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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100357

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100357

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100357
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGREFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2021, Mme C A, représentée par Me Greff, avocate, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum le centre hospitalier d'Arcachon et son assureur, l'agence de gestion des sinistres médicaux, à lui verser la somme de 468 365,50 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son recours et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices résultant des manquements dans sa prise en charge par l'établissement du 2 au 24 décembre 2013 ;

2°) de condamner le centre hospitalier d'Arcachon et son assureur aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Arcachon et de son assureur la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier d'Arcachon a commis une pluralité de fautes lors de sa prise en charge entre le 2 et le 24 décembre 2013, à savoir des retards de diagnostic et thérapeutiques, une intervention chirurgicale non conforme aux données acquises de la science et de l'art médical, un défaut de prise en compte d'un résultat radiologique révélant un défaut de soins attentifs et consciencieux, et un manquement à son devoir d'information sur les risques post-opératoires ;

- ces fautes révèlent un manquement au devoir d'assistance, devant être indemnisé à hauteur de 300 000 euros ;

- les dépenses de santé qu'elle a engagées doivent être indemnisées ; il conviendra de sursoir à statuer sur le solde lui revenant dans l'attente de la production par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de ses débours ;

- le montant des frais d'assistance par une tierce personne doit être indemnisé à hauteur de 1 300,50 euros ;

- son préjudice scolaire doit être indemnisé à hauteur de 15 000 euros ;

- les dépenses de santé futures doivent être indemnisées à hauteur de 30 000 euros ;

- son déficit fonctionnel temporaire doit être indemnisé à hauteur de 665 euros ;

- les souffrances qu'elle a endurées doivent être indemnisées à hauteur de 35 000 euros ;

- il y a lieu de fixer l'indemnisation de son préjudice esthétique temporaire à 5 000 euros ;

- elle présente un déficit fonctionnel permanent qui doit être indemnisé à hauteur de 8 900 euros ;

- son préjudice esthétique permanent doit être réparé à hauteur de 2 500 euros ;

- son préjudice sexuel doit être réparé à hauteur de 50 000 euros ;

- son préjudice d'agrément et les troubles dans les conditions de l'existence doivent être indemnisés à hauteur de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 29 juillet 2021 et 1er mars 2023, le centre hospitalier d'Arcachon et l'agence de gestion des sinistres médicaux (AGSM), représentés par Me Tamburini-Bonnefoy, avocate, concluent à la mise hors de cause de la société AGSM, à la réduction des prétentions de la requérante, et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser respectivement au centre hospitalier et à la société AGSM.

Ils soutiennent que :

- la société AGSM n'est pas l'assureur du centre hospitalier d'Arcachon ;

- le principe de la responsabilité du centre hospitalier pour faute n'est pas contesté, seuls les manquements susceptibles d'engager sa responsabilité et les conséquences limitées de ces derniers sont discutés ;

- le montant total de l'indemnisation à verser à la requérante doit être fixé à 3 417,70 euros, ou, à titre subsidiaire, à 4 246 euros ;

- les éventuelles demandes de remboursement de créances de la CPAM doivent être rejetées ;

- les intérêts moratoires courent à compter du prononcé du jugement ;

Par un mémoire enregistré le 1er février 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère a indiqué ne pas entendre intervenir à l'instance.

Par un mémoire enregistré le 26 mars 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, avocat, conclut à sa mise hors de cause.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 16 juin 2020, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr B à la somme de 2 250 euros.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, alors âgée de 13 ans, souffrait depuis plusieurs jours de douleurs abdominales importantes, de nausées, de vomissements et de diarrhées, lorsqu'elle a été adressée le 2 décembre 2013 par son médecin généraliste au service des urgences du centre hospitalier (CH) d'Arcachon qui suspectait un syndrome appendiculaire atypique. Examinée par un médecin urgentiste, retenant un syndrome infectieux avec point d'appel abdominal et suspectant une appendicite aigüe, elle est alors admise au sein du service de pédiatrie et une échographie pelvienne est programmée pour le lendemain. L'échographie et le scanner abdomino-pelviens réalisés le 3 décembre 2013 permettront de diagnostiquer une pelvipéritonite avec deux collections et un appendice inflammatoire. Mme A est opérée le jour même par cœlioscopie, avec lavage péritonéal et appendicectomie. Dans les suites opératoires, elle réalise une échographie abdominale le 9 décembre 2013 et est autorisée à regagner son domicile le jour-même. Elle est de nouveau adressée par son médecin généraliste au CH d'Arcachon le 16 décembre 2013 pour fièvre et douleurs lombaires et abdominales. Une échographie abdominale est réalisée le jour même, puis un scanner le lendemain, établissant une pelvipéritonite. Mme A est à nouveau opérée par cœlioscopie pour drainage d'une collection pelvienne, puis le lendemain, le 18 décembre 2013, par laparotomie. Les suites post-opératoires seront lentement favorables, et Mme A sera autorisée à rejoindre son domicile le 24 décembre 2013.

