires de l'Etat, la créance qui lui est réclamée est anormale, discriminante et inconventionnelle ;

- l'agence de l'eau Adour-Garonne a méconnu le principe général du droit de continuité de la carrière des agents et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il y a faute, carence de l'agence qui ne lui a pas appliqué la règlementation applicable et est en conséquence fondée à demander pour ce motif la décharge des sommes demandées.

Par des mémoires enregistrés les 2 juillet 2021 et 23 mai 2022, l'agence de l'eau Adour-Garonne, représentée par Me Fernandez-Bégault, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête n'est pas recevable car le recours gracieux présenté par Mme C ne tendait pas à obtenir l'annulation du titre attaqué, mais à obtenir une remise gracieuse ;

- le titre exécutoire est suffisamment motivé ;

- la requérante n'est pas recevable à exciper de l'illégalité du décret du 25 août 2003 dès lors que le titre exécutoire attaqué n'est pas une décision d'application de cet acte réglementaire ;

- ayant eu avant sa titularisation, un contrat à durée indéterminée, elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée annexé à la directive du 28 juin 1999 ;

- le décret du 25 août 2003 a pu sans méconnaître le principe d'égalité, réserver l'ISS aux agents titulaires appartenant au corps des ITPE et exclure les agents contractuels ;

- le report de l'entrée en vigueur du RIFSEEP au 1er janvier 2020 ne remet en cause aucun droit acquis ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la CEDH est infondé ;

- le principe de continuité de carrière ne concerne que les fonctionnaires ;

- aucune carence ne lui est imputable.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;

- le décret n° 2005-631 du 30 mai 2005 ;

-le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994

- l'arrêté du 1er juillet 2013 fixant la liste des personnes morales de droit public relevant des administrations publiques mentionnées au 4° de l'article 1er du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Paz,

- les conclusions de Mme Jaoüen, rapporteure publique,

- et les observations de Me Denilauler, représentant l'agence de l'eau Adour-Garonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C était ingénieure contractuelle au sein de l'agence de l'eau Adour-Garonne, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Dans le cadre du dispositif de " déprécarisation " mis en place par la loi n°2012-347 du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi de titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, Mme C a réussi le concours des ingénieurs des travaux publics de l'Etat au titre de l'année 2019, et en a accepté le bénéfice le 28 septembre 2019. Par un arrêté du 24 juillet 2020, Mme C a été nommée ingénieure des travaux publics de l'Etat stagiaire à compter du 28 septembre 2019, puis après avoir été titularisée le 24 juillet 2020, elle a été affectée à la DDTM de la Gironde à compter du 1er octobre 2020. Estimant que sa nomination en tant que stagiaire remettait en cause les rémunérations perçues en tant qu'agent contractuel, le directeur général de l'agence de l'eau Adour-Garonne a émis le 19 août 2020 un titre de perception d'un montant de 6 912,98 euros. Après avoir tenté en vain de contester ce titre exécutoire, Mme C demande au tribunal d'annuler ce titre et de la décharger de la somme réclamée.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire émis le 19 août 2020 comporte la mention des voies et délais de recours. Aucune pièce ne permet de connaître la date de notification de ce titre à Mme C. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'elle a eu connaissance de ce titre au plus tard à la date à laquelle elle a exercé un recours gracieux le 30 septembre 2020. Contrairement à ce que prétend l'agence de l'eau Adour-Garonne en défense, il résulte des termes du courrier du 30 septembre 2020, que celui-ci n'avait pas que pour seul objet d'obtenir une remise gracieuse de dette mais constituait également un recours gracieux contre le titre en cause dont la régularité était par ailleurs contestée. En outre, il résulte également de l'instruction que l'agence de l'eau Adour-Garonne indique dans sa réponse au recours de la requérante du 6 octobre 2020 que " son recours gracieux quant au remboursement du trop-perçu est rejeté " et confirme à Mme C que sa situation a été examinée conformément aux textes applicables. Par suite, le délai de recours contentieux contre le titre contesté, qui résulte de l'exercice du recours gracieux, a interrompu le délai de recours contentieux et Mme C disposait d'un délai de deux mois pour contester le titre exécutoire attaqué à compter de la notification de la décision du 6 octobre 2020. Ainsi, sa requête enregistrée le 2 décembre 2020 l'a été dans ce délai et n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir invoquée par l'agence de l'eau Adour-Garonne doit être écartée.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

5. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire du 19 août 2020 contesté, n'indique pas les bases de liquidation. Si la lettre d'accompagnement de ce titre, daté du même jour, précise les motifs, et indique notamment qu'il correspond à la régularisation d'un trop perçu entre la situation de Mme C en sa qualité de fonctionnaire titulaire par rapport à sa situation de contractuel de droit public, cette lettre ne contient pas d'indications précises et détaillées quant aux sommes réclamées et ne permettait donc pas à la requérante de connaître les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à sa charge. Par ailleurs, si l'agence de l'eau Adour-Garonne se prévaut d'un courriel du 18 août 2020 relatif à la régularisation d'un trop perçu sur la paie du mois d'août 2020, auquel était joint un bulletin spécimen, toutefois ni le titre attaqué, ni le courrier d'accompagnement ne font référence à ce courriel et à ce bulletin spécimen, lesquels ne permettent pas au surplus, de connaître les bases et les éléments de calcul. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à soutenir que le titre exécutoire qu'elle attaque, est entaché d'une insuffisance de motivation.

Sur les conclusions en décharge et en injonction :

6. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

7. L'annulation du titre de perception du 19 août 2020 résultant seulement d'un vice de forme, n'implique pas, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptibles de la fonder, que Mme C soit déchargée de l'obligation de payer la somme dont le titre de perception en litige l'a constituée débitrice. Pour ce même motif, elle n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer et celles en injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que demande l'agence de l'eau Adour-Garonne au titre des frais liés à l'instance. En revanche, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'agence de l'eau Adour-Garonne une somme de 700 euros au titre de ses frais liés à l'instance.

DECIDE :

Article 1er : Le titre exécutoire du 19 août 2020 est annulé.

Article 2 : L'agence de l'Eau Adour-Garonne versera la somme de 700 euros à Mme C en applications de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C et les conclusions présentées par l'agence de l'eau Adour-Garonne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et à l'agence de l'eau Adour-Garonne.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La rapporteure,

D. de PAZ

La présidente,

F. ZUCCARELLO

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2005580

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