mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2100909 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET AURELIE JOURNAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2021, Mme B A, représentée par Me Journaud, avocate, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Libourne et CNA Insurance Compagny, son assureur, à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice d'impréparation ;
2°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Libourne et CNA Insurance Compagny la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Libourne doit être engagée en raison d'un défaut d'information quant à la nécessité de pratiquer une intervention chirurgicale et la possibilité pour le praticien de changer de technique opératoire au cours de l'intervention ;
- elle a subi un préjudice d'impréparation à hauteur de 3 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, le centre hospitalier de Libourne et CNA Insurance Compagny, représentés par Me Zandotti, avocat, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la responsabilité du centre hospitalier ne saurait être retenue dès lors que la patiente a été informée de la possibilité pour le praticien de changer de technique opératoire au cours de l'intervention, qu'elle a disposé d'un temps de réflexion suffisant lui permettant de revenir sur son consentement et qu'aucun risque en lien avec le changement de technique ne s'est réalisé.
La procédure a été communiquée à la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde qui n'a pas produit d'observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Del Risco, représentant le centre hospitalier de Libourne et CNA Insurance Compagny.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 11 mars 1981, a bénéficié d'une ligamentoplastie du genou gauche le 4 mai 2016 au centre hospitalier de Libourne selon la technique de Kennet Jones. Dans les suites opératoires, la patiente a présenté une intolérance cutanée à la colle chirurgicale, la conduisant à être de nouveau hospitalisée du 2 au 6 juin 2016, ainsi que des douleurs persistantes. Le 16 août 2016, une algodystrophie évolutive a été diagnostiquée. Le 3 juillet 2018, Mme A a subi une allogreffe totale de l'appareil extenseur. Par la suite, Mme A a poursuivi des soins de rééducation.
2. Le 5 février 2020, Mme A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Aquitaine d'une demande d'indemnisation de ses préjudices. La CCI a désigné un expert, chirurgien orthopédique et traumatologique, qui a rendu son rapport le 5 février 2020. Par un avis du 28 septembre 2020, la CCI a estimé que la réparation des préjudices subis par Mme A incombait l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale et qu'il incombait au centre hospitalier de Libourne et à CNA Insurance Compagny, son assureur, de réparer le préjudice d'impréparation subi en lien avec le défaut d'information concernant la technique opératoire utilisée. Par un courrier du 15 mars 2021, le centre hospitalier de Libourne a informé Mme A de ce qu'il refusait de l'indemniser. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner solidairement le centre hospitalier de Libourne et son assureur CNA Insurance Compagny à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice d'impréparation.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Libourne :
3. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique dans sa version applicable au litige : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel.". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
4. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
5. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
6. En premier lieu, il est constant qu'après avoir discuté, au cours d'une consultation du 16 mai 2016, des avantages et des inconvénients de trois techniques opératoires possibles, Mme A et le chirurgien se sont accordés sur la réalisation d'une ligamentoplastie selon la technique dite de Mac Intosh. Il résulte toutefois de l'instruction qu'au cours de l'intervention du 4 mai 2016 réalisée au centre hospitalier de Libourne, et alors que la patiente était sous anesthésie générale, le chirurgien orthopédique a constaté une laxité importante en rotation interne et une légère laxité en rotation externe de son genou, le conduisant à changer de technique opératoire et à réaliser la ligamentoplastie selon la technique de Kennet-Jones. Si Mme A fait valoir qu'elle n'a pas été informée de la possibilité pour le chirurgien de changer de technique opératoire au cours de l'intervention, il résulte toutefois de l'instruction que le formulaire de consentement éclairé qu'elle a signé le 22 mars 2016 mentionnait que, face à une découverte ou un évènement imprévu, des actes complémentaires ou différents de ceux initialement prévus pouvaient être réalisés. Au surplus, il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise diligentée dans le cadre de la procédure CCI que le changement de technique au cours de l'intervention chirurgicale n'a eu aucune conséquence sur la survenance des complications présentées par la patiente qui peuvent intervenir de façon générale dans les suites d'une chirurgie du genou. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A n'aurait pas été informée du changement de technique opératoire après l'intervention. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier de Libourne a méconnu son obligation d'information quant à la possibilité pour le praticien de changer de technique opératoire au cours de l'intervention.
7. En second lieu, Mme A fait valoir qu'elle n'a pas été informée de l'existence d'une alternative thérapeutique à l'intervention chirurgicale, consistant en une rééducation seule de son genou. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que Mme A présentait une laxité du genou gauche, liée à une rupture ancienne du ligament croisé antérieur, entraînant des chutes régulières par dérobement de celui-ci lorsqu'elle montait à cheval. Selon l'expert, l'évolution des instabilités du genou peut conduire à de l'arthrose qui, en cas de douleur, peut nécessiter la mise en place d'une prothèse. L'expert précise que si la chirurgie préventive de l'arthrose est justifiée, la littérature récente rapporte qu'il n'existe aucun consensus thérapeutique permettant de privilégier la chirurgie à la rééducation seule et relève que le genou de Mme A, qui ne présentait ni fissure méniscale ni chondropathie, était peu abîmé. S'il résulte de l'instruction que la patiente a été reçue à plusieurs reprises par le chirurgien orthopédique en consultations au cours desquelles la nécessité de l'intervention chirurgicale aurait été évoquée, le centre hospitalier ne rapporte pas la preuve qui lui incombe qu'elle a aussi été informée de l'existence d'une alternative à la chirurgie proposée.
8. Toutefois, d'une part, si Mme A demande l'indemnisation d'un préjudice d'impréparation du fait de la survenance, à trente-cinq ans, d'une algodystrophie invalidante dans ses occupations professionnelles et sportives, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la forme qu'elle a présentée dans les suites de l'intervention chirurgicale du 4 mai 2016 était rare et imprévisible, de sorte que le centre hospitalier n'était pas tenu de l'informer de son existence au sens des dispositions de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique. D'autre part, le préjudice d'impréparation dont elle se prévaut ne présente pas de lien avec le manquement du centre hospitalier de Libourne à son obligation d'information. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Libourne.
Sur les dépens :
9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
10. Il n'est pas établi que des dépens auraient été exposés au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions relatives à la charge des dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Libourne et de la CNA Insurance, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier de Libourne et la CNA Insurance sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Libourne et son assureur, CNA Insurance Compagny sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, à la CPAM de la Gironde, au centre hospitalier de Libourne et à son assureur, la CNA Insurance Compagny.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Chauvin, présidente
- Mme de Gélas, première conseillère,
- Mme Ballanger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
M. BALLANGERLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026