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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2100908

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2100908

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2100908
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMONGIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2021, Mme B A, représentée en dernier lieu par Me Fouchet, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Bordeaux à lui verser une somme de 800 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'illégalité de la décision implicite du maire de cette collectivité en date du 17 juillet 2019 portant refus de lui accorder le bénéfice du tarif préférentiel de stationnement réservé à certains professionnels ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- alors que par jugement du 20 octobre 2020, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision du maire de Bordeaux du 17 juillet 2019 refusant de lui accorder le bénéfice du tarif préférentiel de stationnement réservé à certains professionnels, cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de la collectivité territoriale ;

- elle justifie d'un préjudice matériel de 360 euros correspondant, sur une année, à la différence entre le montant des dépenses de loyer d'un parking privé qu'elle a dû engager et le montant du tarif préférentiel dont elle aurait dû bénéficier ;

- elle a également droit à l'indemnisation de son préjudice moral, qu'elle évalue à 500 euros, à raison de la discrimination dont elle est victime depuis quatre ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, la commune de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- elle n'entend pas discuter le principe de sa responsabilité à raison de l'illégalité de la décision du 17 juillet 2019, annulée par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 20 octobre 2020 ;

- la réalité et le caractère direct et certain des préjudices invoqués n'est toutefois pas établie ; en tout état de cause, s'agissant du préjudice matériel, la requérante ne produit que onze quittances de loyer, de sorte que l'indemnisation ne saurait excéder à ce titre la somme de 286 euros.

Par ordonnance du 20 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 février 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, rapporteure,

- les conclusions de Mme Passerieux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gournay représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, exerçant la profession d'avocate à Bordeaux, a demandé à bénéficier du tarif préférentiel réservé à certains professionnels dans la commune de Bordeaux, par courrier daté du 13 mai 2019. Le silence gardé par le maire de Bordeaux pendant plus de deux mois sur cette demande a fait naitre une décision implicite de rejet le 17 juillet 2019. Par un jugement n° 1904637 du 20 octobre 2020, le tribunal administratif de Bordeaux, sur saisine de Mme A, a annulé cette décision. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation de la commune de Bordeaux à lui allouer une indemnité de 800 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 17 juillet 2019.

2. La décision du 17 juillet 2019 portant refus d'accorder à Mme A le bénéfice du tarif préférentiel de stationnement réservé à certains professionnels a été définitivement annulée pour un motif d'illégalité interne, tiré de la méconnaissance du principe d'égalité. Si toute décision illégale est en principe fautive, la faute ainsi commise n'est de nature à engager la responsabilité de la puissance publique que si le préjudice invoqué est en relation directe et certaine avec l'illégalité commise et donc imputable à la personne publique qui en est l'auteur.

3. Mme A soutient, en premier lieu, qu'elle a subi, du fait de l'illégalité de la décision du 17 juillet 2019, un préjudice financier de 360 euros correspondant, sur une année, à la différence entre le montant de 720 euros de dépenses de location d'un emplacement privé de stationnement qu'elle a dû engager et le montant de 360 euros de tarif préférentiel de stationnement dont elle aurait dû bénéficier. Toutefois, si le jugement susmentionné du tribunal du 20 octobre 2020 a annulé la décision du 17 juillet 2019 portant refus d'accorder à Mme A le bénéfice du tarif préférentiel de stationnement réservé à certains professionnels, il n'a pas enjoint à la commune de Bordeaux d'accorder à l'intéressée un tel tarif préférentiel, mais seulement de réexaminer sa demande. Par ailleurs, il n'est pas établi que le tarif préférentiel de stationnement en voirie qui pourrait être accordé à Mme A pour faciliter ses déplacements et ses stationnements dans le cadre de son activité d'avocate pourrait la dispenser de devoir continuer à louer, au tarif de 60 euros par mois, l'emplacement qu'elle loue à vingt minutes à pied de son cabinet pour le parcage de son véhicule, à titre privé, voire même à titre professionnel en cas de saturation du stationnement en voirie ou de stationnement de plus de 24 heures. Dès lors, le préjudice financier invoqué résultant de l'absence d'attribution d'un tarif préférentiel n'est pas en lien direct et certain avec l'illégalité de la décision annulée par le tribunal. Par suite, ce chef de préjudice ne peut être indemnisé.

4. Mme A soutient, en second lieu, qu'elle a subi un préjudice moral à raison de la discrimination dont elle fait l'objet de la part de la commune de Bordeaux depuis plusieurs années. Si l'indemnisation sollicitée dans le cadre de la présente instance a seulement trait à la décision du 17 juillet 2019 annulée par le jugement susmentionné du 20 octobre 2020, il résulte de l'instruction que cette décision révèle une volonté persistante et non expliquée de la commune de Bordeaux à refuser à Mme A le bénéfice du tarif préférentiel de stationnement malgré plusieurs décisions de justice ayant définitivement reconnu l'illégalité, pour méconnaissance du principe d'égalité, de précédents refus en date des 11 mars 2016 et 23 janvier 2019. Dans ces circonstances, et eu égard à la durée depuis laquelle perdure désormais cette situation, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A en lui allouant à ce titre une somme de 200 euros.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la condamnation de la commune de Bordeaux à lui allouer une indemnité de 200 euros.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Bordeaux, qui est dans la présente instance la partie perdante, la somme de 1 200 euros au profit de la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de bordeaux est condamnée à verser à Mme A la somme de 200 euros.

Article 2 : La commune de Bordeaux versera une somme de 1 200 euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. Mme B A et à la commune de Bordeaux.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Delvolvé, président,

Mme Molina-Andréo, première conseillère,

M. Josserand, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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