mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2100346 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GRENIER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 janvier 2021 et 6 juillet 2022, Bordeaux Métropole, représentée par Me Cabannes, demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum les sociétés Systra, Fayat Entreprise TP, Moderne de Technique routière (MOTER), Sogefi 33 et CMR à lui payer la somme de 613 446,50 euros, assortie des intérêts moratoires ou à défaut des intérêts au taux légal à compter de l'introduction de la présente requête, et la capitalisation des intérêts ;
2°) de condamner in solidum les sociétés Systra, Fayat Entreprise TP, Moderne de Technique routière (MOTER), Sogefi 33 et CMR au dépens de l'instance et au paiement de la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Bordeaux Métropole fait valoir que :
- sa requête est recevable : les désordres ont donné lieu à des constats d'huissier et à des photographies. Les constructeurs en ont eu connaissance avant toute intervention. Les constats ont été discutés pendant les opérations d'expertise ;
- la solution qu'ils ont ensuite proposée était tardive et incomplète ;
- les modalités de passation d'un marché de réparation ne peuvent exclure l'indemnisation des préjudices subis ;
- la victime d'un dommage a toujours le droit d'opter pour une réparation en nature ou numéraire ;
- la responsabilité décennale des constructeurs est engagée pour les désordres constatés en février 2013 sur le profil en long du rail de roulement de la voie 2 de la ligne C entre les stations Belcier et Carles Vernet, sur la portion longeant la rue Beck ;
- les désordres compromettent la solidité de l'ouvrage ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre serait engagée au titre de leur manquement à une obligation de conseil ;
-les désordres ont pour origine des défauts de conception, d'exécution et une déficience dans la surveillance des travaux ;
- le groupement de maître d'œuvre avait à sa charge la définition de la plateforme et le contrôle de la bonne exécution de celle-ci ;
- il aurait pu également attirer l'attention, au stade de la réception, sur les désordres susceptibles d'affecter l'ouvrage et dont il aurait pu avoir connaissance s'il avait accompli sa mission selon les règles de l'art ;
- elle est fondée à demander le remboursement des travaux provisoires jugés utiles par l'expert judiciaire, dont 40 221, 20 euros HT au titre des investigations réalisées avant l'expertise, 17 535 euros HT au titre de la réparation et 80 509,51 euros HT au titre des investigations effectuées pendant l'expertise ;
- en dépit de l'évaluation réalisée par l'expert judiciaire, elle est fondée à demander le paiement des sommes de 35 754, 83 euros et de 319 714,96 euros HT ;
- elle a subi un surcoût d'exploitation supporté initialement par la société Kéolis, à hauteur de 119 711 euros HT. Ce préjudice se traduit par un allongement du temps de parcours et une augmentation des heures de conduite. Elle établit avoir pris en charge ce préjudice.
Par des mémoires enregistrés les 30 mars 2022 et 9 septembre 2022, la société Fayat Entreprise TP, la société Moderne de Technique routière (MOTER), la société Sogefi 33 et la société CMR, représentées par Me Salesse, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête ;
2°) à titre subsidiaire, de limiter le montant de la condamnation à la somme de 343 708,03 euros ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, en l'absence de condamnation solidaire, de limiter leur part de responsabilité à 10 % ;
4°) de condamner la société Systra à les garantir à hauteur de 90 % ;
5°) de laisser à la charge de Bordeaux Métropole les dépens.
Elles font valoir que:
- la demande de Bordeaux Métropole est irrecevable car les travaux ont été réalisés en dehors de tout cadre légal, de sorte que les contrats sont nuls et les travaux réalisés en exécution de ces commandes ne peuvent donner lieu à garantie des constructeurs ;
- le coût des travaux de reprises se limiteront à la somme de 307 953,20 euros HT ;
- aucune justification n'est produite pour prouver la perte d'exploitation ;
- les frais d'expertise resteront à la charge de la requérante dès lors que l'expertise a été rendue nécessaire par son comportement ;
- elles sont fondées à demander que la société Systra les garantisse car elle n'a pas pris en compte les problèmes d'eau, n'a pas justifié ses calculs pour dimensionner la structure ;
- la principale cause des sinistres réside dans la conception initiale des ouvrages par la société Systra ;
- la responsabilité de la société Systra est également engagée en tant que maître d'œuvre d'exécution : la tenue de la structure est liée au problème de sol rencontré et à leur traitement à travers des purges et un dimensionnement de la structure béton insuffisant ;
- elle n'a pas énoncé de prescriptions en cours de chantier au niveau des purges et a mal dimensionné les structures ;
- n'étant concernées que par une des causes des désordres, elles sont fondées à demander à demander à être garanties par la société Systra à hauteur de 90 %.
