mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2100182 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SAPATA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 janvier 2021 et 7 mai 2022, M. B C demande au tribunal :
1°) d'annuler le règlement intérieur de l'unité de soins Parchappe du centre hospitalier spécialisé de Cadillac, en tant qu'il restreint l'accès aux chambres des autres patients ;
2°) de condamner le centre hospitalier spécialisé de Cadillac à lui verser la somme de 2 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait d'une sanction qui lui aurait été infligée lors de son séjour au sein de cet établissement ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier spécialisé de Cadillac une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le règlement intérieur, dès lors qu'il interdit aux patients d'accéder à la chambre d'autres patients, porte atteinte à leur liberté sexuelle ;
- sur le fondement de ces dispositions illégales, il a fait l'objet d'une sanction, par conséquent elle-même illégale, de 25 jours lors de son séjour au sein de cette unité ;
- cette sanction lui a causé un préjudice moral qu'il convient d'indemniser à hauteur de 2 500 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 mars 2022, le centre hospitalier spécialisé de Cadillac, représenté par Me Sapata, avocat, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête ;
- les conclusions indemnitaires de la requête ne sont au demeurant pas recevables en l'absence de demande préalable ;
- M. C n'a pas fait l'objet d'une sanction, mais d'une mesure préventive destinée à protéger les autres patients ;
- aucune faute n'est susceptible d'être retenue à son encontre ;
- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Gélas, rapporteure,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sapata, représentant le centre hospitalier spécialisé de Cadillac.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, hospitalisé à compter du 3 novembre 2020 au sein de l'unité Parchappe du centre hospitalier spécialisé de Cadillac, demande au tribunal d'annuler le règlement intérieur de cette unité, en tant qu'il prévoit que le patient n'est pas autorisé à rentrer dans la chambre d'un autre patient ou de faire entrer un autre patient dans la sienne. Il demande également au tribunal de condamner le centre hospitalier à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi résultant d'une sanction de 25 jours d'enfermement dans sa chambre à compter de 21 heures, prise à son encontre sur le fondement de cette disposition du règlement intérieur.
Sur les conclusions tendant à l'annulation du règlement intérieur :
2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 9 du code civil : " Chacun a droit au respect de sa vie privée. () ".
3. Aux termes de l'article L. 3211-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'une personne atteinte de troubles mentaux fait l'objet de soins psychiatriques en application des dispositions des chapitres II et III du présent titre ou est transportée en vue de ces soins, les restrictions à l'exercice de ses libertés individuelles doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées à son état mental et à la mise en œuvre du traitement requis. En toutes circonstances, la dignité de la personne doit être respectée et sa réinsertion recherchée. () ".
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'ingérence, par une autorité publique, dans l'exercice du droit d'une personne atteinte de troubles mentaux, hospitalisée sans son consentement, au respect de sa vie privée, qui constitue une liberté individuelle, ne peut être légale que si elle répond à des finalités légitimes et qu'elle est adéquate et proportionnée au regard de ses finalités.
5. Le règlement intérieur de l'unité Parchappe du centre hospitalier spécialisé de Cadillac dispose : " Il vous est demandé de respecter l'intimité de chacun. Il n'est pas autorisé de rentrer dans une chambre qui n'est pas la vôtre ou de faire entrer un patient dans la vôtre (par souci de protection des personnes hospitalisées vulnérables au sein de ce service) ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par celles du livret d'accueil remis à chaque patient et relatives à la vie sexuelle durant l'hospitalisation, que le règlement litigieux n'a pas pour objet d'interdire, de manière générale et absolue, aux patients, d'exercer leur liberté sexuelle. Si M. C soutient que ces dispositions limitent le caractère effectif de cette liberté, le centre hospitalier fait valoir en défense, sans être contredit, que cette disposition a uniquement pour but d'assurer la sécurité, la tranquillité et le respect de l'intimité des patients, au regard des impératifs de sécurité. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de la spécificité de ce centre hospitalier, qui reçoit essentiellement des patients hospitalisés sous contrainte et particulièrement vulnérables, les dispositions litigieuses ne portent pas au droit au respect de la vie privée et familiale des patients de l'unité Parchappe une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquelles elles ont été prises. Par suite, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des dispositions contestées du règlement intérieur de l'unité Parchappe.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Aux termes de l'article L. 3216-1 du code de la santé publique : " La régularité des décisions administratives prises en application des chapitres II à IV du présent titre ne peut être contestée que devant le juge judiciaire. / () Lorsque le tribunal judiciaire statue sur les demandes en réparation des conséquences dommageables résultant pour l'intéressé des décisions administratives mentionnées au premier alinéa, il peut, à cette fin, connaître des irrégularités dont ces dernières seraient entachées ".
7. Depuis l'entrée en vigueur de ces dispositions, la juridiction judiciaire est seule compétente pour apprécier non seulement le bien-fondé mais également la régularité d'une mesure de soins psychiatriques et les demandes en réparation des conséquences dommageables qui peuvent en résulter. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'indemnisation des conséquences dommageables résultant de l'éventuelle illégalité fautive de la mesure d'enfermement dans sa chambre à compter de 21 heures pendant 25 jours prise par l'un des médecins de l'unité Parchappe à l'encontre de M. C doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier spécialisé de Cadillac, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au centre hospitalier spécialisé de Cadillac.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,
Mme de Gélas, première conseillère,
Mme Ballanger, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La rapporteure,
C. DE GÉLAS
La première conseillère,
faisant fonction de présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026