2. Par courrier en date du 5 novembre 2018, Mme A a demandé au CH d'Arcachon de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en lien avec sa prise en charge du 2 au 24 décembre 2013. Sa demande a été rejetée par décision du 9 janvier 2019. Sur demande de Mme A, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a, par ordonnance du 6 novembre 2019, ordonné une expertise médicale. Le rapport d'expertise a été déposé le 14 juin 2020. Dans le cadre de la présente instance, Mme A demande au tribunal de condamner solidairement le CH d'Arcachon et la société AGSM, son assureur, à réparer les différents préjudices résultant de sa prise en charge.

Sur la mise en cause de la société AGSM :

3. Le centre hospitalier d'Arcachon et la société AGSM demandent la mise hors de cause de cette dernière. Il résulte de l'instruction que la société AGSM n'est pas l'assureur du centre hospitalier d'Arcachon. Il y a lieu, par suite, de faire droit à leur demande et de la mettre hors de cause.

Sur le principe de responsabilité :

En ce qui concerne les fautes médicales :

4. Aux termes du premier alinéa du premier paragraphe du I de l'article L. 1142-1 du code de santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que, lors de sa prise en charge par le service des urgences du CH d'Arcachon le 2 décembre 2013, l'historique de la maladie et les signes cliniques et biologiques imposaient de rechercher une appendicite compliquée d'une péritonite, urgence médico-chirurgicale, suggérée par le médecin traitant, et évoquée par le médecin urgentiste ou le pédiatre sans que ces derniers tirent les conclusions qui en résultaient, à savoir la réalisation d'une échographie abdominale puis une prise en charge chirurgicale le jour même. Cette prise en charge, qui n'a pas été effectuée dans les règles de l'art, est constitutive d'une première faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le diagnostic posé le 3 décembre 2013 d'une pelvipéritonite avec deux collections et un appendice inflammatoire imposait que soit pratiquée en urgence une cœlioscopie avec lavage péritonéal et appendicectomie. L'expert relève toutefois que s'il apparait légitime d'avoir débuté l'intervention chirurgicale par une voie d'abord coelioscopique, l'absence de conversion en laparotomie n'a pas permis au chirurgien d'effectuer un lavage péritonéal optimal avec le déroulement de tout l'intestin grêle, l'évacuation complète des collections abcédées cloisonnées devant permettre un lavage complet de la cavité abdominale. Par ailleurs, la mise en place d'un seul drain de Shirley dans la cavité pelvienne, alors qu'il existait une péritonite cloisonnée, n'a pas permis de drainer efficacement les collections résiduelles. Ainsi, ces actes chirurgicaux n'ont pas été réalisés conformément aux données acquises de la science et de l'art médical. Il en résulte une deuxième faute, commise dans la réalisation des gestes chirurgicaux.

7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les résultats de l'échographie abdominale réalisée le 9 décembre 2013, montrant la persistance d'une collection du cul de sac de Douglas, n'ont été analysés ni par les pédiatres du CH ni par le chirurgien digestif, qui ont autorisé la sortie et le retour au domicile de Mme A alors que son état de santé imposait une reprise chirurgicale rapide ou une ponction sous scanner. Ce défaut de prise en compte d'un résultat radiologique révèle un défaut de soins attentifs et consciencieux, constitutif d'une troisième faute de nature à engager la responsabilité du CH d'Arcachon.