Par des mémoires enregistrés les 3 juin 2022 et 7 septembre 2022, la société Systra France, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête;
2°) à titre subsidiaire, de limiter le montant de la condamnation à la somme de 388 462,71 euros ;
3°) de limiter sa part de responsabilité à 20% ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner la société Fayat Entreprise TP, la société Moderne de Technique routière (MOTER), la société Sogefi 33 et la société CMR, à la garantir à hauteur de 80 % du montant total des condamnations prononcées au profit de Bordeaux Métropole;
5°) de laisser à la charge de Bordeaux Métropole les dépens et à défaut de les mettre intégralement à la charge de la société Fayat Entreprise TP, de la société Moderne de Technique routière (MOTER), de la société Sogefi 33 et de la société CMR ;
6°) de mettre à la charge de tout succombant la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les travaux de reprise effectués par la SNCF en 2013 ont été réalisés sans publicité, ni mise en concurrence et en absence d'urgence, en méconnaissance de l'article R. 2122-1 du code de la commande publique ;
- les travaux effectués en toute illégalité doivent être considérés comme nuls et ne peuvent donner lieu à une quelconque garantie des constructeurs ;
- les dépenses réalisées avant l'expertise judiciaire n'ont pas soumises au contradictoire;
- l'expertise réalisée par la SNCF n'a pas été contradictoire et elle ne permet pas d'écarter l'hypothèse selon laquelle les travaux réalisés par la SNCF ne seraient pas la cause des préjudices dont la requérante demande réparation ;
- les désordres n'engagent pas la responsabilité décennale des constructeurs en l'absence de démonstration par Bordeaux Métropole que les conditions de mise en œuvre de la garantie décennale sont remplies ;
- les désordres concernent un unique rail de roulement de la voie 2 ;
- cette anomalie ne compromet pas la solidité de l'ouvrage ;
- la cause provient d'un défaut d'entretien ;
- sa responsabilité contractuelle ne peut être engagée au titre d'un manquement à un devoir de conseil, dès lors que les désordres ont pour origine une méconnaissance des prescriptions techniques du marché ;
- les travaux conservatoires et les investigations menées, s'ils ont été estimés justifiés par les experts, n'ont pas été utiles à la résolution des désordres ;
- les travaux de réparation définitive seront limités à l'évaluation faite par l'expert ;
- le préjudice lié à la perte d'exploitation n'est pas établi ;
- les sociétés composant le groupement d'entreprise ont joué un rôle prépondérant dans la survenance des désordres ;
- elle ne saurait être condamnée in solidum car les manquements commis peuvent être dissociés ;
- à défaut, les sociétés composant le groupement d'entreprise la garantiront des condamnations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu l'ordonnance du 5 avril 2017 par laquelle la présidente du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise judiciaire la somme totale de 45 617, 05 euros T.T.C.
Vu :
-le code civil ;
-le code des marchés publics ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Paz,
- les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique,
- et les observations de Me Couette, représentant Bordeaux Métropole, Me Chadanian, représentant la société Systra et Me Waller, représentant les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR.
Des notes en délibérée présentées par Bordeaux Métropole et par la société Systra ont été enregistrées les 25 janvier et 2 février 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la réalisation de son réseau de transports en commun, la communauté urbaine de Bordeaux aux droits de laquelle vient Bordeaux Métropole, a confié la maîtrise d'œuvre de la seconde phase de l'opération de construction du tramway au groupement Tysia, composé des sociétés Thalès, Ingérop, ECCTA et Systra, cette dernière société ayant été désignée mandataire du groupement. Les travaux ont fait l'objet de plusieurs marchés, dont celui de la " voie 203 ", confié au groupement composé des sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR, portant sur les " voies ferrées revêtements ". La réception des travaux est intervenue le 23 juin 2008. Dans le courant de l'année 2013, la société Kéolis, chargée de l'exploitation et de l'entretien du réseau du tramway, a constaté une anomalie sur le profil en long du rail de roulement de la voie 2 située du côté du bâtiment " Terrasses d'Armagnac ". Une expertise a alors été confiée à la SNCF et les travaux de reprise provisoires destinés à éviter l'interruption du service ont été confiés à la société ETF par la société Kéolis. Puis, à la demande de Bordeaux Métropole, le président du tribunal administratif de Bordeaux a désigné un collège d'experts par une ordonnance du 20 janvier 2014. Dans la présente instance, Bordeaux Métropole demande la condamnation des sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33, CMR et de la société Systra à réparer les conséquences dommages des désordres ayant affectés la voie 2 du tramway. La société Systra et le groupement présentent des conclusions d'appel en garantie.
