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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100626

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100626

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100626
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGRELLETY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2021, M. B A, représenté par Me Grellety, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2020 par laquelle le conseil de discipline du centre de détention de Mauzac lui a infligé une sanction disciplinaire de onze jours ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- il a subi un préjudice moral qu'il évalue à la somme de 2 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision initiale du 2 novembre 2020 sont irrecevables dès lors que la décision du 10 décembre 2020 de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux prise sur recours administratif préalable obligatoire s'est substituée à cette décision du 2 novembre 2020 ;

- les conclusions indemnitaires devront être ramenées à de plus justes proportions.

Par une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2022 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 21 février 1975, a été incarcéré au centre de détention de Mauzac du 3 avril 2019 au 12 novembre 2020. Le 2 novembre 2020, la commission de discipline du centre de détention de Mauzac lui a infligé une sanction disciplinaire de onze jours de cellule disciplinaire. Le 9 novembre 2020, M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Par une décision du 10 décembre 2020, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux a annulé la sanction disciplinaire initialement infligée. M. A demande l'annulation de la décision du 2 novembre 2020 et la condamnation de l'Etat à titre indemnitaire.

Sur la fin de non-recevoir opposée aux conclusions dirigées contre la décision du 2 novembre 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale dans sa version applicable au litige : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur interrégional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le président de la commission de discipline. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le ministre de la justice en défense tirée de l'irrecevabilité des conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision de la commission de discipline du 2 novembre 2020 doit être accueillie et les conclusions rejetées pour ce motif.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

4. Il résulte de l'instruction que la décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Mauzac du 2 novembre 2020, infligeant au requérant une sanction de onze jours de placement en cellule disciplinaire a été annulée par le directeur interrégional des services pénitentiaires de Bordeaux le 10 décembre 2020, au motif que la matérialité des faits sur lesquels s'était fondée la commission n'était pas établie. Dans ces conditions, l'illégalité de la décision de la commission de discipline du 2 novembre 2020, qui est par nature fautive, est de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices :

5. Il résulte de l'instruction et notamment des écritures en défense du garde des sceaux, ministre de la justice, que M. A a effectué à tort onze jours en cellule disciplinaire. Ces faits doivent être regardés comme ayant entraîné un trouble pour l'intéressé dans ses conditions d'existence et un préjudice moral. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 1 100 euros.

Sur les dépens :

6. L'instance en cours n'a pas donné lieu à dépens. Par suite, les conclusions tendant à ce que l'Etat soit condamné aux entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 1 100 euros en réparation de son préjudice.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

M. C

La première conseillère, faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉOLa greffière,

C. SCHIANO

La première conseillère

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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