8. Enfin, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que, lors de la seconde prise en charge de Mme A le 16 décembre 2013, le chirurgien digestif du centre hospitalier a réalisé une échographie abdominale retrouvant une collection dans le cul de sac de Douglas, dont la taille s'était majorée depuis le 9 décembre 2013. L'expert souligne qu'un scanner abdominal était alors impératif dès le 16 décembre 2013, devant conduire à une ré-intervention en urgence. Cette nouvelle intervention, finalement réalisée le lendemain, est de nouveau réalisée par cœlioscopie, alors que, compte tenu de la situation clinique, et conformément aux données acquises de la science et de l'art médicale, une laparotomie s'imposait, caractérisant ainsi une quatrième faute de nature à engager la responsabilité du CH.

En ce qui concerne le défaut d'information :

9. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () ". Aux termes de l'article R. 4127-35 de ce même code : " Le médecin doit à la personne qu'il examine, qu'il soigne ou qu'il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose. Tout au long de la maladie, il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur compréhension () ". Il résulte de ces dispositions que doit être délivrée au patient une information loyale, claire et approprié à son état de santé.

10. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

11. Mme A soutient que ni elle, ni ses parents, n'ont été informés de l'état dans lequel elle se trouvait durant toute la durée de sa prise en charge, ainsi que sur les risques post-opératoires apparus dans les suites de la multiplicité des interventions subies, notamment la persistance des douleurs et les éventuelles séquelles.

12. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que, d'une part, les interventions chirurgicales pratiquées les 3, 17 et 18 décembre 2013 relevaient d'une urgence pouvant mettre en jeu le processus vital de Mme A, de sorte que ses parents ne disposaient d'aucune possibilité raisonnable de refus. D'autre part, si le centre hospitalier n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que Mme A ou ses parents ont été informés des éventuelles séquelles des trois opérations chirurgicales subies, compte tenu de l'absence d'alternative thérapeutique, le manquement de l'établissement à son devoir d'information n'a privé Mme A d'aucune chance de se soustraire à celles-ci. Le manquement au devoir d'information allégué n'est donc pas de nature à engager la responsabilité de l'établissement de santé.

En ce qui concerne le manquement au devoir d'assistance :

13. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". Aux termes de l'article R. 4127-47 de ce même code : " Quelles que soient les circonstances, la continuité des soins aux malades doit être assurée. () ".

14. Il résulte de l'instruction que, dès son arrivée au service des urgences le 2 décembre 2013, puis lors de sa réadmission le 16 décembre suivant, jusqu'à ses sorties autorisées, Mme A a été prise en charge par le CH d'Arcachon sans qu'aucun refus de soins ne lui soit opposé. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que ce dernier aurait manqué à son devoir d'assurer la continuité des soins, et aurait, par suite, commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité nationale :

15. Aux termes du II. de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient au titre de la solidarité nationale lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / () ".

16. Il résulte de ces dispositions que la réparation d'un accident médical par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale n'est possible qu'en dehors des cas où cet accident serait causé directement soit par un acte fautif d'un professionnel de santé ou d'un établissement, service ou organisme mentionné au I du même article, soit par un défaut d'un produit de santé.

17. Il ne résulte pas de l'instruction que les dommages dont se prévaut Mme A résulteraient, pour la part non imputable aux diverses fautes du CH d'Arcachon, d'un accident médical non fautif. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de l'ONIAM en le mettant hors de cause.

Sur le préjudice indemnisable :

En ce qui concerne la perte de chance :

18. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

19. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes du rapport d'expertise, que lors de sa prise en charge le 2 décembre 2013 par le CH d'Arcachon, Mme A présentait une péritonite appendiculaire qui impliquait impérativement une prise en charge chirurgicale en urgence, par voie d'abord cœlioscopie, puis, devant l'impossibilité constatée lors de l'intervention de réaliser un lavage abdominal complet, par laparotomie. Les fautes commises par le centre hospitalier dans la prise en charge de Mme A sont à l'origine d'un retard diagnostique et thérapeutique de cette pathologie, qui a conduit à une perte de chance pour la requérante d'obtenir une amélioration rapide de son état de santé. L'expert souligne que si les soins avaient été pertinents et conformes aux données acquises de la science et de l'art médical, le risque de réintervention aurait été limité de l'ordre de 13 à 15%, et les suites opératoires réduites de 16 jours. Par suite, il sera fait une juste appréciation de la chance perdue d'éviter les dommages résultant des fautes commises par le CH d'Arcachon en les évaluant à 85% des différents chefs de préjudice subis.