Sur la responsabilité décennale :
En ce qui concerne la nature des désordres :
2. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
3. Il résulte des principes énoncés au point 2 que les irrégularités qui affecteraient la procédure de passation des marchés publics passés pour la réalisation des travaux provisoires sont, en tout état de cause, sans incidence sur l'engagement de la responsabilité décennale des constructeurs. Par suite, la société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR ne sont pas fondées à soutenir qu'une telle circonstance exclurait par principe toute garantie des constructeurs et que la demande de Bordeaux Métropole serait pour ce motif irrecevable.
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise judiciaire, que les désordres en litige, consistent en un affaissement de la voie ferrée du tramway à proximité de la rue Beck et de la rue Brienne. Ils proviennent de grosses disparités dans l'épaisseur du béton de la plateforme et d'un défaut d'épaisseur du béton inférieure à celle prévue par le cahier des clauses techniques particulière, provoquant ainsi, par un phénomène de flexion, un tassement du sous-sol. Il résulte aussi du rapport d'expertise judiciaire que des eaux d'infiltration se sont avérées être au-dessous de la plateforme en raison du fait que les drains n'ont pas été placés dans des tranchées étanches. Par ailleurs, les contraintes ayant été supérieures à celles envisagées, le béton s'est fissuré et s'est cassé, aggravant le phénomène de tassement. A supposer même qu'il ne serait apparu en 2013 que sous un rail de roulement de la voie ferrée, cet affaissement qualifié par le collège d'experts de progressif, compromet la solidité de l'ouvrage et le rend impropre à sa destination. Par suite, n'ayant pas fait l'objet de réserve lors de la réception des travaux le 23 juin 2008, ce désordre est susceptible d'engager la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que les désordres constatés ont pour origine des défauts de conception de la plateforme au niveau de sa résistance mécanique, compte tenu de la mauvaise prise en compte de l'altitude du terrain pouvant générer des apports d'eau et de la nature du sol argileux et non absorbant, ainsi que de la mauvaise évaluation de la résistance du sous-sol. Ils ont aussi pour cause une mauvaise exécution du béton et du fond de forme, qui ne présente qu'une épaisseur de 14 cm au lieu des 19 cm exigés par le cahier des clauses techniques particulière, révélant également d'un défaut de surveillance des travaux. En revanche, contrairement à ce que soutient la société Systra, il ne ressort pas du rapport d'expertise que les désordres seraient dus à un défaut d'entretien. Dans ces conditions, ces désordres engagent la responsabilité de la société Systra, chargée au sein du groupement Tysia de la définition de la plateforme et de sa bonne exécution et celle des sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33, CMR, qui ont exécuté les travaux et auxquelles les désordres sont aussi imputables. Par suite, Bordeaux Métropole est fondée, contrairement à ce que prétend les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33, CMR, à demander la condamnation solidaire de ces sociétés avec la société Systra à réparer les désordres.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les travaux de réparation provisoires et définitifs :
6. Bordeaux Métropole demande l'indemnisation des travaux provisoire de renforcement des rails et de calage de la plateforme pour un montant de 17 535 euros HT, qui ont été réalisés en urgence en janvier 2014 par la société ETF, afin de ne pas interrompre le service, ainsi que l'indemnisation des travaux de réparation effectués pendant l'été 2014 sur une longueur de 25 mètres pour un montant de 319 714,96 euros HT, auquel s'ajoute le coût des prestations intellectuelles afférentes, à hauteur de 35 754,83 euros HT, comprenant l'assistance technique, le coordonnateur SPS et l'assistance à maîtrise d'ouvrage.
