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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100820

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100820

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100820
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDYKMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 février et 13 décembre 2021, M. C B, représenté par Me Dykman, avocate, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Savin à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Savin de procéder à l'entretien normal de la voie communale n°131 dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de la somme de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Savin la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la voie communale n°131 qui mène à son habitation n'a pas été entretenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales ; il a sollicité la commune de Saint-Savin à plusieurs reprises sur l'état de vétusté de la chaussée ; la pose de diverses plaques de tuiles est insuffisante pour pallier les déformations de la chaussée ; ce défaut d'entretien rend la voie difficilement praticable ;

- cette faute de la commune lui a causé un préjudice qu'il évalue à la somme de 10 000 euros ; il présente un handicap physique rendant difficile tout déplacement sur la voie desservant son domicile ; les déformations de la chaussée entraînent une accélération de l'usure de son véhicule ; il ne parvient pas à vendre son domicile ; ce défaut d'entretien a généré une dévalorisation du prix de sa maison.

Par des mémoires en défense enregistrés le 26 mai 2021 et les 17 août et 19 août 2022, la commune de Saint-Savin, représentée par Me Recalde, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction ; des travaux sur la chaussée ont été réalisés en décembre 2021 ;

- les conclusions à fin d'annulation du refus du maire de procéder à la réfection de la voie sont irrecevables ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable ;

- elle n'a pas commis de faute et a procédé à l'entretien de la portion de voie communale litigieuse depuis 2018 ; l'immeuble du requérant se situe en zone agricole du plan local d'urbanisme ; la voie litigieuse est empruntée par des engins agricoles et forestiers ; le goudronnage de la voie constituerait une dépense d'amélioration ; d'autres chemins de même nature, non goudronnés, desservent des maisons d'habitation sur le territoire de la commune ;

- les travaux de reprofilage et de réfection sur 350 mètres linéaires ont été réalisés ;

- le requérant n'établit ni la réalité du préjudice qu'il indique avoir subi, ni son quantum ; il n'établit pas non plus que celui-ci aurait un lien avec l'ouvrage public.

Par ordonnance du 22 août 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 9 septembre 2022 à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- et les observations de Me Nauch, représentant la commune de Saint-Savin.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est propriétaire d'un bien immobilier situé au lieu-dit " Le barrail nord " sur la commune de Saint-Savin, desservi par le chemin communal n°131. Estimant que la commune de Saint-Savin ne répondait pas à son obligation d'entretien, M. B a sollicité la réalisation de travaux par plusieurs courriers adressés au maire de la commune, puis à la sous-préfète de Blaye. M. B demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Savin à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 2321-1 du code général des collectivités territoriales :

" Sont obligatoires pour la commune les dépenses mises à sa charge par la loi ". L'article

L. 2321-2 du même code dispose : " Les dépenses obligatoires comprennent notamment : / () 20° Les dépenses d'entretien des voies communales ".

3. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers de cet ouvrage doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse alors sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer l'existence d'une faute de la victime ou d'un événement de force majeure.

4. M. B soutient que la voie communale n°131 qui mène à son habitation n'a pas été entretenue malgré ses différentes sollicitations. Il résulte de l'instruction et notamment du constat d'huissier établi le 23 décembre 2020, que la voie communale n°131, qui ne dessert que la maison d'habitation du requérant et des terrains agricoles, est décrite comme étant un chemin de terre, de calcaire et de cailloux avec des bas-côtés herbus, présentant quelques ornières et affaissements. Ces allégations sont corroborées par un constat d'huissier du 14 janvier 2021 qui relève, qu'à la date des constatations, le chemin litigieux présentait de nombreuses déformations et ornières pouvant être très profondes, parfois sur toute une moitié du chemin et ce dans les deux sens de circulation, que l'écoulement des eaux de pluie s'effectuait sur le chemin formant des rigoles et creusant son revêtement et que l'empierrement était visible et qu'il se détachait. L'huissier concluait alors que la circulation était possible, mais à une vitesse réduite et produisait des photographies faisant apparaître plusieurs nids-de-poule.

5. En défense, la commune de Saint-Savin fait valoir qu'elle procède régulièrement à l'entretien de cette voie et qu'un tel entretien est suffisant au regard tant de la faible fréquentation de celle-ci, qui dessert seulement l'immeuble de M. B ainsi que des terrains agricoles et qui est située zone agricole sur le plan local d'urbanisme, que de la circonstance qu'elle soit principalement utilisée par des engins agricoles et forestiers. La commune relève notamment que ses services sont intervenus à plusieurs reprises pour boucher des trous sur la voie en cause le 13 avril 2018, le 30 mai 2020, le 13 octobre 2020 ainsi que le 5 janvier 2021 où le rabotage de celle-ci a été effectué. Elle se prévaut également de plusieurs demandes d'intervention de ses services le 4 décembre 2021, le 15 février 2022 et le 20 juin 2022 pour des bouchages de trous respectivement au " chemin chez M. B ", à " Blanchet " ou au " chemin des Poiriers ", tous correspondant à la voie n°131 et portant la mention " terminé ", et fait également valoir que des travaux ont été réalisés le 18 février 2020 et le 16 avril 2021, consistant respectivement en un dérasement des accotements et une réfection de la voie ainsi qu'un reprofilage de celle-ci. Le rebouchage de trous sur la chaussée ressort par ailleurs du constat d'huissier établi le 23 décembre 2020. Suite aux travaux effectués le 16 avril 2021, un nouveau constat d'huissier a été dressé le 19 avril 2021, relevant qu'il a été procédé à la pose d'un revêtement empierré puis à un compactage du chemin. Si l'huissier indique qu'aucun équipement géotextile n'a été posé, que plusieurs impuretés apparaissent dans le revêtement et qu'un nuage de poussières se dégage au passage des véhicules roulant à une vitesse qualifiée de " normale ", il résulte de l'instruction et notamment des photographies produites que les travaux de rebouchage des trous présents sur la voie ont été effectués et que son état permet la circulation des véhicules dans des conditions normales. Si M. B produit des photographies datant du mois de novembre 2021 selon ses allégations, et qui font apparaitre trois trous en formation sur la chaussée, elles ne sont pas de nature établir, dès lors que la commune de Saint-Savin procède régulièrement à des travaux d'entretien de la voie, que les services communaux ne seraient pas intervenus postérieurement à celles-ci. Enfin, M. B ne saurait revendiquer un gravillonnage de la voie, constitutif d'une amélioration, qui ne peut être regardé comme une dépense obligatoire de la commune. Dans ces conditions, le défaut d'entretien normal de la voie communale n°131 par la commune de Saint-Savin n'est pas établi.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la commune de Saint-Savin en raison du défaut d'entretien normal de la voie communale n°131. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. Toutefois, en l'absence de toute faute commise par la commune de Saint-Savin, les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, à la commune de Saint-Savin de procéder à l'entretien normal de la voie communale n°131 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Saint-Savin au titre des frais exposés par elle non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Saint-Savin.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Molina-Andréo, première conseillère faisant fonction de présidente,

- Mme de Gélas, première conseillère,

- Mme Ballanger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

M. A

La première conseillère,

faisant fonction de présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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