En ce qui concerne la date de consolidation :

20. Il résulte du rapport d'expertise, non contesté sur ce point, que la date de consolidation de l'état de santé de Mme A doit être fixée au 11 mars 2014.

En ce qui concerne les préjudices temporaires :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

21. En premier lieu, Mme A fait valoir que de nombreuses dépenses de santé ont été engagées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), et demande au tribunal de sursoir à statuer sur ce poste de préjudice dans l'attente des conclusions de la CPAM pour déterminer le solde des dépenses lui revenant. Dans ses écritures, la CPAM n'a fait valoir aucune créance. Mme A, qui n'a pas répliqué, n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses prétentions. Au surplus, l'expert a relevé, dans son rapport du 14 juin 2020, qu'aucun reste à charge n'avait été identifié. Par suite, il y a lieu de rejeter les prétentions de Mme A sur ce point.

22. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme A a nécessité l'assistance d'une tierce personne à raison d'une heure et demi par jour durant les périodes de déficit fonctionnel temporaire total et partiel de classe III, hors la période d'hospitalisation, soit 29 jours. Dès lors, sur la base d'un taux horaire de 13,27 euros et de la majoration due en raison des périodes de congés payés, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en condamnant le centre hospitalier à verser à Mme A, après application du taux de perte de chance, la somme de 560 euros.

23. En troisième lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a interrompu sa scolarité du 25 novembre 2013 au 15 avril 2014. D'une part, la période du 25 novembre au 2 décembre 2013, antérieure à la prise en charge de la requérante par le CH d'Arcachon, la durée d'interruption des activités scolaires moyenne de 22 jours lors d'une prise en charge de qualité d'une péritonite appendiculaire, les vacances scolaires, ainsi que la période postérieure à la date de consolidation ne sont pas imputables aux manquements fautifs du CH d'Arcachon dans la prise en charge de Mme A. Par suite, la durée effective d'interruption des activités scolaires de Mme A imputable à ces manquements est de 50 jours. D'autre part, si Mme A, alors scolarisée en classe de 4ème, soutient que cette absence scolaire a impacté sa scolarité, il résulte de l'instruction que l'intéressée, au regard de ses résultats scolaires au cours de la fin de son année de 4ème, a été admise à passer en classe de 3ème. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en condamnant le CH d'Arcachon à verser à Mme A la somme de 1 700 euros, après application du coefficient de perte de chance de 85%.

S'agissant des préjudices extra patrimoniaux :

24. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 2 décembre 2013 au 8 janvier 2014, puis un déficit fonctionnel temporaire de classe III pendant 30 jours, et de classe I durant les 30 jours suivants. Selon l'expert, lors d'une prise en charge thérapeutique de qualité d'une péritonite par laparotomie, le déficit fonctionnel temporaire total observé est de quinze jours, le déficit fonctionnel temporaire partiel est de sept jours. Il y a lieu de retrancher ces durées moyenne liées à une prise en charge diligente des périodes de déficit fonctionnel temporaire subies par Mme A. Par suite, sur la base d'une indemnisation de 21 euros par jour pour une incapacité totale, et compte tenu de l'application du coefficient de perte de chance, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par Mme A en lien avec les manquements fautifs du CH d'Arcachon en lui allouant une indemnité de 670 euros.

25. En deuxième lieu, compte tenu de la répétition des interventions chirurgicales sur une durée de deux semaines, des souffrances physiques ayant nécessité un traitement morphinique, des souffrances psychiques sévères durant toute la période de déficit fonctionnel temporaire, et de la cotation à 4 sur une échelle de 7 des souffrances endurées par Mme A réalisée par l'expert, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant la somme de 7 000 euros, après application du coefficient de perte de chance.

26. En troisième lieu, l'expert a retenu que les manquements fautifs répétés du CH d'Arcachon avaient conduit à prolonger un état de santé très dégradé de la requérante avec une altération de son apparence physique. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire de Mme A en condamnant le CH d'Arcachon à lui verser la somme de 680 euros, après application du coefficient de perte de chance.