7. En premier lieu, si certaines de ces factures, notamment celles relatifs aux travaux provisoires, aux travaux de renouvellement de rails, aux frais d'assistance technique et à la pose d'éléments de signalisation et des tests ont été acquittées par la société Kéolis, exploitant de l'ouvrage, il est constant qu'un avenant n°7 a été conclu, en vertu d'une délibération adoptée le 19 décembre 2014 par le conseil communautaire de la communauté urbaine de Bordeaux, entre la société Kéolis et la communauté urbaine de Bordeaux afin que cette dernière compense le coût des sommes payées par l'exploitant du réseau de tramways. Par suite, Bordeaux Métropole justifie avoir supporté la charge de ces sommes.
8. En second lieu, la circonstance invoquée par la société Systra que les travaux provisoires n'aient pas été soumis au contradictoire ne fait pas obstacle à leur indemnisation.
9. En troisième lieu, la société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR demandent au tribunal de limiter l'indemnisation des travaux de réparation à la somme de 307 953,20 euros HT fixée par les experts judiciaires. Toutefois, il résulte du rapport de l'expertise judiciaire que pour arriver à cette somme, les experts se sont basés sur le devis établi par la société CMR d'un montant de 194 500 euros HT et, après l'avoir comparé avec les factures produites par Bordeaux Métropole afférentes aux travaux réellement réalisés, l'ont corrigé à cinq reprises pour prendre en compte des travaux non prévus dans le devis initial. Dans ces conditions et en l'absence d'anomalies dans les factures produites par Bordeaux Métropole, l'évaluation des travaux de réparation par les experts apparaît hypothétique et ne peut être retenue. Par conséquent, Bordeaux Métropole est fondée à demander l'indemnisation des travaux de réparation nécessaires pour remédier aux désordres, dont le montant est justifié par la production de factures, à demander le remboursement de la somme de 319 714,96 euros HT.
10. Il résulte de ce qui précède que Bordeaux Métropole est donc fondée à demander la somme de 373 004,79 euros HT au titre des travaux de réparation provisoires et définitifs.
En ce qui concerne les frais des investigations menées avant l'expertise et les frais d'huissiers :
11. Bordeaux Métropole justifie également avoir exposé la somme totale de 1 268,97 euros HT pour faire constater l'état de la plateforme par des constats d'huissier les 21 mars 2013, 13 décembre 2013, 16 juillet 2014 et 14 août 2015.
12. Elle justifie également avoir engagé des frais d'investigations menées avant l'expertise, notamment des sondages du sol, des relevés d'altitude des rails et une étude demandée à la SNCF. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, la circonstance que les investigations ainsi réalisées n'aient pas été soumises au contradictoire avant les opérations d'expertise judiciaire n'est pas de nature à faire obstacle à leur indemnisation. Par suite, Bordeaux Métropole est fondée à demander le paiement du montant des investigations réalisées avant l'expertise, soit la somme de 39 785,90 euros HT, dès lors que celles-ci ont été considérées utiles par les experts judiciaires et leur réalisation est en lien direct avec les désordres en litige.
En ce qui concerne le préjudice d'exploitation :
13. Bordeaux Métropole demande à ce titre la somme de 119 711 euros, qui correspond à des heures supplémentaires effectuées par ses conducteurs et occasionnées par le ralentissement important et obligatoire effectué lors de chaque passage de tramway en 2013 et en 2014 au droit des désordres jusqu'à la date de réalisation des travaux de reprise de ces désordres. Il résulte de l'instruction, notamment de l'avenant n°7 décrit au point 7, que Bordeaux Métropole a supporté la charge définitive de cette somme.
14. Toutefois, en l'espèce, si le collège d'experts a admis l'existence d'un préjudice lié au ralentissement important de la circulation des tramways au niveau des désordres en litige, il a estimé que les sommes demandées, fondées sur un temps de 108 secondes supplémentaires lié au ralentissement du tramway, n'étaient pas justifiées, ce temps de 108 secondes lui semblant très excessif. Or, alors que le collège des experts lui avait demandé la production de documents comptables certifiés et les bulletins de paie des conducteurs ayant effectués les trajets sur la période considérée, Bordeaux Métropole n'a pas justifié devant les experts et ne justifie toujours pas devant le tribunal de l'existence d'heures supplémentaires payées aux conducteurs de tramways en raison de ces ralentissements, en se bornant à produire un tableau de calcul prenant en compte le nombre de tramways chaque jour et un temps de retard de 108 secondes. Bordeaux Métropole, qui n'a pas plus de droits que la société Kéolis, n'est pas fondée à se prévaloir de la circonstance qu'elle a déjà indemnisé cette société. Par suite, sans qu'il soit nécessaire d'ordonner un complément d'expertise, elle n'est pas fondée à demander une indemnisation pour ce préjudice.
