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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100366

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100366

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100366
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGREVELLEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 14 janvier 2021, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente de la 3ème chambre du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par la société Grenke Location.

Par une requête enregistrée le 28 août 2020 au tribunal administratif de Paris et un mémoire enregistré le 17 août 2021 au tribunal administratif de Bordeaux, la société Grenke Location, représentée par Me Grevellec, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre national de la recherche scientifique (CNRS) à lui verser une somme de 1 044, 96 euros, au titre des loyers impayés échus et à échoir dus en application du contrat de location en litige ;

2°) d'assortir cette somme des intérêts à compter du 16 octobre 2018, ou à défaut, à compter du 28 août 2020 ;

3°) de condamner le CNRS à lui verser la somme de 180 euros au titre des frais dus en cas de résiliation anticipée du contrat à l'initiative du bailleur ;

4°) d'enjoindre au CNRS de lui restituer le matériel objet du contrat du 12 juillet 2013, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge du CNRS la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à réclamer le paiement de la somme de 1 044,96 euros au titre des loyers impayés échus et à échoir dus en application du contrat de location longue durée en cause, ainsi que 180 euros au titre des frais dus en cas de résiliation anticipée du contrat à l'initiative du bailleur, et la restitution des matériels en cause, sollicitée à la résiliation du marché ;

- la résiliation le 20 février 2018 à l'initiative du CNRS n'a pas pu légalement intervenir dès lors que le motif d'intérêt général invoqué n'est pas établi ;

- les stipulations du contrat de location longue durée sont applicables dès lors que le CNRS ne peut leur opposer les termes du cahier des clauses administratives générales, que le lien internet de consultation de ce document est inactif et que ces stipulations ont pour objet d'assurer l'équilibre financier du contrat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2021 au tribunal administratif de Paris et le 9 mars 2022 au tribunal administratif de Bordeaux, le centre national de la recherche scientifique conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit enjoint à la société requérante de procéder à l'enlèvement du matériel objet du contrat en litige sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la société requérante n'était pas en mesure de résilier le contrat en cause le 16 octobre 2018, dès lors que celui-ci avait été résilié par ses soins pour motif d'intérêt général, par une décision du 20 février 2018 qui a pris effet au 1er avril suivant ;

- elle n'est pas fondée à demander le paiement des loyers pour la période postérieure à la résiliation pour motif d'intérêt général prononcée ;

- la société requérante ne peut se prévaloir de l'existence d'une reconduction tacite au 30 septembre 2018 dès lors que cette reconduction est prévue par le contrat de location longue durée et ses conditions générales de ventes, qui ont une valeur inférieure au cahier des clauses administratives particulières et au CCAG-FCS et entrent en contradiction avec ces documents ;

- elle n'est pas fondée à demander le versement d'une indemnité de résiliation anticipée sur le fondement de l'article 17 des conditions générales de ventes du contrat en cause dès lors qu'il n'a vocation à s'appliquer qu'en cas de résiliation du marché à l'initiative du bailleur ;

- elle n'est pas fondée à demander la restitution du matériel en cause dès lors que, malgré l'invitation qu'il lui a adressée en ce sens au moment de la résiliation du marché en cause, la société requérante s'est abstenue de récupérer ce matériel.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Denys, conseillère,

- et les conclusions de Mme Jaouën, rapporteure publique.

Considérant ce qu'il suit :

1. Le 12 juillet 2013, la société Grenke location a conclu, avec le centre national de la recherche scientifique (CNRS), un marché public portant sur la location, jusqu'au 1er juillet 2018, d'une imprimante de marque HP moyennant le paiement de loyers trimestriels d'un montant de 186,20 euros hors taxes (HT). Par un courrier du 20 février 2018, le directeur du CNRS a informé le titulaire qu'il résiliait ce contrat à compter du 1er avril 2018 pour motif d'intérêt général. Par un courrier du 14 septembre 2018, la société Grenke Location a mis en demeure le CNRS de lui verser la somme de 496,65 euros au titre de l'exécution de son contrat et l'a informé qu'à défaut elle procéderait à une résiliation du marché litigieux. Puis, par un courrier du 16 octobre 2018, elle a informé le CNRS de la résiliation du contrat, lui a demandé le versement des indemnités dues en application du marché en cas de résiliation à l'initiative du bailleur ainsi que la restitution du matériel loué. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de condamner le CNRS à lui verser la somme 1 044,96 euros au titre des loyers impayés échus et à échoir dus en application du contrat de location longue durée en cause, ainsi que 180 euros au titre des frais dus en cas de résiliation anticipée du contrat à l'initiative du bailleur et la restitution du matériel loué.

Sur les conclusions tendant au versement d'une somme d'argent :

2. Il résulte de l'instruction que le CNRS, par une décision du 20 février 2018, a résilié le contrat de location en litige pour un motif d'intérêt général à compter du 1er avril suivant et a invité la société Grenke Location à récupérer son matériel. Si la société requérante fait valoir que, malgré la demande qu'elle lui a adressée en ce sens à la réception de cette décision, le CNRS ne l'a pas informée de la nature du motif d'intérêt général en cause qui ne serait, par conséquent, pas établi, il est constant que cette mesure de résiliation, dont la validité n'a pas été contestée dans le délai imparti pour ce faire, a produit ses effets à compter du 1er avril 2018. Dès lors que le contrat en litige est arrivé à son terme à cette date, la société requérante qui, par un courrier du 16 octobre 2018, a entendu résilier ce contrat au motif du non-paiement des loyers par le CNRS ne peut être regardée comme ayant été à l'initiative de la résiliation de ce contrat. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir des droits qui s'attacheraient à l'exécution du contrat litigieux en cas de résiliation à son initiative.

3. Il résulte de ce qui précède que la société Grenke Location n'est pas fondée à demander la condamnation du CNRS à lui verser la somme de 1 044,96 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ainsi que la somme de 180 euros. Les conclusions présentées sur ces points doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article 13 des conditions générales de location de longue durée du marché en litige : " () Au terme du contrat, quelle qu'en soit la cause () matériel : le locataire devra procéder à ses frais et à ses risques à la restitution du matériel, incluant notamment le démontage, l'emballage, le transport et/ou les visites techniques rendues nécessaires à l'adresse du bailleur indiquée dans la lettre adressée par le bailleur ou à défaut au contrat, dès la prise d'effet de la résiliation ou d'expiration du contrat. ".

5. La société Grenke Location a requis de son cocontractant, par un courrier du 16 octobre 2018, la restitution du matériel loué dans ses locaux situés à Bischheim. Si le CNRS soutient qu'il a, dès le 20 février 2018, proposé à la société requérante de venir récupérer son matériel, il est constant qu'il doit être regardé comme ayant opposé un refus à sa demande de restitution de son matériel dans les conditions prévues par le contrat. Il s'ensuit qu'il y a lieu de condamner le CNRS à procéder, à ses frais et risques et à l'adresse indiquée par le bailleur, à la restitution du matériel objet du contrat du 12 juillet 2013, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette condamnation d'une astreinte. Par suite, les conclusions présentées par le CNRS et tendant à ce qu'il soit enjoint à la société requérante de procéder à l'enlèvement du matériel objet du contrat en litige sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société requérante tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge du CNRS au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre national de la recherche scientifique restituera, à ses frais et risques et à l'adresse indiquée par la société Grenke Location, le matériel objet du contrat du 12 juillet 2013.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Grenke Location est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Grenke Location et au centre national de la recherche scientifique.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

La rapporteure,

A. DENYS

La présidente,

F. ZUCCARELLO Le greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier

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