jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2005999 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CAROLINE LAVEISSIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2004416 du 4 décembre 2020 enregistrée le 14 décembre 2020, le président du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal, en application de l'article R. 312-12 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 1er septembre 2020 présentée par M. A B.
Par cette requête et par un mémoire complémentaire enregistré le 3 mars 2021, M. B, représenté par Me Laveissière, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros, avec intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de son exposition à des poussières d'amiante à l'occasion de son activité professionnelle ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en laissant travailler ses agents dans un bâtiment contenant des fibres et des poussières d'amiante sans protection suffisante et en tardant à prendre les mesures adéquates ;
- l'Etat a commis une faute en rejetant sa réclamation préalable par une décision entachée d'erreur de droit ;
- en tout état de cause, la responsabilité de l'Etat est engagée en l'absence de faute pour l'avoir exposé à un risque de contamination anormal et spécial ;
- il est fondé à solliciter une indemnité de 15 000 euros en réparation de son préjudice d'anxiété.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wohlschlegel, première conseillère ;
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public ;
- et les observations de Me Roncim, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ouvrier d'Etat, a été employé comme électricien sur le site de la base militaire de Cazaux de février 1991 à janvier 2000. Estimant avoir été en contact avec de l'amiante dans le cadre de cette activité professionnelle, il a sollicité le 13 février 2020 le versement d'une indemnité en réparation du préjudice lié à son anxiété de développer une maladie grave en raison de cette exposition à l'amiante. Cette demande a été rejetée par le ministre des armées par décision du 6 juillet 2020. M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 15 000 euros à ce titre.
Sur le régime de responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
S'agissant de la faute résultant de l'illégalité de la décision du 6 juillet 2020 :
2. La décision de rejet d'une réclamation préalable a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Il en résulte que M. B ne peut utilement soutenir que la décision du 6 juillet 2020 serait entachée d'une erreur de droit et que cette illégalité serait constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
S'agissant de la faute commise en qualité d'employeur :
3. L'Etat, en sa qualité d'employeur, a une obligation générale d'assurer la sécurité et la protection de la santé des travailleurs placés sous sa responsabilité, et, à cet effet, de veiller à la mise en œuvre effective des règles d'hygiène et de sécurité propres à les soustraire au risque d'exposition aux poussières d'amiante. La carence de l'Etat dans la mise en œuvre de cette obligation est de nature à engager sa responsabilité sur le terrain de la faute.
4. Il résulte tout d'abord de l'analyse effectuée par le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en novembre 1994 que la présence d'amiante a notamment été relevée dans le faux-plafond de deux locaux du bâtiment HM36, construit en 1967, ainsi que la dégradation du flocage amiantifère présent sur les murs. Cette analyse conclut à la qualité satisfaisante de l'atmosphère, mais recommande de nettoyer immédiatement toute trace de résidu et de respecter le port d'une protection respiratoire pour toute intervention sur les produits amiantifères.
5. Il ressort ensuite du compte rendu de la réunion qui s'est tenue sur le site le 16 novembre 2000 que l'accès à plusieurs de ses bâtiments, et notamment de ce bâtiment HM36, a été condamné à la suite des mesures démontrant que certains de leurs locaux présentaient un nombre de particules d'amiante dans l'air supérieur à 25 fibres par litre d'air.
6. Il résulte en outre de l'attestation établie par le directeur du site de Cazaux le 24 juillet 2019 que pendant une durée de neuf ans, comprise entre avril 1991 et décembre 2000, M. B a été amené à exercer des actions agressives sur des supports amiantés à l'occasion de travaux de démontage, de perçage et de façonnage dans les murs et plafonds des bâtiments concernés.
7. M. B soutient enfin, sans être sérieusement contredit, qu'il ne disposait pas d'un équipement de protection contre l'exposition aux poussières d'amiante, mais d'un simple équipement de protection individuelle lié à son métier d'électricien.
8. Ces différents éléments démontrent que M. B a été exposé sans protection aux poussières d'amiante, et ce malgré les recommandations du BRGM formulées dès novembre 1994. La carence fautive de l'Etat dans la mise en œuvre diligente de son obligation de protection des travailleurs contre le danger résultant des poussières d'amiante doit ainsi être regardée comme établie.
9. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat () sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ". Il résulte de ces dispositions que le point de départ de la prescription quadriennale est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître de façon suffisante l'origine et la gravité du dommage qu'elle a subi ou est susceptible de subir.
10. S'il ressort effectivement du compte-rendu de la réunion établi le 16 novembre 2000 et visé au point 5 qu'il a été prévu d'informer les personnels de la présence de fibres d'amiante à un niveau supérieur au niveau admissible dans certains bâtiments, ainsi que les organisations syndicales et le comité d'hygiène et de sécurité, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que cette information ait été effectivement réalisée. Par suite, ce n'est qu'à la date du 24 juillet 2019 à laquelle l'attestation visée au point 6 a été délivré à M. B que ce dernier peut être regardé comme ayant eu une connaissance suffisante des risques réellement encourus au cours de son activité professionnelle et, par voie de conséquence, de l'existence de sa créance à raison du préjudice résultant de l'existence de ces risques. Il s'ensuit que sa créance n'était pas prescrite à la date à laquelle il a présenté sa réclamation préalable et que l'exception de prescription quadriennale présentée par le ministre en défense doit être écartée.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
11. M. B ne démontre pas avoir subi un préjudice anormal et spécial distinct de celui que lui a occasionné la faute commise par l'Etat en s'abstenant d'assurer la sécurité et la protection de la santé des travailleurs placés sous sa responsabilité. Ses conclusions tendant à bénéficier d'une indemnisation sur le fondement de la responsabilité pour risque doivent par suite être rejetées.
Sur le préjudice :
12. La personne qui recherche la responsabilité d'une personne publique en sa qualité d'employeur et qui fait état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l'anxiété de voir ce risque se réaliser.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B établit avoir, pendant une durée de neuf années, exercé sans protection des fonctions l'exposant directement à des poussières d'amiante. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à ce titre.
Sur les intérêts :
14. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 5 000 euros à compter du 13 février 2020, date de présentation de sa réclamation préalable, ainsi qu'il le demande.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une indemnité de 5 000 euros avec intérêts au taux légal à compter du 13 février 2020.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 28 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme Wohlschlegel, première conseillère,
et Mme Patard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
E. WOHLSCHLEGEL
Le président,
D. FERRARI La greffière,
C. POTTIER
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2005999
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026