15. Il résulte de tout ce qui précède que le préjudice subi par Bordeaux Métropole s'élève à la somme totale de 414 059, 66 euros HT. Il y a lieu, dès lors, de condamner in solidum les constructeurs à lui payer cette somme.
En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :
16. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Bordeaux Métropole a droit aux intérêts moratoires au taux légal correspondant à l'indemnité mentionnée au point précédent à compter de la date d'enregistrement de la présente requête, soit le 22 janvier 2021. Par ailleurs, Bordeaux Métropole a demandé la capitalisation de ces intérêts le 22 janvier 2021. En application de l'article 1343-2 du code civil, cette demande prend effet à compter du 22 janvier 2022, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière.
Sur les dépens :
17. Par une ordonnance du 5 avril 2017, les frais de l'expertise confiée à M. C ont été taxés et liquidés à la somme de 23 417, 05 euros et les frais de l'expertise confiée à M. A ont été taxés et liquidés à la somme de 22 200 euros. Il y a lieu de condamner in solidum la société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR à verser la somme de 45 617,05 euros à Bordeaux Métropole.
18. Les frais d'investigations avancés par Bordeaux Métropole au cours de l'expertise pour connaître la cause des désordres relèvent des dépens.
19. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du collège des experts judiciaires, que Bordeaux Métropole a engagé des investigations pendant l'expertise, notamment une étude réalisée par le CEBTP, des relevés d'altitudes des rails, des sondages du sous-sol et des investigations dans le réseaux d'eaux pluviales, qui ont été utiles à l'expertise judiciaire, et dont le montant s'élève à la somme de 79 675,84 euros. Il y a lieu de condamner in solidum la société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR à verser la somme à Bordeaux Métropole.
20. Il résulte de ce qui précède que la société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR sont condamnés in solidum à verser la somme totale de 125 292,89 euros à Bordeaux Métropole au titre des dépens.
Sur les conclusions d'appels en garantie :
21. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que le désordre affectant la plateforme du tramway a pour cause principale un défaut de conception et un défaut de surveillance imputables à la société Systra et, dans une moindre mesure, à des fautes dans l'exécution des travaux imputables aux sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR, ainsi qu'il a été dit au point 4. Dans ces conditions, il sera faite une juste appréciation de leur responsabilité respective en laissant à la charge de la société Systra, 75 % des condamnations prononcées aux points 15 et 20 et à la charge du groupement d'entreprises composé des sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR, 25 % de ces mêmes condamnations.
Sur les frais liés à l'instance :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Bordeaux Métropole qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que demande la société Systra au titre de ses frais liés à l'instance. Il y a lieu en revanche de condamner solidairement la Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR à verser à Bordeaux Métropole la somme de 3 000 euros.
DECIDE :
Article 1er : La société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR sont condamnées in solidum à payer la somme de 414 059,66 euros HT à Bordeaux Métropole, avec les intérêts moratoires au taux légal à compter du 22 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 22 janvier 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR sont condamnées in solidum à payer les dépens d'un montant de 125 292,89 euros à Bordeaux Métropole.
Article 3 : La société Systra et les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR sont condamnées solidairement à verser la somme de 3 000 euros à Bordeaux Métropole en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La société Systra est condamnée à garantir les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR à hauteur de 75 % des condamnations prononcées aux articles 1er, 2 et 3.
Article 5 : Les sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR sont condamnées à garantir la société Systra à hauteur de 75 % des condamnations prononcées aux articles 1er, 2 et 3.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par Bordeaux Métropole et les conclusions présentées par la société Systra en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société Systra, aux sociétés Fayat, Moter, Sogefi 33 et CMR et à Bordeaux Métropole.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Mariller, présidente,
- Mme De Paz, première conseillère,
- Mme Denys, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.
La rapporteure
D. DE PAZ
La présidente
C. MARILLER
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2100346
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026