En ce qui concerne les préjudices permanents :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

27. Mme A demande l'octroi d'une indemnité pour procéder à une reprise chirurgicale plastique de la cicatrice causée par la laparotomie qu'elle a subie le 18 décembre 2013. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les cicatrices abdominales de Mme A résultent d'une cœlioscopie première non fautive, d'une cœlioscopie secondaire reprenant les mêmes cicatrices opératoires et surtout d'une laparotomie dont l'indication chirurgicale était impérative pour le traitement de sa pathologie, sans lien avec les manquements fautifs du CH d'Arcachon. Dans ces conditions, l'indemnité qu'elle sollicite ne peut lui être allouée.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

28. En premier lieu, pour estimer qu'il y a lieu de retenir un déficit fonctionnel permanent et d'en fixer une cotation à 5% en lien avec les manquements fautifs du CH d'Arcachon, l'expert a relevé que celle-ci présentait des douleurs abdominales chroniques en rapport avec des adhérences séquellaires, liées notamment à la multiplicité des interventions chirurgicales. Si Mme A fait également état des souffrances psychologiques en relation avec sa cicatrice, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 19, que son état de santé nécessitait une intervention par laparotomie qui aurait, en tout état de cause, induit cette cicatrice. Par suite, eu égard à son âge de 14 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, en allouant à Mme A la somme de 5 100 euros, après application du taux de perte de chance.

29. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que les cicatrices que présente Mme A sont directement liées aux impératifs de prise en charge chirurgicale de sa pathologie, et sans lien avec les fautes commises par le CH d'Arcachon. Par suite, il y a lieu de rejeter ses prétentions relatives à la reconnaissance d'un préjudice esthétique permanent.

30. En troisième lieu, si Mme A fait état de ses craintes relatives à sa capacité future à procréer, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise comme des constations du médecin ayant assisté Mme A lors des opérations d'expertise, que cette incapacité ne peut être établie avec certitude. Au surplus, l'expert a émis des doutes sur le lien entre les fautes commises par le CH d'Arcachon et une éventuelle atteinte des capacités reproductrices de Mme A. Dès lors, la demande tendant à l'indemnisation d'un préjudice sexuel ne peut qu'être, en l'état de l'instruction, rejetée.

31. En quatrième lieu, l'indemnisation d'un préjudice d'agrément vise à réparer l'impossibilité pour la victime de se livrer, en raison des conséquences séquellaires de l'affection dont elle souffre, aux activités sportives, ludiques ou culturelles précédemment pratiquées. Il résulte de l'instruction, tant du rapport d'expertise que des bulletins de note de Mme A, que celle-ci a pu reprendre rapidement ses activités physiques et sportives scolaires, et pratiquer par la suite des activités sportives de loisirs, notamment la course, la natation ou l'équitation. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à l'indemnisation d'un préjudice d'agrément ne peuvent qu'être rejetées.

32. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier d'Arcachon doit être condamné à verser à Mme A la somme de 15 710 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

33. Mme A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 15 710 euros à compter du 22 janvier 2021, date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal.

34. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts formulée par Mme A à compter du 22 janvier 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

35. Les frais d'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux le 6 novembre 2019 ont été taxés et liquidés à la somme de 2 250 euros par ordonnance du président de ce tribunal du 16 juin 2020. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre ces frais à la charge définitive du centre hospitalier d'Arcachon.

36. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier d'Arcachon, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros au profit de la requérante. Ces dispositions font obstacle, en revanche, à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante, les sommes que le centre hospitalier d'Arcachon et la société AGSM demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La société AGSM et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales sont mis hors de cause.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Arcachon est condamné à verser à Mme A une somme de 15 710 euros. Cette somme portera intérêts à compter du 22 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 22 janvier 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Les frais de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux le 6 novembre 2019, taxés et liquidés à la somme de 2 250 euros par ordonnance du président de ce même tribunal en date du 16 juin 2020 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier d'Arcachon.

Article 4 : Le centre hospitalier d'Arcachon versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère, au centre hospitalier d'Arcachon, à l'agence de gestion des sinistres médicaux et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes, et des infections nosocomiales. Copie en sera adressée au docteur B.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

La rapporteure,

C. DE GÉLAS

La première conseillère,

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉOLa greffière,

A. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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